« Le déploiement de vaccins au Canada est l’opération la plus complexe et sensible à laquelle j’ai participée. » – Mgén Dany Fortin

Le Major-général Dany Fortin (source: Forces armées canadiennes)

Originaire de Montmagny et diplômé du Collège militaire royal Saint-Jean (CMR), le Major-général Dany Fortin est actuellement vice-président de la logistique et des opérations à l’Agence de la santé publique du Canada depuis le 27 novembre 2020. À ce titre, il est en charge des opérations de distribution des vaccins pour lutter contre la Covid-19 à travers le pays.

Sa longue feuille de route l’a notamment mené à servir sur les théâtres d’opération en Bosnie et en Afghanistan. Détenteur d’une maîtrise en arts et sciences militaires du Collège de commandement et d’état-major général de l’Armée américaine (CGSC) à Fort Leavenworth, Kansas (États-Unis). En 2017, il a été affecté au Bureau du Conseil privé (le saint des saints du gouvernement fédéral) à Ottawa, à titre de directeur des opérations au secrétariat de la politique étrangère et de défense. En 2018-2019, il a dirigé la mission de l’OTAN en Irak.

Le Major-général Fortin est, en quelque sorte, celui qui fournit les minutions aux provinces pour vaincre la pandémie, un vaccin à la fois. Un leader très bien outillé pour mener ce combat.

Malgré un horaire surchargé et d’énormes responsabilités, le Major-général Fortin a néanmoins accepté de répondre à mes questions. Et c’est avec grand plaisir que je partage avec vous le contenu de cet entretien exclusif.

Face à une demande mondiale grandissante et des défis de production chez tous les manufacturiers, les quantités de vaccins et les calendriers de livraison nécessitent une coordination étroite et sans relâche avec toutes les parties prenantes.

Major-général Fortin, pourriez-vous me dire ce qui, dans votre carrière militaire, vous a le mieux préparé à ce que vous accomplissez actuellement?

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Don’t be afraid of the mud

11 months ago, right into the first wave of the pandemic, I reviewed Admiral (ret.) William H. McRaven’s excellent book, Sea Stories. Devouring this book was one of the most uplifting moments of this somber period. Not only because I’m a big fan of the author, but also because it is extremely well-written, and the content touched a chord.

That was before I put my hands on Make Your Bed, his shorter previous book which is the companion to the famous commencement speech he gave at the University of Texas in May 2014. While Sea Stories inspired me “from the outside”, Make Your Bed is not in the same category. The 10 life lessons it contains make you dive right into your own life and path. And that’s not always easy.

During his training to become a Navy SEAL, Admiral McRaven was told by one of his instructors: “[…] life isn’t fair and the sooner you learn that the better off you will be.” The purpose of this review is not meant to be autobiographical, but I have no choice but to share a bit of my own story to make you understand why this book has had such a powerful impact on me.

As a young adult, I witnessed my parents’ divorce and suffered greatly from it. In a nutshell, everything kept spiraling from bad to worse, with no end in sight. The temptation to “ring the bell” (a Navy SEAL wanting to quit only needs to ring three times the bell that’s located on the courtyard of the SEALs training camp in Coronado, California) was extremely strong. A few months before the family house was sold, I made a crucial decision. In hindsight, that was the best one I could take. I was moving to the University’s student’s residence. I wanted to be close to my classes, to the library where I spent lots of time and to live with other people my age. It was a huge gamble. After I paid the rent for the first month, I found myself with only 50$ in my pockets.

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“The CIA Director is ultimately the person we depend on to prevent another 9/11 or lethal pandemic.” – Exclusive interview with Chris Whipple

Chris Wh

In the aftermath of my review of The Spymasters, author Chris Whipple was very generous in accepting to respond to a few questions. If you have not read the book already, I trust this interview will provide you with an additional incentive to do so.

The content of our exchange follows.

Mr. Whipple, in light of the nomination of Ambassador William J. Burns as Director of the CIA (pending his confirmation), could you tell us in what direction the relationship between the President and the Director will lead things?

Given his breadth of knowledge in the national security field, and his hands-on experience with CIA operations when he was ambassador to Jordan, William Burns will have a short learning curve as CIA director. As an outsider, Ambassador Burns is very much in the Leon Panetta mold. And like Panetta, he is grounded and confident—essential qualities for a great CIA director. His congenial relationship with President Joe Biden is also a tremendous advantage.    

