De Gaulle et Israël

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Le Premier ministre israélien David Ben Gourion et le président Charles de Gaulle (source: Nouvel Observateur)

Nous célébrerons dans quelques heures le 72e anniversaire de l’indépendance de l’État d’Israël, une célébration connue sous le nom de Yom Ha’atzmaut.

 

C’est donc un réel privilège pour moi de publier ici les réponses aux questions que j’ai adressées à l’historien et journaliste Éric Branca, lesquelles portaient principalement sur la relation – amicale, me permettrez-vous de le souligner – entre Charles de Gaulle et David Ben Gourion, premier Premier ministre d’Israël.

Je rappelle ici que M. Branca est l’auteur d’un livre passionnant, De Gaulle et les grands (publié par les Éditions Perrin) qui contient notamment un chapitre portant sur la relation fascinante entre les deux hommes d’État. Un livre à lire, absolument!

Voici le contenu de notre échange.

De Gaulle reconnaissait le génie politique de David Ben Gourion et appréciait Shimon Peres.

Après avoir lu De Gaulle et les grands, une conception qui m’habitait a été battue en brèche, celle suivant laquelle le Général était un politicien conservateur (je pense principalement à votre chapitre sur sa relation avec Jean XXIII). Selon vous, où se situerait-il aujourd’hui sur l’échiquier?

DeGaulleEtLesGrandsDe Gaulle n’était, par nature, ni conservateur ni progressiste, ou si vous préférez, il était les deux à la fois, ce qui revient au même. Comme président de tous les Français, il tenait pour son devoir d’emprunter ce qu’il y avait de meilleur dans les deux traditions politiques pour assurer le Salut public. Nul n’a mieux résumé sa propre position sur le sujet que lui-même, lors de son entretien télévisé du 15 décembre 1965 avec Michel Droit : « La France, c’est tout à la fois. Ce n’est pas la gauche, la France! Ce n’est pas la droite, la France! Naturellement, les Français, comme de tout temps, ressentent en eux des courants. Il y a l’éternel courant du mouvement qui va aux réformes, qui va aux changements, qui est naturellement nécessaire, et puis, il y a aussi un courant de l’ordre, de la règle, de la tradition, qui, lui aussi, est nécessaire. C’est avec tout cela qu’on fait la France. Prétendre faire la France avec une fraction, c’est une erreur grave, et prétendre représenter la France au nom d’une fraction, c’est une erreur nationale impardonnable. » 

Je m’intéresse beaucoup à l’histoire politique d’Israël. Et votre chapitre sur la relation de de Gaulle avec Ben Gourion fut un véritable délice. Vous évoquez, à la page 280, que le Général reconnaissait le génie politique et militaire du premier ministre israélien. Puisque je comprends que vous ne pouviez tout écrire dans votre livre (faute d’espace), accepteriez-vous de nous en dire plus à ce sujet?

Le génie politique de Ben Gourion s’est notamment manifesté dans l’affaire de l’Exodus, laquelle a plus fait pour la cause israélienne que tous les attentats de l’Irgoun.

Ce qui a convaincu de Gaulle du génie politique de Ben Gourion, c’est la manière dont il a mené sa barque à l’égard des Britanniques en se rangeant loyalement à leur côté contre les nazis jusqu’à la capitulation du Reich puis, au lieu de combattre ouvertement la Grande-Bretagne quand celle-ci cherchait à se maintenir de force en Palestine, en prenant le monde à témoin de l’injustice que l’Angleterre faisait subir au peuple juif en empêchant l’installation en Palestine des victimes de la Shoah. L’affaire de l’Exodus a plus fait pour la cause israélienne que tous les attentats de l’Irgoun. Pour de Gaulle, cette stratégie était la marque d’un grand politique, l’équivalent de ce que lui-même avait fait quand, après le débarquement américain en Afrique du Nord, il avait pris l’opinion à témoin de l’injustice que Roosevelt faisait subir à la France en préférant pactiser, à Alger, avec les représentants de Vichy plutôt qu’avec les Résistants de la première heure… De Gaulle, comme Ben Gourion, étaient passés maîtres dans l’art de la stratégie asymétrique, autrement dit, de la dissuasion du faible au fort.

À juste titre, Ben Gourion prévoyait que le refus du plan de partage de 1947 par les Arabes serait la cause de beaucoup de conflits ultérieurs.

Le Général avait également jugé à sa juste valeur le réalisme de Ben Gourion qui, en 1948, avait accepté le plan de l’Onu de partager la Palestine entre juifs et Arabes… Et sévèrement jugé le rejet de ce plan par ces derniers, qui privaient, ipso facto, les Palestiniens de frontières internationalement reconnues et garanties, à l’égal des frontières israéliennes. Il prévoyait, à juste titre, que ce refus serait la cause de beaucoup de conflits ultérieurs. Remarquez bien aussi qu’il ne mettait pas en cause les Palestiniens eux-mêmes, auxquels on n’avait guère demandé leur avis, mais bien les États arabes de la région qui, en refusant l’existence de l’État d’Israël, faisait preuve d’un maximalisme qui mettait en cause la sécurité même desdits Palestiniens. Accepter la création d’Israël était, pour lui, la garantie même de l’existence d’un État palestinien.

Au Moyen-Orient comme ailleurs, de Gaulle a toujours considéré l’équilibre comme la principale vertu pour maintenir la paix.

Une autre idée reçue qui a été mise à mal en lisant votre livre est justement relative à la relation entre de Gaulle et Israël. Je n’avais pour seule impression que celle de son propos (incendiaire) sur « le peuple dominateur », mais je perçois que sa position n’était pas aussi tranchée. À part Ben Gourion, qu’il considérait comme son ami, avait-il noué des relations avec d’autres grandes figures du pays?

N’oubliez pas l’entièreté de la phrase : « peuple d’élite, sûr de lui et dominateur ». Si de Gaulle avait une grande admiration pour le peuple israélien et sa combativité, il le mettait en garde contre la tentation de tout État, juif ou non, ce n’est pas la question, d’user et d’abuser de sa force. « N’exagérez pas! » a toujours été son maître mot quand il rencontrait des dirigeants israéliens. Ce n’est pas parce que les Arabes ont eu tort de ne pas saisir la main tendue de 1948 qu’il fallait en profiter pour les écraser. Car alors, on entre dans le cycle mortel « occupation, répression, expulsion » qu’il décrit dans sa fameuse conférence de presse de 1967. Et on crée, en retour, les conditions d’un terrorisme non moins injuste. Au Moyen-Orient comme ailleurs, de Gaulle a toujours considéré l’équilibre comme la principale vertu pour maintenir la paix. C’est pourquoi il a toujours dit que la France serait toujours du côté de l’État d’Israël si son existence devait être mise en cause, mais qu’il ne le soutiendrait pas s’il lui arrivait de s’en prendre à ses voisins, même « préventivement ». Il ne vous aura pas échappé, d’ailleurs, que ceux qui attaquent font toujours usage du concept de « prévention »… Les Arabes en 1957 ou 1973; les Israéliens en 1967. De Gaulle n’était pas dupe de ce petit jeu sémantique.

