Ils ont fait tomber Mussolini

Il y a quelques années, durant un séjour à Rome, j’avais demandé à une guide de me faire visiter les principaux lieux d’intérêt reliés au dictateur Benito Mussolini. Parmi ceux-ci se trouvaient les Fosses adréatines, le Musée de la libération de Rome (lequel abritait le QG de la Gestapo à Rome vers la fin du conflit) et le Palais de Venise sur le balcon duquel le Duce annonça l’entrée en guerre de l’Italie le 10 juin 1940. Durant toute la journée, la guide ne cessa de me répéter que les Italiens n’étaient pas entichés des Nazis et qu’il fallait faire la distinction entre les deux.

Les séides de Mussolini affichaient manifestement des différences frappantes avec la horde brune qui gravitait autour d’Hitler à Berlin. Le dernier livre de l’historien Frédéric Le Moal Les hommes de Mussolini (Perrin) offre aux lecteurs la possibilité de découvrir ou mieux connaître ces hommes (il n’y avait aucune femme dans le groupe) qui ont accompagné Mussolini sur son parcours.

Continue reading “Ils ont fait tomber Mussolini”

Harry et Meghan sont lassants

Le prince Harry et le journaliste Anderson Cooper pour l’émission 60 Minutes (The Telegraph)

Le comte Jean des Cars est un historien et auteur réputé qui a consacré plusieurs ouvrages au sujet de la monarchie britannique. En 2022, j’ai eu le privilège de recenser son Pour la reine : Hommage à Elizabeth II ainsi que la réédition de la biographie Elizabeth II naturellement consacré à la souveraine. Les deux livres sont publiés chez Perrin.

Dans la foulée de ces recensions, M. des Cars a aimablement accepté de répondre à mes questions pour une première entrevue qui fut publiée sur ce blogue à la fin du mois de septembre dernier. J’ai de nouveau échangé avec cet auteur – qui est l’un des meilleurs spécialistes francophones des têtes couronnées – et qui fut le premier journaliste français reçu à Buckingham Palace par celui qui était à l’époque connu comme étant l’héritier de la Couronne, et ce, avant même son mariage avec Diana.

Tradition et innovation: Elizabeth II a réussi ce mariage fascinant!

Selon lui, « le décès d’Elizabeth II a été l’évènement le plus considérable de l’année 2022, notamment pour une raison que le public ignore souvent: elle fut le seul chef d’État en fonctions (de 1953 à 2022), qui avait vécu la Deuxième Guerre Mondiale. En 1939, elle avait…13 ans! Quand elle devient reine, Staline est toujours [au pouvoir] à Moscou! La longévité de la reine est extraordinaire. Nous ne reverrons jamais un tel « spectacle », notamment parce que la jeune souveraine avait compris, bien avant Churchill, le futur pouvoir de la télévision. Elle fut, dans bien des domaines, une pionnière. Tradition et innovation: elle a réussi ce mariage fascinant! »

Le décès de la bien-aimée souveraine, survenu le 8 septembre dernier, est naturellement venu changer la donne et marquait le début d’un nouveau chapitre dans l’histoire de la monarchie.

Continue reading “Harry et Meghan sont lassants”

« Il y a chez cet homme du Churchill et du Clemenceau »

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky parcourant les tranchées qui contribuent à défigurer son pays depuis le début de la guerre lancée par la Russie. (source: Kyiv Post)

Le général d’armée Henri Bentégeat est un militaire français qui a servi en tant que chef de l’état-major particulier du président de la République entre 1999 et 2002 et chef d’état-major des armées de 2002 à 2006. Il est l’auteur de deux excellents livres, Chefs d’État en guerre et Les ors de la République, tous deux publiés chez Perrin.

Je suis privilégié de le compter parmi mes interlocuteurs appréciés. Le général Bentégeat tient à conserver un devoir de réserve, pour ne pas porter ombrage à son successeur, le général Thierry Burckhart. Ce qui est très louable. Il a néanmoins accepté de partager quelques observations à propos du leadership de guerre du président ukrainien Volodymyr Zelensky.

« Qu’attend-on d’un chef d’État confronté à la guerre », de se questionner réthoriquement l’ancien proche collaborateur des présidents Mitterrand et Chirac? « D’abord, une vision claire des enjeux, ensuite une capacité à se fixer des buts de guerre ambitieux et réalistes, enfin la capacité à mobiliser l’ensemble des ressources du pays pour conduire la guerre; accessoirement, le choix de chefs militaires compétents et loyaux. Selon ces critères, le président ukrainien est parfaitement à la hauteur de ses lourdes responsabilités. »

Continue reading “« Il y a chez cet homme du Churchill et du Clemenceau »”

« Je pense que Harry couche avec le fantôme de sa mère »

L’historien et biographe Jean des Cars (source: The Limited Times)

Le comte Jean des Cars est un personnage des plus sympathiques et généreux. Sa bibliographie est impressionnante et il est le spécialiste de référence des têtes couronnées européennes. Il m’a accordé il y a quelques jours un long entretien à propos de la monarchie britannique, dans la foulée du décès de Sa Majesté la reine Elizabeth II survenu le 8 septembre dernier.