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Napoléon, le plus célèbre confiné de l’histoire – Entrevue exclusive avec David Chanteranne

David Chanteranne (source: Monarchie Britannique).

Dans la foulée de la lecture et de ma recension de son excellent livre Les douze morts de Napoléon, j’ai demandé à M. David Chanteranne s’il accepterait de répondre à quelques questions pour ce blogue et il a généreusement accepté. Sans plus attendre, voici donc mon échange avec cet auteur tout aussi généreux que talentueux, à propos d’un personnage légendaire d’exception qui a encore beaucoup à nous apprendre.

Être séparé des siens fut probablement l’élément le plus cruel dans l’exil forcé de Napoléon à Sainte-Hélène selon moi. S’il avait pu revoir une seule personne de son entourage, qui aurait-il choisi?

Sans aucun doute, sa sœur Pauline. Elle l’avait déjà suivi lors de son premier exil, à l’île d’Elbe, et Napoléon s’entendait parfaitement avec elle. Sa présence à Sainte-Hélène eût été un bonheur pour lui. Elle lui aurait apporté la spontanéité et la douceur qui manquaient sur place.

Vous connaissez sans conteste très bien la vie de Napoléon à Sainte-Hélène. Pourriez-vous nous dresser le portrait de l’une de ses journées typiques en captivité?

Les journées à Sainte-Hélène, le plus souvent, se ressemblent. Tout débute vers 7 h. Après le lever, Napoléon s’habille (tenue légère, robe de chambre et madras sur la tête), se rase, fait sa toilette et prend une tasse de café. Il lit journaux ou livres, parfois se promène, et revient vers 10 h pour une collation. Puis débutent les dictées à ses compagnons d’exil ou les réponses au courrier. Après son bain vers 14 h, il reçoit dans l’après-midi, continue ses lectures, parfois se promène de nouveau, avant de participer à des jeux de salon et de prendre son dîner, selon l’étiquette. Le soir, discussions et agréments musicaux achèvent sa journée.

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Les douze travaux de Napoléon

Les douze travaux de Napoléon

En janvier 2015, je profitais d’une belle journée d’hiver pour découvrir la forteresse historique de Fort George, dans la région de Inverness, en Écosse. Cette installation, qui donne directement sur le Moray Firth, est aussi le domicile du 3e bataillon du Royal Regiment of Scotland. Les visiteurs peuvent notamment y parcourir le fantastique musée des Highlanders, lequel regorge de trésors exceptionnels relatifs à la tradition militaire écossaise.

L’une des raisons pour lesquelles je conserve un souvenir impérissable de Fort George est relative au fait que cette installation militaire construite après l’infructueux soulèvement jacobin de 1745 avait été envisagée comme destination pour Napoléon après sa seconde abdication en 1815. On nous expliquait toutefois que les Britanniques n’ont pas voulu encourir le risque que l’empereur déchu puisse fomenter la sédition des Écossais envers Londres – un scénario tout sauf farfelu quand on considère la rivalité historique entre les deux peuples et les nombreux complots d’évasion que ce sentiment et l’absence de toute frontière naturelle auraient pu faciliter.

Il n’en demeure pas moins que le scénario a cependant été envisagé, notamment par Metternich, lequel est cité dans le récent ouvrage de l’historien David Chanteranne Les douze morts de Napoléon. En fermant les yeux, j’ose imaginer cette figure martiale déambuler sur les remparts de la majestueuse forteresse, protégé du vent du large et du froid écossais par son uniforme de colonel de la Garde.

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La Lumière au coeur des ténèbres

Le Major-général Guy Chapdelaine, Aumônier général des Forces armées canadiennes (Source: The Catholic Register)

L’année 2020 aura présenté un lot impressionnant de défis pour tous. L’Aumônier général des Forces canadiennes, le Major-général Guy Chapdelaine, n’a pas échappé à cette dynamique planétaire.

Féru d’affaires militaires et en prévision des fêtes de Noël et du Nouvel an, j’ai eu le plaisir et le privilège de m’entretenir avec lui pour discuter de cette année pour le moins particulière.

D’entrée de jeu, celui qui veille au bien-être spirituel des militaires canadiens avoue que le service de l’aumônerie en est à actualiser son offre de service, et ce, afin de demeurer au diapason des besoins des femmes et des hommes qui servent sous l’unifolié.

