Joe Biden sera aussi ferme que Trump par rapport à la Chine

Le journaliste et sinologue François Bougon (source: Asialyst).

Je recensais, en décembre dernier, le très pertinent livre du journaliste et sinologue François Bougon, Hong Kong, l’insoumise (Tallandier). Dans la foulée de cette publication, l’auteur a accepté de répondre à quelques questions sur ce sujet chaud de l’actualité internationale, notamment suite à l’arrivée du président Joe Biden aux commandes et au niveau des développements entourant les relations entre la nouvelle équipe en place à Washington et le gouvernement de Pékin.

Dans le dossier de la rétrocession de Hong Kong à la Chine, l’empressement britannique a poussé Deng Xiaoping a adopter une position dure.

M. Bougon, sous votre plume, la première ministre britannique Margaret Thatcher apparaît comme étant chancelante, mal à l’aise. On semble être à des lustres de la « Dame de fer ». Selon vous, quelle est le bilan global de sa gestion du dossier de la rétrocession de Hong Kong? Aurait-elle pu agir autrement?

Les Britanniques ont été pris à leur propre piège en mettant sur la table la question de l’avenir de Hong Kong à la sortie du maoïsme, alors que les Chinois ne la considéraient pas comme prioritaire.

Il existait différentes opinions à cette époque au sein des élites du Royaume-Uni. Certains étaient partisans de tenter le tout pour le tout afin de maintenir la présence dans l’une des dernières colonies britanniques. D’autres étaient plutôt partisans de se retirer pour se consacrer pleinement aux affaires européennes et aussi pour satisfaire les revendications de Pékin. Margaret Thatcher a dû trancher entre ces différents avis, consultant même des personnalités chinoises de Hong Kong proches à la fois du parti conservateur et des autorités communistes. Lors de sa première visite à Pékin, elle pensait pouvoir adopter une ligne de fermeté, mais elle a dû faire face à un « homme de fer » sur la question de la souveraineté chinoise, Deng Xiaoping.

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Le Berlin de l’Orient

J’ai tellement apprécié la lecture de son précédent ouvrage Dans la tête de Xi Jinping que j’étais impatient de mettre la main sur le plus récent livre du sinologue, journaliste et auteur réputé François Bougon, Hong Kong, l’insoumise : De la perle de l’Orient à l’emprise chinoise (Tallandier).

L’auteur y brosse avec maestria un tableau historique fascinant de la relation entre Londres et ce territoire colonial aux portes de la Chine. C’est donc durant le règne du roi George III que l’empire britannique s’est d’abord intéressée à la péninsule qu’allait devenir Hong Kong. Le commerce de l’opium allait instrumentaliser une relation entre l’impérialisme et le « port parfumé » si convoité par l’Orient et l’Occident.

Si le commerce justifiait l’incursion de Londres dans cette partie du monde – après tout, il fallait bien que le soleil ne se couche jamais sur les aspirations commerciales et politiques de Londres – c’est la force des armes qui aura permis d’asseoir le tout. Que ce soit lors des deux Guerres de l’opium au milieu du 19e siècle ou pendant la Révolte des Boxers à la fin du même siècle, la puissance militaire permettait d’assurer la prédominance des intérêts britanniques devant un empire chinois chancelant. Quelques décennies plus tard, le drapeau japonais éclipsera le Union Jack le jour de Noël 1941. Sombre jour pour les Britanniques.

François Bougon rappelle qu’au sortir du conflit, un diplomate britannique prône «« qu’il serait très peu sage d’entretenir même l’idée de laisser tomber Hong Kong ». D’autant qu’il faut se préparer à l’émergence d’une Chine forte, placée dans les rangs des futurs vainqueurs de la guerre. » Le vieux lion Winston Churchill soutient naturellement cette position, à laquelle la République populaire de Chine naissante contribuera pour un certain temps, parce que la récupération de Hong Kong n’était pas une priorité à court terme. Pour Mao, il s’agit d’«une mission à long terme». On ne perdrait rien pour attendre…

Pour un temps, Hong Kong devient donc un « Berlin de l’Orient ». Les choses bougeront sous le règne de Deng Xiaoping, lequel coïncidera avec les années où Margaret Thatcher était locataire du 10 Downing Street. Malgré la victoire dans la Guerre des Malouines, les Britanniques n’ont plus l’avantage sur l’échiquier international devant Pékin et le pouvoir chinois n’a pas l’intention de se laisser damer le pion. Londres doit respecter l’obligation stipulée dans le bail de 100 ans signé en 1898 au sortir de la seconde Guerre de l’opium. Le compte à rebours est lancé pour la rétrocession de la mégalopole et le système politique instauré par les représentants de Whitehall sera éclipsé par les diktats de Pékin. À cet égard, le déroulement des pourparlers entre le Petit Timonier et la Dame de Fer tel que relaté par François Bougon est très éclairant.

