Les douze piliers d’Israël

DouzePiliersIsrael« Je ne suis ni meilleur ni plus intelligent qu’aucun de vous. Mais je ne me décourage pas et c’est pourquoi le rôle de chef me revient. » – Theodor Herzl

La terre d’Israël m’a toujours captivé. Jeune écolier, l’une de mes professeurs passait son temps à parler de la Palestine, gommant systématiquement le nom d’Israël de son vocabulaire puisque ce pays n’existait pas selon elle. Un certain lundi matin, elle nous demanda, fidèle à son habitude, ce que nous avions fait durant la fin de semaine qui venait de se terminer. Lorsque mon tour arriva, je lui mentionnai que mon père m’avait acheté un Atlas géographique et que cela m’avait permis de découvrir qu’elle nous mentait éhontément puisqu’aucun pays répondant au nom de Palestine figurait sur la carte du monde. Je fus quitte pour une petite visite chez le bureau de la directrice, une vieille religieuse souriante et bien compréhensive qui s’est beaucoup amusée de mon sens de l’argumentation.

Plusieurs années plus tard, il m’a été donné de fouler le sol de ce pays à plusieurs reprises. Je me suis toujours senti choyé de pouvoir visiter le kibboutz de David Ben Gourion à Sdé Boker ou encore le Menachem Begin Heritage Center à Jérusalem. J’aurais tellement aimé aller me recueillir sur la tombe de Theodor Herzl ou Yitzhak Rabin, mais je n’en ai pas eu l’occasion – du moins pas jusqu’à maintenant.

J’étais donc enchanté de parcourir – dévorer serait un qualificatif plus juste – le dernier ouvrage de Georges Ayache, Les douze piliers d’Israël : Theodor Herzl, Haïm Weizmann, David Ben Gourion, Vladimir Jabotinsky, Menahem Begin, Golda Meir, Moshe Dayan, Abba Eban, Yitzhak Rabin, Ariel Sharon, Isser Harel, Shimon Peres. Ces hommes et cette femme ont non seulement permis l’avènement de ce pays en 1948, mais ils et elle en ont assuré la survie, l’épanouissement au prix de sacrifices exceptionnels – l’un d’entre eux, Yitzhak Rabin, ayant même consenti au sacrifice ultime en 1995 en tombant sous les balles d’un extrémiste alimenté par la droite religieuse.

À plusieurs reprises, Georges Ayache revient sur une qualité ayant habité la plupart d’entre eux, soit le pragmatisme. Pensons notamment à un Begin faisant la paix avec Sadate ou à Sharon qui décrète un retrait israélien unilatéral de la bande Gaza. Ou encore à Shimon Peres revêtant les habits de la colombe après avoir consacré des décennies à construire les forces armées israéliennes.

Il met également en évidence le fait que, dès avant sa naissance, Israël doit composer avec le double-standard réservé à un pays qui « […] avait commis le péché de survivre. » C’est ainsi que, durant le mandat britannique, « peu soucieux d’interrompre les violences perpétrées par les Arabes, ils [les représentants de Sa Gracieuse Majesté] semblaient en revanche obsédés par la recherche d’armes chez les sionistes. » Des années plus tard, après la guerre des Six-Jours, « […] personne, à l’étranger, ne se souciait des violations permanentes du cessez-le-feu par les Égyptiens; en revanche, chacun scrutait à la loupe les réactions israéliennes, qualifiées mécaniquement d’« excessives » ou de « disproportionnées ». Comme quoi rien n’a vraiment changé…

Cela dit, le livre nous permet de constater à quel point l’esprit de plusieurs de ces figures fondatrices était empreint d’une anglophilie surprenante, si l’on prend en considération l’attitude de Londres par rapport au Yishouv. Que ce soit en apprenant que Jabotinsky s’est vu remettre la prestigieuse distinction de Member of the British Empire (MBE) « […] pour services rendus » for king and country, en lisant que Menachem Begin avait offert du thé aux policiers du NKVD venus l’arrêter chez lui à Wilno, en se régalant de lire que Abba Eban était accouru à la librairie Foyle’s sur la rue Charing Cross à Londres (un endroit mythique et légendaire pour tout bon féru de lecture qui se respecte) pour dénicher des livres à propos de l’ONU ou en s’étonnant de découvrir que Ben Gourion « […] préférait les méthodes classiques de l’armée anglaise ». Le britannophile en moi était très heureux de recueillir ces perles déposées à plusieurs endroits entre les couvertures.

