« Xi Jinping est, hélas, le chef d’État actuel le plus impressionnant » – général Henri Bentégeat

Le Général (à la retraite) Henri Bentégeat (source: Alchetron)

Dans la foulée de ma recension de l’excellent livre Les ors de la République (Éditions Perrin) du général d’armée (à la retraite) Henri Bentégeat, j’ai soumis quelques questions à son attachée de presse. Très aimablement, il s’est empressé d’y répondre. C’est donc avec grand plaisir que je partage cet entretien avec vous.

Mon général, j’ai dévoré Les ors de la République avec énormément d’intérêt et de fascination. Vous y brossez un portrait fascinant des présidents François Mitterrand et Jacques Chirac. Mais comme vous avez naturellement côtoyé des chefs d’État étrangers, je me demandais lequel vous avait le plus impressionné et pourquoi?

Ayant côtoyé de nombreux chefs d’État, avec Jacques Chirac ou en tant que chef d’état-major des armées, j’ai quelque peine à désigner celui ou celle qui m’a le plus impressionné. Avant la campagne aérienne contre la Serbie qui a révélé son messianisme exalté, j’aurais volontiers cité Tony Blair, tant son enthousiasme souriant, sa simplicité et sa maitrise des dossiers me séduisaient. Je retiens donc plutôt Cheikh Zayed que j’ai rencontré au soir de sa vie. Celui qui présidait au destin des Émirats arabes unis, avait un charisme peu commun et sa sagesse proverbiale s’exprimait avec une douceur ferme et souriante, ouverte au dialogue sans céder sur l’essentiel. Chirac vénérait ce grand modernisateur respectueux des traditions et faiseur de paix.

Les présidents et leurs conseillers ayant pris goût à la disponibilité et à la discrétion du personnel militaire, le ministère de la Défense a été invité à détacher à l’Élysée des chauffeurs, des secrétaires, des maîtres d’hôtel et des rédacteurs pour le service du courrier…
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Le « général Morphée », vainqueur de la Révolution française

Questionné un jour dans un entretien privé à savoir s’il était impatient d’apprendre un jour la rédaction et la publication de sa biographie, un ancien ministre canadien des finances me répondit : « Pas du tout. J’aime mieux demeurer dans la légende que passer à l’histoire. » Cet épisode m’est immédiatement venu en mémoire lorsque j’ai débuté la lecture de La journée révolutionnaire : Le peuple à l’assaut du pouvoir 1789-1795 (Passés Composés) de l’historien Antoine Boulant.

Tout au long de son propos, l’auteur s’emploie à départager l’histoire de l’imaginaire. « Alors que l’imaginaire collectif associe volontiers la journée révolutionnaire à des combats sanglants et des tueries collectives, une analyse plus nuancée s’impose. » À plusieurs endroits, on mesure à quel point les journées révolutionnaires étudiées dans ces pages n’avaient rien de spontané. Seulement quelques centaines d’insurgés se retrouvaient devant les murs de la Bastille le 14 juillet 1789. La majorité des Parisiens ne faisaient pas partie de la foule révolutionnaire, les franges les plus misérables de la société y étaient minoritaires et ce n’est pas « une foule déguenillée » qui a pris d’assaut la Bastille et les Tuileries.

Quel ne fut pas également mon étonnement de constater à quel point la prise des armes servait les intérêts de personnages importants de l’establishment comme le duc d’Orléans, que l’on soupçonne notamment d’avoir financé les émeutiers. Et que dire du rôle déterminant des rumeurs, comme par exemple tout le bruit entourant le « banquet des gardes du corps » propagées dans une véritable campagne de relations publiques. De véritables Fake News qui n’ont rien à envier aux tribulations d’un certain politicien américain. Aussi bien l’avouer, je me suis senti à des années lumières du film culte La Révolution française de Robert Enrico et Richard T. Heffron que j’ai longtemps vénéré.

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La sérénité de Jacques Chirac

Le général Henri Bentégeat (à droite sur la photo) accompagnant le président Jacques Chirac dans son command-car le 14 juillet 2005 (Photo par Sebastien DUFOUR / Gamma-Rapho via Getty Images)

Allons enfants de la patrie…

Chaque 14 juillet, une partie de mon cœur se tient aux abords de l’avenue des Champs-Élysées et bat au rythme du magnifique défilé militaire qui y déambule. La fête nationale de la France a toujours été un moment fort pour moi. Un jour, je me promets d’y assister en personne.

Cette année, j’ai donc pensé solliciter le concours d’un auteur français dont j’admire beaucoup le parcours et le talent à nous livrer ses impressions sur cette journée importante.

Dans son excellent livre Les ors de la République, le général Henri Bentégeat, qui fut chef de l’état-major particulier du président de la République du 30 avril 1999 au 2 octobre 2002 et chef d’état-major des Armées (CEMA) du 30 octobre 2002 au 3 octobre 2006, partage avec ses lecteurs plusieurs aspects fascinants et révélateurs de la personnalité du président Jacques Chirac. Je pense notamment au fait où mention est faite que « ses voyages préférés » étaient « ses visites aux armées ». Et que la Défense était l’un des domaines « qu’il aimait le plus ». Dit autrement, Jacques Chirac était à l’aise et heureux auprès de la troupe. Il était donc naturellement dans son élément lors du défilé du 14 juillet.

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La Lumière au coeur des ténèbres

Le Major-général Guy Chapdelaine, Aumônier général des Forces armées canadiennes (Source: The Catholic Register)

L’année 2020 aura présenté un lot impressionnant de défis pour tous. L’Aumônier général des Forces canadiennes, le Major-général Guy Chapdelaine, n’a pas échappé à cette dynamique planétaire.

