“Le vrai héros, c’est le peuple ukrainien”

Soldats ukrainiens en action (source: Harvard Law School)

Régis Genté est spécialiste des cercles du pouvoir en Russie et en Ukraine et il est le coauteur d’une éclairante biographie du président Volodymyr Zelensky que je viens d’ailleurs de recenser. J’apprécie particulièrement son analyse, en raison du recul qu’il prend face au caractère souvent superficiel de l’actualité. Son propos repose sur une lecture renseignée de la situation. Il a aimablement accepté de répondre à mes questions pour cette entrevue dont l’objectif est largement de souligner le 31e anniversaire de l’indépendance de l’Ukraine. Voici donc le contenu de notre échange.

M. Genté, dans votre livre Zelensky : Dans la tête d’un héros, vous brossez le portrait étonnant d’un personnage impulsif, agressif et qui maîtrisait mal ses dossiers à certains moments, notamment devant les médias. Serait-il une bête de communications sans contenu ? Quel a été l’impact de la guerre dans son caractère?

Il y a un peu de cela à la base. Zelensky fait partie de cette génération d’hommes politiques pour qui la communication et l’image jouent un rôle clé. Qui croient qu’avec de la communication, de la production de messages, on peut diriger un pays. Il semble avoir été très longtemps, littéralement jusqu’à la veille de la guerre, déconnecté des réalités, de la réalité des forces qui font ce que la politique est ce qu’elle est en Ukraine.

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Zelensky, chef de guerre malgré lui

Avant le 24 février 2022, rares étaient celles et ceux – hormis les férus d’actualité ou les familiers de son pays – à connaître ou savoir prononcer le nom du président ukrainien Volodymyr Zelensky. Depuis ce jour fatidique, son nom a tellement été lu et entendu qu’il est devenu incontournable dans l’actualité.

Mais qui est donc cet homme qui préside aujourd’hui même le 31e anniversaire de l’indépendance de l’Ukraine et qui tient obstinément tête à Vladimir Poutine, qui sermonne les capitales occidentales quant à la tiédeur de certaines réactions et qui aura inspiré une foule de gens par un courage peu commun face à l’adversité? Napoléon aurait exprimé que « nul n’est grand devant son valet de chambre ». Le même constat s’applique vraisemblablement pour quiconque revêt les habits de biographe d’un illustre personnage.

J’étais donc impatient de parcourir Zelensky : Dans la tête d’un héros (Robert Laffont) sous la plume de Régis Genté et Stéphane Siohan – le premier étant un spécialiste de l’ancien espace soviétique et le second observant le président ukrainien depuis ses débuts dans la vie publique. Et je dois avouer que je n’ai pas été déçu. Ils brossent le portrait d’un comédien jadis russophile doublé d’une bête de communication. À la lecture de l’ouvrage, on comprend rapidement que pratiquement rien ne promettait Zelensky à un destin aux commandes de l’Ukraine à partir de 2019. Il n’avait rien d’un animal politique.

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Le jour où Gorbatchev a perdu

C’était il y a 31 ans. J’étais sur le point de débuter mes études collégiales, antichambre de l’université au Québec. Déjà féru d’actualité politique internationale, tout ce qui concernait Mikhaïl Gorbatchev me captivait. J’aurais le privilège de le rencontrer plus tard, mais c’est une autre histoire. Toujours est-il qu’en ce beau jour du mois d’août 1991, je fus bouleversé d’apprendre qu’on venait d’initier un putsch contre ce leader que j’admirais.

Toutes les heures, je téléphonais à la salle de réaction de mon journal local pour m’enquérir des nouvelles à ce sujet… Nous n’avions ni CNN, ni l’Internet à cette époque. Le généreux directeur de la salle de réaction, Pierre-Yvon Bégin, me répondait toujours avec affabilité et générosité. Il m’avait même offert des photos de Gorbatchev. En souvenir, au cas où…

Ce 19 août 1991 est toujours resté gravé dans ma mémoire, parce qu’il constituait selon moi un point de rupture. Avec le temps, je mesure à quel point ce moment fatidique scella le destin non seulement de Gorbatchev, mais également de Boris Eltsine et aussi, dans une certaine mesure, du jeune Vladimir Poutine qui allait apprendre de cette période fatidique comment ne pas faire de politique dans son pays.