Quant à votre question sur les personnalités sionistes que de Gaulle appréciait, j’en vois au moins deux : le grand écrivain Albert Cohen qui, comme directeur de l’Agence juive, avait puissamment aidé la France Libre à ses débuts ; et Shimon Peres, qui deviendra premier ministre puis président de l’État d’Israël, et qu’il avait connu quand celui-ci était le bras droit de Ben Gourion au parti travailliste.

La pensée sociale de de Gaulle fit en sorte qu’il s’intéressait aux Kibboutz et aux réalisations sociales du sionisme « travailliste » dont il admirait les réalisations.

Vous exposez fort bien que de Gaulle se situait dans le camp du progressisme, ce qui constitue une passerelle avec le peuple juif, lequel est très attaché à des valeurs que l’on pourrait qualifier « de gauche ». En raison du fait que c’est l’un des sujets à propos duquel votre livre suscite la plus grande curiosité en moi, accepteriez-vous de nous en dire plus sur la pensée sociale du célèbre personnage?

Attention à ne pas faire du général un « progressiste » au sens actuel du terme. De Gaulle était un apôtre du progrès social – au sens de la lutte contre les inégalités – il n’était pas pour le « progressisme » au sens qu’a pris ce mot depuis longtemps en Amérique du Nord, ou dans la France d’Emmanuel Macron, qui consiste à considérer que toutes les revendications issues de la société sont acceptables, fussent-elles les plus minoritaires. Pour de Gaulle, l’État a pour vocation d’incarner l’intérêt général, le bien commun. Cela signifie qu’il n’est pas dans sa nature de se mettre à la remorque des pulsions individualistes qui peuvent se faire jour à tel ou tel moment, à la faveur de telle ou telle atmosphère. Sa pensée sociale, rappelons-le encore et toujours, puisait ses racines à la fois dans la doctrine sociale de l’Église (Ozanam, Lamennais, La Tour du Pin) et dans la tradition du socialisme français non marxiste, celui de Proudhon, en particulier. L’idée de « l’association capital-travail », qui a donné naissance à la « participation » est directement issue de ces deux courants, complémentaires dans son esprit. D’où son intérêt pour les Kibboutz et les réalisations sociales du sionisme « travailliste » dont il admirait les réalisations, comme il l’a écrit en 1940 à Albert Cohen.

Merci de citer la source si vous utilisez ce texte.

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Éric Branca, De Gaulle et les grands : Churchill, Hitler, Roosevelt, Staline, Tito, Adenauer, Jean XXIII, Houphouët-Boigny, Kennedy, Ben Gourion, Nasser, Nixon, Franco, Mao…, Paris, Perrin, 2020, 432 pages.

De Gaulle et les grands

DeGaulleEtLesGrandsMa fascination envers le Général de Gaulle est une vocation tardive. Pour tout dire, j’ai commencé à m’intéresser à lui un beau jour de septembre 2014, alors que je me trouvais dans un salon de barbier londonien et que j’ai fait la rencontre d’un anglais francophile dont la mère avait été la secrétaire du grand homme pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette agréable discussion a déposé en moi un grain qui allait germer au fil du temps.

À l’approche du 50e anniversaire de la disparition de l’homme du 18 juin, les publications à son sujet ne manquent pas et les éditions Perrin nous choient avec plusieurs titres aussi invitants les uns que les autres.

À cet égard, le sympathique journaliste et historien Éric Branca a piqué ma curiosité avec son dernier livre, De Gaulle et les grands. Parce qu’il campe le Général dans ses relations avec les autres grandes pointures de l’histoire contemporaine. Admirateur de Ben Gourion et de Kennedy, fasciné par Mao, toujours curieux de lire ce que les auteurs ont à dire au sujet de Roosevelt et Staline et irréductible de Churchill, je ne pouvais laisser ce livre trop longtemps sur ma liste de titres « à lire ». Y plonger était une gourmandise à laquelle je ne voulais pas résister.

Les relations internationales faisant partie de mes sujets de prédilection, Éric Branca m’a permis de relever à quel point de Gaulle était un réaliste (le terme revient à plusieurs reprises entre les couvertures), un pragmatique dans tous les sens du terme. À témoin, la citation suivante : « J’aime mieux voir à la tête du Parti communiste, un homme qui gardera toujours accrochée aux fesses la casserole de sa désertion plutôt qu’un authentique résistant […]. » J’ai trouvé ça délicieux.

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Le Général de Gaulle et le Président Nixon en 1969 (Source: Richard Nixon Foundation)

Mais de Gaulle était aussi un anticonformiste déclaré et assumé. C’est ainsi que l’homme d’État demeurait de glace devant les approches de Tito, puisque celui-ci était un usurpateur profitant des actions posées par « le vrai héros national », Draža Mihailović (que Tito fera liquider), celui « […] qui a fait perdre deux ou trois mois à la Wehrmacht au printemps 1941 (en utilisant les méthodes de la guérilla). Il a empêché les Allemands d’atteindre Moscou et Leningrad avant l’hiver. C’est peut-être lui qui a causé la perte de Hitler », selon le Général.

Ou encore la réponse du Général à son ambassadeur à Washington qui lui recommande de ne pas rencontrer le candidat à l’investiture républicaine en 1968, Richard Nixon, puisqu’on accorde à ce dernier bien peu de chances d’arriver premier au fil d’arrivée. Sur le télégramme apportant ce conseil, de Gaulle griffonne : « Je le recevrai donc. »

Je mentionne une dernière anecdote, probablement la plus savoureuse selon moi, au sujet de l’intervention du président français dans l’élection du successeur du pape Pie XII. Dès le lendemain du décès de celui-ci, il envoie l’avion présidentiel chercher l’ambassadeur français à Rome pour déterminer quel candidat répondra le mieux aux intérêts de l’Hexagone. C’est sur le patriache de Venise, le cardinal Roncalli, que se jette le dévolu de l’Élysée. Au dixième tour de scrutin, le parti français au Conclave parvient à faire pencher le résultat en faveur de celui qui deviendra le pape Jean XXIII. À lui seul, le chapitre consacré à la relation de de Gaulle avec l’initiateur du Concile Vatican II mériterait certainement un livre entier.

Chacun des chapitres du livre est rempli d’anecdotes similaires, qui viennent soutenir les affirmations de l’auteur quant aux principes géopolitiques et dispositions personnelles du Général.

Puisque ce pays effectue son ascension au rang de grande puissance, la relation entre de Gaulle et Mao représente un très grand intérêt actuellement. Je sais bien qu’il n’est pas évident de faire abstraction de la Covid-19, mais il serait peut-être approprié, en envisageant le long terme, de méditer ces paroles visionnaires du Général : « Un jour ou l’autre, peut-être plus proche qu’on ne croit, la Chine sera une grande réalité politique, économique et même militaire… » 50 ans plus tard, force est d’admettre que celui qui a couché cette formule sur papier avait très bien compris que les idéologies, qu’elles soient politiques ou commerciales, constituent une entrave à ce réalisme qui permet aux relations internationales de vivre dans un équilibre dont le monde a grand besoin. Plus que jamais.

