Les erreurs ne sont jamais orphelines

« La victoire a cent pères, mais la défaite est orpheline », affirmait le président John F. Kennedy. En prolongeant cette logique en attribuant une condition orpheline aux erreurs commises durant un conflit, une campagne, une entreprise ou un projet, on comprend un mieux pourquoi peu de livres sont mis en chantier pour explorer et détailler les échecs qui ont influencé le cours de l’histoire.

Dans un récent ouvrage regroupant 20 chapitres courts mais fascinants, les auteurs – des spécialistes en histoire militaire – expliquent les raisons ayant conduit à la rédaction des chapitres catalogués au rang des échecs que leurs planificateurs auraient sans doute voulu écrire autrement.

D’emblée, Les grandes erreurs de la Seconde Guerre mondiale (publié sous la direction des historiens chevronnés Jean Lopez et Olivier Wieviorka) a ravivé des souvenirs mémorables dans ma mémoire, puisque j’ai foulé le sol de plusieurs endroits décrits entre les couvertures. J’ai vu le hérisson tchèque indiquant l’endroit jusqu’où les troupes de la Wehrmacht ont avancé à Moscou, visité le domaine campagnard du Kent d’où Winston Churchill lançait des alertes relativement au péril de l’apaisement, été ébahi en sortant du train dans le bucolique village italien de Cassino de constater à quel point la prise du monastère portant le même nom avait dû relever d’une véritable mission impossible, déambulé dans les rues de Prague – capitale sacrifiée sur l’autel du manque de vision des dirigeants franco-britanniques en 1938, parcouru les couloirs souterrains où l’opération Dynamo fut orchestrée à Dover, marché sur le pont d’Arnhem – celui-là même que le maréchal Montgomery avait ordonné à ses troupes de capturer et vécu plusieurs mois à Varsovie en m’y imprégnant de la mémoire du soulèvement de 1944.

De manière frappante, les bévues détaillées sont souvent associées à une carence au niveau du renseignement. Dès le premier chapitre consacré à l’apaisement, sous la plume de la brillante historienne Raphaële Ulrich-Pier, on y apprend que:

« Avant Munich, par ailleurs, l’armée tchécoslovaque, bien organisée, avec un bon moral, disposait de solides fortifications dans la région des Sudètes : les Tchèques auraient pu fixer une partie non négligeable de la Wehrmacht, obligeant l’Allemagne à mener une guerre sur deux fronts si Paris puis Londres s’étaient portées au secours de Prague. »

Face à Hitler et sa horde brune, la partie était donc jouable avant que le monde ne s’embrase. Mais la volonté politique des décideurs en place était carencée par un aveuglement volontaire et le mirage de « la paix pour notre époque ». Si seulement Churchill avait été aux commandes… Mais il ne faut pas succomber aux sirènes de l’uchronie.

La cécité comporte aussi son lot d’adhérents et aura notamment causé la catastrophe (pour Moscou) de l’opération Barbarossa. Un autre épisode à ranger dans le même rayon fut l’insurrection de Varsovie à l’été 1944, puisque « la décision était fondée sur l’espérance hâtive que la Wehrmacht ne serait pas en mesure de contre-attaquer et d’arrêter l’offensive de l’Armée rouge. » Un calcul ne prenant aucunement en considération la capacité de rebondir des Allemands, du refus de Staline de secourir ses adversaires Polonais et l’incapacité des Alliés de forcer la main du maître du Kremlin. Autant de raison qui auraient conduit tout bon stratège à ne pas lancer les hostilités.

J’ai particulièrement apprécié le chapitre (il en a rédigé 3 pour ce livre) de Jean Lopez consacré au rembarquement de la British Expeditionary Force (BEF) à Dunkerque, à l’intérieur duquel le célèbre auteur nous apprend que, même s’il avait été un « coup dur, la perte d’une partie du BEF n’aurait pas été la catastrophe si complaisamment dépeinte. » De l’eau au moulin d’une réflexion à contre-courant de la trame de fond glorieuse associée au sauvetage des 338 000 soldats britanniques en français en mai-juin 1940 et entretenue avec respect et admiration dans les îles britanniques.

Mentionnons également qu’étant fasciné par le rôle de la Chine durant la Seconde Guerre mondiale – une contribution trop souvent ignorée – j’ai été captivé de lire Benoist Bihan à propos des erreurs commises par le Japon en envahissant la Chine à partir de 1937. Le régime de Tokyo et les dirigeants militaires n’avaient alors aucun buts de guerre précis, ni aucun « plan mûrement réfléchi ».

Les grandes erreurs de la Secondes Guerre mondiale se veut donc un ajout à la fois agréable et incontournable dans la bibliothèque de tout passionné d’histoire militaire, mais aussi de quiconque souhaite comprendre les ressorts de ces calculs qui peuvent souvent s’avérer tragiques. L’histoire militaire prodigue de nombreux enseignements applicables dans la vie de tous les jours, notamment dans la période difficile que l’humanité traverse actuellement.

J’oserais même dire que nous apprenons souvent plus des défaites (et des erreurs qui les engendrent) que des victoires. Elles ne sont jamais orphelines, parce qu’enfantées par des êtres humains dont les décisions sont orientées par leur tempérament, leur vision du monde, leurs expériences et les carences qui les accompagnent inévitablement. Nous en avons actuellement un exemple tristement nocif et tragique à la tête des États-Unis. Mais ça, c’est une autre histoire.