La table est ainsi mise pour l’opposition aujourd’hui incarnée par les héritiers de cette tradition démocratique occidentale que les sbires de Pékin aimeraient bien voir s’évanouir devant leur agenda.  

Plusieurs personnages hauts en couleur font leur apparition sous la plume alerte et agréable de François Bougon. Des Écossais négociants d’opium James Matheson et William Jardine (au 19e siècle) au résistant Joshua Wong en passant par le pragmatique et fascinant Zhou Enlai et le célèbre écrivain Ernest Hemingway, le destin du territoire a toujours été forgé par des personnalités plus grandes que nature. Les Gurkhas, ces soldats d’élite britanniques, y font également une apparition lorsqu’ils sont appelés à contenir la violence sévissant sur le territoire dans les années 1960.

Pour tout dire, aucune page de cette brillante analyse n’est superflue. Entre les lignes, on peut facilement comprendre que, à l’heure où la puissance militaire est passée du côté chinois, seul le pragmatisme permettra à l’Occident de tirer son épingle du jeu dorénavant. Un peu comme Berlin durant la Guerre froide, il serait étonnant que les capitales occidentales veuillent faire entendre le bruit des bottes pour résoudre le dossier. Nous pourrons certes continuer à admirer ces jeunes fougueux qui défendent les thèses démocratiques devant le rouleau compresseur communiste, mais la balance du pouvoir semble maintenant être fermement du côté de Xi Jinping.

Il s’agit donc d’un livre à lire, et rapidement, par tous ceux et toutes celles qui s’intéressent à la place de la Chine dans les affaires mondiales et au destin de la démocratie sur la planète. Cette dernière ne pourra être efficacement défendue que si nos gouvernants décident d’y investir les efforts nécessaires, notamment en prenant conscience que seule la force (principalement militaire) peut efficacement sauvegarder les principes démocratiques dans une confrontation avec un régime dont les valeurs sont aux antipodes. Toutes les discussions de salon, les banderoles et les bons souhaits ne peuvent équivaloir à une dissuasion sérieuse. Pékin ne le sait que trop bien.

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François Bougon, Hong Kong, l’insoumise : De la perle de l’Orient à l’emprise chinoise, Paris, Tallandier, 2020, 272 pages.

Malgré plusieurs démarches, il m’a été impossible d’obtenir un exemplaire de ce livre auprès du service de presse des Éditions Tallandier au Canada. Je suis néanmoins très reconnaissant envers Mme Isabelle Bouche, responsable des communications de la maison d’édition à Paris, de m’en avoir transmis une version électronique.

Les erreurs ne sont jamais orphelines

« La victoire a cent pères, mais la défaite est orpheline », affirmait le président John F. Kennedy. En prolongeant cette logique en attribuant une condition orpheline aux erreurs commises durant un conflit, une campagne, une entreprise ou un projet, on comprend un mieux pourquoi peu de livres sont mis en chantier pour explorer et détailler les échecs qui ont influencé le cours de l’histoire.

Dans un récent ouvrage regroupant 20 chapitres courts mais fascinants, les auteurs – des spécialistes en histoire militaire – expliquent les raisons ayant conduit à la rédaction des chapitres catalogués au rang des échecs que leurs planificateurs auraient sans doute voulu écrire autrement.

D’emblée, Les grandes erreurs de la Seconde Guerre mondiale (publié sous la direction des historiens chevronnés Jean Lopez et Olivier Wieviorka) a ravivé des souvenirs mémorables dans ma mémoire, puisque j’ai foulé le sol de plusieurs endroits décrits entre les couvertures. J’ai vu le hérisson tchèque indiquant l’endroit jusqu’où les troupes de la Wehrmacht ont avancé à Moscou, visité le domaine campagnard du Kent d’où Winston Churchill lançait des alertes relativement au péril de l’apaisement, été ébahi en sortant du train dans le bucolique village italien de Cassino de constater à quel point la prise du monastère portant le même nom avait dû relever d’une véritable mission impossible, déambulé dans les rues de Prague – capitale sacrifiée sur l’autel du manque de vision des dirigeants franco-britanniques en 1938, parcouru les couloirs souterrains où l’opération Dynamo fut orchestrée à Dover, marché sur le pont d’Arnhem – celui-là même que le maréchal Montgomery avait ordonné à ses troupes de capturer et vécu plusieurs mois à Varsovie en m’y imprégnant de la mémoire du soulèvement de 1944.