Inévitablement, la question se pose à savoir lequel de ces douze piliers retient ma faveur personnelle. Bien que je sois pris d’une affection historique pour plusieurs, pour ne pas dire presque tous, je dirais que Moshe Dayan est celui qui m’a le plus marqué.

Après qu’il eut perdu un œil en Syrie en juin 1941, à la tête d’une compagnie spéciale au service des forces britanniques, « sa mise à l’écart et, surtout, sa nouvelle apparence physique, défigurée par un bandeau noir de pirate lui barrant le visage, le démoralisèrent. » « Sa traversée du désert dura de 1941 à 1948 », mais il persévéra et parvint à surmonter son handicap pour devenir une véritable légende, transformant un point faible en une force redoutable. De quoi faire sourire Sun Tzu.

Au final, les éditions Perrin doivent être remerciées d’avoir publié ce livre, qui fait non seulement partie des meilleurs au sujet de l’histoire d’Israël selon moi, mais qui permet également de mieux comprendre ces onze hommes et cette femme qui ont posé les fondations de l’un des pays les plus fascinants – et résilient – du monde.

Je sais que l’actuel Premier ministre d’Israël ne correspond pas aux critères de Georges Ayache dans le portrait qu’il brosse des 12 piliers, parce qu’il n’est pas associé au moment charnière de 1948 (il est né en octobre 1949), mais je serais quand même curieux de savoir ce que Georges Ayache aurait à dire et écrire au sujet de Benjamin Netanyahou.

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Georges Ayache, Les douze piliers d’Israël : Theodor Herzl, Haïm Weizmann, David Ben Gourion, Vladimir Jabotinsky, Mehahem Begin, Golda Meir, Moshe Dayan, Abba Eban, Yitzhak Rabin, Ariel Sharon, Isser Harel, Shimon Peres, Paris, Perrin, 2019, 429 pages.

Je tiens à exprimer ma plus vive reconnaissance aux représentants de Interforum Canada qui m’ont généreusement offert un exemplaire de ce livre, ainsi qu’aux gens des éditions Perrin pour leur précieuse collaboration. Un blogueur ne pourrait espérer mieux.

L’hiver de Napoléon

Hiver1814

« Son corps alourdi n’était qu’apparence. Il sentait ses 20 ans couler dans ses veines. »

Quelques mois après la campagne de Russie (1812) et la funeste bataille de Leipzig (1813), Napoléon est pourchassé par ses ennemis et engagé dans une lutte pour sa survie. Pour la première fois depuis ses débuts, le virtuose de la bataille voit l’adversaire envahir son pays. Même si « l’empereur français n’avait pas beaucoup d’hommes, encore moins de chevaux, et pas assez de canons, le nom de Grande Armée semblait renaître dans l’hiver champenois avec le renom de son chef. »

Sous une plume alerte, Michel Bernard invite la lectrice ou le lecteur à suivre celui qui « […] s’était taillé son uniforme de général à coups de sabre » sur les sentiers de l’Hiver 1814, dans sa voiture « à la lumière d’une lanterne », bivouaquant dans les presbytères ou remettant une importante somme d’argent à des religieuses dévouées afin qu’elles puissent poursuivre leur mission salvatrice auprès des victimes des hostilités.

Cette véritable épopée se voulait non seulement une tentative désespérée pour remporter sur le terrain les gains nécessaires à la survie du régime dans les négociations face aux Alliés russes, prussiens et autrichiens, mais c’est aussi un véritable retour dans le temps pour celui qui avait passé une partie de sa jeunesse à l’École militaire de Brienne, sur cette terre enneigée et empreinte de nostalgie où se déroulaient maintenant les combats.