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Jean Lopez et Olivier Wieviorka (sous la direction de), Les grandes erreurs de la Seconde Guerre mondiale, Paris, Perrin, 2020,320 pages.

Je tiens à remercier vivement Céline Pelletier de Interforum Canada pour son assistance soutenue et appréciée et Marie Wodrascka des Éditions Perrin de m’avoir fourni une version du livre aux fins de la présente recension.

Le professeur de De Gaulle

Dans son Dictionnaire amoureux du Général (que j’ai l’intention de recenser ici prochainement), le regretté Denis Tillinac citait De Gaulle qui affirmait : « L’homme d’action ne se conçoit guère sans une forte dose d’égoïsme, d’orgueil, de dureté, de ruse. » Cette citation m’a beaucoup tracassé, parce qu’on a souvent tendance à idéaliser les grands personnages. On les imagine au-dessus des défauts affligeant le commun des mortels. Après tout, le souvenir de leurs accomplissements ne permet-il pas à leur mémoire de prendre place dans l’Olympe des consciences?

J’affirme que cette citation m’a tracassé, parce que la lecture du dernier livre de Pierre Servent, De Gaulle et Pétain (Éditions Perrin) a répondu au questionnement qui m’habitait à propos de l’homme du 18 juin.

Figure d’inspiration de nos jours, De Gaulle a néanmoins cumulé une feuille de route parsemée d’animosité. « Détesté par une bonne partie de l’élite de l’armée », « il n’a guère d’amis dans l’armée ». Il peut cependant, au début de son parcours, compter sur le soutien indéfectible d’un père spirituel hors norme – le Maréchal Pétain – qui lui apprend tous les trucs du métier, dont celui d’être un bon comédien. Une excellente école pour le protégé.

L’auteur nous rappelle qu’au sortir de l’École de guerre en 1924, « Son attitude arrogante, ses contre-performances dans l’exécution de certains exercices qu’il juge au-dessous de son talent naturel, sa difficulté à accepter la critique font que la majorité du corps enseignant souhaite le classer en queue de peloton de la promotion de l’École de guerre, dans le troisième tiers, avec la mention « assez bien ». C’est une catastrophe qui ne se remonte jamais dans une carrière militaire déjà mal engagée. »

J’étais pourtant sous l’impression que De Gaulle était un premier de classe…

Trois ans plus tard, le Maréchal l’impose comme conférencier extraordinaire. De quoi faire rager les détracteurs – et on devine qu’ils sont nombreux – du Connétable. La mauvaise réputation de De Gaulle était notamment assortie du fait qu’il était connu pour être un chef très dur et distant envers ses subalternes.

À priori, on serait porté à croire qu’un tel patronage s’accompagnerait d’une loyauté sans faille. Pas pour De Gaulle, dont la boussole personnelle est orientée par son destin et celui de la France. S’il faut trahir une vieille amitié pour y arriver, qu’il en soit ainsi.

En 1938, De Gaulle fait accepter le manuscrit de La France et son armée par un éditeur, Plon, lequel ignore « […] que son nouvel auteur publie un texte qui, d’une certaine façon, appartient à un autre […] ». Le livre résultant d’une commande passée du maréchal sera publié et la rupture entre les deux hommes sera irrémédiablement consommée. Le vin est tiré… Et la table est mise pour la scène légendaire qui se jouera quelques mois plus tard.

De Gaulle n’a pas hésité à grimper sur les épaules de son protecteur pour se hisser au faîte de la gloire, une gloire néanmoins chèrement acquise dans les sacrifices encaissés sur la route de l’exil pendant la Seconde Guerre mondiale.

Lorsqu’il aborde le thème de l’orgueil – une caractéristique arborée fièrement par les deux protagonistes de son récit – Pierre Servent se déploie à multiplier les qualificatifs : cosmique, incommensurable, sans bornes, immense, puissant, d’airain, himalayen… Mais aussi bafoué et blessé. Comme pour nous rappeler que le destin des grands personnages est forgé au feu des épreuves et que les orgueils surdimensionnés constituent un rempart protégeant une sensibilité ne voulant pas s’exposer. Des épreuves que tout un chacun peu à peine imaginer. Je repense, en écrivant ces mots, à la séquence du film mettant en vedette Wilson Lambert et Isabelle Carré – que j’ai eu le privilège de visionner avant son retrait des salles de cinéma du Québec à cause de la COVID-19 – au cours de laquelle on voit le personnage principal quitter fin seul la France en juin 1940.

Pour devenir un artisan de l’histoire, De Gaulle avait compris qu’il ne faut pas être aimable et docile, mais qu’il fallait savoir ramer à contre-courant, contrairement à son ancien mentor qui profitait de la vie bonne dans la thermale Vichy.

Le maréchal Pétain fut certes le professeur généreux du Général de Gaulle dans la période formatrice de sa vie. La capacité de l’élève à se démarquer – certains diront à tuer la figure – du maître, lui aura permis de se détacher de tout en juin 1940 pour mieux attacher son wagon à la locomotive de l’histoire.