De manière frappante, les bévues détaillées sont souvent associées à une carence au niveau du renseignement. Dès le premier chapitre consacré à l’apaisement, sous la plume de la brillante historienne Raphaële Ulrich-Pier, on y apprend que:

« Avant Munich, par ailleurs, l’armée tchécoslovaque, bien organisée, avec un bon moral, disposait de solides fortifications dans la région des Sudètes : les Tchèques auraient pu fixer une partie non négligeable de la Wehrmacht, obligeant l’Allemagne à mener une guerre sur deux fronts si Paris puis Londres s’étaient portées au secours de Prague. »

Face à Hitler et sa horde brune, la partie était donc jouable avant que le monde ne s’embrase. Mais la volonté politique des décideurs en place était carencée par un aveuglement volontaire et le mirage de « la paix pour notre époque ». Si seulement Churchill avait été aux commandes… Mais il ne faut pas succomber aux sirènes de l’uchronie.

La cécité comporte aussi son lot d’adhérents et aura notamment causé la catastrophe (pour Moscou) de l’opération Barbarossa. Un autre épisode à ranger dans le même rayon fut l’insurrection de Varsovie à l’été 1944, puisque « la décision était fondée sur l’espérance hâtive que la Wehrmacht ne serait pas en mesure de contre-attaquer et d’arrêter l’offensive de l’Armée rouge. » Un calcul ne prenant aucunement en considération la capacité de rebondir des Allemands, du refus de Staline de secourir ses adversaires Polonais et l’incapacité des Alliés de forcer la main du maître du Kremlin. Autant de raison qui auraient conduit tout bon stratège à ne pas lancer les hostilités.

J’ai particulièrement apprécié le chapitre (il en a rédigé 3 pour ce livre) de Jean Lopez consacré au rembarquement de la British Expeditionary Force (BEF) à Dunkerque, à l’intérieur duquel le célèbre auteur nous apprend que, même s’il avait été un « coup dur, la perte d’une partie du BEF n’aurait pas été la catastrophe si complaisamment dépeinte. » De l’eau au moulin d’une réflexion à contre-courant de la trame de fond glorieuse associée au sauvetage des 338 000 soldats britanniques en français en mai-juin 1940 et entretenue avec respect et admiration dans les îles britanniques.

Mentionnons également qu’étant fasciné par le rôle de la Chine durant la Seconde Guerre mondiale – une contribution trop souvent ignorée – j’ai été captivé de lire Benoist Bihan à propos des erreurs commises par le Japon en envahissant la Chine à partir de 1937. Le régime de Tokyo et les dirigeants militaires n’avaient alors aucun buts de guerre précis, ni aucun « plan mûrement réfléchi ».

Les grandes erreurs de la Secondes Guerre mondiale se veut donc un ajout à la fois agréable et incontournable dans la bibliothèque de tout passionné d’histoire militaire, mais aussi de quiconque souhaite comprendre les ressorts de ces calculs qui peuvent souvent s’avérer tragiques. L’histoire militaire prodigue de nombreux enseignements applicables dans la vie de tous les jours, notamment dans la période difficile que l’humanité traverse actuellement.

J’oserais même dire que nous apprenons souvent plus des défaites (et des erreurs qui les engendrent) que des victoires. Elles ne sont jamais orphelines, parce qu’enfantées par des êtres humains dont les décisions sont orientées par leur tempérament, leur vision du monde, leurs expériences et les carences qui les accompagnent inévitablement. Nous en avons actuellement un exemple tristement nocif et tragique à la tête des États-Unis. Mais ça, c’est une autre histoire.

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Jean Lopez et Olivier Wieviorka (sous la direction de), Les grandes erreurs de la Seconde Guerre mondiale, Paris, Perrin, 2020,320 pages.

Je tiens à remercier vivement Mme Marie Wodrascka des Éditions Perrin de m’avoir fourni une version du livre aux fins de la présente recension.