« J’ai été le premier journaliste francophone reçu à Buckingham Palace par le prince Charles [maintenant le roi Charles III]. C’était en 1982, avant son mariage avec Diana », de mentionner fièrement l’auteur du récent livre à succès Pour la reine (Perrin) qui en est à sa cinquième réédition. « J’avais appris qu’il allait venir en France, pour honorer la mémoire des combattants de la Royal Air Force qui s’étaient cachés dans les caves à champagne et qui avaient vécu des moments épouvantables. Il devait être accompagné de Lord Mountbatten. J’ai donc dit au journal (Le Figaro) : « Et si on demandait un entretien au prince de Galles? » Tout le monde me regarde et me dit : « vous êtes fou. » J’ai donc pris l’annuaire téléphonique de Londres. J’ai appelé Buckingham et j’ai demandé à parler à l’officier de presse en charge du prince de Galles. On me passe alors un Australien avec un accent de crocodile qui me demande de lui envoyer par télécopieur une photocopie de mon passeport et ma liste de questions. Deux jours plus tard, on me confirmait un rendez-vous qui était prévu le surlendemain. Personne n’a cru que j’avais simplement obtenu cet entretien simplement à cause d’un appel à Buckingham Palace », de se remémorer l’historien avec gourmandise.

poursuivre la lecture

Elizabeth II a rapproché la monarchie du peuple

Le 10 décembre 1936 marque une date cruciale dans l’histoire de la monarchie britannique en général, mais aussi de la petite Elizabeth Windsor en particulier. Son oncle, le roi Édouard VIII abdique pour vivre pleinement son amour avec Wallis Simpson, une divorcée américaine. La jeune fille est alors âgée de 10 ans. Son monde, celui de sa famille immédiate également, vient de basculer radicalement. Son père, le duc d’York, lui succède de facto et prend le nom de George VI. Il s’agit de l’une des pires crises traversées par la monarchie britannique, un point tournant pendant lequel on s’interroge sérieusement sur l’avenir de la Couronne. Tout aurait pu basculer et les tenues d’apparat rangées dans les musées pour l’éternité. Ce ne fut pas le cas. Heureusement.

George VI, notamment en raison de son stoïcisme, de sa résilience et de son empathie, remet l’ouvrage sur le métier. Les nouveaux locataires de Buckingham Palace commencent à recoudre le blason de la famille royale dans le tissu social britannique et de l’Empire. Elizabeth n’est pas une enfant comme les autres. Le coup de crayon donné par son oncle en cette date fatidique fait en sorte qu’elle ne pourra plus jamais baisser la garde. Elle est l’héritière du trône et, 15 ans plus tard, elle relèvera le gant dans un règne déchaîné de tourments et ponctué de moments glorieux.

poursuivre la lecture

Elizabeth II, fille d’Écosse

La vie a été formidablement généreuse avec moi, en me permettant de vivre en Écosse en 2014-2015. J’y ai d’ailleurs déposé mes bagages un 11 septembre… J’ai alors pris la mesure de toute l’affection que portait ce peuple fièrement enraciné dans un héritage singulier envers la Reine Elizabeth II.

Je regardais avec attention les images diffusées par la BBC du cortège transportant la dépouille de notre défunte souveraine en partance du château de Balmoral vers Édimbourg. Ces images ont fait jaillir de magnifiques souvenirs dans mon coeur et ma mémoire. Il en a été ainsi en parcourant les pages du plus récent livre de Jean des Cars Pour la reine : Hommage à Elizabeth II (Perrin).

poursuivre la lecture

De Gaulle aurait condamné sans appel l’intervention russe en Ukraine

Le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev en compagnie du Général de Gaulle (source Histoire & Civilisations)

J’ai récemment eu le privilège d’adresser quelques questions à l’historien et auteur de renommée internationale Éric Branca, dans le contexte de la guerre en Ukraine. Avec un retard pour lequel je suis désolé, il me fait grand plaisir de publier aujourd’hui cet entretien qui soulève des aspects éclairants.

Voici donc le contenu de notre échange.