Féru d’affaires militaires et en prévision des fêtes de Noël et du Nouvel an, j’ai eu le plaisir et le privilège de m’entretenir avec lui pour discuter de cette année pour le moins particulière.

D’entrée de jeu, celui qui veille au bien-être spirituel des militaires canadiens avoue que le service de l’aumônerie en est à actualiser son offre de service, et ce, afin de demeurer au diapason des besoins des femmes et des hommes qui servent sous l’unifolié.

« Le gros de notre travail se situe à l’extérieur des chapelles. Nous devons être présents sur le terrain, auprès de nos militaires qui sont confrontés à la solitude, à des problèmes reliés au coût de la vie – comme par exemple sur la côte ouest – qui sont aux prises avec la pénurie des places en garderie, qui vivent des crises », de préciser le haut gradé qui cumule, avec plus de 6 ans, le plus long mandat dans l’histoire des forces à ce poste.

« Nous devons visiblement composer avec de nouvelles réalités et répondre à des besoins changeants auprès d’une clientèle appartenant à plusieurs confessions religieuses », d’ajouter celui qui participait au début du mois de décembre à une rencontre virtuelle avec la synagogue juive du Temple El Emanu Beth Sholom en compagnie du Lieutenant-général (retraité) Roméo Dallaire.

« Durant la première vague de la Covid-19, nos militaires ont été déployés dans les CHSLD et nous avions proposés que les aumôniers puissent les accompagner, d’une part pour apporter leur soutien à ces jeunes femmes et hommes confrontés à la mort – une réalité gommée dans notre société – mais aussi pour offrir un accompagnement spirituel à la clientèle frappée de plein fouet par la pandémie. Cette proposition a été déclinée pour des raisons de santé publique que nous comprenons très bien », de poursuivre le Major-général Chapdelaine qui affirme du même souffle que les membres de l’aumônerie sont toujours en première ligne des interventions militaires, et ce, même en zone de guerre comme ce fut notamment le cas en Afghanistan.

En dressant le bilan de l’année qui s’achèvera dans quelques jours, le Major-général se veut philosophe en exprimant que la pandémie a forcé tout le monde à s’adapter. « Les rencontres virtuelles n’étaient pas aussi développées qu’elles le sont maintenant. Beaucoup de temps et d’énergies étaient consacrées aux déplacements. Nous pouvons maintenant maximiser nos énergies grâce à la technologie », de se réjouir celui qui affirme du même souffle que le contact avec la troupe lui a beaucoup manqué. De par ses fonctions, l’Aumônier général se déplace autour du monde, du Koweït à l’Ukraine en passant par Israël, pour soutenir nos militaires. « J’ai eu l’impression, comme un peu tout le monde sans doute, d’avoir été privé de cette nécessité pour l’être humain d’être en contact avec les autres. »

Le Major-général Chapdelaine termine cependant sur une note d’espoir, en mentionnant que la fête de Noël, que nous célébrerons dans quelques heures, ainsi que la fête de Hanukkah qui fut célébrée par la communauté juive entre le 10 et le 18 décembre derniers, se veulent des fêtes de Lumière, une Lumière qu’il voit poindre pour l’année 2021 après des mois plus sombres. D’ici là, « il faut tenir bon », de conseiller le militaire qui se réjouit au passage de la nomination du Vice-amiral Art MacDonald au poste de Chef d’état-major de la défense. « Un gentleman de grande qualité humaine », de terminer le haut gradé originaire de mon coin de pays.

Je me permets de mentionner que le major-général Chapdelaine célèbrera les 4 messes de Noël à la Chapelle historique Notre-Dame-du-Bon-Secours de Montréal les 24 et 25 décembre. Il précise que celles-ci seront diffusées sur YouTube.

Joyeux Noël à tous!

De Gaulle, cet indocile

DeGaulleCointet2Winston Churchill a toujours occupé les premières loges de ma passion de l’histoire. Sa relation avec Charles de Gaulle m’a toujours fasciné, notamment en raison des nombreuses similitudes entre ces deux grands : impulsivité, génie, mélancolie passagère, éloquence, sens de l’histoire, caractère rebelle et j’en passe.

Mais De Gaulle ne serait pas devenu De Gaulle sans juin 1940 et, dans une certaine mesure, sans Churchill. Au moment de l’Appel du 18 juin, les deux hommes se distinguent pourtant par une feuille de route bien différente. Jean-Paul Cointet, dans son fascinant livre De Gaulle : Portrait d’un soldat en politique résume que lorsque le Général effectue ses premiers pas dans les arcanes de Whitehall, le Britannique et le Français cumulaient respectivement « […] trente-cinq ans d’expérience politique, de l’autre un tout récent sous-ministre. »

C’est dire à quel point De Gaulle a été contraint de se dépasser et de lutter pour assurer non seulement les intérêts de la France combattante, mais également les siens sur le plan personnel et ce, même si les deux peuvent facilement apparaître comme ayant été identiques, tellement le militaire français incarnait pratiquement à lui seul le mouvement dont il avait pris la tête.

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Le dérapage de l’administration Trump / Trump Administration’s Major Blunder

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Capt. Brett Crozier (source: Times of Israel)

THE ENGLISH VERSION FOLLOWS

Le livre de Guy Snodgrass, Holding the Line: Inside Trump’s Pentagon with Secretary Mattis est l’un des livres les plus intéressants et perspicaces à propos de la relation entre le président Trump et les militaires. À la lumière du congédiement récent du Capt. Brett Crozier en relation avec la crise de la Covid-19, cet auteur très bien informé a accepté de répondre à mes questions. Voici le contenu de nos échanges :

HoldingTheLineCapitaine de frégate Snodgrass: à la lumière du limogeage du capitaine Crozier de son commandement, je suis très heureux d’avoir l’occasion de vous poser quelques questions, puisque peu de gens sont plus qualifiés que vous pour commenter la situation.