Xi, l’anti-Gorby

De par le nouveau positionnement de son pays sur la scène internationale, Xi Jinping fascine ou suscite la crainte. Parfois même peut-être un peu les deux. Il fascine parce que, même s’il est arrivé sur scène dans une démarche feutrée et discrète, sa personnalité politique est nettement moins effacée que ses prédécesseurs Jiang Zemin et Hu Jintao, dont seuls les férus d’affaires internationales se souviennent probablement aujourd’hui. À l’inverse, Xi occupe tout l’espace. Sans complexe, ni gêne.

Il y a quelques semaines, lorsque j’ai aperçu la couverture du récent ouvrage de Alice Ekman, Rouge vif : L’idéal communiste chinois, j’ai été intrigué. Parce que tout ce qui concerne Xi Jinping retient mon attention. Après tout, comment être attentif à la géopolitique mondiale sans vouloir mieux connaître le chef de file du Parti communiste chinois?

Entre les couvertures du livre, la réputée spécialiste de la Chine nous révèle les ressorts de l’action de ce Timonier au sourire espiègle et parfois énigmatique. Xi Jinping avait 38 ans lorsque le drapeau de l’URSS a été descendu de la célèbre coupole du Kremlin en décembre 1989. Pour l’apparatchik rouge qu’il était, cela a dû laisser une empreinte indélébile. Et il n’était pas question de marcher sur le même sentier, de répéter les mêmes erreurs.

Parce que, « selon lui, l’effondrement de l’Union soviétique est survenu parce que personne n’a été « assez homme » face à Gorbatchev et que les membres du Parti ont négligé les fondements idéologiques du régime. » Ce jugement cinglant constitue néanmoins le socle du mode opératoire du régime chinois en place actuellement. Premièrement, pas question pour le chef de l’État de vaciller et, deuxièmement, le parti et son message doivent être au cœur de la gestion politique et du tissu social. Avec une idéologie revigorée aux accents fièrement maoïstes (n’évoque-t-il pas une « nouvelle Longue Marche »?). Il n’en faut guère plus pour que « […] le président chinois renforce le monopole du Parti communiste avec vigueur et rapidité […]. » Fait à noter, le Parti communiste chinois regroupe actuellement plus de 90 millions de membres – c’est-à-dire plus de 2 fois la population du Canada – constitue une institution puissante et doté « […] d’une grande capacité d’adaptation et d’ajustement […] » selon l’auteure. Un gage solide pour l’avenir donc.

Si Xi a renforcé son rôle et la centralité du parti à travers les différentes sphères sociales et politiques, l’un des thèmes qui revient fréquemment sous la plume d’Alice Ekman est celui du pragmatisme / réalisme de Pékin, principalement au niveau de son positionnement dans le monde. « Selon lui [Xi Jinping], la victoire du socialisme sur le capitalisme prendra du temps, au moins plusieurs décennies, et la Chine devra s’armer de patience et de discernement. » Nouant des liens accrus avec un cercle d’amis internationaux dont la liste s’allonge, capitalisant sur la « […] convergence des ressentiments anti-occidentaux », ripostant vigoureusement aux attaques assénées par ses détracteurs sur l’échiquier des grands, la Chine active actuellement le plus important réseau diplomatique aux quatre coins du globe – devant les États-Unis. Comme quoi elle sait se donner les moyens de son ambition. Une ambition qui gagne du terrain, à mesure que Washington en perd.

Xi Jinping aurait dû terminer son mandat en 2022, mais la Constitution du pays a été amendée en 2018, lui permettant de prolonger sa présence à la tête du pays et de continuer à promouvoir et articuler son agenda. Malgré les soubresauts comme la COVID-19, l’élection présidentielle américaine et une potentielle réélection de Donald Trump à la Maison-Blanche, Xi Jinping continuera de faire avancer ses pions à mesure que les opportunités se manifesteront à lui. J’ignore s’il joue aux échecs, mais force est de prévoir que, muni d’un appareil étatique dont la fidélité n’a d’égal que la crainte d’être taxé de déloyauté (avec les conséquences que cela implique), le leader chinois continuera de faire montre de pragmatisme, de détermination – que l’on devine bien être de fer – de vision et d’une bonne dose de prévisibilité. Des valeurs qui manquent cruellement à son principal nemesis depuis quelques années.