« Le gros de notre travail se situe à l’extérieur des chapelles. Nous devons être présents sur le terrain, auprès de nos militaires qui sont confrontés à la solitude, à des problèmes reliés au coût de la vie – comme par exemple sur la côte ouest – qui sont aux prises avec la pénurie des places en garderie, qui vivent des crises », de préciser le haut gradé qui cumule, avec plus de 6 ans, le plus long mandat dans l’histoire des forces à ce poste.

« Nous devons visiblement composer avec de nouvelles réalités et répondre à des besoins changeants auprès d’une clientèle appartenant à plusieurs confessions religieuses », d’ajouter celui qui participait au début du mois de décembre à une rencontre virtuelle avec la synagogue juive du Temple El Emanu Beth Sholom en compagnie du Lieutenant-général (retraité) Roméo Dallaire.

« Durant la première vague de la Covid-19, nos militaires ont été déployés dans les CHSLD et nous avions proposés que les aumôniers puissent les accompagner, d’une part pour apporter leur soutien à ces jeunes femmes et hommes confrontés à la mort – une réalité gommée dans notre société – mais aussi pour offrir un accompagnement spirituel à la clientèle frappée de plein fouet par la pandémie. Cette proposition a été déclinée pour des raisons de santé publique que nous comprenons très bien », de poursuivre le Major-général Chapdelaine qui affirme du même souffle que les membres de l’aumônerie sont toujours en première ligne des interventions militaires, et ce, même en zone de guerre comme ce fut notamment le cas en Afghanistan.

En dressant le bilan de l’année qui s’achèvera dans quelques jours, le Major-général se veut philosophe en exprimant que la pandémie a forcé tout le monde à s’adapter. « Les rencontres virtuelles n’étaient pas aussi développées qu’elles le sont maintenant. Beaucoup de temps et d’énergies étaient consacrées aux déplacements. Nous pouvons maintenant maximiser nos énergies grâce à la technologie », de se réjouir celui qui affirme du même souffle que le contact avec la troupe lui a beaucoup manqué. De par ses fonctions, l’Aumônier général se déplace autour du monde, du Koweït à l’Ukraine en passant par Israël, pour soutenir nos militaires. « J’ai eu l’impression, comme un peu tout le monde sans doute, d’avoir été privé de cette nécessité pour l’être humain d’être en contact avec les autres. »

Le Major-général Chapdelaine termine cependant sur une note d’espoir, en mentionnant que la fête de Noël, que nous célébrerons dans quelques heures, ainsi que la fête de Hanukkah qui fut célébrée par la communauté juive entre le 10 et le 18 décembre derniers, se veulent des fêtes de Lumière, une Lumière qu’il voit poindre pour l’année 2021 après des mois plus sombres. D’ici là, « il faut tenir bon », de conseiller le militaire qui se réjouit au passage de la nomination du Vice-amiral Art MacDonald au poste de Chef d’état-major de la défense. « Un gentleman de grande qualité humaine », de terminer le haut gradé originaire de mon coin de pays.

Je me permets de mentionner que le major-général Chapdelaine célèbrera les 4 messes de Noël à la Chapelle historique Notre-Dame-du-Bon-Secours de Montréal les 24 et 25 décembre. Il précise que celles-ci seront diffusées sur YouTube.

Joyeux Noël à tous!

How the IDF fights COVID-19

BGen (ret.) Dr. Daniel Gold. (Source: Israel Hayom)

(version française)

Few months ago, I reviewed Yaakov Katz and Amir Bohbot’s enthralling book The Weapons Wizards: How Israel Became a High-Tech Military Superpower (St. Martin’s Press). They expose the adaptive and innovative qualities so characteristic of Israel’s ethos – ethos that was essential to its birth, survival and evolution in the family of nations, markedly in the defense sector. I was particularly thrilled to read about Dr. Daniel Gold, current Head of the Directorate of Defense R&D for the Ministry of Defense of Israel and father of the legendary “Iron Dome”, which intercepts and destroys short-range rockets and artillery shells aimed at Israel.

Last June, I was invited by Mr. David Levy, Consul General of Israel in Montreal, to a Zoom conference with Dr. Gold. The theme of the discussion was Israel’s fight against COVID-19.

Apart from realizing the magnitude of Tsahal’s across-the-board involvement in the fight against the pandemic, one of the comments made by Brigadier-General (ret.) Dr. Gold struck me in a particular way. To paraphrase him, in Israel, when there is a crisis, the concerned actors get to work; budgetary concerns come after. This reminded me of a passage in The Weapon Wizards where Dr. Gold is quoted as saying that Israel “[…] didn’t have the luxury of waiting. It needed to survive.” It was then about the development of the Iron Dome, but this tenet now finds a very concrete application with the current pandemic with which we all have to cope.