_____________

BookMarc : Monsieur Branca, sans vouloir tomber dans l’imprudence d’une conjecture, disposons-nous d’indices pour savoir comment de Gaulle aurait réagi à la suite de l’invasion de l’Ukraine le 24 février dernier?

Éric Branca : Il est toujours périlleux de faire parler les morts ou de dire ce qu’ils auraient fait, mais il est relativement simple de savoir ce qu’ils n’auraient pas fait, sachant ce qui a constitué la logique profonde de leur existence et de leur action, en l’occurrence l’indépendance de la France et sa mise au service de la paix en luttant contre les empires.

poursuivre la lecture

Chefs d’État lecteurs et écrivains

Le général d’armée Henri Bentégeat (source: Alchetron)

Quelques jours avant Noël, le général d’armée Henri Bentégeat m’a fait un très beau cadeau pour mon blogue. Cet auteur est un ancien chef de l’état-major particulier du président de la République qui a ensuite servi en tant que chef d’état-major des armées (France). Plus récemment, il est l’auteur de deux excellents ouvrages Chefs d’État en guerre (2019) et Les ors de la République(2021) – tous deux publiés chez Perrin. Le général m’a donc offert un texte inédit pour publication sur ce blogue. Le thème, vous l’aurez deviné, porte sur les appétences littéraires des chefs d’État. Une lecture fascinante et inspirante, sous la plume d’un auteur que j’admire beaucoup et envers lequel je suis infiniment reconnaissant pour son amitié envers ce blogue.

C’est donc avec un immense plaisir que je partage ce texte avec vous aujourd’hui.

En France, le Prince, qu’il soit monarque ou président de la République, n’a pas le choix de ses goûts et de ses inclinations. Il se doit d’afficher une vaste culture littéraire et artistique, de peur de perdre l’estime de ses concitoyens, tant chez nous, depuis des siècles, la culture est attachée au pouvoir.

poursuivre la lecture

Napoléon, cet animal politique

Je ne pouvais laisser se terminer l’année 2021 sans recenser l’un des meilleurs livres consacrés à Napoléon qui me soit passé entre les mains pendant le bicentenaire de son décès. À cet égard, Les hommes de Bonaparte : La conquête du pouvoir 1793-1800 (Éditions Perrin) de l’historien Jean-Philippe Rey m’a permis de découvrir un aspect de l’Empereur dont ma connaissance était, je le constate bien aujourd’hui, très embryonnaire. Alors que les vertus de celui que Clausewitz appelait le « Dieu de la guerre » sont bien connues, son génie politique l’est beaucoup moins. Et c’est à ce niveau que l’auteur nous renseigne de manière convaincante.

Bonaparte, nous dit Jean-Philippe Rey était un animal politique, un ambitieux désireux de s’investir corps et âme pour grimper au sommet. En témoigne notamment son mariage avec Joséphine (un mariage dont les deux époux tirèrent avantage, malgré sa nature complexe) et une capacité consommée à tisser, entretenir et étendre ses réseaux. Le réseautage est d’ailleurs un – pour ne pas dire le – thème dominant du livre.

Poursuivre la lecture

Pour Brejnev, « la meilleure façon de survivre [en politique, c’était] de s’entendre avec tout le monde »

Leonid Brejnev n’a jamais vraiment eu bonne presse dans l’opinion nord-américaine. C’est du moins l’impression que j’ai retiré des discussions que j’entendais dans ma tendre jeunesse. Lorsque les adultes commentaient l’actualité relativement à la Guerre froide, le numéro un soviétique faisait figure d’« imbécile en chef » pour reprendre la formule citée par Andreï Kozovoï dans la récente biographie qu’il consacre à Brejnev. Son successeur, Mikhaïl Gorbatchev, n’a pas beaucoup aidé en le diabolisant. Et comme le père de la Perestroïka était adulé en Occident, il n’y a qu’un pas à franchir pour comprendre que les chances de Brejnev d’être apprécié à sa juste valeur étaient bien minces.

Cela dit, Brejnev est un personnage fascinant à découvrir. Sous une plume agréable et accessible qui évite la confusion avec autant de noms qui peuvent être méconnus pour un.e néophyte, Andreï Kozovoi relate avec brio l’ascension au pouvoir d’un personnage trop facile à sous-estimer. Au fait, ça ne vous rappelle pas un autre opérateur docile qui s’est tranquillement placé dans les bonnes grâces de la famille Eltsine avant de déménager ses pénates au Kremlin le 31 décembre 1999? Mais je digresse…

Continue reading “Pour Brejnev, « la meilleure façon de survivre [en politique, c’était] de s’entendre avec tout le monde »”