Ce livre figure d’ores et déjà dans mon classement des meilleurs livres d’histoire. Parce qu’il dévoile comment un homme qui a toujours su que « le vrai courage est d’affronter les malheurs » a pris place parmi les grands. Incontestablement, de Gaulle figure parmi les grands, j’avancerais même parmi les plus grands.

Puisque le pragmatisme, le réalisme et le progressisme (à la Nixon et de Gaulle) sont des valeurs qui me rejoignent, Éric Branca a probablement fait naître un gaulliste en moi en nous offrant ce livre exceptionnel et opportun.

Sur ce, je vais maintenant placer L’ami américain : Washington contre de Gaulle 1940-1969 – un précédent livre de cet auteur – sur la liste des livres que je lirai prochainement. Je suis déjà impatient.

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Éric Branca, De Gaulle et les grands : Churchill, Hitler, Roosevelt, Staline, Tito, Adenauer, Jean XXIII, Houphouët-Boigny, Kennedy, Ben Gourion, Nasser, Nixon, Franco, Mao…, Paris, Perrin, 2020, 432 pages.

Je tiens à remercier sincèrement les Éditions Perrin de m’avoir offert un exemplaire du livre et pour leur amical soutien envers ce blogue.

De Gaulle et la Covid-19

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L’historien et journaliste Éric Branca (source: Éditions Perrin)

Suite à la lecture de son excellent De Gaulle et les grands publié chez Perrin, me suis entretenu avec l’historien et journaliste Éric Branca à propos du général et de la crise de la Covid-19. Je vous invite d’ailleurs à lire ma recension de cet excellent livre. Voici donc, sans plus de cérémonies, le contenu de notre échange, pour lequel je lui suis d’ailleurs sincèrement très reconnaissant.

Est-ce que Charles de Gaulle serait bien équipé pour affronter une crise comme celle de la Covid-19 et pourquoi?

Vous savez, il est toujours imprudent de refaire l’histoire avec des « si »! Mais votre question est pleine d’intérêt parce que, dans ce cas précis, on sait très exactement ce que de Gaulle aurait fait… puisqu’il l’a fait! De Gaulle ou plutôt la France redevenue une très grande puissance économique grâce à son action.

Le monde a connu une crise sanitaire très semblable à celle de 2020 : la grippe de Hong Kong de 1968.

DeGaulleEtLesGrandsOn l’a oublié aujourd’hui, mais le monde a connu une crise sanitaire très semblable à celle de 2020 : la grippe de Hong Kong de 1968 qui a tué non pas 130 000 personnes dans le monde, comme le Covid-19 à la mi-avril, mais largement plus d’1 million, à une époque où la planète comptait moins de 4 milliards d’hommes. La moitié moins qu’aujourd’hui… En France, cette même grippe de 1968 a tué 17 000 personnes, sur une population de 50 millions d’habitants (contre 65 millions en 2020). C’est dire si l’alerte a été sévère.

Pour autant, le système de santé n’a pas été débordé, on n’a pas confiné toute une population chez elle, l’économie ne s’est pas arrêtée, bref, personne n’a pensé une seconde qu’une grippe, aussi contagieuse soit-elle, allait provoquer un collapsus économique planétaire semblable à la crise de 1929.

L’ouragan néo-libéral a rendu nos sociétés fragiles et détruit nos réflexes de survie sous prétexte de rationalité comptable.

Pourquoi? Parce que l’ouragan néo-libéral n’avait pas encore rendu nos sociétés si fragiles ni surtout détruit nos réflexes de survie sous prétexte de rationalité comptable. Parce que la santé publique était encore considérée comme un sanctuaire. Bref, parce que nos hôpitaux avaient les moyens de recevoir tout le monde dans de bonnes conditions, y compris les personnes âgées les plus fragiles. Pensez qu’entre 1980 et 2020 la France a perdu 40.000 lits d’hôpitaux! 1000 par an pendant 40 ans. Sous prétexte de « bonne gestion » on a généralisé les soins dits « ambulatoires », au point qu’en 2019, la doctrine officielle du ministère français de la santé, c’était qu’un établissement de santé bien géré était un établissement avec 0 lit disponible. 0 lit disponible comme 0 stock disponible pour une entreprise prétendument « bien gérée » elle aussi!!!

Le flux tendu, en fait, c’est la pensée 0. Le primat de l’immédiateté sur la mémoire, donc sur la projection dans l’avenir. Flux tendu, et rationnement (sauf pour les stock options), voilà pourtant le maître-mot du néolibéralisme dans tous les domaines. Y compris d’ailleurs pour la Défense nationale. Est-ce utile d’épiloguer sur le résultat ? Si un ministre avait expliqué cela à de Gaulle, c’est lui que le Général aurait envoyé en confinement immédiatement… Et définitivement. Pas les Français!

J’ajoute que si la situation n’était pas aussi tragique, on aurait envie de rire en entendant ceux qui ont désarmé la France nous expliquer qu’elle est en « guerre ».

Bref, pour lui comme d’ailleurs pour la plupart des dirigeants de l’époque, soyons juste, l’idée que l’hôpital ne possède pas une force de réserve pour faire face à une épidémie de grande ampleur était aussi stupide que d’envisager une économie dépendante de l’étranger pour ses stocks stratégiques, une armée dont les soldats tiennent à peine dans le stade de France et une police qui renonce à entrer dans certains quartiers…  J’ajoute que si la situation n’était pas aussi tragique, on aurait envie de rire en entendant ceux qui ont désarmé la France nous expliquer qu’elle est en « guerre ».

De Gaulle qui, c’est le moins qu’on puisse dire, savait ce qu’était la guerre, n’employait jamais ce mot à tort et à travers. Faire avancer la cause de la paix (en s’opposant à l’hégémonie des super grands) et œuvrer à long terme pour la prospérité et la sécurité des Français dont il avait la responsabilité suffisait à son bonheur. Qui peut dire qu’il n’a pas réussi dans le temps si court qui lui fut imparti et au milieu des crises qu’il eut à affronter?

Quelle fut, selon vous, la pire crise affrontée par le général de Gaulle et comment y a-t-il répondu?

 Celle, justement qui l’a fait émerger dans l’histoire : l’effondrement de la France et de ses élites, ou prétendues telles, en moins de six semaines, au printemps 1940. Lisez ou relisez les Mémoires de guerre, tout est dit en peu de mots sur ce traumatisme originel quand, le 16 mai 1940, alors que lui-même monte au front, il croise des soldats qui refluent en troupeau et auxquels les Allemands ont seulement confisqué leurs armes en leur criant : « Nous n’avons pas le temps de vous faire prisonniers! ». Il écrit : « Alors, au spectacle de ce peuple éperdu et de cette déroute, au récit de cette insolence méprisante de l’adversaire, je me sens soulevé d’une fureur sans bornes. Ah! c’est trop bête! La guerre commence infiniment mal. Il faut donc qu’elle continue. Il y a, pour cela, de l’espace dans le monde. Si je vis, je me battrai, où il faudra, tant qu’il faudra, jusqu’à ce que l’ennemi soit défait et lavée la tache nationale. Ce que j’ai pu faire, par la suite, c’est ce jour-là que je l’ai résolu. »

Ce n’est pas le Covid-19 qui a dévoré les stocks de masques dont nos hôpitaux disposaient pour protéger nos soignants.