Si vous nourrissez un intérêt quelconque ou soutenu envers le président chinois et son agenda politique, Rouge vif est une lecture essentielle. Au surplus, Alice Ekman transmet fort agréablement un contenu qui pourrait être autrement ardu s’il était livré par une plume moins inspirée.

J’espère avoir le bonheur de la lire de nouveau prochainement.

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Alice Ekman, Rouge vif : L’idéal communiste chinois, Paris, Éditions de l’Observatoire, 2020, 223 pages.

Je tiens à remercier d’une manière particulière Mme Simone Sauren, directrice des communications des Éditions Flammarion, de m’avoir si aimablement offert un exemplaire de cet excellent livre.

A new Cold War with China seems inevitable

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Retired four-star Navy Admiral and acclaimed author James Stavridis (Source: UN Dispatch)

(version française)

Retired Four-Star Admiral James Stavridis served as the 16th NATO Supreme Allied Commander – a function once occupied by the legendary General Dwight D. Eisenhower. In 2016, it was reported that he was vetted as a potential running mate for Democratic presidential candidate Hillary Clinton. He recently published an excellent book Sailing True North: Ten Admirals and the Voyage of Character which I recently had the privilege – and tremendous pleasure – to review here on this blog.

Having always been attached to the Fourth of July celebrations because of my deep admiration for the United States, it was my intention of publishing a special interview for the occasion. Admiral Stavridis generously accepted to answer my questions and I’m profoundly grateful.

There is absolutely no doubt in my mind that this book would be an excellent holiday read. Happy Fourth of July to all my American friends!

Here is the content of this insightful interview.

We are headed into a new Cold War with China. That seems inevitable now, but we need a strategy to avoid it turning into a shooting war. 

SailingTrueNorthIn Sailing True North, one of my favorite chapter (with the one devoted to Nelson) is the one about Zheng He. What do you think of the current tense situation with China and how do you think we should deal with that?

We are headed into a new Cold War with China. That seems inevitable now, but we need a strategy to avoid it turning into a shooting war. That will require a mix of diplomacy, military deterrence, tech savvy, economic tools (both in competition with China and in encouraging other nations to avoid Chinese “debt traps”). In essence, we should confront China where we must (cyber, trade, tariffs, their claims of “owning” the South China Sea) but cooperate where we can (environment, pandemics, arctic trade routes).  It will be a difficult and at times a dangerous passage. My next book, In Face, out in March 2021, is a novel about … a war with China! It is a cautionary tale, and let’s hope we don’t find it turning from fiction to fact before our eyes. Here’s a link to the Amazon page.

In the book, there are several references to religion, one to the Conclave, the other to John XXIII and Thomas Aquinas. I might be wrong, but I assume you are a Catholic and that faith seems to have had a significant impact on your journey. Am I wrong? Would you say that faith might also be an important buoy on the voyage of character?

I’m Greek Orthodox, and yes faith is vital for me personally – and for many others. Continue reading “A new Cold War with China seems inevitable”

China’s Role and Image in the Era of Covid-19

KerryBrown_TheDiplomat
Professor Kerry Brown (source The Diplomat)

Cliquer ici pour la version française

In light of the current crisis about Covid-19, Professor Kerry Brown, one of the world’s most renowned specialist on China who is also a biographer of Xi Jinping and who serves as Director of the Lau China Institute at King’s College London has accepted to respond to a few questions. Here is the content of this written interview.

Professor Brown: many sincere thanks for accepting to receive the following questions for my blog.

 I’ve read the fascinating article you wrote with Ruby Congjiang Wang about China and the Coronavirus in Asian Affairs. This is an extremely timely topic these days.

One thing we have learned in this current chaotic situation: we all have to become much more attuned and knowledgeable about each other before we end up simply shouting past each other and making things even worse.  

In the article, you write that China’s image is damaged in the West. Just today (May 13th), a Canadian poll was released detailing that “More than four-in-five (85%) Canadians say the Chinese government has not been honest about what has happened in its own country.” Since China wants to be considered and respected as a world power, it cannot tolerate that its prestige be tarnished. What will Beijing do to correct that situation? Do you think they might try to mount a PR campaign or any sort of outreach operation to reverse that trend?

