Xi, l’anti-Gorby

De par le nouveau positionnement de son pays sur la scène internationale, Xi Jinping fascine ou suscite la crainte. Parfois même peut-être un peu les deux. Il fascine parce que, même s’il est arrivé sur scène dans une démarche feutrée et discrète, sa personnalité politique est nettement moins effacée que ses prédécesseurs Jiang Zemin et Hu Jintao, dont seuls les férus d’affaires internationales se souviennent probablement aujourd’hui. À l’inverse, Xi occupe tout l’espace. Sans complexe, ni gêne.

Il y a quelques semaines, lorsque j’ai aperçu la couverture du récent ouvrage de Alice Ekman, Rouge vif : L’idéal communiste chinois, j’ai été intrigué. Parce que tout ce qui concerne Xi Jinping retient mon attention. Après tout, comment être attentif à la géopolitique mondiale sans vouloir mieux connaître le chef de file du Parti communiste chinois?

Entre les couvertures du livre, la réputée spécialiste de la Chine nous révèle les ressorts de l’action de ce Timonier au sourire espiègle et parfois énigmatique. Xi Jinping avait 38 ans lorsque le drapeau de l’URSS a été descendu de la célèbre coupole du Kremlin en décembre 1989. Pour l’apparatchik rouge qu’il était, cela a dû laisser une empreinte indélébile. Et il n’était pas question de marcher sur le même sentier, de répéter les mêmes erreurs.

Parce que, « selon lui, l’effondrement de l’Union soviétique est survenu parce que personne n’a été « assez homme » face à Gorbatchev et que les membres du Parti ont négligé les fondements idéologiques du régime. » Ce jugement cinglant constitue néanmoins le socle du mode opératoire du régime chinois en place actuellement. Premièrement, pas question pour le chef de l’État de vaciller et, deuxièmement, le parti et son message doivent être au cœur de la gestion politique et du tissu social. Avec une idéologie revigorée aux accents fièrement maoïstes (n’évoque-t-il pas une « nouvelle Longue Marche »?). Il n’en faut guère plus pour que « […] le président chinois renforce le monopole du Parti communiste avec vigueur et rapidité […]. » Fait à noter, le Parti communiste chinois regroupe actuellement plus de 90 millions de membres – c’est-à-dire plus de 2 fois la population du Canada – constitue une institution puissante et doté « […] d’une grande capacité d’adaptation et d’ajustement […] » selon l’auteure. Un gage solide pour l’avenir donc.

Si Xi a renforcé son rôle et la centralité du parti à travers les différentes sphères sociales et politiques, l’un des thèmes qui revient fréquemment sous la plume d’Alice Ekman est celui du pragmatisme / réalisme de Pékin, principalement au niveau de son positionnement dans le monde. « Selon lui [Xi Jinping], la victoire du socialisme sur le capitalisme prendra du temps, au moins plusieurs décennies, et la Chine devra s’armer de patience et de discernement. » Nouant des liens accrus avec un cercle d’amis internationaux dont la liste s’allonge, capitalisant sur la « […] convergence des ressentiments anti-occidentaux », ripostant vigoureusement aux attaques assénées par ses détracteurs sur l’échiquier des grands, la Chine active actuellement le plus important réseau diplomatique aux quatre coins du globe – devant les États-Unis. Comme quoi elle sait se donner les moyens de son ambition. Une ambition qui gagne du terrain, à mesure que Washington en perd.

Xi Jinping aurait dû terminer son mandat en 2022, mais la Constitution du pays a été amendée en 2018, lui permettant de prolonger sa présence à la tête du pays et de continuer à promouvoir et articuler son agenda. Malgré les soubresauts comme la COVID-19, l’élection présidentielle américaine et une potentielle réélection de Donald Trump à la Maison-Blanche, Xi Jinping continuera de faire avancer ses pions à mesure que les opportunités se manifesteront à lui. J’ignore s’il joue aux échecs, mais force est de prévoir que, muni d’un appareil étatique dont la fidélité n’a d’égal que la crainte d’être taxé de déloyauté (avec les conséquences que cela implique), le leader chinois continuera de faire montre de pragmatisme, de détermination – que l’on devine bien être de fer – de vision et d’une bonne dose de prévisibilité. Des valeurs qui manquent cruellement à son principal nemesis depuis quelques années.

Si vous nourrissez un intérêt quelconque ou soutenu envers le président chinois et son agenda politique, Rouge vif est une lecture essentielle. Au surplus, Alice Ekman transmet fort agréablement un contenu qui pourrait être autrement ardu s’il était livré par une plume moins inspirée.