Serait-il exagéré de comparer la crise actuelle au péril nazi qui a déferlé sur la majeure partie de l’Europe pendant la Seconde Guerre mondiale ?

Non seulement exagéré mais injurieux pour la mémoire des 50 millions de morts de ce conflit. Comparer un virus à un ennemi est un biais utilisé par les dirigeants incapables pour dissimuler leur propre impéritie. Les virus et les microbes ont toujours fait partie de la vie : ils ne sont ni mauvais ni bons, ils existent.

Ce n’est pas le Covid-19 qui a dévoré les stocks de masques dont nos hôpitaux disposaient pour protéger nos soignants ; ce n’est pas le Covid-19 qui a englouti le gel hydro-alcoolique que nous n’avions pas;  ce n’est pas le Covid-19 qui a empêché le gouvernement d’acheter, en temps voulu, les tests qui auraient permis de détecter sur une grande échelle et de soigner à temps ceux qui en sont atteints, au lieu de mettre une population entière « aux arrêts de rigueur» ; ce n’est pas le Covid-19 qui a rendu notre pays dépendant des molécules que nos laboratoires (quand ils existent encore) ne produisent plus et que fabriquent à leur place les Chinois! Ce n’est pas le Covid-19 qui a convaincu nos dirigeants de fermer les dizaines et dizaines de petits hôpitaux qui pourraient aujourd’hui servir à accueillir dans de bonnes conditions les personnes âgées ou les patients non justiciables des urgences, afin que nos structures les mieux équipées se consacrent à l’essentiel!

En un mot comme en cent, ce n’est pas le Covid-19, mais le virus néo-libéral qui empêche nos dirigeants de penser… Enfin pas tous, puisqu’en Allemagne, en Suisse et en Corée du Sud, où, que je sache, l’économie de marché n’est pas sacrifiée – bien au contraire! – on dispose d’assez de tests pour déterminer qui doit être « confiné » et qui peut aller travailler avec, bien sûr, les précautions qui s’imposent! Et où, surtout, on a gardé assez de lits disponibles (9 pour 1000 habitants en Allemagne, contre 6 pour la France) pour ne pas avoir à choisir qui a le droit d’être soigné et qui ne l’a pas…

Puisque nous sommes dans la période de Pâques, êtes-vous d’avis que la foi religieuse y était pour quelque chose dans sa légendaire détermination?

La foi de De Gaulle est quelque chose d’inséparable de sa conception de la France. Vous connaissez la devise des Français libres, rédigée de la main même du Général, le 10 août 1940 : « Je suis un Français libre, je crois en Dieu et en l’avenir de ma Patrie ». En même temps, de Gaulle n’était pas un « dévot ». Il détestait l’ostentation, d’où ses rapports souvent tendus, sous la IV° République, avec les démocrate-chrétiens du MRP qu’il comparait à « des enfants de cœur qui auraient bu les burettes ». N’ayant que le mot « religion » à la bouche, mais aussi à l’aise dans les « délices et les poisons du régime » que des poissons dans l’eau (bénite)… Des Tartuffe, en quelque sorte.

En vérité, de Gaulle détestait parler de sa foi. Malraux, qui avait souvent tenté d’amener le Général sur le terrain métaphysique – sans toujours y parvenir car, disait-il, son interlocuteur ébauchait alors « un geste qui semblait chasser les mouches », a bien résumé les choses dans Les chênes qu’on abat : « Je crois sa foi si profonde quelle néglige tout domaine qui la mettrait en question.  C’est pourquoi mon agnosticisme ne le gêne pas. […] Sa foi n’est pas une question, c’est une donnée, comme la France. Mais s’il aime parler de sa France, il n’aime pas parler de sa foi. »

En fait, il n’en a parlé qu’en une seule occasion en public, et c’était d’ailleurs, devant des religieux, réunis, le 31 mai 1967 à la villa Bonaparte. Bien que mentionné à l’époque, et publié depuis dans l’édition complète de ses discours et messages, ce texte n’est pratiquement jamais cité. En voici la fin : « L’avenir, la France qui est aussi la fille aînée de l’Église, le voit avec sérénité, avec fermeté, avec confiance. L’Église est éternelle et la France ne mourra pas. L’essentiel, pour elle, est qu’elle reste fidèle à ce qu’elle est et, par conséquent, fidèle à tous les liens qui l’attachent à notre Église. C’est le cas! Et c’est pourquoi, quels que soient les dangers, les crises, les drames, que nous avons à traverser, par-dessus-tout et toujours, nous savons où nous allons. Nous allons, même quand nous mourrons, vers la Vie ».  C’est autre chose que le prêchi-prêcha actuel, non?

Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances n’empêchent pas qu’il y a dans l’univers tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. – Charles de Gaulle

Quel était son principal atout, sa principale qualité, pour surmonter tous les écueils qui se sont présentés à lui?

La mémoire qui permet de disposer d’assez de ressources pour comprendre le présent et, partant, pour maîtriser l’avenir… Donc pour garder l’espoir, ce mot-clé du vocabulaire gaullien! Tout est dans l’appel du 18 juin, auquel il faut toujours revenir : « Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire. […] Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances n’empêchent pas qu’il y a dans l’univers tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là ».

Couper les crédits à l’OMS, et après? Déclarer la guerre à la Chine, puisque le virus en vient?

Puisque je suis impatient de débuter la lecture de L’ami américain, je présume que la politique américaine figure parmi les sujets qui retiennent votre attention. Quelle est votre opinion sur la manière dont la crise de la Covid-19 est gérée par l’administration Trump?

N’étant pas citoyen américain, je me garderai bien de porter un jugement ex cathedra. La seule chose que je peux constater, comme tout le monde, c’est que les États-Unis, qui ont été frappés avant la France par le virus néo-libéral, semblent encore plus désarmés qu’elle pour résister convenablement au covid-19…  Quant au président Trump, comment s’étonner que sa politique (ou plutôt son absence de politique) soit à l’avenant de sa pensée, ou de ce qui en tient lieu, à savoir le portefeuille? Couper les crédits à l’OMS, et après? Déclarer la guerre à la Chine, puisque le virus en vient?

Finalement, et j’espère que vous pardonnerez ma curiosité, mais après avoir lu la dernière ligne de votre plus récent livre De Gaulle et les grands, je me demandais sur quoi portera votre prochain (je prends pour acquis qu’un auteur de votre trempe ne demeure pas inactif longtemps)?

Tout ce que je peux dire c’est qu’il sera largement question de la politique américaine au lendemain de la Seconde guerre mondiale…

Vladimir Poutine, ce méconnu

PutinMarkGaleottiNe cherchez pas à savoir pourquoi, mais la fête de Pâques me fait toujours penser à la Russie. J’ignore d’où ça vient, mais c’est comme ça.