La « légende en redingote grise » (le propos de Michel Bernard est fréquemment émaillée de ces formules délicieuses qui rendent l’histoire captivante) aura beau avoir conquis une partie de l’Europe et inévitablement causé beaucoup d’insomnie aux têtes couronnées déstabilisées par sa présence, il n’en demeure pas moins que c’est un ancien maître d’étude à Brienne, le père Henriot, un curé de paroisse, qui lui servit de guide à un certain moment. Comme pour donner raison à François Mitterrand qui affirmait que nous n’avons jamais que le pays de notre enfance.

La lecture de l’histoire-bataille peut souvent s’avérer fastidieuse (j’ai laissé en plan plusieurs de ces récits), puisqu’il s’agit principalement de mouvements, d’unités et d’une trajectoire qui peut s’avérer hermétique. Et la plume trop mécanique de certains auteurs permet difficilement de s’y plonger facilement. Il n’en est rien ici, puisque l’auteur nous invite à observer la psychologie d’un chef de guerre luttant d’abord contre une « défaite inéluctable », avant de jeter la serviette à Fontainebleau lorsque tous les espoirs se sont évanouis. Entre les couvertures, on ressent le froid, la fatigue et le stress accablant celui à qui la fortune avait cessé de sourire. On peut également mesurer l’ampleur de sa détermination, on pourrait même dire son acharnement, devant le sort des armes qui lui était nettement défavorable sur papier. Parce que la guerre, Napoléon le savait mieux que quiconque, se gagne sur le terrain.

Sur une note personnelle, j’avoue ne jamais avoir été un grand admirateur de Napoléon dans le passé – bien au contraire. Cette disposition a évolué au fil du temps, notamment grâce à l’historien britannique Andrew Roberts, avec pour résultat que je suis maintenant toujours impatient de mettre la main sur les bonnes feuilles qui sont écrites et publiées à son sujet. Et la capacité narrative exceptionnelle de Michel Bernard a fait en sorte que je me suis surpris à souhaiter, tout plongé que j’étais dans ces mois fatidiques du début de l’année 1814, à pratiquement souhaiter une victoire de l’Empereur des Français.

Dans les faits, est-ce que cela aurait été possible? La question me taraude…

Pour l’heure, je conclurai en disant que ce fut un moment de lecture tout à fait exceptionnel, bien que trop bref à mon goût. Je recommande chaudement cette incursion dans la geste napoléonienne à tous les férus d’histoire souhaitant apprécier les rebondissements d’une campagne militaire annonciatrice de l’exil et du retour qui se soldera par la défaite ultime de Waterloo.

Ça y est, on peut dire que je suis maintenant envoûté par Napoléon. J’aimerais bien que Michel Bernard reprenne la plume à son sujet.

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Michel Bernard, Hiver 1814: Campagne de France, Paris, Perrin, 2019, 240 pages.

Je tiens à exprimer ma profonde reconnaissance envers Interforum Canada de m’avoir gracieusement offert un exemplaire du livre et aux gens des éditions Perrin à Paris pour leur précieuse et généreuse collaboration.

Riding with Napoleon

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In April 2013, I made a point to be in London for Lady Thatcher’s funeral, on my way back to Canada from Rome. Throughout my youth, the former Prime Minister of Great Britain had always been one of my favorite leaders. It was therefore an honor to stand on the street and see her casket pass in front of me on a morning of reverence.

Just a few days ago, I finished reading Andrew Robert’s last book, Leadership in War: Essential Lessons from those who made history and, to my great delight, the 9th leader about whom he writes is Margaret Thatcher (the preceding 8 are Napoleon Bonaparte, Horatio Nelson, Winston Churchill, Adolf Hitler, Joseph Stalin, George C. Marshall, Charles de Gaulle and Dwight D. Eisenhower). I was pleasantly surprised. After all, if the Iron Lady doesn’t deserve a place in such a book, who does?

Thinking about leaders who left an indelible mark in military leadership makes one wonder how did they get there in history? Andrew Robert answers this question when he writes that: “Except through heredity, one does not become a war leader in the first place unless one has a strong personality.”