Connaissez-vous personnellement le capitaine de frégate Brett Crozier?

Oui. Nous avons servi ensemble à bord de l’USS Ronald Reagan, un porte-avions à propulsion nucléaire basé à Yokosuka, au Japon. Il était commandant en second du navire (n° 2 à bord) et j’étais commandant de l’escadron de chasse.

Pensez-vous que le capitaine Crozier a fait ce qu’il fallait lorsqu’il a sonné l’alarme concernant la présence du virus à bord du navire?

Oui, sans aucun doute, il a fait ce qu’il fallait, en sensibilisant les autorités relativement à l’infection de la Covid-19 à bord de son navire de guerre. Un débat animé se poursuivra, à savoir si la manière dont il a sensibilisé le public, via un courriel envoyé à plusieurs destinataires au sein de la Marine, était la bonne ligne de conduite.

Cette situation évolue rapidement, alors que le secrétaire par intérim de la Marine, Thomas Modley, vient de prononcer un discours mal avisé et mal reçu à bord du navire de guerre concernant sa décision de congédier le capitaine Crozier.

Le secrétaire à la défense ou le président des États-Unis auraient-ils pu revenir sur cette décision s’ils avaient été en désaccord?

Pourraient-ils? Certainement. Modley était un responsable politique et ils sont supérieurs à lui [le secrétaire par intérim de la Marine] dans la «chaîne de commandement» politique.

Le secrétaire de la défense Mattis aurait-il agi de la même manière (limogeage du capitaine Crozier)?

Difficile à dire. Mattis est très imprévisible. Tout dépend de la façon dont l’information lui aurait été présentée. Comme Esper, Mattis aurait probablement ordonné que le capitaine Crozier soit relevé de ses fonctions, mais il aurait géré la situation de manière plus avisée.

Quel message ce congédiement envoie-t-il aux autres commandants de la Marine qui pourraient être confrontés à la même situation?

Faites attention à la façon dont vous communiquez avec les quartiers généraux supérieurs. Quoi que vous fassiez, vous aurez tort. À la fin de la journée, la US Navy a toujours besoin de professionnels prêts à prendre des décisions difficiles, quelles que soient les conséquences personnelles. Le capitaine Crozier a peut-être agi de manière inappropriée dans la manière de transmettre le courriel et le message à partir de sa boîte d’envoi, mais la gestion de la réponse par le Secrétaire de la Marine a été 10 fois pire que la faute originelle.

Que peut-on retenir des actions du capitaine Crozier au sujet du leadership en période de crise?

Faites ce qu’il faut, même dans l’anonymat. Placez toujours votre devoir devant vos intérêts personnels. Et que nos actions parlent plus fort que les paroles ne le pourront jamais.

À mon humble avis, il y a un parallèle intéressant entre les gestes posés par le capitaine Crozier et les paroles de Theodore Roosevelt, qui affirmait qu’il : « […] saura que sa place n’a jamais été parmi les âmes froides et timorées qui ne connaissent ni la victoire ni l’échec. » Êtes-vous d’accord?

J’adore cette citation. Je ne peux pas dire si elle convient ou non, et ce, tant que la Marine n’aura pas terminé l’enquête sur les circonstances entourant la note de service et sa publication.

Qui est votre leader / personnage historique favori pour des moments comme ceux-ci? Et pourquoi?

Le colonel de la US Air Force qui a posé la question philosophique à la génération montante des hauts dirigeants: préférez-vous être quelqu’un ou faire quelque chose? C’est difficile de faire les deux.

Accepteriez-vous de partager avec nos lecteurs votre opinion sur la manière dont le président et l’administration gèrent la situation?

Oui, j’aimerais bien. Je vous renvoie également à un épisode de mon podcast récent au sujet du congédiement du capitaine Crozier: https://anchor.fm/htlpodcast

Êtes-vous étonné par la démission du secrétaire par intérim de la Marine? Était-ce prévisible?

Pas étonné. Il était prévisible que les gestes posés par le Secrétaire par intérim de la Marine a résulté en une perte de confiance auprès de la population américaine, sans parler des hommes et des femmes qu’il représente au sein de la US Navy.

Merci beaucoup pour la générosité de votre temps et je souhaite que vous et votre famille soyez à l’abri de cette pandémie.

Merci, Marc, je te souhaite la même chose ainsi qu’à tes proches.

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Guy Snodgrass’s book Holding the Line: Inside Trump’s Pentagon with Secretary Mattis is one of the most interesting and insightful books I’ve read about the relationship between President Trump and the military. In light of what happened in the last couple of days with the firing of Capt. Brett Cozier in the context of the Covid-19 pandemic, this very well-informed author has accepted to respond my questions. Here is the content of our exchange:

Commander Snodgrass: in light of Capt. Crozier’s firing from his command post, I’m very happy to have the opportunity to ask you a few questions because few people are more qualified than you to comment it.

Do you know Capt. Brett Crozier personally?

Yes, I do. We served together onboard USS Ronald Reagan, a nuclear-powered aircraft carrier homeported in Yokosuka, Japan. He was the ship’s executive officer (#2 onboard) and I was a fighter squadron commanding officer.

Do you think Capt. Crozier did the right thing when he sounded the alarm about the presence of the virus on his ship?