Il est donc à propos que je publie quelque chose à propos de ce pays en cette fin de semaine pascale.

On le sait, Vladimir Poutine flotte dans une aura de mystère et d’incompréhension. Homme le plus dangereux du monde pour les uns, objet de curiosité pour plusieurs ou figure inspirante pour les autres, celui qui est aux commandes de la Russie depuis 20 ans laisse peu de gens indifférents. Et ça lui fait probablement bien plaisir, puisque son positionnement médiatique enviable est proportionnel à l’influence qu’il souhaite son pays voir occuper sur la scène internationale.

Le personnage me fascine depuis longtemps et je suis toujours à la recherche de bonnes lectures pour mieux le connaître – au-delà des attaques en règle ou de l’hagiographie.

Le portrait que brosse Mark Galeotti du président russe dans We Need to Talk About Putin : How the West gets Him Wrong mérite assurément de faire partie des lectures incontournables à propos de ce chef d’État.

Selon l’auteur, les malentendus dans nos relations avec la Russie découleraient de notre incompréhension de celui qui la dirige. D’où la nécessité de mieux en comprendre les ressorts.

Acteur politique rationnel, Poutine serait d’abord et avant tout un pragmatique désireux de faire en sorte que la Russie soit respectée sur la scène internationale. Fondamentalement loyal, le dirigeant n’aimerait pas prendre de risques (l’épisode ukrainien serait une erreur de parcours découlant de mauvais conseils selon l’historien britannique) et ne serait pas un idéologue. Il dérogerait également aux normes de plusieurs Russes de sa génération, en épousant une approche positive et inclusive envers les femmes.

Alors que les pays de l’ancien Bloc de l’Est sont une région du globe où l’antisémitisme se métastase avec la montée de l’extrême-droite (comme en Pologne), l’individu ne saurait être accusé d’aucun travers antisémite « dans un pays affichant une histoire sombre dans sa relation avec la communauté juive. » Finalement, pour répondre à l’accusation selon laquelle tous les ennemis du locataire du Kremlin se font zigouiller, Mark Galeotti intitule l’un de ses chapitres « Les ennemis de Poutine ne meurent pas tous » (après tout, Alexei Navalny est toujours vivant), exposant que « les Russes ont plus de chances de succomber à des rivalités criminelles ou d’affaires qu’en raison de démêlés avec le régime. »

Cela n’est pas sans me rappeler mon séjour à Moscou, au cours duquel j’avais aperçu la voiture d’un banquier devant mon hôtel, gardé par un agent de sécurité (qui ressemblait davantage à un mercenaire) armé jusqu’aux dents et se tenant prêt à appuyer sur la gâchette de son AK-17. Toute personne s’intéressant de près ou de loin à l’histoire de la Russie sait que le climat de violence fait partie du tissu social et politique de ce pays depuis des siècles. Il n’est donc pas étonnant que Poutine ait revêtu l’armure publique d’une personnalité forte, puisque « si les gens croient que vous êtes puissants, vous êtes puissants. »

L’auteur attribue les crimes politiques (notamment l’assassinat de Boris Nemtsov) au climat qui s’est fait jour autour des cercles du pouvoir. Même si une commande n’est pas donnée directement, le message passe subtilement et les basses œuvres sont exécutées. Avec un humour noir, il observe que Poutine est un autocrate miséricordieux. Vous ne tomberez pas sous les balles d’un tueur si vous ne l’obligez pas à vous acheminer prématurément vers le Créateur. Ne franchissez donc pas la ligne. Je me questionne cependant à savoir si Poutine cautionne ce système d’emblée ou s’il ne fait que l’instrumentaliser pour demeurer au pouvoir. Je ne retiendrai pas mon souffle en attendant la réponse. C’est brutal et je suis à des années lumières d’être à l’aise avec les règlements de conflits à coups de pistolet ou d’attentats, mais c’est la réalité.

Cela dit, j’ai été étonné de lire que VVP (c’est par ses initiales que plusieurs désignent souvent le chef d’État russe) serait également un sentimental, mais j’aurais dû m’en douter puisque la personnalité très dominante du président russe masque assurément, comme chez tous les individus, des blessures que l’on tient à protéger derrières les barbelées d’une posture « macho ». Mais je ne veux pas jouer les psychologues amateurs.

L’intérêt du travail de Mark Galeotti repose sur le fait que Vladimir Poutine est assurément mal perçu et visiblement mal compris en occident. Depuis longtemps, je suis d’avis que le tsar actuel est une bien meilleure option pour plusieurs que ceux qui pourraient vouloir ou être appelés à le remplacer.

L’historien adresse donc une mise en garde à l’effet que « Toute interférence plus active ou agressive entrainerait probablement des réactions actives et agressives, accordant plus de pouvoir à ces ultranationalistes que Poutine est parvenu à contenir. Le personnage n’est ni un fanatique, ni un lunatique et une Russie vivant dans la stabilité est moins dangereuse que si elle évolue dans le chaos. »

On ne pourrait saurait donc en vouloir à ceux qui souhaitent que les faucons ne délogent pas l’aigle de son nid.

S’il est un défaut dont j’affublerais ce livre, c’est qu’il est malheureusement beaucoup trop court. J’aurais bien avalé plusieurs pages supplémentaires rédigées par cette plume renseignée et agréable.

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Mark Galeotti, We Need to Talk About Putin: How the West Gets Him Wrong, London, Ebury Press, 2019, 143 pages.

Le dérapage de l’administration Trump / Trump Administration’s Major Blunder

CaptCrozierTimesofIsrael
Capt. Brett Crozier (source: Times of Israel)

THE ENGLISH VERSION FOLLOWS

Le livre de Guy Snodgrass, Holding the Line: Inside Trump’s Pentagon with Secretary Mattis est l’un des livres les plus intéressants et perspicaces à propos de la relation entre le président Trump et les militaires. À la lumière du congédiement récent du Capt. Brett Crozier en relation avec la crise de la Covid-19, cet auteur très bien informé a accepté de répondre à mes questions. Voici le contenu de nos échanges :

HoldingTheLineCapitaine de frégate Snodgrass: à la lumière du limogeage du capitaine Crozier de son commandement, je suis très heureux d’avoir l’occasion de vous poser quelques questions, puisque peu de gens sont plus qualifiés que vous pour commenter la situation.

Connaissez-vous personnellement le capitaine de frégate Brett Crozier?

Oui. Nous avons servi ensemble à bord de l’USS Ronald Reagan, un porte-avions à propulsion nucléaire basé à Yokosuka, au Japon. Il était commandant en second du navire (n° 2 à bord) et j’étais commandant de l’escadron de chasse.

Pensez-vous que le capitaine Crozier a fait ce qu’il fallait lorsqu’il a sonné l’alarme concernant la présence du virus à bord du navire?

Oui, sans aucun doute, il a fait ce qu’il fallait, en sensibilisant les autorités relativement à l’infection de la Covid-19 à bord de son navire de guerre. Un débat animé se poursuivra, à savoir si la manière dont il a sensibilisé le public, via un courriel envoyé à plusieurs destinataires au sein de la Marine, était la bonne ligne de conduite.