While it is easy to think and write about the qualities and strengths of great figures of history, it is no less important and vital to understand that, like us, they are humans. The first challenge they must meet is failure. For the road to success if filled with obstacles, but, as Winston Churchill would say, “sometimes, when she scowls most spitefully, [goddess Fortune] is preparing her most dazzling gifts.” Furthermore, you can’t please everyone. I found it almost unbelievable to read that “Although eight admirals, all of them in tears, carried his [Admiral Nelson’s] coffin, such was his controversial status in the Admiralty because of his ceaseless self-promotion and occasional refusal to obey orders that eighteen other admirals refused to attend.” How can anyone dare refuse attending the victor of Trafalgar’s funeral? Statesmen also need to cope with ungratefulness – like those dealing with Stalin and Charles de Gaulle learnt. Finally, you can’t afford modesty. After all, most of these leaders understood “[…] that if their reputations could help conquer, and thus save the lives of their men, who were they to be modest?” Hence, the myth created by de Gaulle to safeguard France’s self-respect during World War II.

But, more than anything, the leaders perform better when they’re profoundly humane. Those who know me are aware of my deep admiration for Churchill, but my favorite chapter is the one Andrew Roberts wrote about Napoleon. I loved to read about the Emperor’s obsession with his men’s boots (after all, his army covered lots of territory by foot), the fact that “he always made sure that wine from his own table was given to the sentries outside his door”, the fact that Napoleon didn’t hesitate to take his own medal of the Légion d’honneur to present it to a deserving soldier or having the feeling that you are observing the Emperor’s “superb filing system” while riding in his busy carriage moving across Europe on bumpy roads. I never was a big fan of the man derisively called the “God of War” by Clausewitz, but Andrew Roberts deserves the credit for turning the ship of my fascination in his direction.

Tomorrow, January 27th, will mark the 75th anniversary of the liberation of Auschwitz, let me say a few words about Margaret Thatcher again. Before picking up Leadership in War, I was totally unaware of her profound philo-Semitism – a disposition I share with her. It was also fascinating to read that “Churchill […] was theologically a lot closer to Judaism than to the Anglican Church into which he was born.” But I digress. Thatcher learnt from her father “[…] the superiority of decisive practical action over mere hand-wringing and vapid moralizing, of the kind that all too many appeasers – in the 1930s and since – have been guilty.” As the metastases of the antisemitic cancer are spreading throughout the world, men and women of goodwill who seek to fight this disease will have to take inspiration from Margaret Thatcher to wage this vital battle. But that’s another story for another post.

I’m writing it for the first time on this blog, but I have been saying it for years. Few authors compare to Andrew Roberts. He dips his pen in the most eloquent ink to bring to life figures who have heaps of lessons to teach us (sometimes about values not to espouse like in the case of Hitler or Stalin).

If there was one leader about whom I would love to know what Andrew Roberts has to say, it would be Moshe Dayan. He mentions him on a few occasions in the book. Just enough to tease, but who knows? We might see something published about the famous Israeli warlord by the author in the future.

Leadership in War is an essential addition on the bookshelves of any leadership enthusiast, whether in the business world, in politics or in the ranks of the military.

239 pages of exquisite intellectual pleasure.

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Andrew Roberts, Leadership in War: Essential Lessons from those who made history, New York, Viking, 2019, 256 pages.

I would like to express my heartfelt gratitude to the fantastic Sharon Gill at Penguin Random House Canada for helping me with a review copy of this excellent book.

Le génie en guerre

ClaudeQuetelOperationsWW2« La guerre n’est jamais avare de nouvelles inventions », d’écrire l’historien Claude Quétel dans son dernier livre Les opérations les plus extraordinaires de la Seconde Guerre mondiale. J’oserais pousser la note en ajoutant « et d’audace » à cette formule, tellement les stratèges et leurs exécutants y sont allés de prouesses souvent inimaginables durant ces hostilités.

Ces 400 pages m’ont donné l’impression que l’auteur a pris la plume spécialement pour moi. D’abord parce que je suis un fan fini de Ian Fleming et de James Bond, j’ai toujours été fasciné par tout ce qui entoure les opérations spéciales et j’ai eu le privilège de visiter certains lieux décrits entre les couvertures du livre.