Sous la plume animée de cet éminent spécialiste en histoire militaire – qui nous a réservé d’autres bons livres comme une excellente biographie du Feld-maréchal Erich von Manstein et L’extension du domaine de la guerre que j’avais beaucoup apprécié – on apprend que le destin a un prix, celui de ne croire qu’en soi. Contre vents et marées. Une leçon puissante, surtout en cette période difficile.

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Pierre Servent, De Gaulle et Pétain, Paris, Éditions Perrin, 2020, 224 pages.

Je remercie Mme Marie Wodrascka, des Éditions Perrin, qui m’a aimablement fourni un exemplaire de cet excellent livre.

De Gaulle, cet indocile

DeGaulleCointet2Winston Churchill a toujours occupé les premières loges de ma passion de l’histoire. Sa relation avec Charles de Gaulle m’a toujours fasciné, notamment en raison des nombreuses similitudes entre ces deux grands : impulsivité, génie, mélancolie passagère, éloquence, sens de l’histoire, caractère rebelle et j’en passe.

Mais De Gaulle ne serait pas devenu De Gaulle sans juin 1940 et, dans une certaine mesure, sans Churchill. Au moment de l’Appel du 18 juin, les deux hommes se distinguent pourtant par une feuille de route bien différente. Jean-Paul Cointet, dans son fascinant livre De Gaulle : Portrait d’un soldat en politique résume que lorsque le Général effectue ses premiers pas dans les arcanes de Whitehall, le Britannique et le Français cumulaient respectivement « […] trente-cinq ans d’expérience politique, de l’autre un tout récent sous-ministre. »

C’est dire à quel point De Gaulle a été contraint de se dépasser et de lutter pour assurer non seulement les intérêts de la France combattante, mais également les siens sur le plan personnel et ce, même si les deux peuvent facilement apparaître comme ayant été identiques, tellement le militaire français incarnait pratiquement à lui seul le mouvement dont il avait pris la tête.

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Napoléon, le moine militaire

BaronFainMémoiresNapoléon fascine notamment par son génie militaire et l’empreinte qu’il a laissé dans l’histoire. Mais ce qui m’a toujours fasciné davantage, c’est l’homme et ses ressorts. Qu’est-ce qui le motivait, comment pensait-il et comment travaillait-il? Je piaffais donc d’impatience de plonger dans la récente édition des Mémoires du Baron Fain – qui fut l’un de ses plus proches collaborateurs – et qui viennent d’être éditées par l’historien et Napoléonologue Charles-Éloi Vial.

Dans un échange avec lui, l’auteur me précisait que Fain « fait partie de la « galaxie » napoléonienne, au même titre que Méneval, Duroc, Daru ou encore Bacler d’Albe ou Mounier. Ce sont les personnages qui se sont fait apprécier de l’Empereur pour leur ardeur au travail, leur efficacité et leur discrétion. Et comme Napoléon n’aime pas les nouvelles têtes, il les garde avec lui le plus longtemps possible. »

Outre l’admiration de Fain envers ce patron à qui il reconnaît des qualités de grande générosité, de méticulosité et de vaillance – l’expression « travailleur infatigable » revenant à quelques reprises – j’ai surtout été fasciné par les habitudes de lecture de celui que l’auteur compare à un « moine militaire » (j’adore l’expression), « gouvernant et administrant un empire immense du fond d’un cabinet secret, que cette retraite soit dérobée aux yeux par les lambris d’un palais ou par les rideaux d’une tente. » L’auteur l’évoque clairement et nous fait bien sentir au fil des pages que ce sanctuaire est l’endroit où Napoléon était le plus à l’aise pour travailler. Dans une dynamique régimentée dont les contours sont effectivement comparables à ceux de la vie monastique. Et c’est dans ce contexte qu’il l’a côtoyé.

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Wellington, seul vainqueur de Waterloo?

WaterlooThierryLentzL’été 2014 fut le plus beau de ma vie, en ce qu’il m’a offert le privilège de visiter une multitude de champs de bataille et lieux historiques sur le continent européen. De ceux-ci, Waterloo figurait en tête de liste. Ayant toujours nourri un vif intérêt envers le Duc de Wellington, j’étais fasciné de passer une bonne heure dans ce que fut son quartier général à l’époque (et qui porte maintenant le nom de Musée Wellington).

Ayant habité en Écosse pendant plusieurs mois suite à cette visite, j’avais accès à plusieurs livres publiés à propos de la légendaire bataille sur les mornes plaines – les Britanniques étant friands de commémorer leur contribution à la défaite de l’Aigle. Un bel après-midi d’hiver, alors que je me trouvais dans une librairie d’Édimbourg, mon regard se posa sur un petit livre de l’historien Brendan Simms portant sur la contribution des hommes de la King’s German Legion dans la défense de la ferme de la Haye Sainte – laquelle fut cruciale dans la victoire de Wellington et ses lieutenants.

Je me propose de rédiger quelques lignes bientôt à propos de cet ouvrage, mais je me limiterai ici à mentionner qu’il m’a ouvert les yeux sur le fait que Waterloo n’est pas exclusivement une victoire britannique, et ce, avec tout le respect que je dois à mes ancêtres écossais qui ont pris part à la bataille.

Cet état de fait est également soulevé de manière très éloquente par l’historien Thierry Lentz – qui est également directeur de la Fondation Napoléon – dans son excellent livre sur la bataille de Waterloo.