Cette situation évolue rapidement, alors que le secrétaire par intérim de la Marine, Thomas Modley, vient de prononcer un discours mal avisé et mal reçu à bord du navire de guerre concernant sa décision de congédier le capitaine Crozier.

Le secrétaire à la défense ou le président des États-Unis auraient-ils pu revenir sur cette décision s’ils avaient été en désaccord?

Pourraient-ils? Certainement. Modley était un responsable politique et ils sont supérieurs à lui [le secrétaire par intérim de la Marine] dans la «chaîne de commandement» politique.

Le secrétaire de la défense Mattis aurait-il agi de la même manière (limogeage du capitaine Crozier)?

Difficile à dire. Mattis est très imprévisible. Tout dépend de la façon dont l’information lui aurait été présentée. Comme Esper, Mattis aurait probablement ordonné que le capitaine Crozier soit relevé de ses fonctions, mais il aurait géré la situation de manière plus avisée.

Quel message ce congédiement envoie-t-il aux autres commandants de la Marine qui pourraient être confrontés à la même situation?

Faites attention à la façon dont vous communiquez avec les quartiers généraux supérieurs. Quoi que vous fassiez, vous aurez tort. À la fin de la journée, la US Navy a toujours besoin de professionnels prêts à prendre des décisions difficiles, quelles que soient les conséquences personnelles. Le capitaine Crozier a peut-être agi de manière inappropriée dans la manière de transmettre le courriel et le message à partir de sa boîte d’envoi, mais la gestion de la réponse par le Secrétaire de la Marine a été 10 fois pire que la faute originelle.

Que peut-on retenir des actions du capitaine Crozier au sujet du leadership en période de crise?

Faites ce qu’il faut, même dans l’anonymat. Placez toujours votre devoir devant vos intérêts personnels. Et que nos actions parlent plus fort que les paroles ne le pourront jamais.

À mon humble avis, il y a un parallèle intéressant entre les gestes posés par le capitaine Crozier et les paroles de Theodore Roosevelt, qui affirmait qu’il : « […] saura que sa place n’a jamais été parmi les âmes froides et timorées qui ne connaissent ni la victoire ni l’échec. » Êtes-vous d’accord?

J’adore cette citation. Je ne peux pas dire si elle convient ou non, et ce, tant que la Marine n’aura pas terminé l’enquête sur les circonstances entourant la note de service et sa publication.

Qui est votre leader / personnage historique favori pour des moments comme ceux-ci? Et pourquoi?

Le colonel de la US Air Force qui a posé la question philosophique à la génération montante des hauts dirigeants: préférez-vous être quelqu’un ou faire quelque chose? C’est difficile de faire les deux.

Accepteriez-vous de partager avec nos lecteurs votre opinion sur la manière dont le président et l’administration gèrent la situation?

Oui, j’aimerais bien. Je vous renvoie également à un épisode de mon podcast récent au sujet du congédiement du capitaine Crozier: https://anchor.fm/htlpodcast

Êtes-vous étonné par la démission du secrétaire par intérim de la Marine? Était-ce prévisible?

Pas étonné. Il était prévisible que les gestes posés par le Secrétaire par intérim de la Marine a résulté en une perte de confiance auprès de la population américaine, sans parler des hommes et des femmes qu’il représente au sein de la US Navy.

Merci beaucoup pour la générosité de votre temps et je souhaite que vous et votre famille soyez à l’abri de cette pandémie.

Merci, Marc, je te souhaite la même chose ainsi qu’à tes proches.

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Guy Snodgrass’s book Holding the Line: Inside Trump’s Pentagon with Secretary Mattis is one of the most interesting and insightful books I’ve read about the relationship between President Trump and the military. In light of what happened in the last couple of days with the firing of Capt. Brett Cozier in the context of the Covid-19 pandemic, this very well-informed author has accepted to respond my questions. Here is the content of our exchange:

Commander Snodgrass: in light of Capt. Crozier’s firing from his command post, I’m very happy to have the opportunity to ask you a few questions because few people are more qualified than you to comment it.

Do you know Capt. Brett Crozier personally?

Yes, I do. We served together onboard USS Ronald Reagan, a nuclear-powered aircraft carrier homeported in Yokosuka, Japan. He was the ship’s executive officer (#2 onboard) and I was a fighter squadron commanding officer.

Do you think Capt. Crozier did the right thing when he sounded the alarm about the presence of the virus on his ship?

Yes, undoubtedly, he did the right thing by raising awareness of the Covid-19 infection sweeping through his warship. What will continue to be hotly contested is whether or not the manner in which he raised awareness, via an email sent to multiple Navy recipients, was the right course of action.

This situation is moving swiftly, as Acting Secretary of the Navy Thomas Modley just gave an ill-advised and poorly received speech onboard the warship regarding his decision to fire Captain Crozier.

Could the Secretary of Defense or the President of the United States have reversed this decision if they had been in disagreement?

Could they? Sure. Modley was a political appointee and they are senior to him in the political “chain of command.”

Would DefSec Mattis have acted the same way (firing Capt. Crozier)?

Hard to tell. Mattis is very mercurial. All depends on how information was presented to him. Like Esper, Mattis would likely have ordered Crozier’s firing but he would have handled it in a more savvy manner.

What message does this firing send to other Navy commanders who might be confronted to the same situation?

Be careful how you communicate with higher headquarters. Damned if you do… damned if you don’t.  At the end of the day, the U.S. Navy still needs professionals willing to make hard calls regardless of their personal consequences. Captain Crozier may have acted inappropriately in the manner by which the email and message made its way out of his outbox, but the Navy Secretary has handled his response 10x worse than the original sin.

What does Capt. Crozier’s actions teach us about leadership in times of crisis?

Do the right thing, even when no one is watching. Always put service before self. And that our actions speak louder than words ever can.

In my humble opinion, there is an interesting parallel between Capt. Crozier’s actions and the words of Theodore Roosevelt when he said “[…] so that his place shall never be with those cold and timid souls who neither know victory nor defeat.” Would you tend to agree?

I love that quote. Can’t comment on whether or not the quote fits until the Navy completes the investigation of the circumstances around the memo and its release.

Who’s your favorite leader / historical figure for times like these? And why?

U.S. Air Force Colonel who asked the philosophical question of rising senior leaders: Would you rather be someone or do something? It’s hard to do both.

Would you agree to share with our readers your opinion about how the President and the administration are managing the situation?

Yes, I would. I also refer you to my recently released podcast for an episode discussing Captain Crozier’s firing: https://anchor.fm/htlpodcast

Are you surprised by the resignation of the Acting Secretary of Navy? Was that predictable?

Not surprised. Seems predictable in that the Acting Secretary’s actions resulted in a loss of trust and confidence with the American public, not to mention the men and women he represents within the U.S. Navy.

Many sincere thanks for the generosity of your time and I wish you and your family will be safe from this pandemic.

Thanks, Marc, same to you and yours.