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Poutine parmi les loups

Durant mes études universitaires, un professeur de relations internationales a émis un jour une observation qui m’est demeurée à l’esprit. À un collègue qui lui demandait une suggestion de lecture biographique à propos du président Nixon, le professeur lui avait conseillé le premier tome de la trilogie que lui avait consacré l’historien réputé Stephen E. Ambrose. Devant notre étonnement face à cet éloignement des hauts faits internationaux du grand personnage pour nous diriger vers les pâquerettes de la jeunesse, l’érudit personnage rétorqua que les clés pour comprendre la personnalité et les agissements de tout grand personnage se trouvent dans l’enfance et la jeunesse.

À cet égard, L’Engrenage (Albin Michel) de Sergueï Jirnov, un ancien officier supérieur du KGB, offre aux lecteurs un portrait décapant qui permet de mieux saisir la personnalité de Vladimir Poutine. Comparativement à la majorité des observateurs qui se prononcent au sujet du président russe, l’auteur a « […] croisé la route de Poutine à plusieurs reprises dans le passé. » Il est aussi l’un des rares « […] à l’avoir rencontré quand il n’était encore personne » et à témoigner ouvertement de son expérience et de ses impressions.

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De la solidité du système Poutine

Igor Setchine et le président russe Vladimir Poutine (source: The Moscow Times)

Il y a deux semaines, un article paru dans The Telegraph rapportait les propos du chef d’état-major de la Défense de la Grande-Bretagne, Sir Tony Radakin, selon lequel ceux et celles qui prétendent que le président russe Vladimir Poutine serait affligé d’une santé en détérioration ou serait potentiellement la cible d’une tentative d’assassinat se bercent d’illusion. Dit autrement, le grand patron du Kremlin est toujours bien en selle.

Un argument renforcé à la lecture d’une étude récente de l’Ifri (l’Institut français des relations internationales) sous la plume du chercheur Régis Genté, lequel est également coauteur de la biographie Volodymyr Zelensky – Dans la tête d’un héros (Robert Laffont) que je recenserai bientôt sur cette page. C’est ainsi que Cercles dirigeants russes : Infaillible loyauté au système Poutine? dresse la carte du système planétaire qui gravite autour de l’astre russe.

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Le chaos, cet allié de Vladimir Poutine

Mais quelle mouche a bien pu piquer Vladimir Poutine? Telle est la question que je me posais au matin du 24 février 2022, agglutiné que j’étais aux informations et reportages continus diffusés sur CNN. Depuis des années, je m’intéresse au président russe et à la dynamique géopolitique qu’il a instauré dès son entrée en fonction. Le livre d’Isabelle Mandraud et Julien Théron, Poutine, la stratégie du désordre (Tallandier) m’apparaissait comme contribuant à répondre aux nombreuses questions qui se bousculaient dans mon esprit en cette froide matinée.

« La violence est constitutive de la présidence de Vladimir Poutine », exposent les auteurs. On pourrait même ajouter qu’elle est en filigrane de l’histoire de la Russie depuis des siècles. L’âme russe s’est forgée au son des épées, dans le bruit des canons et le sacrifice de la boue et du sang des champs de bataille. Lors de mes deux séjours à Moscou, j’avais été frappé par l’importance de l’héritage militaire de ce pays en sillonnant les expositions du musée de la guerre patriotique de 1812 à quelques pas du Kremlin et le musée de la Victoire consacré à la Deuxième Guerre mondiale.

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De Gaulle aurait condamné sans appel l’intervention russe en Ukraine

Le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev en compagnie du Général de Gaulle (source Histoire & Civilisations)

J’ai récemment eu le privilège d’adresser quelques questions à l’historien et auteur de renommée internationale Éric Branca, dans le contexte de la guerre en Ukraine. Avec un retard pour lequel je suis désolé, il me fait grand plaisir de publier aujourd’hui cet entretien qui soulève des aspects éclairants.

Voici donc le contenu de notre échange.

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BookMarc : Monsieur Branca, sans vouloir tomber dans l’imprudence d’une conjecture, disposons-nous d’indices pour savoir comment de Gaulle aurait réagi à la suite de l’invasion de l’Ukraine le 24 février dernier?