Après son retour aux Tuileries le 20 mars 1815, l’ancien Empereur déchu veut, selon les propos de l’auteur « convaincre l’Europe qu’il était décidé à vivre en paix avec elle, dans les frontières négociées en 1814 et sans velléité de reconquête d’aucune sorte. » Les participants du Congrès de Vienne refusent et « […] Napoléon devait en effet, une fois de plus, jouer son trône sur un coup de dés. »

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Comprendre le pouvoir russe

MarcWithGorby
L’auteur photographié en compagnie de l’ancien président Mikhaïl Gorbatchev en 2011.

À quelques jours de mes 17 ans, en août 1991, j’apprenais que le dirigeant soviétique Mikhail Gorbatchev était victime d’un coup d’État. Fasciné que j’étais par tout ce qui concernait ce pays et son histoire, il n’en fallait guère plus pour m’inquiéter au sujet de ce leader admiré, mais aussi de me fasciner de ce que cet événement signifiait dans la grande trame de l’histoire du pays des tsars. À l’époque, nous ne disposions pas de toutes les plateformes médiatiques permettant de suivre l’évolution du putsch en temps réel – mis à part les bulletins de nouvelles à la radio. Je m’étais donc employé à téléphoner, plusieurs fois par jour, à la salle de rédaction du quotidien local pour m’enquérir des développements à Moscou et en Crimée, là où Gorbatchev était retenu contre son gré. Fort probablement au grand désespoir du directeur de l’information qui me répondait toujours généreusement.

Le Kremlin et ses locataires m’ont toujours fasciné. Je raffole depuis mon jeune âge de lectures détaillant les intrigues ourdies au sommet du pouvoir rouge et permettant de mieux connaître les grandes figures qui en étaient la cause.

SecretsduKremlinC’est avec un peu de retard, mais ô combien de plaisir que j’ai dévoré Les secrets du Kremlin 1917-2017 sous la plume avertie de l’historien et journaliste Bernard Lecomte. Les 16 chapitres de ce livre agrémenté par l’une des plumes les plus agréables qu’il m’ait été donné d’apprécier permettent de franchir les murs de cette enceinte dont l’aura de mystère fait non seulement sa réputation historique, mais lui confère également son influence.

L’idée principale que j’en retiens est que, pour arriver au pouvoir en Russie et y demeurer, il faut savoir jouer de ruse et ne jamais baisser la garde. Bernard Lecomte nous permet à cet égard de marcher sur les pas d’un Lénine prenant le pouvoir à force d’obstination et malgré une révolution mal préparée. Et d’un Nikita Khrouchtchev qui prend les commandes de l’État en 1953, mais « […] en qui personne ne voit encore un leader de premier plan. » Pour revenir au putsch de 1991, ce moment charnière aura permis à un Boris Eltsine sous-estimé par les comploteurs de devenir une figure incontournable en se hissant sur un char d’assaut. Et que dire de ce Vladimir Poutine relativement inconnu qui devient maître des lieux en exhibant la jeunesse et la vigueur devant un Eltsine malade et au bout de ses forces, alors les 12 coups de minuit sonnent l’arrivée de l’an 2000 sur la Place Rouge? Dans ce registre, force est d’admettre que le meilleur chapitre est celui (tout simplement savoureux) où l’historien relate la partie d’échecs entre Staline et De Gaulle.

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Napoléon et La Marseillaise

LaMarseillaise
Source: https://www.defense.gouv.fr/terre/actu-terre/archives/la-marseillaise-et-la-fete-nationale

En ce 199e anniversaire de la disparition de Napoléon du monde terrestre, il est approprié de publier un billet au sujet de l’Empereur aujourd’hui.

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Thierry Lentz (source: Fondation Napoléon)

Je suis abonné à la Lettre hebdomadaire de la Fondation Napoléon, dont la lecture me procure toujours énormément de plaisir. Depuis aussi loin que je me souvienne, j’aime l’hymne national français, La Marseillaise. Ses accents militaristes rejoignent toujours mes dispositions favorables envers la Res Militaris. Vendredi dernier, le directeur de la Fondation et éminent historien Thierry Lentz y publiait un excellent article portant justement sur les origines de l’hymne composé par Rouget de l’Isle, lesquelles m’étaient jusqu’alors inconnues. Je sais, c’est scandaleux.

Thierry Lentz publiera un Dictionnaire historique sur Napoléon en septembre prochain chez Perrin.

L’auteur, dont j’ai recensé le livre Le diable sur la montagne : Hitler au Berghof 1922-1944 il y a deux ans, me confiait d’ailleurs que son prochain livre : Napoléon. Dictionnaire historique sera publié le 3 septembre chez Perrin.

Inutile de vous confier que suis déjà impatient de mettre la main sur un exemplaire.

D’ici là et parce que Bonaparte, en son temps, a, lui aussi passé un printemps difficile, je crois que je vais relire Les vingt jours de Fontainebleau : La première abdication de Napoléon 31 mars – 20 avril 1814. Un autre excellent livre sous la plume de cet auteur fort sympathique.

D’ici là, bonne lecture!

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De Gaulle et Israël

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Le Premier ministre israélien David Ben Gourion et le président Charles de Gaulle (source: Nouvel Observateur)

Nous célébrerons dans quelques heures le 72e anniversaire de l’indépendance de l’État d’Israël, une célébration connue sous le nom de Yom Ha’atzmaut.