Yes, undoubtedly, he did the right thing by raising awareness of the Covid-19 infection sweeping through his warship. What will continue to be hotly contested is whether or not the manner in which he raised awareness, via an email sent to multiple Navy recipients, was the right course of action.

This situation is moving swiftly, as Acting Secretary of the Navy Thomas Modley just gave an ill-advised and poorly received speech onboard the warship regarding his decision to fire Captain Crozier.

Could the Secretary of Defense or the President of the United States have reversed this decision if they had been in disagreement?

Could they? Sure. Modley was a political appointee and they are senior to him in the political “chain of command.”

Would DefSec Mattis have acted the same way (firing Capt. Crozier)?

Hard to tell. Mattis is very mercurial. All depends on how information was presented to him. Like Esper, Mattis would likely have ordered Crozier’s firing but he would have handled it in a more savvy manner.

What message does this firing send to other Navy commanders who might be confronted to the same situation?

Be careful how you communicate with higher headquarters. Damned if you do… damned if you don’t.  At the end of the day, the U.S. Navy still needs professionals willing to make hard calls regardless of their personal consequences. Captain Crozier may have acted inappropriately in the manner by which the email and message made its way out of his outbox, but the Navy Secretary has handled his response 10x worse than the original sin.

What does Capt. Crozier’s actions teach us about leadership in times of crisis?

Do the right thing, even when no one is watching. Always put service before self. And that our actions speak louder than words ever can.

In my humble opinion, there is an interesting parallel between Capt. Crozier’s actions and the words of Theodore Roosevelt when he said “[…] so that his place shall never be with those cold and timid souls who neither know victory nor defeat.” Would you tend to agree?

I love that quote. Can’t comment on whether or not the quote fits until the Navy completes the investigation of the circumstances around the memo and its release.

Who’s your favorite leader / historical figure for times like these? And why?

U.S. Air Force Colonel who asked the philosophical question of rising senior leaders: Would you rather be someone or do something? It’s hard to do both.

Would you agree to share with our readers your opinion about how the President and the administration are managing the situation?

Yes, I would. I also refer you to my recently released podcast for an episode discussing Captain Crozier’s firing: https://anchor.fm/htlpodcast

Are you surprised by the resignation of the Acting Secretary of Navy? Was that predictable?

Not surprised. Seems predictable in that the Acting Secretary’s actions resulted in a loss of trust and confidence with the American public, not to mention the men and women he represents within the U.S. Navy.

Many sincere thanks for the generosity of your time and I wish you and your family will be safe from this pandemic.

Thanks, Marc, same to you and yours.

Néron ou comment assassiner une réputation

PhotoBioNéronD’aussi loin que je me souvienne dans ma mémoire littéraire, je me suis toujours refusé à lire quoi que ce soit au sujet de Néron. Assimilant docilement la prétendue vérité historique selon laquelle il aurait été responsable de l’incendie de Rome en 64, tragédie qu’il aurait observé en récitant de la poésie.

Aussi bien le dire franchement, j’ai toujours aimé détester Néron et je me suis toujours régalé de voir certains vilains – le dernier exemple en lice étant le président Donald Trump (comme en atteste le titre d’un récent livre associant à lui le nom de l’empereur à la réputation incendiaire) – être comparés à lui. Jamais sa personne identifiée sur un livre n’aura retenu mon attention et conscrit mes instincts livresques à la manière d’un César, d’un Auguste ou d’un Germanicus.

Lorsque j’ai vu pour la première fois la biographie de Catherine Salles consacrée au successeur de Claude, j’ai hésité. À de nombreuses reprises, je l’ai remis sur l’étal de la librairie. Lorsqu’on me l’a offerte en service de presse, je me suis dit que, dans le pire des cas, je n’aurais pas eu à débourser pour lire au sujet de ce détestable empereur si jamais l’auteure n’était pas convaincante ou agréable.

J’avais tort. Tellement tort.

Rarement ai-je ressenti autant de plaisir à voir l’une des vaches sacrées de mes certitudes être aussi éloquemment démolies.

Pour tout dire, le portrait que brosse Catherine Salles de l’empereur monté sur le trône de Rome à l’âge de 17 ans m’est apparu relativement sympathique (j’ai particulièrement aimé lire à propos de ses virées nocturnes dans les quartiers chauds de Rome), du moins jusqu’au milieu du livre, au moment où « le régime bascule dans la tyrannie et le prince, plus isolé que jamais, s’enfonce dans ses rêveries. »

Ne vous y trompez pas. Néron, qui faisait éliminer ses adversaires réels ou imaginaires à la manière d’un Staline (il a même fait assassiner sa mère Agrippine parce qu’elle représentait un contre-pouvoir potentiellement déstabilisant et probablement aussi une profonde source de souffrance psychologique chez le dirigeant) ne saurait prendre place sur la liste des figures historiques que j’aimerais rencontrer, le temps d’un verre de Scotch ou d’un bon repas.

Il n’en demeure pas moins que cet empereur « extrêmement populaire » auprès du peuple (jusqu’au moment où il a sombré dans la démesure et la paranoïa), n’était pas antipathique. Insistant pour que les gladiateurs soient épargnés pendant les jeux, joueur de cornemuse (ça, c’est probablement le meilleur argument pour flatter mes origines ancestrales qui prennent fièrement racine au pays des Pictes), artiste passionné, dépourvu de cet amour pour la res militaris et des visées impérialistes qui caractérisent plusieurs de ses acolytes au panthéon des chefs romains, Néron est un personnage incompris, et ce, pour une bonne raison.

Néron se préoccupe immédiatement de trouver des mesures d’urgence pour venir en aide aux milliers de sinistrés.