J’espère avoir le bonheur de la lire de nouveau prochainement.

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Alice Ekman, Rouge vif : L’idéal communiste chinois, Paris, Éditions de l’Observatoire, 2020, 223 pages.

Je tiens à remercier d’une manière particulière Mme Simone Sauren, directrice des communications des Éditions Flammarion, de m’avoir si aimablement offert un exemplaire de cet excellent livre.

“I shall be an autocrat: that’s my trade”

Following the news about Russian political life these days – notably in the aftermath of the poisoning of opposition figure Alexey Navalny – one might think that this quote comes from President Vladimir Putin. But it would be wrong to assume that. These words were pronounced by none other than Catherine the Great.

In his brilliant and insightful book A Short History of Russia: How the World’s Largest Country Invented Itself, from the Pagans to Putin, Professor Mark Galeotti chronicles the historical continuity – and I could add ingenuity – of power in the land of the double-headed eagle. During his reign (980-1015), Vladimir the Great took “[…] the Rus’ beyond their Viking roots”, made a show of piety that “[…] was actually a piece of ruthless statecraft.” If that sounds familiar with today’s operating mode, that’s “[…] because one can draw a direct and often-bloody line between these times and the present day. The origin story, in which vulnerability is spun as agency, sets the tone, especially as this is not simply a story of weakness, but of embracing conquest and creating something new from it.”

Ever since, Russian leaders have proven pragmatic and ruthless in crafting power. To remain at the top, Russian stateswomen and statesmen had to thwart the power and influence of indocile aristocrats, because a strong state requires subjecting real and potential opposition to undivided authority. Those considering Vladimir Putin to be a scandalous anomaly should consider the fact that Peter the Great “[…] had his eldest son tortured under suspicion of plotting against him, a torment from which he died.” Or that the great Catherine was complicit in the assassination of her husband-tsar to ascend to the throne.

Not that I condone violence, poisoning and assassinations – far from it.

But past leaders who did not abide by the rule that power is acquired and kept at all cost – sometimes at the price of violence – did not last. Soviet leaders Nikita Khrushchev and Mikhail Gorbachev were excellent cases in point. Before them, tsar Nicholas II impotently saw power escape from his hands because of his lack of political skills.

Vladimir Putin, of whom many say that he is a keen student of history, certainly keeps this storyline close to mind. Western governments can draft protests condemnations, launch inquiries and express the most eloquent outrage. Alas for them, they have little to say in who occupies the Kremlin. The day he loses his grip on power and the forced docility of current-day boyars will be the last of his reign. One can and should feel sorry for what happened to Alexey Navalny. Making a political opponent suffer physically – and potentially die – is something I guess I will never be able to understand. At the same time, the trends of Russian history are much larger than the evolution of our current values. Mr. Navalny is not the first nemesis of the throne to be tossed aside in the land of the tsars. And my guess is he won’t be the last either. I imagine that few tsars and successors departed this world with a conscience clean of such lethal political maneuvers.

All in all, those who seek to better understand the nature and demands of power in Russian politics should grab a copy of Mark Galeotti’s latest book and embark on the journey of understanding why Vladimir Putin acts the way he does. “Much is known about Peter [the Great]; much less is truly understood”, writes the author. The same applies to the current defender of the double-headed eagle. You may dislike him and what he does, but that does not diminish the urgent need to better understand the sources of Russian power.

At the stylistic level, Pr. Galeotti has an acknowledged quality offering the reader a simplified version of the intricacies of names and events – where other authors could simply bore the reader. He writes in a way that requires being peeled away from his book in order to attend to other tasks. I will await with great eagerness his next book.

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Mark Galeotti, A Short History of Russia: How the World’s Largest Country Invented Itself, from the Pagans to Putin, Toronto, Hanover Square Press, 2020, 224 pages.

I would like to express all my gratitude to Emer Flounders, from HarperCollins, who provided me with a review copy of this excellent book and who is always more than generous and helpful whenever I need some assistance about a title published by this fantastic publishing house.

Putin and Israel

Russian President Vladimir Putin and Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu (Source: Ynetnews)

(version française)

There are lots of historic and major diplomatic announcements between Israel and Arab countries (UAE and Bahrain) these days, a development in which the United States are directly associated. In the last couple of years, we have observed the existence of another well-frequented diplomatic channel between Moscow and Jerusalem and I was very glad when acclaimed author Professor Mark Galeotti – author of an excellent biography of Vladimir Putin and more recently of A Short History of Russia – accepted to respond to a few questions about the subject a few weeks ago. Here is the content of our exchange.

Putin tends to respond well to tough interlocutors.