 

C’est donc un réel privilège pour moi de publier ici les réponses aux questions que j’ai adressées à l’historien et journaliste Éric Branca, lesquelles portaient principalement sur la relation – amicale, me permettrez-vous de le souligner – entre Charles de Gaulle et David Ben Gourion, premier Premier ministre d’Israël.

Je rappelle ici que M. Branca est l’auteur d’un livre passionnant, De Gaulle et les grands (publié par les Éditions Perrin) qui contient notamment un chapitre portant sur la relation fascinante entre les deux hommes d’État. Un livre à lire, absolument!

Voici le contenu de notre échange.

De Gaulle reconnaissait le génie politique de David Ben Gourion et appréciait Shimon Peres.

Après avoir lu De Gaulle et les grands, une conception qui m’habitait a été battue en brèche, celle suivant laquelle le Général était un politicien conservateur (je pense principalement à votre chapitre sur sa relation avec Jean XXIII). Selon vous, où se situerait-il aujourd’hui sur l’échiquier?

DeGaulleEtLesGrandsDe Gaulle n’était, par nature, ni conservateur ni progressiste, ou si vous préférez, il était les deux à la fois, ce qui revient au même. Comme président de tous les Français, il tenait pour son devoir d’emprunter ce qu’il y avait de meilleur dans les deux traditions politiques pour assurer le Salut public. Nul n’a mieux résumé sa propre position sur le sujet que lui-même, lors de son entretien télévisé du 15 décembre 1965 avec Michel Droit : « La France, c’est tout à la fois. Ce n’est pas la gauche, la France! Ce n’est pas la droite, la France! Naturellement, les Français, comme de tout temps, ressentent en eux des courants. Il y a l’éternel courant du mouvement qui va aux réformes, qui va aux changements, qui est naturellement nécessaire, et puis, il y a aussi un courant de l’ordre, de la règle, de la tradition, qui, lui aussi, est nécessaire. C’est avec tout cela qu’on fait la France. Prétendre faire la France avec une fraction, c’est une erreur grave, et prétendre représenter la France au nom d’une fraction, c’est une erreur nationale impardonnable. » 

Je m’intéresse beaucoup à l’histoire politique d’Israël. Et votre chapitre sur la relation de de Gaulle avec Ben Gourion fut un véritable délice. Vous évoquez, à la page 280, que le Général reconnaissait le génie politique et militaire du premier ministre israélien. Puisque je comprends que vous ne pouviez tout écrire dans votre livre (faute d’espace), accepteriez-vous de nous en dire plus à ce sujet?

Le génie politique de Ben Gourion s’est notamment manifesté dans l’affaire de l’Exodus, laquelle a plus fait pour la cause israélienne que tous les attentats de l’Irgoun.

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De Gaulle et les grands

DeGaulleEtLesGrandsMa fascination envers le Général de Gaulle est une vocation tardive. Pour tout dire, j’ai commencé à m’intéresser à lui un beau jour de septembre 2014, alors que je me trouvais dans un salon de barbier londonien et que j’ai fait la rencontre d’un anglais francophile dont la mère avait été la secrétaire du grand homme pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette agréable discussion a déposé en moi un grain qui allait germer au fil du temps.

À l’approche du 50e anniversaire de la disparition de l’homme du 18 juin, les publications à son sujet ne manquent pas et les éditions Perrin nous choient avec plusieurs titres aussi invitants les uns que les autres.

À cet égard, le sympathique journaliste et historien Éric Branca a piqué ma curiosité avec son dernier livre, De Gaulle et les grands. Parce qu’il campe le Général dans ses relations avec les autres grandes pointures de l’histoire contemporaine. Admirateur de Ben Gourion et de Kennedy, fasciné par Mao, toujours curieux de lire ce que les auteurs ont à dire au sujet de Roosevelt et Staline et irréductible de Churchill, je ne pouvais laisser ce livre trop longtemps sur ma liste de titres « à lire ». Y plonger était une gourmandise à laquelle je ne voulais pas résister.

Les relations internationales faisant partie de mes sujets de prédilection, Éric Branca m’a permis de relever à quel point de Gaulle était un réaliste (le terme revient à plusieurs reprises entre les couvertures), un pragmatique dans tous les sens du terme. À témoin, la citation suivante : « J’aime mieux voir à la tête du Parti communiste, un homme qui gardera toujours accrochée aux fesses la casserole de sa désertion plutôt qu’un authentique résistant […]. » J’ai trouvé ça délicieux.

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Le Général de Gaulle et le Président Nixon en 1969 (Source: Richard Nixon Foundation)

Mais de Gaulle était aussi un anticonformiste déclaré et assumé. C’est ainsi que l’homme d’État demeurait de glace devant les approches de Tito, puisque celui-ci était un usurpateur profitant des actions posées par « le vrai héros national », Draža Mihailović (que Tito fera liquider), celui « […] qui a fait perdre deux ou trois mois à la Wehrmacht au printemps 1941 (en utilisant les méthodes de la guérilla). Il a empêché les Allemands d’atteindre Moscou et Leningrad avant l’hiver. C’est peut-être lui qui a causé la perte de Hitler », selon le Général.