Je conserverai toujours un souvenir impérissable de cette journée d’été passée à Zagan, localité polonaise située à environ 200 km de Berlin et 400 km de Varsovie, lien emblématique où était localisé le célèbre camp allemand de prisonniers de guerre Stalag Luft III – immortalisé dans le long métrage La grand évasion (The Great Escape) (1963), mettant en vedette Steve McQueen, Richard Attenborough, Charles Bronson et James Donald pour ne citer que ces noms-là.

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Photo prise au-dessus du nom du Squadron Leader Roger Bushell, lors de ma visite à Zagan à l’été 2015.

Effectuer de nos jours le court parcours du tunnel Harry offre au visiteur la possibilité de mieux comprendre la détermination, l’esprit de sacrifice et la maestria de ces braves hommes qui n’avaient rien perdu de leur volonté de croiser le fer avec la horde nazie. Leur quête d’évasion était d’ailleurs une manière très imaginative de poursuivre ce combat. Et que dire de l’émotion ressentie à la vue du nom de Roger Bushell (le fameux Roger interprété par Richard Attenborough dans le film) inscrit sur l’une des stèles de granit alignées, immortalisant le point de départ, le parcours très étroit, l’effondrement du tunnel et le point de sortie creusé et emprunté par les valeureux fugitifs.

Et que dire que la visite privée qui nous avait été généreusement offerte il y a de cela quelques années par un officier britannique à la retraite plus tôt à travers les tunnels creusés pendant le conflit mondial dans le roc de Gibraltar et sillonnés par nul autre qu’Eisenhower. J’imaginais les tractations et décisions à prendre par le grand homme en sillonnant ces passages interdits au grand public. Si seulement le rocher pouvait parler…

Vous l’aurez compris, j’ai une appétence passionnée pour le sujet. Et les 32 chapitres du livre ont dépassé mes attentes, notamment grâce au style de l’auteur. Les formules du genre « Le pacifisme et son cousin le défaitisme sévissent dans la troupe » ou « Dans le domaine de l’imagination, des trouvailles en tous genres et des idées baroques, la Grande-Bretagne en guerre mérite incontestablement la palme. Ces insulaires ont une psychologie d’éternels assiégés » émaillent le propos et agrémentent la lecture.

On croise aussi fréquemment un « grand amateur d’opérations spéciales » nommé Winston Churchill et d’une Écosse véritable pépinière des forces spéciales britanniques – un héritage notamment commémoré par l’impressionnant Mémorial des commandos situé à Spean Bridge en plein cœur des Highlands (une heure environ au sud-ouest du Loch Ness) et surplombant la région où les combattants appelés à accomplir des faits d’armes légendaires s’entraînaient inlassablement. Ce qui n’a rien pour me déplaire, bien au contraire.

Bref, si vous nourrissez un intérêt pour les batailles de l’ombre durant la Seconde Guerre mondiale, il serait tristement regrettable que vous passiez à côté de ces excellentes pages. J’aurais pratiquement même envie de les qualifier de délicieuses, tellement je suis gourmand du genre.

Avec tout ce qu’elle comporte de barbarie, de souffrances et souvent de stupidité, la guerre est champ de l’activité humaine qui fait aussi souvent appel à ce que l’être humain a de plus précieux pour son avancement, son génie.

En trois mots, le dernier livre de Claude Quétel est un pur délice.

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Claude Quétel, Les opérations les plus extraordinaires de la Seconde Guerre mondiale, Paris, Perrin, 2019, 400 pages.

Je tiens à exprimer ma profonde reconnaissance envers Interforum Canada de m’avoir gracieusement offert un exemplaire du livre.

The Rehabilitation of Ehud Olmert

ShadowStrikeReading Yaakov Katz’s book Shadow Strike, one literally feels in the midst of security briefings or witnessing military preparations. The political and military climates detailed are just surreal, as the main character walks a treacherous tightrope. I once was told that a good author can describe a situation or person in a convincing manner, but an excellent one will sweep you up in the action, making you feel as if you were there. In the case of Shadow Strike, I was so engrossed by the story that it was almost impossible for me to put the book down, so anxious was I to know how it would unfold.