Parce que la réputation de Néron a été assassinée par la rumeur. Selon l’historienne, qui enseigne à l’Université Paris X – Nanterre, « […] la démolition de maisons romaines entretient peu à peu la fausse rumeur selon laquelle l’empereur détruit sa ville pour pouvoir piller les demeures anéanties. La présence de ses serviteurs et de ses gardes au milieu des pompiers est interprétée comme la preuve que Néron est le responsable de l’incendie. » Selon elle, l’origine de la tragédie est vraisemblablement accidentelle et, dès le début de la crise « Néron se préoccupe immédiatement de trouver des mesures d’urgence pour venir en aide aux milliers de sinistrés. »

C’est dire à quel point les adversaires de l’empereur sont parvenus à contaminer la conscience historique des non-initiés au fil des siècles. Pour utiliser une analogie avec la période difficile que traverse l’humanité actuellement, ce virus mensonger en aura contaminé plusieurs, dont moi. Ce qui me fait regretter de ne pas avoir passé assez de temps hors des sentiers battus – et étroits dans le cas de mes lectures passées – de l’Antiquité romaine.

Dans tout cela, je retire également une leçon cruciale pour la vie de tous les jours. Il est crucial de prendre le temps de se faire sa propre opinion et accorder un crédit relatif aux détracteurs et ennemis d’un individu dont la réputation est mise à mal.

À l’heure où les férus d’histoire se cherchent de bons titres à dévorer et des librairies à soutenir par un achat stratégique pour combattre la Covid-19 dans l’isolement, je recommande donc chaudement et sans la moindre hésitation cette excellente biographie de Catherine Salles.

Un excellent moment de lecture, qui permet aussi de faire échec à l’un des pires virus de l’historiographie.

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Catherine Salles, Néron, Perrin, 2019, 283 pages.

Je remercie sincèrement InterForum Canada de m’avoir généreusement offert un exemplaire de cette excellente biographie et aux Éditions Perrin pour leur remarquable et précieuse collaboration.

S’adapter pour vaincre la Covid-19

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Michel Goya

Puisque nous sommes maintenant confinés à la maison pour quelques semaines en raison de la pandémie de la Covid-19, j’ai beaucoup plus de temps pour lire. Ce qui me réjouit. Je viens donc de commencer la lecture du dernier (et fascinant) livre S’adapter pour vaincre : comment les armées évoluent de Michel Goya – ancien colonel des troupes de marine (France) et spécialiste de l’histoire militaire de renommée internationale.

Dans son introduction, il réfère à ces organisations et puissances militaires qui « […] ont fait face à des défis terribles et ont essayé de s’adapter pour vaincre. » À elle seule, cette citation est assez frappante à la lumière du défi que nous sommes collectivement appelés à confronter.

Je ne voulais donc pas attendre d’en avoir terminé la lecture pour lui poser quelques questions, puisque le titre, je le crois, témoigne de l’état d’esprit qui doit tous nous habiter dans la crise actuelle que nous traversons. Avec empressement, M. Goya a aimablement accepté de me répondre et je lui en suis très reconnaissant. Voici donc le contenu de notre échange.

Parler de lutte contre le virus aurait été plus juste, mais cela aurait sans doute eu un effet moins fort. L’emploi du terme « guerre » est donc abusif, mais symboliquement efficace et c’est ce qui importe le plus dans l’immédiat.

Il y a quelques jours, le président Macron déclarait : « Nous sommes en guerre sanitaire » et le thème d’une guerre à la pandémie revient dans plusieurs interventions de responsables gouvernementaux. Dans quelle mesure estimez-vous que l’utilisation de cette rhétorique « guerrière » est justifiée ?

SAdapterPourVaincreLa guerre est un acte politique par lequel on s’efforce d’imposer sa volonté par la coercition à une autre entité politique, étatique ou non, que l’on a désigné « par déclaration » comme ennemie. C’est une confrontation violente des volontés. En ce sens déclarer la guerre à un virus, au terrorisme ou à ses kilos en trop est sémantiquement faux et peut entrainer des confusions. Inversement on peut être réellement en guerre et ne pas le dire. Le lendemain de l’embuscade de la vallée afghane d’Uzbin en 2008 où dix soldats français avaient été tués au combat, on a demandé au ministre de la Défense si on était en guerre et il a répondu non. Car le mot « guerre » contient lui-même une forte charge symbolique qui renvoie à des pans tragiques de notre histoire. De fait, on ne l’emploie pas lorsqu’on veut rassurer ou simplement cacher les choses et on l’utilise au contraire lorsqu’on veut leur donner un éclat particulier, mobiliser les énergies et donner de la légitimité à des choses difficiles, même si on ne se trouve plus dans un contexte d’affrontement politique.

Parler de lutte contre le virus aurait été plus juste, mais cela aurait sans doute eu un effet moins fort. L’emploi du terme « guerre » est donc abusif, mais symboliquement efficace et c’est ce qui importe le plus dans l’immédiat.

S’adapter consiste donc d’abord à révéler, presque au sens chimique, les habitudes qui doivent être remplacées ou modifiées. Cela passe forcément par une phase d’explicitation, on parle, on débat, on propose et on fait ensuite en fonction de ses risques et des possibilités.

Comment la capacité d’adaptation des forces armées dans leurs stratégies et leurs opérations peut nous aider à affronter cette crise ?