Les leaders imparfaits sont mieux outillés pour affronter la crise

SaulDavid
L’historien militaire britannique Saul David (source: IMDb)

THE ENGLISH VERSION FOLLOWS

Ces derniers jours, j’ai eu le privilège de questionner l’auteur et historien militaire britannique de renommée internationale Saul David à propos de la crise actuelle liée à la pandémie de la Covid-19. Son éclairage est des plus pertinents et intéressants. Voici le contenu de notre échange.

Professeur Saul David, je tiens tout d’abord à vous féliciter pour la publication de votre nouveau livre – lequel sera assurément un autre succès en librairie.

En tant qu’historien militaire, vous avez réfléchi, effectué des recherches et écrit à propos de la contribution vitale des militaires au fil des âges.

Alors que nous traversons la crise de la Covid-19, à quel moment croyez-vous qu’il sera nécessaire de faire appel aux Forces armées en première ligne de cette bataille? Quels en seront les signes annonciateurs?

En Grande-Bretagne, les Forces armées sont déjà déployées et contribuent au transport du matériel et soutiennent les services médicaux. À mesure que les civils qui occupent des rôles vitaux tombent malades, ils et elles seront remplacés par des militaires.

Les militaires sont une ressource idéale en période de crise puisqu’ils sont en excellente forme et disposent de compétences spécialisées pouvant être utilisées en replacement des employés civils.

En quoi les Forces armées sont-elles mieux préparées et organisées pour répondre à de telles situations?

Parce que ce sont des jeunes, ils sont en excellente forme et disposent de compétences spécialisées pouvant être utilisées en replacement des employés civils.

Les leaders imparfaits sont, à mon avis, moins égoïstes et plus disposés à déléguer et collaborer avec leurs collègues.

Confinées à la maison, plusieurs sont à la recherche de figures inspirantes. Quelles chefs militaires du passé étaient les mieux outillés pour composer avec les crises en période de guerre?

Généralement, les personnalités au passé imparfait, comme par exemple le grand général des forces de l’Union [aux États-Unis, pendant la Guerre de Sécession], qui deviendra ensuite le président Ulysses S. Grant. Les leaders imparfaits sont, à mon avis, moins égoïstes et plus disposés à déléguer et collaborer avec leurs collègues. Parmi ces héros méconnus, mes favoris sont le chef d’État-major américain George C. Marshall et le chef d’État-major britannique Sir Alan Brooke (qui deviendra plus tard Lord Alanbrooke), qui ont tous deux servi pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils ont sacrifié leur ambition personnelle qui les aurait normalement conduits à diriger des troupes sur le terrain pour occuper des fonctions beaucoup plus importantes : présider aux destinées de l’effort de guerre avec les politiciens.

Dans la présente crise, nous sommes inspirés par cette formidable génération aux États-Unis qui a été forgée au feu de la Grande Dépression.

SaulDavidOkinawaVotre nouveau livre sur la bataille d’Okinawa est publié aujourd’hui (2 avril). Bien que les circonstances auraient incontestablement pu être meilleures pour une grande célébration en ce grand jour, êtes-vous d’avis qu’il y a un lien entre l’esprit de sacrifice de ces hommes qui ont combattu durant la Seconde Guerre mondiale et les efforts demandés aux professionnels de la santé dans les journées cruciales que nous vivons actuellement? Serait-il justifié de les qualifier de libérateurs des temps modernes face à la tyrannie de la pandémie?

Il y a un lien indéniable. Ce n’est pas une coïncidence si les gens en Grande-Bretagne réfèrent actuellement à l’ « esprit du Blitz » [période durant laquelle les Britanniques encaissaient les bombardements nocturnes par la Luftwaffe allemande pendant la Seconde Guerre mondiale] et le fait que nous sommes tous dans le même bateau. La priorité est maintenant de mettre l’emphase sur la communauté et l’importance de prioriser la société et notre pays au lieu des intérêts égoïstes. Nous sommes inspirés par cette formidable génération aux États-Unis qui a été forgée au feu de la Grande Dépression.

Nous sommes aussi inspirés qu’apeurés.

Comment l’histoire militaire est-elle en mesure de nous inspirer durant cette période inquiétante?

L’histoire militaire contient tous les ingrédients de la vie, les bons comme les mauvais. Une recension de Crucible of Hell [son dernier livre à propos de la célèbre bataille d’Okinawa] contient cet extrait : « On y retrouve naturellement un élément d’héroïsme et d’enthousiasme; une fascination pour le danger et le sentiment d’aventure; la gloire et la rédemption personnelles; l’incompétence et la destruction. La guerre englobe tout cela. » Voilà qui résume très bien le phénomène. Nous sommes aussi inspirés qu’apeurés. Il s’agit donc d’une lecture parfaite dans la situation présente.

J’écris mon prochain livre […] et je passe aussi beaucoup de temps avec mon épouse et mes trois filles, dont deux sont de jeunes adultes.

À quoi ressemblent vos journées en confinement?

J’écris mon prochain livre [qui sera consacré aux Forces spéciales britanniques]. Je suis chanceux d’en avoir terminé la recherche, parce que la plupart des fonds d’archives sont maintenant fermés. Je passe aussi beaucoup de temps avec mon épouse et mes trois filles, dont deux sont de jeunes adultes. J’en conserverai de précieux souvenirs dans l’avenir. Nos vies sont généralement très occupées. On pourrait pratiquement dire que la Terre tourne moins rapidement sur son axe.

Je vous remercie infiniment d’avoir pris le temps de répondre à mes questions aujourd’hui et je vous souhaite, ainsi qu’à toute votre famille, de traverser sains et saufs cette période difficile et décisive de nos vies!

Pour ceux et celles que cela peut intéresser, Saul David est également l’auteur de The Force, un excellent livre consacré à la légendaire unité canado-américaine des Forces spéciales ayant servi pendant la Seconde Guerre mondiale.

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Flawed leaders are better equipped to cope with the crisis

Over the last week, I had the privilege of questioning renowned British author and military historian Saul David about the current Covid-19 crisis we are actually going through. Here is the content of our exchange.

Professor Saul David: first of all, congratulations on the publication of your new book – certainly another blockbuster.

As a military historian, you have reflected, researched and wrote about the vital contribution of military personnel across the ages.

As we are progressing in the Covid-19 crisis, when do you believe the presence of the Armed Forces will be necessary on the front lines of the battle? What telltale signs should we be looking for?

In Britain the armed forces have already been deployed, helping to move supplies and supporting the medical services. As more civilians in vital roles get ill, they will be replaced by service men and women.

Soldiers are ideal to respond to such a crisis because they are young, fit and have specialized skills that can be used to replace civilian workers.

Why are the Armed Forces better prepared and organized to respond to such situations?

Because they are young, fit and have specialized skills that can be used to replace civilian workers.

Flawed leaders are, in my view, less egotistical and better at delegating / cooperating with colleagues.

Many people are looking for great figures to read about as they are confined home. Which military figures from the past were the best equipped to cope with crisis during wars?