Following the conference, I was eager to submit a few questions regarding Israel and the pandemic to Dr. Gold, a famous Israeli scientist. I am very grateful towards M. Levy who generously accepted to pass along my list of questions.

You will find below our insightful exchange about the fight against this worldwide pandemic and how Israel plans to prevail.

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My main goal has been, and continues to be, the identification and adaptation of defense technologies, to provide diagnostic tools and clinical solutions in order to meet the urgent challenges of the ongoing events.

BGen (ret.) Dr. Daniel Gold

What role has been played by the Research and Development Department of the Israeli Ministry of Defense in fighting COVID-19?

Since the outbreak of the Corona epidemic, many different organizations have offered their help to the Ministry of Health.

As head of DDR&D at IMOD, my main goal has been, and continues to be, the identification and adaptation of defense technologies, to provide diagnostic tools and clinical solutions in order to meet the urgent challenges of the ongoing events.

I drafted my experts in all disciplines-from AI sensors, robotics to materials, and even some biologists, who are world leading experts in quick, efficient R&D to meet challenging and urgent needs, just like we did with the development of Iron Dome or with the counter-tunnel efforts.

We are leading the National Technology Center for the Combat against the Corona Epidemic to address various aspects of the coronavirus epidemic, and working together with the personnel of MoH, the lsraeli Innovation Authority, the National Security Council, defense industries and many others, to map the current and future needs and to provide quick solutions, prioritized to tackle the most urgent challenges.

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Le professeur de De Gaulle

Dans son Dictionnaire amoureux du Général (que j’ai l’intention de recenser ici prochainement), le regretté Denis Tillinac citait De Gaulle qui affirmait : « L’homme d’action ne se conçoit guère sans une forte dose d’égoïsme, d’orgueil, de dureté, de ruse. » Cette citation m’a beaucoup tracassé, parce qu’on a souvent tendance à idéaliser les grands personnages. On les imagine au-dessus des défauts affligeant le commun des mortels. Après tout, le souvenir de leurs accomplissements ne permet-il pas à leur mémoire de prendre place dans l’Olympe des consciences?

J’affirme que cette citation m’a tracassé, parce que la lecture du dernier livre de Pierre Servent, De Gaulle et Pétain (Éditions Perrin) a répondu au questionnement qui m’habitait à propos de l’homme du 18 juin.

Figure d’inspiration de nos jours, De Gaulle a néanmoins cumulé une feuille de route parsemée d’animosité. « Détesté par une bonne partie de l’élite de l’armée », « il n’a guère d’amis dans l’armée ». Il peut cependant, au début de son parcours, compter sur le soutien indéfectible d’un père spirituel hors norme – le Maréchal Pétain – qui lui apprend tous les trucs du métier, dont celui d’être un bon comédien. Une excellente école pour le protégé.

L’auteur nous rappelle qu’au sortir de l’École de guerre en 1924, « Son attitude arrogante, ses contre-performances dans l’exécution de certains exercices qu’il juge au-dessous de son talent naturel, sa difficulté à accepter la critique font que la majorité du corps enseignant souhaite le classer en queue de peloton de la promotion de l’École de guerre, dans le troisième tiers, avec la mention « assez bien ». C’est une catastrophe qui ne se remonte jamais dans une carrière militaire déjà mal engagée. »

J’étais pourtant sous l’impression que De Gaulle était un premier de classe…

Trois ans plus tard, le Maréchal l’impose comme conférencier extraordinaire. De quoi faire rager les détracteurs – et on devine qu’ils sont nombreux – du Connétable. La mauvaise réputation de De Gaulle était notamment assortie du fait qu’il était connu pour être un chef très dur et distant envers ses subalternes.

À priori, on serait porté à croire qu’un tel patronage s’accompagnerait d’une loyauté sans faille. Pas pour De Gaulle, dont la boussole personnelle est orientée par son destin et celui de la France. S’il faut trahir une vieille amitié pour y arriver, qu’il en soit ainsi.