Pour une organisation, s’adapter consiste à changer une pratique afin de la rendre plus adaptée à l’environnement du moment. La pratique correspond à ce qu’une armée est réellement capable de faire face à un ennemi et c’est un mélange de savoir-faire, de façons de voir les choses, au sein de structures et avec des équipements particuliers. C’est aussi globalement une somme d’habitudes et les habitudes sont largement implicites. S’adapter consiste donc d’abord à révéler, presque au sens chimique, les habitudes qui doivent être remplacées ou modifiées. Cela passe forcément par une phase d’explicitation, on parle, on débat, on propose et on fait ensuite en fonction de ses risques et des possibilités. L’armée française qui combat sur la Marne en septembre 1914 n’est plus la même qui celle qui combattait aux frontières à peine quelques jours plus tôt, car les innovations s’y sont multipliées, peu dans les équipements, mais beaucoup dans les méthodes, et s’y sont diffusées horizontalement. Mais cela n’a été possible que parce que les unités de combat avaient eu les moyens d’expérimenter des choses auparavant et qu’elles se retrouvent enrichies d’un seul coup par l’arrivée de réservistes qui apportent aussi leurs compétences civiles.

Le commandement organise tout cela et ajoute un cycle plus long et plus profond. Il y a une circulation rapide de l’information vers le sommet, grâce aux comptes rendus systématiques après une opération ou l’envoi sur le terrain d’officiers observateurs. Cela forme la masse d’informations qui permettra de définir une nouvelle doctrine, c’est-à-dire à la fois un état de l’art en unifiant ce qui se fait de mieux et un guide pour l’avenir. Il faut ensuite transformer cette doctrine en nouvelles habitudes par des ordres, des règlements et surtout des formations. Ce processus est plus long, mais on est capable de faire évoluer en profondeur des structures de plusieurs millions d’individus en quelques mois, parfois moins. Il y a aussi tous ceux qui regardent vers l’extérieur et se connectent avec les ressources externes, l’industrie en particulier. Le visage technique de l’armée française de la Grande Guerre est transformé par une dizaine d’officiers experts dans leur domaine, les chars, les ballons, la radio, etc., et à qui on fait confiance pour développer des projets avec des entreprises civiles.

En résumé, une armée adaptative se connait bien et s’observe en permanence comme elle observe son ennemi et aussi ce qui peut l’aider dans la société. Elle fait confiance et aide ceux qui expérimentent des solutions nouvelles pour remplir leur mission, tout en donnant toujours un cadre à l’évolution.

Toute la difficulté est de […] se détacher du visible et du court terme pour se rappeler qu’il faut aussi se préparer à l’inattendu.

À la lumière de votre livre, que j’aurai le plaisir de recenser très prochainement, quels enseignements nos dirigeants (dans le monde politique et de la santé) peuvent retirer de l’évolution des armées, puisque nous parlons bien ici d’un champ de bataille face à la pandémie ?

Il existe deux types d’évènements à gérer. Les premiers sont prévisibles même avec quelques inconnues et relèvent de la gestion courante, les seconds sont imprévisibles et relèvent, sauf s’ils sont heureux mais c’est rare, de la gestion de crise. Les deux types d’évènements ne relèvent pas des mêmes logiques et celles-ci peuvent même être contradictoires.

La force nucléaire française est par essence une structure organisée pour la crise. Elle agit tous les jours pour dissuader d’une attaque majeure et si celle-ci doit survenir, elle peut résister à peu près à tout, y compris à des frappes thermonucléaires, et riposter. Mais pour cela cette force est redondante, il y a quatre sous-marins lanceurs d’engins pour en avoir un en permanence en mer, et diversifiée, il y aussi des avions qui disposent de munitions variées et il y a quelques années il y avait également des missiles enterrés dans des silos. Il est impossible de tout détruire en même temps. Il en de même pour les réseaux de communications entre le chef de l’État et la force de frappe, également diversifiés et redondants. Dans le même temps, on surveille attentivement tout ce qui pourrait nous rendre vulnérables et lorsqu’on décèle un risque on s’empresse d’innover pour le prévenir.

Tout cela a forcément un coût. Un principe de base de tout dispositif militaire est de conserver un « élément réservé », une force maintenue en arrière pour faire face aux imprévus ou aux opportunités. Ce stock inactif fait évidemment horreur à une gestion comptable soucieuse de faire des économies. Le ministère du Budget et des Finances est donc souvent en temps de paix le premier ennemi des forces armées. En 1933, alors qu’Hitler arrivait au pouvoir en Allemagne, la France réduisait le budget de la Défense et supprimait des milliers de postes. En 1939, à quelques mois de l’entrée en guerre du Royaume-Uni l’Échiquier, le ministère des Finances, freinait encore l’augmentation du budget des armées en expliquant que la priorité était la défense de la monnaie. La logique de gestion continue n’est pas du tout celle de la crise intermittente. Plus on applique la première et plus on se fragilise lorsqu’il faudra appliquer la seconde. Toute la difficulté est de parvenir à concilier les deux, se détacher du visible et du court terme pour se rappeler qu’il faut aussi se préparer à l’inattendu.

Les férus d’histoire aiment comparer le passé avec le présent, tirer des enseignements du premier pour le second. Quel modèle, parmi ceux que vous avez étudiés, serait le plus apte à nous inspirer en ce moment ?

Celui de la première mondialisation, ou deuxième si on considère comme telle la période des « Grandes découvertes » du XVe/XVIe siècle. Avec la Révolution industrielle, les sociétés commencent à changer très vite. On ne meurt plus du tout dans le même pays où on est né même si on n’a pas bougé. Il faut donc apprendre à gérer ce changement permanent et les évolutions brusques, souvent tragiques, liées à l’ouverture du monde. C’est la raison pourquoi je commence mon livre par l’exemple de l’armée prussienne qui est la première structure à intégrer la notion de changement. Le Grand état-major prussien doit dans un monde turbulent préparer à la guerre une armée qui repose sur la mobilisation de réservistes et qui ne combat pas. Il lui faut inventer de nouvelles méthodes pour apprendre sans faire et pour organiser une structure permanente au sein d’une société qui change. C’est la première technostructure moderne.