Ou encore la réponse du Général à son ambassadeur à Washington qui lui recommande de ne pas rencontrer le candidat à l’investiture républicaine en 1968, Richard Nixon, puisqu’on accorde à ce dernier bien peu de chances d’arriver premier au fil d’arrivée. Sur le télégramme apportant ce conseil, de Gaulle griffonne : « Je le recevrai donc. »

Je mentionne une dernière anecdote, probablement la plus savoureuse selon moi, au sujet de l’intervention du président français dans l’élection du successeur du pape Pie XII. Dès le lendemain du décès de celui-ci, il envoie l’avion présidentiel chercher l’ambassadeur français à Rome pour déterminer quel candidat répondra le mieux aux intérêts de l’Hexagone. C’est sur le patriache de Venise, le cardinal Roncalli, que se jette le dévolu de l’Élysée. Au dixième tour de scrutin, le parti français au Conclave parvient à faire pencher le résultat en faveur de celui qui deviendra le pape Jean XXIII. À lui seul, le chapitre consacré à la relation de de Gaulle avec l’initiateur du Concile Vatican II mériterait certainement un livre entier.

Chacun des chapitres du livre est rempli d’anecdotes similaires, qui viennent soutenir les affirmations de l’auteur quant aux principes géopolitiques et dispositions personnelles du Général.

Puisque ce pays effectue son ascension au rang de grande puissance, la relation entre de Gaulle et Mao représente un très grand intérêt actuellement. Je sais bien qu’il n’est pas évident de faire abstraction de la Covid-19, mais il serait peut-être approprié, en envisageant le long terme, de méditer ces paroles visionnaires du Général : « Un jour ou l’autre, peut-être plus proche qu’on ne croit, la Chine sera une grande réalité politique, économique et même militaire… » 50 ans plus tard, force est d’admettre que celui qui a couché cette formule sur papier avait très bien compris que les idéologies, qu’elles soient politiques ou commerciales, constituent une entrave à ce réalisme qui permet aux relations internationales de vivre dans un équilibre dont le monde a grand besoin. Plus que jamais.

Ce livre figure d’ores et déjà dans mon classement des meilleurs livres d’histoire. Parce qu’il dévoile comment un homme qui a toujours su que « le vrai courage est d’affronter les malheurs » a pris place parmi les grands. Incontestablement, de Gaulle figure parmi les grands, j’avancerais même parmi les plus grands.

Puisque le pragmatisme, le réalisme et le progressisme (à la Nixon et de Gaulle) sont des valeurs qui me rejoignent, Éric Branca a probablement fait naître un gaulliste en moi en nous offrant ce livre exceptionnel et opportun.

Sur ce, je vais maintenant placer L’ami américain : Washington contre de Gaulle 1940-1969 – un précédent livre de cet auteur – sur la liste des livres que je lirai prochainement. Je suis déjà impatient.

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Éric Branca, De Gaulle et les grands : Churchill, Hitler, Roosevelt, Staline, Tito, Adenauer, Jean XXIII, Houphouët-Boigny, Kennedy, Ben Gourion, Nasser, Nixon, Franco, Mao…, Paris, Perrin, 2020, 432 pages.

Je tiens à remercier sincèrement les Éditions Perrin de m’avoir offert un exemplaire du livre et pour leur amical soutien envers ce blogue.

De Gaulle et la Covid-19

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L’historien et journaliste Éric Branca (source: Éditions Perrin)

Suite à la lecture de son excellent De Gaulle et les grands publié chez Perrin, me suis entretenu avec l’historien et journaliste Éric Branca à propos du général et de la crise de la Covid-19. Je vous invite d’ailleurs à lire ma recension de cet excellent livre. Voici donc, sans plus de cérémonies, le contenu de notre échange, pour lequel je lui suis d’ailleurs sincèrement très reconnaissant.

Est-ce que Charles de Gaulle serait bien équipé pour affronter une crise comme celle de la Covid-19 et pourquoi?

Vous savez, il est toujours imprudent de refaire l’histoire avec des « si »! Mais votre question est pleine d’intérêt parce que, dans ce cas précis, on sait très exactement ce que de Gaulle aurait fait… puisqu’il l’a fait! De Gaulle ou plutôt la France redevenue une très grande puissance économique grâce à son action.

Le monde a connu une crise sanitaire très semblable à celle de 2020 : la grippe de Hong Kong de 1968.

DeGaulleEtLesGrandsOn l’a oublié aujourd’hui, mais le monde a connu une crise sanitaire très semblable à celle de 2020 : la grippe de Hong Kong de 1968 qui a tué non pas 130 000 personnes dans le monde, comme le Covid-19 à la mi-avril, mais largement plus d’1 million, à une époque où la planète comptait moins de 4 milliards d’hommes. La moitié moins qu’aujourd’hui… En France, cette même grippe de 1968 a tué 17 000 personnes, sur une population de 50 millions d’habitants (contre 65 millions en 2020). C’est dire si l’alerte a été sévère.

Pour autant, le système de santé n’a pas été débordé, on n’a pas confiné toute une population chez elle, l’économie ne s’est pas arrêtée, bref, personne n’a pensé une seconde qu’une grippe, aussi contagieuse soit-elle, allait provoquer un collapsus économique planétaire semblable à la crise de 1929.

L’ouragan néo-libéral a rendu nos sociétés fragiles et détruit nos réflexes de survie sous prétexte de rationalité comptable.