En 1938, De Gaulle fait accepter le manuscrit de La France et son armée par un éditeur, Plon, lequel ignore « […] que son nouvel auteur publie un texte qui, d’une certaine façon, appartient à un autre […] ». Le livre résultant d’une commande passée du maréchal sera publié et la rupture entre les deux hommes sera irrémédiablement consommée. Le vin est tiré… Et la table est mise pour la scène légendaire qui se jouera quelques mois plus tard.

De Gaulle n’a pas hésité à grimper sur les épaules de son protecteur pour se hisser au faîte de la gloire, une gloire néanmoins chèrement acquise dans les sacrifices encaissés sur la route de l’exil pendant la Seconde Guerre mondiale.

Lorsqu’il aborde le thème de l’orgueil – une caractéristique arborée fièrement par les deux protagonistes de son récit – Pierre Servent se déploie à multiplier les qualificatifs : cosmique, incommensurable, sans bornes, immense, puissant, d’airain, himalayen… Mais aussi bafoué et blessé. Comme pour nous rappeler que le destin des grands personnages est forgé au feu des épreuves et que les orgueils surdimensionnés constituent un rempart protégeant une sensibilité ne voulant pas s’exposer. Des épreuves que tout un chacun peu à peine imaginer. Je repense, en écrivant ces mots, à la séquence du film mettant en vedette Wilson Lambert et Isabelle Carré – que j’ai eu le privilège de visionner avant son retrait des salles de cinéma du Québec à cause de la COVID-19 – au cours de laquelle on voit le personnage principal quitter fin seul la France en juin 1940.

Pour devenir un artisan de l’histoire, De Gaulle avait compris qu’il ne faut pas être aimable et docile, mais qu’il fallait savoir ramer à contre-courant, contrairement à son ancien mentor qui profitait de la vie bonne dans la thermale Vichy.

Le maréchal Pétain fut certes le professeur généreux du Général de Gaulle dans la période formatrice de sa vie. La capacité de l’élève à se démarquer – certains diront à tuer la figure – du maître, lui aura permis de se détacher de tout en juin 1940 pour mieux attacher son wagon à la locomotive de l’histoire.

Sous la plume animée de cet éminent spécialiste en histoire militaire – qui nous a réservé d’autres bons livres comme une excellente biographie du Feld-maréchal Erich von Manstein et L’extension du domaine de la guerre que j’avais beaucoup apprécié – on apprend que le destin a un prix, celui de ne croire qu’en soi. Contre vents et marées. Une leçon puissante, surtout en cette période difficile.

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Pierre Servent, De Gaulle et Pétain, Paris, Éditions Perrin, 2020, 224 pages.

Je remercie Mme Marie Wodrascka, des Éditions Perrin, qui m’a aimablement fourni un exemplaire de cet excellent livre.

The sources of Russian conduct

Russian President Boris Yeltsin and US President Bill Clinton (Source: The Telegraph)

Russia is fascinating, Russia is dangerous. It is nevertheless important to question ourselves as to the sources of its current pugilistic conduct. Was it predestined by its history, its political DNA or could this reality have been avoided by a more efficient engagement in the past?

Professor Sergey Rudchenko’s recent article “Nothing but humiliation for Russia’: Moscow and NATO’s eastern enlargement, 1993-1995”, published in the last issue of the Journal of Strategic Studies, offers many answers.

The Cardiff University Professor argues that in the immediate aftermath of the Cold War, the “adversarial relationship [between Washington and Moscow] was replaced with the idea of a partnership between Russia and the West but would that partnership carry enough weight to satisfy the Russian elites’ pretensions to global importance? The proof was in the pudding, and the baker was in Washington.”

In a nutshell, Russia wanted to be seated “[…] at the head of the table, right next to America’s” But Washington “[…] did not need Russia’s help in running the world, neither during the Cold War, nor, especially, in its aftermath.” After all, “[…] the world was a jungle, where the mightiest had the power of persuasion and no one listened to the counsel of the weak.”

Fast forward, Vladimir Putin has learnt that lesson and applies it in the implementation of his vision of international relations.

But let’s go back to Boris Yeltsin and Bill Clinton. There were talks about Moscow joining NATO, but no one in the West was much interested in that prospect, even though American officials dangled the possibility as bait. During that period, the embers of war inflamed former Yugoslavia and the world witnessed a vicious and murderous civil war begin in 1991. President Yeltsin “tried to make Bosnia a showcase of Russian-American cooperation.” But Washington was not interested, and Russia was “left on the sidelines”, the pride associated to her self-declared status humiliated. Much the same happened when Moscow sought to collaborate in the negotiations with North Korea’s nuclear program.  