Il est symptomatique que le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong et Singapour aient tous des stratégies différentes pour freiner la pandémie, mais qu’elles fonctionnent toutes.

De par le monde, quel (le) dirigeant(e) répond le mieux, selon vous, aux exigences de la situation, en termes d’adaptation à la situation ?

On évoque évidemment la gestion de la pandémie par les pays asiatiques, ceux que l’on appelait autrefois les « dragons ». Une fois passé le problème de la révélation du problème, toujours un peu difficile dans des cultures et/ou des systèmes politiques où cela signifie avouer une erreur ou critiquer un supérieur, la réaction y est toujours bien organisée grâce à une discipline collective. Autrement dit, le processus montant d’évolution y est peut-être plus problématique qu’en France ou au Royaume-Uni par exemple, mais le processus descendant y est plus facile. Il est symptomatique que le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong et Singapour aient tous des stratégies différentes pour freiner la pandémie, mais qu’elles fonctionnent toutes.

On résiste mieux aux situations difficiles lorsqu’on a le sentiment que l’on a une prise sur les évènements, même si c’est une illusion. […] Faire dans la limite du risque acceptable, mais ne pas subir.

Vous avez servi en tant qu’officier dans les Forces armées et vous avez commandé des troupes sur des théâtres d’opérations (je pense à l’ex-Yougoslavie si ma mémoire est bonne). Quels conseils donneriez-vous à vos troupiers dans une telle situation ?

De rester calme, mais d’agir. On résiste mieux aux situations difficiles lorsqu’on a le sentiment que l’on a une prise sur les évènements, même si c’est une illusion. Il faut donc agir, et généralement agir vite, ce qui signifie que l’on n’a pas le temps d’évaluer toutes les possibilités et de de sélectionner, mais d’adopter la première solution qui paraît correcte. Faire dans la limite du risque acceptable, mais ne pas subir.

Il faut trouver des solutions, agir pour soi et autant que possible pour les autres même à distance, et s’efforcer de conserver des liens même sans contact physique.

On résiste mieux aussi quand on est plusieurs. Plus exactement, parce qu’on est au cœur d’un réseau de liens d’amitiés et de responsabilités qui nous poussent à faire des choses pas naturelles comme prendre des risques mortels. Il faut préserver et cultiver ces liens. Tout cela n’est évidemment pas évident dans une situation de pandémie puisqu’elle conduit la plupart à justement moins agir et à se dissocier des autres. Il faut trouver des solutions, agir pour soi et autant que possible pour les autres même à distance, et s’efforcer de conserver des liens même sans contact physique. Les armées créent aussi toujours un sentiment d’appartenance à une communauté, on échange le prestige ou la force de cette communauté contre un comportement courageux. Une crise surtout lorsqu’elle provient d’un élément extérieur à la communauté doit être l’occasion de ressouder celle-ci, non seulement pour elle, mais parce que cela aide chacun de ses membres.

D’où également la nécessité pour les dirigeants de donner une ligne de conduite, même difficile et peut-être même surtout difficile, et un espoir.

Quelle(s) erreur(s) devons-nous absolument éviter de commettre dans une situation de crise ?

Céder au découragement et à la panique. Il en va des nations comme des individus, la situation de crise est mobilisatrice et le reste si après avoir identifié le danger et lancé la mobilisation générale, on peut répondre par l’affirmative à quelques questions : sommes-nous prêts à faire face ? Avons-nous les moyens ? Savons-nous quoi faire ? S’il y a un doute ou si la réponse dominante est plutôt non, le stress augmente. Il arrive un point où on ne sait plus quoi faire, on attend en vain des ordres ou des modèles, et s’ils ne viennent on imitera et c’est ainsi que commencent les paniques comme le grand exode des Français en 1940. Au bout du processus, c’est l’effondrement. D’où effectivement l’intérêt d’avoir anticipé les situations de crise et de s’y être préparé, pas seulement matériellement, avec des réserves en tous genres y compris d’idées, et d’avoir préparé la population à cette possibilité. D’où également la nécessité pour les dirigeants de donner une ligne de conduite, même difficile et peut-être même surtout difficile, et un espoir.

Mais plus que des individus, ce sont les structures qui m’intéressent. La manière dont justement les États-Unis ont préparé et organisé l’économie de guerre ou la manière dont les Britanniques se sont organisés alors qu’ils étaient isolés et en grand danger est d’un point organisationnel tout à fait remarquable.

Quel chef de guerre — passé ou présent — vous inspire le plus en période de crise ?

Ce sont les nations qui font les guerres et non les armées, je serai donc tenté de citer Clemenceau ou Churchill comme des exemples, assez évidents en fait, de grands chefs de guerre. Avec Churchill, Roosevelt, Mackenzie King et de Gaulle dans des circonstances particulières, on ne peut d’ailleurs que se féliciter de la qualité des dirigeants des grandes démocraties pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils succédaient il est vrai souvent à de plus médiocres. Mais plus que des individus, ce sont les structures qui m’intéressent. La manière dont justement les États-Unis ont préparé et organisé l’économie de guerre ou la manière dont les Britanniques se sont organisés alors qu’ils étaient isolés et en grand danger est d’un point organisationnel tout à fait remarquable.

Finalement, je voulais attendre après la publication de ma recension pour vous poser cette question, mais je plonge immédiatement… Travaillez-vous à un nouveau livre actuellement ? Dans l’affirmative, êtes-vous en mesure de nous divulguer le sujet ?