Pourquoi? Parce que l’ouragan néo-libéral n’avait pas encore rendu nos sociétés si fragiles ni surtout détruit nos réflexes de survie sous prétexte de rationalité comptable. Parce que la santé publique était encore considérée comme un sanctuaire. Bref, parce que nos hôpitaux avaient les moyens de recevoir tout le monde dans de bonnes conditions, y compris les personnes âgées les plus fragiles. Pensez qu’entre 1980 et 2020 la France a perdu 40.000 lits d’hôpitaux! 1000 par an pendant 40 ans. Sous prétexte de « bonne gestion » on a généralisé les soins dits « ambulatoires », au point qu’en 2019, la doctrine officielle du ministère français de la santé, c’était qu’un établissement de santé bien géré était un établissement avec 0 lit disponible. 0 lit disponible comme 0 stock disponible pour une entreprise prétendument « bien gérée » elle aussi!!!

Le flux tendu, en fait, c’est la pensée 0. Le primat de l’immédiateté sur la mémoire, donc sur la projection dans l’avenir. Flux tendu, et rationnement (sauf pour les stock options), voilà pourtant le maître-mot du néolibéralisme dans tous les domaines. Y compris d’ailleurs pour la Défense nationale. Est-ce utile d’épiloguer sur le résultat ? Si un ministre avait expliqué cela à de Gaulle, c’est lui que le Général aurait envoyé en confinement immédiatement… Et définitivement. Pas les Français!

J’ajoute que si la situation n’était pas aussi tragique, on aurait envie de rire en entendant ceux qui ont désarmé la France nous expliquer qu’elle est en « guerre ».

Bref, pour lui comme d’ailleurs pour la plupart des dirigeants de l’époque, soyons juste, l’idée que l’hôpital ne possède pas une force de réserve pour faire face à une épidémie de grande ampleur était aussi stupide que d’envisager une économie dépendante de l’étranger pour ses stocks stratégiques, une armée dont les soldats tiennent à peine dans le stade de France et une police qui renonce à entrer dans certains quartiers…  J’ajoute que si la situation n’était pas aussi tragique, on aurait envie de rire en entendant ceux qui ont désarmé la France nous expliquer qu’elle est en « guerre ».

De Gaulle qui, c’est le moins qu’on puisse dire, savait ce qu’était la guerre, n’employait jamais ce mot à tort et à travers. Faire avancer la cause de la paix (en s’opposant à l’hégémonie des super grands) et œuvrer à long terme pour la prospérité et la sécurité des Français dont il avait la responsabilité suffisait à son bonheur. Qui peut dire qu’il n’a pas réussi dans le temps si court qui lui fut imparti et au milieu des crises qu’il eut à affronter?

Quelle fut, selon vous, la pire crise affrontée par le général de Gaulle et comment y a-t-il répondu?

 Celle, justement qui l’a fait émerger dans l’histoire : l’effondrement de la France et de ses élites, ou prétendues telles, en moins de six semaines, au printemps 1940. Lisez ou relisez les Mémoires de guerre, tout est dit en peu de mots sur ce traumatisme originel quand, le 16 mai 1940, alors que lui-même monte au front, il croise des soldats qui refluent en troupeau et auxquels les Allemands ont seulement confisqué leurs armes en leur criant : « Nous n’avons pas le temps de vous faire prisonniers! ». Il écrit : « Alors, au spectacle de ce peuple éperdu et de cette déroute, au récit de cette insolence méprisante de l’adversaire, je me sens soulevé d’une fureur sans bornes. Ah! c’est trop bête! La guerre commence infiniment mal. Il faut donc qu’elle continue. Il y a, pour cela, de l’espace dans le monde. Si je vis, je me battrai, où il faudra, tant qu’il faudra, jusqu’à ce que l’ennemi soit défait et lavée la tache nationale. Ce que j’ai pu faire, par la suite, c’est ce jour-là que je l’ai résolu. »

Ce n’est pas le Covid-19 qui a dévoré les stocks de masques dont nos hôpitaux disposaient pour protéger nos soignants.

Serait-il exagéré de comparer la crise actuelle au péril nazi qui a déferlé sur la majeure partie de l’Europe pendant la Seconde Guerre mondiale ?

Non seulement exagéré mais injurieux pour la mémoire des 50 millions de morts de ce conflit. Comparer un virus à un ennemi est un biais utilisé par les dirigeants incapables pour dissimuler leur propre impéritie. Les virus et les microbes ont toujours fait partie de la vie : ils ne sont ni mauvais ni bons, ils existent.

Ce n’est pas le Covid-19 qui a dévoré les stocks de masques dont nos hôpitaux disposaient pour protéger nos soignants ; ce n’est pas le Covid-19 qui a englouti le gel hydro-alcoolique que nous n’avions pas;  ce n’est pas le Covid-19 qui a empêché le gouvernement d’acheter, en temps voulu, les tests qui auraient permis de détecter sur une grande échelle et de soigner à temps ceux qui en sont atteints, au lieu de mettre une population entière « aux arrêts de rigueur» ; ce n’est pas le Covid-19 qui a rendu notre pays dépendant des molécules que nos laboratoires (quand ils existent encore) ne produisent plus et que fabriquent à leur place les Chinois! Ce n’est pas le Covid-19 qui a convaincu nos dirigeants de fermer les dizaines et dizaines de petits hôpitaux qui pourraient aujourd’hui servir à accueillir dans de bonnes conditions les personnes âgées ou les patients non justiciables des urgences, afin que nos structures les mieux équipées se consacrent à l’essentiel!