XiJinping_SourceCNBC
Chinese President Xi Jinping (source: CNBC)

It was always going to be hard for a country with China’s political system, its cultural, social and historical differences with the outside world, and its quite specific world view informed by its own complex, often fragmented history to be able to speak easily to the world at a time when its economy is growing more and more important. COVID19 has just made this challenge even harder. It has deepened some of the issues that were already there, and showed that in the US, Canada, etc, a combination of unfamiliarity towards China along with the speed with which China has come to people’s attention has at the very least proved disorientating. This is exacerbated by the ways in which China itself undertakes messaging – something which is often heavy handed, and ill adapted to the sort of audiences in the West it is aimed at. Everyone has to have a rethink about where things are going. Beijing’s messaging needs to fundamentally change – probably the reason behind the government accepting an investigation at some point of the spread of the pandemic, and the stress at the late May National People’s Congress on the need for co-operation. But as the world moves into addressing the massive economic impact of the virus, rhetoric needs to move to actions, and to seeing what sort of collaboration and co-operation is going to be possible. One thing we have learned in this current chaotic situation: we all have to become much more attuned and knowledgeable about each other before we end up simply shouting past each other and making things even worse.

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Israël veut procurer la technologie laser à ses Forces armées – Entrevue exclusive avec le rédacteur en chef du Jerusalem Post

YaakovKatzOfficial
Yaakov Katz (courtesy of himself)

THE ENGLISH VERSION FOLLOWS

Yaakov Katz, rédacteur en chef du grand quotidien The Jerusalem Post et auteur de deux livres à succès consacrés aux affaires militaires israéliennes a récemment accepté de répondre à quelques questions exclusives pour ce blogue. Voici donc le contenu de notre échange, pour lequel je lui suis d’ailleurs très reconnaissant.

Je suis d’avis que les bons auteurs s’inspirent de grands livres. Accepteriez-vous de partager avec mes lecteurs quel est le meilleur livre que vous ayez lu?

J’ai lu plusieurs excellents livres. Celui qui a vraiment influencé mon style d’écriture et de narration s’intitule Thirteen Days in September (13 jours en septembre) par Lawrence Wright. C’est un livre fantastique au sujet des pourparlers de paix de Camp David entre Israël et l’Égypte, mais ce que Wright fait d’étonnant, c’est de donner aux lecteurs le sentiment qu’ils sont dans la pièce avec Begin, Sadate et Carter. Je le recommande vivement.

À l’heure actuelle, l’un des grands objectifs est la technologie laser pouvant intercepter potentiellement des missiles et des tirs de mortiers ennemis en approche. Imaginez ce que cela signifierait pour Israël.

Après avoir lu votre excellent livre The Weapon Wizards (écrit avec Amir Bohbot), je me demandais si vous pouviez me dire quelle nouvelle innovation / invention israélienne pourrait faire son apparition dans un avenir prochain – si vous êtes autorisé à en parler?

Le secteur de la défense et les Forces de défense israéliennes (IDF) sont constamment à la recherche de nouvelles capacités et technologies. À l’heure actuelle, l’un des grands objectifs est la technologie laser pouvant être utilisée à différentes fins, mais avant tout pour intercepter potentiellement des missiles et des tirs de mortiers ennemis en approche. Imaginez ce que cela signifierait pour Israël. Quelques systèmes laser déployés le long de ses frontières pourraient potentiellement libérer le pays de ces missiles qui représentent une menace. Pensez aussi à l’aspect économique de cela – si un intercepteur de type Iron Dome coûte environ 100 000 dollars, un tir laser ne coûterait presque rien.

WeaponWizardsDans The Weapon Wizards, on retrouve un chapitre fascinant intitulé « Les armes diplomatiques », à l’intérieur duquel vous faites référence au développement des relations d’Israël avec la Chine. Que diriez-vous sur l’état de cette relation aujourd’hui (où elle en est actuellement)?

Les relations entre Israël et la Chine ont commencé par des ventes d’armes. C’est l’histoire fantastique d’un petit pays qui s’est servi de sa technologie d’armement pour nouer des relations diplomatiques avec plusieurs pays, dont certains plus grands, à travers le monde. Israël entretient aujourd’hui de vastes liens économiques et commerciaux avec la Chine, mais rien dans le domaine de la défense. Cette décision a été prise il y a une quinzaine d’années, pour éviter toute tension avec les États-Unis.

Même si Vladimir Poutine a accepté qu’Israël mène des opérations en Syrie, cette position pourrait changer demain.

Comment envisagez-vous les relations d’Israël avec la Russie dans un avenir proche?