Usually figures with a flawed past, like the great Union general and later US President Ulysees S. Grant. Flawed leaders are, in my view, less egotistical and better at delegating / cooperating with colleagues. My personal favourites are unsung heroes like US Army Chief of Staff George C. Marshall and British Army Chief of Staff Sir Alan Brooke (later Lord Alanbrooke), both of World War II. They sacrificed their personal ambition to command field armies to remain in a far more important post: directing the war effort with the politicians.

It’s about community, about putting society and your nation ahead of selfish interests, and the Great Generation in the US – hardened in the white heat of Depression – is all about that.

Your new book about the battle of Okinawa is published today (April 2nd). Although circumstances certainly could have been better for a big bash celebrating this great day, do you think there is a link between the spirit of sacrifice of those men who fought in World War II and what is asked of medical professionals in these crucial days? Could we call them modern liberators against the tyranny of pandemic?

Absolutely there’s a link. It’s no coincidence that people in the UK are referring to the ‘Blitz Spirit’, and the fact that we’re all in this together. It’s about community, about putting society and your nation ahead of selfish interests, and the Great Generation in the US – hardened in the white heat of Depression – is all about that.

How can military history can inspire us during these worrisome days?

Military history contains all the ingredients of life endeavour, good and bad. A review of Crucible of Hell included the words: ‘There is obviously something about heroism and excitement; a fascination with danger and the thrill of adventure; personal glory and redemption; incompetence and destruction. War has it all.’ That sums it up nicely. It inspires and horrifies in equal measure. Perfect reading for our current situation.

I write my new book and I spend a lot of time with my wife and three daughters, two of whom are young adults.

How do you occupy your days in confinement?

Writing my new book [which will be about British Special Forces]. It’s lucky that I’d already completed the research because most archives are now closed. I’m also spending a lot of time with my wife and three daughters, two of whom are young adults, which is something I will treasure in the future. Normally they have such busy lives. It’s as if the world is turning more slowly on its axis.

Many sincere thanks for taking the time to respond to my questions today and all the best to you and your family during this defining, yet difficult, time of our lives.

For those of you who might be interested, Saul David is also the author of The Force, an excellent book about a legendary Special Forces unit regrouping Canadian and American soldiers during World War II.

Néron ou comment assassiner une réputation

PhotoBioNéronD’aussi loin que je me souvienne dans ma mémoire littéraire, je me suis toujours refusé à lire quoi que ce soit au sujet de Néron. Assimilant docilement la prétendue vérité historique selon laquelle il aurait été responsable de l’incendie de Rome en 64, tragédie qu’il aurait observé en récitant de la poésie.

Aussi bien le dire franchement, j’ai toujours aimé détester Néron et je me suis toujours régalé de voir certains vilains – le dernier exemple en lice étant le président Donald Trump (comme en atteste le titre d’un récent livre associant à lui le nom de l’empereur à la réputation incendiaire) – être comparés à lui. Jamais sa personne identifiée sur un livre n’aura retenu mon attention et conscrit mes instincts livresques à la manière d’un César, d’un Auguste ou d’un Germanicus.

Lorsque j’ai vu pour la première fois la biographie de Catherine Salles consacrée au successeur de Claude, j’ai hésité. À de nombreuses reprises, je l’ai remis sur l’étal de la librairie. Lorsqu’on me l’a offerte en service de presse, je me suis dit que, dans le pire des cas, je n’aurais pas eu à débourser pour lire au sujet de ce détestable empereur si jamais l’auteure n’était pas convaincante ou agréable.

J’avais tort. Tellement tort.

Rarement ai-je ressenti autant de plaisir à voir l’une des vaches sacrées de mes certitudes être aussi éloquemment démolies.

Pour tout dire, le portrait que brosse Catherine Salles de l’empereur monté sur le trône de Rome à l’âge de 17 ans m’est apparu relativement sympathique (j’ai particulièrement aimé lire à propos de ses virées nocturnes dans les quartiers chauds de Rome), du moins jusqu’au milieu du livre, au moment où « le régime bascule dans la tyrannie et le prince, plus isolé que jamais, s’enfonce dans ses rêveries. »

Ne vous y trompez pas. Néron, qui faisait éliminer ses adversaires réels ou imaginaires à la manière d’un Staline (il a même fait assassiner sa mère Agrippine parce qu’elle représentait un contre-pouvoir potentiellement déstabilisant et probablement aussi une profonde source de souffrance psychologique chez le dirigeant) ne saurait prendre place sur la liste des figures historiques que j’aimerais rencontrer, le temps d’un verre de Scotch ou d’un bon repas.

Il n’en demeure pas moins que cet empereur « extrêmement populaire » auprès du peuple (jusqu’au moment où il a sombré dans la démesure et la paranoïa), n’était pas antipathique. Insistant pour que les gladiateurs soient épargnés pendant les jeux, joueur de cornemuse (ça, c’est probablement le meilleur argument pour flatter mes origines ancestrales qui prennent fièrement racine au pays des Pictes), artiste passionné, dépourvu de cet amour pour la res militaris et des visées impérialistes qui caractérisent plusieurs de ses acolytes au panthéon des chefs romains, Néron est un personnage incompris, et ce, pour une bonne raison.

Néron se préoccupe immédiatement de trouver des mesures d’urgence pour venir en aide aux milliers de sinistrés.

Parce que la réputation de Néron a été assassinée par la rumeur. Selon l’historienne, qui enseigne à l’Université Paris X – Nanterre, « […] la démolition de maisons romaines entretient peu à peu la fausse rumeur selon laquelle l’empereur détruit sa ville pour pouvoir piller les demeures anéanties. La présence de ses serviteurs et de ses gardes au milieu des pompiers est interprétée comme la preuve que Néron est le responsable de l’incendie. » Selon elle, l’origine de la tragédie est vraisemblablement accidentelle et, dès le début de la crise « Néron se préoccupe immédiatement de trouver des mesures d’urgence pour venir en aide aux milliers de sinistrés. »

C’est dire à quel point les adversaires de l’empereur sont parvenus à contaminer la conscience historique des non-initiés au fil des siècles. Pour utiliser une analogie avec la période difficile que traverse l’humanité actuellement, ce virus mensonger en aura contaminé plusieurs, dont moi. Ce qui me fait regretter de ne pas avoir passé assez de temps hors des sentiers battus – et étroits dans le cas de mes lectures passées – de l’Antiquité romaine.

Dans tout cela, je retire également une leçon cruciale pour la vie de tous les jours. Il est crucial de prendre le temps de se faire sa propre opinion et accorder un crédit relatif aux détracteurs et ennemis d’un individu dont la réputation est mise à mal.

À l’heure où les férus d’histoire se cherchent de bons titres à dévorer et des librairies à soutenir par un achat stratégique pour combattre la Covid-19 dans l’isolement, je recommande donc chaudement et sans la moindre hésitation cette excellente biographie de Catherine Salles.

Un excellent moment de lecture, qui permet aussi de faire échec à l’un des pires virus de l’historiographie.

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Catherine Salles, Néron, Perrin, 2019, 283 pages.

Je remercie sincèrement InterForum Canada de m’avoir généreusement offert un exemplaire de cette excellente biographie et aux Éditions Perrin pour leur remarquable et précieuse collaboration.