En un mot comme en cent, ce n’est pas le Covid-19, mais le virus néo-libéral qui empêche nos dirigeants de penser… Enfin pas tous, puisqu’en Allemagne, en Suisse et en Corée du Sud, où, que je sache, l’économie de marché n’est pas sacrifiée – bien au contraire! – on dispose d’assez de tests pour déterminer qui doit être « confiné » et qui peut aller travailler avec, bien sûr, les précautions qui s’imposent! Et où, surtout, on a gardé assez de lits disponibles (9 pour 1000 habitants en Allemagne, contre 6 pour la France) pour ne pas avoir à choisir qui a le droit d’être soigné et qui ne l’a pas…

Puisque nous sommes dans la période de Pâques, êtes-vous d’avis que la foi religieuse y était pour quelque chose dans sa légendaire détermination?

La foi de De Gaulle est quelque chose d’inséparable de sa conception de la France. Vous connaissez la devise des Français libres, rédigée de la main même du Général, le 10 août 1940 : « Je suis un Français libre, je crois en Dieu et en l’avenir de ma Patrie ». En même temps, de Gaulle n’était pas un « dévot ». Il détestait l’ostentation, d’où ses rapports souvent tendus, sous la IV° République, avec les démocrate-chrétiens du MRP qu’il comparait à « des enfants de cœur qui auraient bu les burettes ». N’ayant que le mot « religion » à la bouche, mais aussi à l’aise dans les « délices et les poisons du régime » que des poissons dans l’eau (bénite)… Des Tartuffe, en quelque sorte.

En vérité, de Gaulle détestait parler de sa foi. Malraux, qui avait souvent tenté d’amener le Général sur le terrain métaphysique – sans toujours y parvenir car, disait-il, son interlocuteur ébauchait alors « un geste qui semblait chasser les mouches », a bien résumé les choses dans Les chênes qu’on abat : « Je crois sa foi si profonde quelle néglige tout domaine qui la mettrait en question.  C’est pourquoi mon agnosticisme ne le gêne pas. […] Sa foi n’est pas une question, c’est une donnée, comme la France. Mais s’il aime parler de sa France, il n’aime pas parler de sa foi. »

En fait, il n’en a parlé qu’en une seule occasion en public, et c’était d’ailleurs, devant des religieux, réunis, le 31 mai 1967 à la villa Bonaparte. Bien que mentionné à l’époque, et publié depuis dans l’édition complète de ses discours et messages, ce texte n’est pratiquement jamais cité. En voici la fin : « L’avenir, la France qui est aussi la fille aînée de l’Église, le voit avec sérénité, avec fermeté, avec confiance. L’Église est éternelle et la France ne mourra pas. L’essentiel, pour elle, est qu’elle reste fidèle à ce qu’elle est et, par conséquent, fidèle à tous les liens qui l’attachent à notre Église. C’est le cas! Et c’est pourquoi, quels que soient les dangers, les crises, les drames, que nous avons à traverser, par-dessus-tout et toujours, nous savons où nous allons. Nous allons, même quand nous mourrons, vers la Vie ».  C’est autre chose que le prêchi-prêcha actuel, non?

Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances n’empêchent pas qu’il y a dans l’univers tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. – Charles de Gaulle

Quel était son principal atout, sa principale qualité, pour surmonter tous les écueils qui se sont présentés à lui?

La mémoire qui permet de disposer d’assez de ressources pour comprendre le présent et, partant, pour maîtriser l’avenir… Donc pour garder l’espoir, ce mot-clé du vocabulaire gaullien! Tout est dans l’appel du 18 juin, auquel il faut toujours revenir : « Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire. […] Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances n’empêchent pas qu’il y a dans l’univers tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là ».

Couper les crédits à l’OMS, et après? Déclarer la guerre à la Chine, puisque le virus en vient?

Puisque je suis impatient de débuter la lecture de L’ami américain, je présume que la politique américaine figure parmi les sujets qui retiennent votre attention. Quelle est votre opinion sur la manière dont la crise de la Covid-19 est gérée par l’administration Trump?

N’étant pas citoyen américain, je me garderai bien de porter un jugement ex cathedra. La seule chose que je peux constater, comme tout le monde, c’est que les États-Unis, qui ont été frappés avant la France par le virus néo-libéral, semblent encore plus désarmés qu’elle pour résister convenablement au covid-19…  Quant au président Trump, comment s’étonner que sa politique (ou plutôt son absence de politique) soit à l’avenant de sa pensée, ou de ce qui en tient lieu, à savoir le portefeuille? Couper les crédits à l’OMS, et après? Déclarer la guerre à la Chine, puisque le virus en vient?

Finalement, et j’espère que vous pardonnerez ma curiosité, mais après avoir lu la dernière ligne de votre plus récent livre De Gaulle et les grands, je me demandais sur quoi portera votre prochain (je prends pour acquis qu’un auteur de votre trempe ne demeure pas inactif longtemps)?

Tout ce que je peux dire c’est qu’il sera largement question de la politique américaine au lendemain de la Seconde guerre mondiale…