Do you think the election of pro-Russian Ariel Sharon as Prime Minister in 2001 played a role in President Putin’s stance about Israel?

I think it certainly helped in that Putin tends to respond well to tough interlocutors.

Israel is in many ways a Russian ally, despite some inevitable points of contention […].

Judging by the number of meetings between Prime Minister Netanyahu and President Putin (10 visits by Benjamin Netanyahu in Moscow since 2013 and 2 visits by Vladimir Putin in Israel since 2012), one could think that there is a notable rapprochement between Moscow and Jerusalem. How important is this relationship for the Russian president?

It’s important for both Putin and Russia. Israel is in many ways a Russian ally, despite some inevitable points of contention – when the IAF bombs Hezbollah positions in Syria, for example, the Russian air defense system there is not activated and clearly they have been forewarned. Likewise, Russia at times shares intelligence with Israel about Iran.

How important are the Middle East issues in Russian domestic politics? Is there a link between Russian domestic politics and President Putin’s relationship with Israel?

Honestly, it’s not really a factor – neither a plus, nor a minus.

Some observers are of the opinion that Israel is just a pawn on Russia’s chessboard. Could Russia become a key strategic ally of Israel in the near future?

That gives Israel too little credit. Yes, it has good relations with Russia (the first drones the Russians fielded were bought from Israel, for example), but it is not going to be anyone’s pawn.

Putin sends the signal that anti-Semitism is not acceptable.

You mention it briefly in your book (on page 75), when you mention that President Putin demonstrates “[…] no hint of anti-Semitism”, but could you tell us more about where he stands on the issue and what he does to confront this trend?

One can’t say that he has especially actively fought against it, but his evidently good relations with Israel and also the Chief Rabbi of Moscow are certainly powerful symbols to powerful and ambitious Russians that anti-Semitism is not acceptable.

Compared to the trend observable in other East European countries (like Poland for example), what is the current status of anti-Semitism in Russia?

It’s present, of course, but subjectively it feels in decline – in the 1990s one could often see anti-Semitic graffiti on the walls or slurs in the media, but both are much less evident today. In some ways an interesting development is that the extreme nationalists, from whom one might expect some prejudice, actually express respect for Israel in terms of its willingness to stand up for its own interests, with force if need be.

Apart from the President and the Prime Minister, who are the engineers of the relationship between the two countries? Is there any track II diplomacy involved in your opinion?

Pinchas Goldschmidt, the Chief Rabbi of Moscow, has been a very significant player in this respect – and, of course, there are many oligarchs and minigarchs of Jewish origins and often dual Russian-Israeli citizenship who act as connectors.

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(version française)

Poutine et Israël

On assiste ces jours-ci à plusieurs annonces diplomatiques historiques et majeures entre Israël et des pays arabes (les Émirats arabes unis et le Bahreïn), un développement auquel les États-Unis sont directement associés. Dans les dernières années, nous avons observé l’existence d’un autre canal diplomatique très fréquenté entre Moscou et Jérusalem et j’étais très heureux que le Professeur Mark Galeotti – auteur réputé d’une excellente biographie de Vladimir Poutine et plus récemment du livre A Short History of Russia – accepte de répondre à quelques questions à ce sujet il y a quelques semaines. Voici le contenu de cet échange.

Poutine a tendance à bien réagir face à des interlocuteurs coriaces.

Pensez-vous que l’élection d’Ariel Sharon, qui était notoirement pro-russe, au poste de Premier ministre en 2001 a joué un rôle dans la position du président Poutine sur Israël?

Je pense que cela a certainement aidé, dans la mesure où Poutine a tendance à bien réagir face à des interlocuteurs coriaces.

Israël est, à bien des égards, un allié de la Russie, et ce, malgré certains points de frictions inévitables.

À en juger par le nombre de rencontres entre le Premier ministre Netanyahu et le président Poutine (10 visites de Benjamin Netanyahu à Moscou depuis 2013 et 2 visites de Vladimir Poutine en Israël depuis 2012), on pourrait penser qu’il y a un rapprochement notable entre Moscou et Jérusalem. Quelle est l’importance de cette relation pour le président russe?

C’est important pour Poutine et pour la Russie. Israël est, à bien des égards, un allié de la Russie, et ce, malgré certains points de frictions inévitables. Par exemple, lorsque l’IAF (les forces aériennes israéliennes) bombarde les positions du Hezbollah en Syrie, le système de défense aérienne russe n’est pas activé et les Russes ont clairement été prévenus. De même, la Russie partage parfois des renseignements avec Israël au sujet de l’Iran.