In a word, Moscow was not to be seated at the head of the table with Washington.

But by embracing enlargement without finding an appropriate role for Russia, the same [Western] policy makers overlooked the possibility that it might actually contribute to the latter’s nationalistic resurgence or, indeed, externally legitimize it. This is exactly what happened.

Pr. Sergey Radchenko

At that stage, one can sympathize with Russia’s frustration and feeling of abandonment.

Since nature abhors vacuum, “Russia’s own ontological security as a part of the West depended in large part on whether it was being recognized as such. If it wasn’t – that, too, was legitimating, because it helped the Russian political elites find their ground in an uncertain world, if not as friends, then at least as adversaries of the West.”

Professor Radchenko brings some nuances to that point of view, when he writes that “[…] one can of course lament Russia’s exclusion from Europe as a deliberate act of policy but it is hard to deny that such exclusion was partly justifiable in view of Russia’s own policies [like, for example, the war in Chechnya] […].”

Russia sought “legitimation through an adversarial relationship”, while the United States refused to offer “[…] enough leeway for legitimation through a genuine and inclusive partnership.” The seeds of confrontation had been planted by efficient gardeners. “It is hard to blame the White House”, writes the author. “They were the realists. But by being too realistic and not sufficiently idealistic at a time when they could have made a difference, they helped make Russia’s imperialist resurgence a self-fulfilling prophecy.”

As a student of history, I would bet that a discreet apparatchik named Vladimir Putin took careful notes and vowed not to fall into the idealist trap if his time came. And it came.

Russia certainly is not faultless in the current international context. But one can wonder what could have happened if the Clinton administration had adopted a different posture. In the land of “what ifs”, anything is possible, and I am not fond of revisionism. But one can easily assume that humiliating someone is never a good insurance policy for future good relations.

You can’t change the past, but there is always hope for the future. Russia is not immune to good relations with the United States. Vladimir Putin was the first international leader to call and offer assistance to President George W. Bush after the horrendous terrorist attacks on 9/11 and he was among the first ones to wish a speedy recovery to Donald Trump after news broke that the US President had tested positive to Covid-19.

China’s Role and Image in the Era of Covid-19

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Professor Kerry Brown (source The Diplomat)

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In light of the current crisis about Covid-19, Professor Kerry Brown, one of the world’s most renowned specialist on China who is also a biographer of Xi Jinping and who serves as Director of the Lau China Institute at King’s College London has accepted to respond to a few questions. Here is the content of this written interview.

Professor Brown: many sincere thanks for accepting to receive the following questions for my blog.

 I’ve read the fascinating article you wrote with Ruby Congjiang Wang about China and the Coronavirus in Asian Affairs. This is an extremely timely topic these days.

One thing we have learned in this current chaotic situation: we all have to become much more attuned and knowledgeable about each other before we end up simply shouting past each other and making things even worse.  

In the article, you write that China’s image is damaged in the West. Just today (May 13th), a Canadian poll was released detailing that “More than four-in-five (85%) Canadians say the Chinese government has not been honest about what has happened in its own country.” Since China wants to be considered and respected as a world power, it cannot tolerate that its prestige be tarnished. What will Beijing do to correct that situation? Do you think they might try to mount a PR campaign or any sort of outreach operation to reverse that trend?

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Chinese President Xi Jinping (source: CNBC)

It was always going to be hard for a country with China’s political system, its cultural, social and historical differences with the outside world, and its quite specific world view informed by its own complex, often fragmented history to be able to speak easily to the world at a time when its economy is growing more and more important. COVID19 has just made this challenge even harder. It has deepened some of the issues that were already there, and showed that in the US, Canada, etc, a combination of unfamiliarity towards China along with the speed with which China has come to people’s attention has at the very least proved disorientating. This is exacerbated by the ways in which China itself undertakes messaging – something which is often heavy handed, and ill adapted to the sort of audiences in the West it is aimed at. Everyone has to have a rethink about where things are going. Beijing’s messaging needs to fundamentally change – probably the reason behind the government accepting an investigation at some point of the spread of the pandemic, and the stress at the late May National People’s Congress on the need for co-operation. But as the world moves into addressing the massive economic impact of the virus, rhetoric needs to move to actions, and to seeing what sort of collaboration and co-operation is going to be possible. One thing we have learned in this current chaotic situation: we all have to become much more attuned and knowledgeable about each other before we end up simply shouting past each other and making things even worse.

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