Éric Branca : Il est toujours périlleux de faire parler les morts ou de dire ce qu’ils auraient fait, mais il est relativement simple de savoir ce qu’ils n’auraient pas fait, sachant ce qui a constitué la logique profonde de leur existence et de leur action, en l’occurrence l’indépendance de la France et sa mise au service de la paix en luttant contre les empires.

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Vladimir Poutine et la nouvelle armée russe

Lundi prochain, les troupes russes défileront au pas d’oie sur la Place rouge. Elles sont déjà en répétition sur la rue Tverskaya. Les forces militaires profiteront également de l’occasion pour faire parader l’attirail qui forme l’arsenal de Moscou. Le Jour de la Victoire est toujours un moment fort dans la psyché russe, en raison de la place dominante occupée par la guerre dans l’histoire du pays.

Depuis l’invasion de l’Ukraine le 24 février dernier, l’armée russe est omniprésente dans l’actualité internationale et sa performance outre-frontière soulève plusieurs questions et observations.

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« L’invasion de l’Ukraine par la Russie complique les choses pour Xi Jinping » – Jean-Pierre Cabestan

Source: Financial Times

Dans la foulée de ma recension de son dernier livre, le sinologue réputé Jean-Pierre Cabestan, qui est professeur de sciences politiques à la Hong Kong Baptist University, a généreusement accepté de m’accorder une entrevue. Étant donné sa longueur, j’ai décidé de la publier en deux parties.

Puisqu’il y est question de la Chine et de l’impact de la guerre en Ukraine sur les relations entre Pékin et Washington, ses observations mettent en lumière une dynamique incontournable dans les relations internationales.

Voici le contenu de notre échange.

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Professeur Cabestan, dans votre excellent livre Demain la Chine : guerre ou paix?, vous évoquez souvent la notion de « passion et de poudre ». Nous en observons actuellement une manifestation ailleurs sur le globe, en Ukraine. Quelle est votre lecture de l’attitude de la Chine dans la guerre initiée par Moscou en Ukraine? Pensez-vous que l’attitude du Kremlin vient brouiller les cartes pour Xi Jinping?

L’invasion de l’Ukraine par la Russie complique les choses pour Xi Jinping, et pas seulement à propos de Taiwan. Elle montre que le passage du seuil de la guerre a de multiples conséquences, souvent incalculables, et peut déclencher une escalade, voire une nucléarisation du conflit, également difficilement prévisible et contrôlable.

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« Nous avons été trop mous avec Poutine »

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky (source: New York Post)

Les événements tragiques qui se déroulent en Ukraine depuis jeudi dernier me ramènent à la lecture du livre La honte de l’Occident, à l’intérieur duquel le journaliste Antoine Mariotti relate les tribulations diplomatico-militaires par lesquelles l’Occident a littéralement laissé le champ libre à Vladimir Poutine en Syrie. C’était il y a moins de 10 ans. Je ne peux m’empêcher d’identifier dans cet ouvrage la matrice du mode opératoire du Kremlin lorsqu’il décide que le temps est venu de faire déferler sa force militaire sur un sol étranger.

Je me suis donc entretenu avec M. Mariotti et j’ai recueilli ses observations relativement à la situation actuelle dans ce pays où Moscou veut imposer par les armes un second Holodomor (terme désignant la grande famine causée en Ukraine en 1932-1933 par Staline).

Voici le contenu de notre échange.

M. Mariotti, avez-vous été étonné de l’invasion de l’Ukraine par la Russie?

Pour être honnête, oui parce que j’avais « parié » qu’il n’irait pas. Je pensais que Poutine pousserait le bouchon aussi loin que possible pour mettre une pression diplomatique, politique et même militaire… mais je ne pensais pas qu’il s’engagerait dans une offensive si massive en Ukraine, pas en dehors du Donbass. Ce n’est toutefois pas une surprise et ce n’était pas impensable, comme ont pu le titrer certains médias, parce que cela fait des mois que l’on sait que le risque existe et plusieurs semaines que les États-Unis avertissaient qu’il allait envahir. Mais je pensais qu’avec cette pression, il ne lancerait pas une telle offensive.

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