Sandwiched between two larger-than-life figures – Ariel Sharon and Benjamin Netanyahu – the career of Israel’s 12th Prime Minister, Ehud Olmert, would seem to many observers as a footnote in Israel’s political history. Yet, Olmert took a fateful decision in September 2007. A decision shrouded in secrecy, to preserve the security and survival of his country. The genesis and evolution of this decision is masterly explained by the author, who is also the editor-in-chief of the Jerusalem Post, in this gripping book.

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Former Israeli Prime Minister Ehud Olmert. Source: https://www.calcalistech.com/ctech/articles/0,7340,L-3759710,00.html

After learning from the Mossad of the existence of a nuclear reactor in Bashar al Assad’s backyard, the Prime Minister took the decision to take it out before it could prove harmful to his fellow citizens. To this day, too few people realize and understand that Israel cannot gamble with its security.

Along the way, he could not afford the diplomatic option favored by the Bush administration.  He also had to cope with the opposition and difficult temper of his own Defense Minister, former Prime Minister Ehud Barak. Every step of the way, secrecy was of the utmost importance in order to ensure the mission’s successful completion but also not to provoke the retaliation of the Assad régime. From the get-go, Olmert was ready to soldier on, showing that his political spine was made of steel.

The fact that Ehud Olmert carried the day against all odds is a powerful testament to the fact that his mandate has not only been successful, even though it will definitely have been marked by humility. He might not have the persona of those tenacious fighters who, like Ariel Sharon, protected Israel in the unit 101 and 202 in the early years of the State, nor the unique eloquence and intellect of Benjamin Netanyahu, but Ehud Omert did what he had to do during these fateful days of 2007. He safeguarded Israel and its future at a very crucial moment.

If only for that, I’m thankful for Yaakov Katz not only because he is one of the most gifted writers I have had the pleasure to read, but also for convincing me that this man has been an underestimated statesman. It’s about time we express some sort of heartfelt gratitude – no matter the fallout of his premiership.

Personally, I hope I will someday have the opportunity and pleasure of telling him in person.

P.S. I’d like to express special thanks to Mr. Joseph Rinaldi, from St. Martin’s Press, for his precious assistance, which proved very helpful in the preparation of this review.

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Yaakov Katz, Shadow Strike: Inside Israel’s Secret Mission to Eliminate Syrian Nuclear Power, New York, St. Martin’s Press, 2019, 320 pages.

Highland Warriors

HighlandWarriors
One of the many beautiful paintings on display at the “Highland Warriors” exhibit at the Canadian War Museum in Ottawa.

Few years ago, when I visited Scotland for the first time, the legendary National War Museum of Scotland was one of the first places I wanted to visit in Edinburgh.

Walking through this jewel of military history, I came across a description of a 1915 German medal, “representing the figure of Death as a Scottish piper”. Many things come to my mind when I think of a piper, but certainly not death. But I could understand how the Kaiser troops must have felt when facing the gallant sons of Caledonia on the battlefield:

German soldiers developed their own view of highland soldiers and were believed to have nicknamed their kilted enemy ‘the ladies from hell’. This back-handed compliment was rather appreciated in Scotland.”

You may say I’m partial because of my Scottish ancestors and you are right. I am partial, I admit it and I cherish it. Nevertheless, you have to admit that Highland Warriors are among the best in history.

But, please, don’t take my word for it.

Take into account what acclaimed military historian Saul David wrote about them:

HighlandWarriors3“This charge of Fraser’s 78th [during the battle of the Plains of Abraham in 1759] and the heroic performance of the 42nd at Ticonderoga, would transform the image of the Highlanders in the popular consciousness from that of dangerous savages who posed a threat to the security of the state to loyal and hardy shock troops of the empire. From this point on, the Highlanders joined the Guardsmen as the elite of the British Army, and both would win laurels in virtually every major conflict they fought, often – as was the case in Waterloo, the Alma, Tel-el-Kebir, Loos and Alamein – fighting almost side by side.” (All the King’s Men, p. 180).

If I got your attention this far on my post, then you will want to visit Canada’s War Museum’ awesome special exhibition on “Highland Warriors” which is on display until January 12th, 2020 in Ottawa.