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De Gaulle et les grands

DeGaulleEtLesGrandsMa fascination envers le Général de Gaulle est une vocation tardive. Pour tout dire, j’ai commencé à m’intéresser à lui un beau jour de septembre 2014, alors que je me trouvais dans un salon de barbier londonien et que j’ai fait la rencontre d’un anglais francophile dont la mère avait été la secrétaire du grand homme pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette agréable discussion a déposé en moi un grain qui allait germer au fil du temps.

À l’approche du 50e anniversaire de la disparition de l’homme du 18 juin, les publications à son sujet ne manquent pas et les éditions Perrin nous choient avec plusieurs titres aussi invitants les uns que les autres.

À cet égard, le sympathique journaliste et historien Éric Branca a piqué ma curiosité avec son dernier livre, De Gaulle et les grands. Parce qu’il campe le Général dans ses relations avec les autres grandes pointures de l’histoire contemporaine. Admirateur de Ben Gourion et de Kennedy, fasciné par Mao, toujours curieux de lire ce que les auteurs ont à dire au sujet de Roosevelt et Staline et irréductible de Churchill, je ne pouvais laisser ce livre trop longtemps sur ma liste de titres « à lire ». Y plonger était une gourmandise à laquelle je ne voulais pas résister.

Les relations internationales faisant partie de mes sujets de prédilection, Éric Branca m’a permis de relever à quel point de Gaulle était un réaliste (le terme revient à plusieurs reprises entre les couvertures), un pragmatique dans tous les sens du terme. À témoin, la citation suivante : « J’aime mieux voir à la tête du Parti communiste, un homme qui gardera toujours accrochée aux fesses la casserole de sa désertion plutôt qu’un authentique résistant […]. » J’ai trouvé ça délicieux.

DeGaulleNixon
Le Général de Gaulle et le Président Nixon en 1969 (Source: Richard Nixon Foundation)

Mais de Gaulle était aussi un anticonformiste déclaré et assumé. C’est ainsi que l’homme d’État demeurait de glace devant les approches de Tito, puisque celui-ci était un usurpateur profitant des actions posées par « le vrai héros national », Draža Mihailović (que Tito fera liquider), celui « […] qui a fait perdre deux ou trois mois à la Wehrmacht au printemps 1941 (en utilisant les méthodes de la guérilla). Il a empêché les Allemands d’atteindre Moscou et Leningrad avant l’hiver. C’est peut-être lui qui a causé la perte de Hitler », selon le Général.

Ou encore la réponse du Général à son ambassadeur à Washington qui lui recommande de ne pas rencontrer le candidat à l’investiture républicaine en 1968, Richard Nixon, puisqu’on accorde à ce dernier bien peu de chances d’arriver premier au fil d’arrivée. Sur le télégramme apportant ce conseil, de Gaulle griffonne : « Je le recevrai donc. »

Je mentionne une dernière anecdote, probablement la plus savoureuse selon moi, au sujet de l’intervention du président français dans l’élection du successeur du pape Pie XII. Dès le lendemain du décès de celui-ci, il envoie l’avion présidentiel chercher l’ambassadeur français à Rome pour déterminer quel candidat répondra le mieux aux intérêts de l’Hexagone. C’est sur le patriache de Venise, le cardinal Roncalli, que se jette le dévolu de l’Élysée. Au dixième tour de scrutin, le parti français au Conclave parvient à faire pencher le résultat en faveur de celui qui deviendra le pape Jean XXIII. À lui seul, le chapitre consacré à la relation de de Gaulle avec l’initiateur du Concile Vatican II mériterait certainement un livre entier.

Chacun des chapitres du livre est rempli d’anecdotes similaires, qui viennent soutenir les affirmations de l’auteur quant aux principes géopolitiques et dispositions personnelles du Général.

Puisque ce pays effectue son ascension au rang de grande puissance, la relation entre de Gaulle et Mao représente un très grand intérêt actuellement. Je sais bien qu’il n’est pas évident de faire abstraction de la Covid-19, mais il serait peut-être approprié, en envisageant le long terme, de méditer ces paroles visionnaires du Général : « Un jour ou l’autre, peut-être plus proche qu’on ne croit, la Chine sera une grande réalité politique, économique et même militaire… » 50 ans plus tard, force est d’admettre que celui qui a couché cette formule sur papier avait très bien compris que les idéologies, qu’elles soient politiques ou commerciales, constituent une entrave à ce réalisme qui permet aux relations internationales de vivre dans un équilibre dont le monde a grand besoin. Plus que jamais.