Je travaille sur un livre sur la manière dont la France de la Ve République fait la guerre depuis la fin de la guerre d’Algérie. Je m’intéresserai ensuite justement à l’histoire militaire de la guerre d’Algérie.

Les Red Arrows impressionnent Gatineau

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La haute-commissaire britannique Susan le Jeune d’Allegeershecque.

J’avais l’immense privilège d’être invité hier à l’arrivée des légendaires Red Arrows (l’escadrille acrobatique de la Royal Air Force) à l’aéroport de Gatineau. Ceux-ci prendront part aujourd’hui au spectacle aérien organisé par Aéro Gatineau-Ottawa.

En attendant l’atterrissage des 10 pilotes en formation, les représentants des médias ont pu assister au décollage de deux Spitfire et du majestueux et imposant C-400 servant au transport du matériel et du personnel de soutien de l’équipe.

Présente sur place, la haute-commissaire du Royaume-Uni au Canada, Susan le Jeune d’Allegeershecque, était ravie de la venue des Red Arrows en sol canadien. « Je pense qu’il s’agit là d’une belle manifestation des relations très étroites qui existent entre nos deux pays, une relation que nous ne devons jamais prendre pour acquise », d’avancer la diplomate qui se réjouissait par ailleurs du fait que les pilotes britanniques s’exécutent d’abord dans le ciel canadien avant de s’envoler pour les États-Unis pour poursuivre leur tournée nord-américaine. Il s’agit de la première présence des Red Arrows au Canada depuis 11 ans.

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En compagnie du Squadron Leader Martin Pert, un Écossais fort sympathique.

Rencontré à la toute fin de l’événement, le Squadron Leader Martin Pert (Red 1) – qui est originaire de Glasgow en Écosse – exprimait lui aussi son bonheur de séjourner chez nous. Questionné à savoir quels sont les ingrédients du succès pour lui et ses coéquipiers, il n’a pas hésité à mentionner la préparation et la patience. Le sympathique et généreux pilote expliqua également à des représentants des médias qu’une telle prestation nécessite beaucoup de travail. On parle d’environ un an de préparation. Lui et son équipe ne prennent donc rien à la légère pour en mettre plein la vue à leurs spectateurs.

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Un appareil de l’escadrille des Red Arrows.

À l’heure où la Grande-Bretagne traverse une période politique très intense avec le Brexit et l’arrivée de Boris Johnson aux commandes du pays, la tournée des Red Arrows constitue une expression vrombissante et saisissante de l’immense et efficace soft power (puissance douce)de cette nation attachante qui n’en est pas aux premières heures difficiles de son histoire. La présence dans le ciel gatinois des deux Spitfire était d’ailleurs un beau clin d’œil à la bataille d’Angleterre, en 1940, durant laquelle les pilotes britanniques ont vaincu leurs adversaires de la Luftwaffe, évitant ainsi au pays de devoir composer avec un débarquement allemand.

L’histoire se répète souvent, bien que sous des déguisements différents, et elle sert de muse à ceux et celles qui veulent en retenir les leçons. Quoi qu’il arrive dans les prochaines semaines et les prochains mois, les Britanniques entendent bien demeurer une nation forte et inspirante à l’échelle internationale.

Pour l’heure, merci infiniment aux gens de Aéro Gatineau-Ottawa pour cette magnifique activité et pour la généreuse invitation à y prendre part.

Per Ardua ad Astra.

Moshe Dayan – the Israeli Iron Man

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Moshe Dayan figurine by King & Country (IDF001) photographed on Professor Mark Raider’s article about the legendary Israeli warlord.

In May 2017, King & Country (the world’s most notorious toy soldier collectibles company) released a new series about the Six-Days War, featuring Moshe Dayan as its first figure (IDF001). From what I heard, this collection has met with lots of interest and success. And I will admit that I started collecting the IDF figurines and the legendary eye-patched General is my favorite, for the good reason that he never left me indifferent and I developed a profound admiration for him.

Back when I visited Israel in 2008, I purchased a poster of the famous picture of Uzi Narkis, Moshe Dayan and Yitzhak Rabin entering Jerusalem in June 1967. And I hanged it proudly on the wall, in front of my bookshelves.

So what is it with a Canadian guy like me admiring this Israeli icon?

I have to admit that, since I’ve always been a staunch defender and supporter of Israel, I never really questioned myself about the phenomenon.

Up until I saw that Professor Mark A. Raider from the University of Cincinnati had written an article about it, pertinently titled “Moshe Dayan: “Israel’s No. 1 Hero” (in America)”.

And what a great treat it was. Trust me, I’ve read my faire share of boredom-summoning papers since my University days. But Mark Raider’s article is not among that lot.

In a nutshell, the author explains that the reason why Dayan became so popular in the United States is directly related to the fact that “he meshed seamlessly with the American faith in military heroes who became statesmen.” You can think of Eisenhower, Kennedy, Andrew Jackson or – one of my very favorites – Theodore Roosevelt here.

“In short, by the 1970s the cultural myth surrounding Dayan – cultivated by his promoters, embraced by his admirers, and encouraged by Dayan himself – not only conformed to the American hero pattern but became an indelible feature of American popular culture.”

So, that’s how and why Moshe Dayan became a heroic figure like Tony Stark or James Bond – “[…] safeguarding Western values and ideals […]” in my psyche.

I guess you can predict that, in such great company, Moshe Dayan’s fame and resonance as a member of the “[…] pantheon of the West’s outstanding war heroes […]” has a very bright future ahead.

And I truly hope that Professor Raider will decide to write a book on this fascinating subject. Under such an eloquent analytic pen, it would be a bestseller – no doubt about it.