In 2014-2015, my family and I lived in Scotland for six months. We visited many military museums – unfortunately not all of them. Nonetheless, I can attest that the historians and museologists of the Canadian War Museum have been able to recreate the same subdued ambiance and reverence as the one I experienced in Edinburgh, Aberdeen, Stirling and Fort George.

The set of lights, the chosen artefacts and the short but eloquent captions and descriptions contribute significantly to a unique experience for whoever truly wants to understand the nature and importance of Scotland’s contribution to military history and heritage for centuries.

Right when we exited the exhibition to make our way to the LeBreton Gallery (a favorite of my sons who can see tanks), my 9 years old daughter came to me and told me sotto voce: “Dad, our ancestors were real badass.”  I could feel the pride and admiration in her voice. And I shamelessly agree with her.

So, many sincere thanks to the Canadian War Museum staff for planning and organizing this fantastic exhibition – probably the best exhibition I ever visited. For a little more than an hour, you made me feel like I was back in Scotland.

So, you can call it a vibrant success. Because it is.

Nemo me impune lacessit

Les Red Arrows impressionnent Gatineau

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La haute-commissaire britannique Susan le Jeune d’Allegeershecque.

J’avais l’immense privilège d’être invité hier à l’arrivée des légendaires Red Arrows (l’escadrille acrobatique de la Royal Air Force) à l’aéroport de Gatineau. Ceux-ci prendront part aujourd’hui au spectacle aérien organisé par Aéro Gatineau-Ottawa.

En attendant l’atterrissage des 10 pilotes en formation, les représentants des médias ont pu assister au décollage de deux Spitfire et du majestueux et imposant C-400 servant au transport du matériel et du personnel de soutien de l’équipe.

Présente sur place, la haute-commissaire du Royaume-Uni au Canada, Susan le Jeune d’Allegeershecque, était ravie de la venue des Red Arrows en sol canadien. « Je pense qu’il s’agit là d’une belle manifestation des relations très étroites qui existent entre nos deux pays, une relation que nous ne devons jamais prendre pour acquise », d’avancer la diplomate qui se réjouissait par ailleurs du fait que les pilotes britanniques s’exécutent d’abord dans le ciel canadien avant de s’envoler pour les États-Unis pour poursuivre leur tournée nord-américaine. Il s’agit de la première présence des Red Arrows au Canada depuis 11 ans.

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En compagnie du Squadron Leader Martin Pert, un Écossais fort sympathique.

Rencontré à la toute fin de l’événement, le Squadron Leader Martin Pert (Red 1) – qui est originaire de Glasgow en Écosse – exprimait lui aussi son bonheur de séjourner chez nous. Questionné à savoir quels sont les ingrédients du succès pour lui et ses coéquipiers, il n’a pas hésité à mentionner la préparation et la patience. Le sympathique et généreux pilote expliqua également à des représentants des médias qu’une telle prestation nécessite beaucoup de travail. On parle d’environ un an de préparation. Lui et son équipe ne prennent donc rien à la légère pour en mettre plein la vue à leurs spectateurs.

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Un appareil de l’escadrille des Red Arrows.

À l’heure où la Grande-Bretagne traverse une période politique très intense avec le Brexit et l’arrivée de Boris Johnson aux commandes du pays, la tournée des Red Arrows constitue une expression vrombissante et saisissante de l’immense et efficace soft power (puissance douce)de cette nation attachante qui n’en est pas aux premières heures difficiles de son histoire. La présence dans le ciel gatinois des deux Spitfire était d’ailleurs un beau clin d’œil à la bataille d’Angleterre, en 1940, durant laquelle les pilotes britanniques ont vaincu leurs adversaires de la Luftwaffe, évitant ainsi au pays de devoir composer avec un débarquement allemand.

L’histoire se répète souvent, bien que sous des déguisements différents, et elle sert de muse à ceux et celles qui veulent en retenir les leçons. Quoi qu’il arrive dans les prochaines semaines et les prochains mois, les Britanniques entendent bien demeurer une nation forte et inspirante à l’échelle internationale.

Pour l’heure, merci infiniment aux gens de Aéro Gatineau-Ottawa pour cette magnifique activité et pour la généreuse invitation à y prendre part.

Per Ardua ad Astra.