Ce livre figure d’ores et déjà dans mon classement des meilleurs livres d’histoire. Parce qu’il dévoile comment un homme qui a toujours su que « le vrai courage est d’affronter les malheurs » a pris place parmi les grands. Incontestablement, de Gaulle figure parmi les grands, j’avancerais même parmi les plus grands.

Puisque le pragmatisme, le réalisme et le progressisme (à la Nixon et de Gaulle) sont des valeurs qui me rejoignent, Éric Branca a probablement fait naître un gaulliste en moi en nous offrant ce livre exceptionnel et opportun.

Sur ce, je vais maintenant placer L’ami américain : Washington contre de Gaulle 1940-1969 – un précédent livre de cet auteur – sur la liste des livres que je lirai prochainement. Je suis déjà impatient.

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Éric Branca, De Gaulle et les grands : Churchill, Hitler, Roosevelt, Staline, Tito, Adenauer, Jean XXIII, Houphouët-Boigny, Kennedy, Ben Gourion, Nasser, Nixon, Franco, Mao…, Paris, Perrin, 2020, 432 pages.

Je tiens à remercier sincèrement les Éditions Perrin de m’avoir offert un exemplaire du livre et pour leur amical soutien envers ce blogue.

De l’importance de la Chine

OlivieriChine
Photo prise le 6 mars 2020 à la Librairie Oliveri de Montréal.

La librairie Olivieri de Montréal est l’une de mes favorites. Il est pratiquement impossible d’en ressortir les mains vides. Je suis passé par cette vénérable institution du chemin de la Côte-des-Neiges hier soir et je fus agréablement surpris de constater que les questions relatives à la Chine (histoire, diplomatie, philosophie et diplomatie) y occupent une place prépondérante. La photo que j’ai prise de la table sur laquelle sont posés les titres offerts à la clientèle à cette fin pourra vous en convaincre.

Comme quoi, l’Empire du Milieu occupe non seulement un positionnement dominant dans la géopolitique mondiale, mais aussi dans les préférences de lecture de plusieurs. Ce qui constitue un très bon signe, selon moi. Puisque, comme le disait si bien l’ancien président français François Mitterrand, « savoir, c’est pouvoir. »

On entend beaucoup parler de la Chine ces temps-ci dans les médias en raison de la crise du Coronavirus et des tragédies qui y sont associés (comme cet hôtel reconverti en site de quarantaine qui s’est effondré), mais il serait réducteur et néfaste de confiner notre champ de vision à ce seul sujet. Ce pays revêt une importance beaucoup plus significative pour la géopolitique mondiale. Et un jour se lèvera où le virus aura pris place dans les pages de l’histoire, mais la grande question de la place de Pékin dans le monde subsistera et elle devra continuer de se retrouver au coeur de nos réflexions et de nos actions.

J’ai l’intention de passer quelques heures le nez plongé dans le dernier livre de Jean-Pierre Raffarin, Chine, le grand paradoxe, dans les prochains jours. J’ai d’ailleurs l’intention de le recenser sur ce blogue dans les prochaines semaines.

Je vous laisse avec ce proverbe chinois selon lequel « Un ami, c’est une route, un ennemi, c’est un mur. » (lu au début du livre Les défis chinois de Éric de la Maisonneuve). Y trouverions-nous un résumé de la philosophie devant nous guider dans notre compréhension de cette contrée fascinante mais méconnue?

De la puissance militaire chinoise

59285914_885111425160899_3410779249404018688_nEn parcourant les données partagées par le Stockholm International Peace Research Institute, je me suis particulièrement intéressé aux données relatives aux dépenses militaires de la Chine. J’ai donc pu observer que, depuis 2005, le budget militaire de Pékin a triplé. L’Empire du Milieu est donc devenu une puissance militaire en pleine expansion et cela dans la logique du fait que “l’internationalisation de la Chine conduit nécessairement le pays à protéger ses intérêts grandissants à l’étranger, mais aussi à assurer la statute internationale du pays, notamment, et de plus en plus, par le biais de son outil militaire”, pour citer le chercheur Antoine Bondaz dans un excellent chapitre publié dans le livre La Chine dans le monde. Comme les eaux tranquilles d’un fleuve, les lieutenants de Xi Jinping se jettent dans les mers tumultueuses de la politique internationale appuyés d’un “outil militaire moderne et opérationnel”.