Quelle est l’importance des questions moyen-orientales dans la politique intérieure russe? Existe-t-il un lien entre la politique intérieure russe et les relations du président Poutine avec Israël?

Honnêtement, ce n’est pas vraiment un facteur – ce n’est ni un avantage, ni un inconvénient.

Certains observateurs estiment qu’Israël n’est qu’un pion sur l’échiquier russe. La Russie pourrait-elle devenir un allié stratégique clé d’Israël dans un avenir prochain?

Ce serait accorder trop peu de crédit à Israël. Oui, ce pays entretient de bonnes relations avec la Russie (les premiers drones russes qui sont entrés en fonction avaient été achetés en Israël, par exemple), mais Jérusalem ne deviendra le pion de personne.

Vous mentionnez brièvement, à la page 75 de votre livre, que le président Poutine ne manifeste « […] pas une once d’antisémitisme », mais pourriez-vous nous en dire davantage à propos de sa position sur le sujet et ce qu’il fait pour lutter contre ce fléau?

Poutine envoie le message que l’antisémitisme est inacceptable.

On ne peut pas dire qu’il l’a particulièrement activement combattu, mais ses relations manifestement bonnes avec Israël et avec le grand rabbin de Moscou sont certainement des symboles puissants pour les Russes influents et ambitieux à l’effet que l’antisémitisme est inacceptable.

Par rapport à la tendance observable dans d’autres pays d’Europe de l’Est (comme la Pologne par exemple), quel est l’état actuel de l’antisémitisme en Russie?

Le phénomène est présent, bien sûr, mais subjectivement, il semble en déclin – dans les années 1990, on pouvait souvent voir des graffitis antisémites sur les murs ou des insultes proférées dans les médias, mais les deux manifestations sont beaucoup moins évidentes aujourd’hui. À certains égards, une évolution intéressante est observable à l’effet que les nationalistes extrémistes, de qui on peut s’attendre à des préjugés, expriment en fait leur respect pour Israël, au niveau de sa volonté de défendre ses propres intérêts, avec force si nécessaire.

À part le président et le premier ministre, qui sont les architectes des relations entre les deux pays? À votre avis, y a-t-il une diplomatie parallèle à l’œuvre?

Pinchas Goldschmidt, le grand rabbin de Moscou, a été un acteur très important à cet égard – et, bien sûr, il existe de nombreux oligarques et minigarques d’origine juive et souvent détenteurs de la double nationalité russo-israélienne qui agissent comme entremetteurs.

De Gaulle, cet indocile

DeGaulleCointet2Winston Churchill a toujours occupé les premières loges de ma passion de l’histoire. Sa relation avec Charles de Gaulle m’a toujours fasciné, notamment en raison des nombreuses similitudes entre ces deux grands : impulsivité, génie, mélancolie passagère, éloquence, sens de l’histoire, caractère rebelle et j’en passe.

Mais De Gaulle ne serait pas devenu De Gaulle sans juin 1940 et, dans une certaine mesure, sans Churchill. Au moment de l’Appel du 18 juin, les deux hommes se distinguent pourtant par une feuille de route bien différente. Jean-Paul Cointet, dans son fascinant livre De Gaulle : Portrait d’un soldat en politique résume que lorsque le Général effectue ses premiers pas dans les arcanes de Whitehall, le Britannique et le Français cumulaient respectivement « […] trente-cinq ans d’expérience politique, de l’autre un tout récent sous-ministre. »

C’est dire à quel point De Gaulle a été contraint de se dépasser et de lutter pour assurer non seulement les intérêts de la France combattante, mais également les siens sur le plan personnel et ce, même si les deux peuvent facilement apparaître comme ayant été identiques, tellement le militaire français incarnait pratiquement à lui seul le mouvement dont il avait pris la tête.

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Napoléon, le moine militaire

BaronFainMémoiresNapoléon fascine notamment par son génie militaire et l’empreinte qu’il a laissé dans l’histoire. Mais ce qui m’a toujours fasciné davantage, c’est l’homme et ses ressorts. Qu’est-ce qui le motivait, comment pensait-il et comment travaillait-il? Je piaffais donc d’impatience de plonger dans la récente édition des Mémoires du Baron Fain – qui fut l’un de ses plus proches collaborateurs – et qui viennent d’être éditées par l’historien et Napoléonologue Charles-Éloi Vial.

Dans un échange avec lui, l’auteur me précisait que Fain « fait partie de la « galaxie » napoléonienne, au même titre que Méneval, Duroc, Daru ou encore Bacler d’Albe ou Mounier. Ce sont les personnages qui se sont fait apprécier de l’Empereur pour leur ardeur au travail, leur efficacité et leur discrétion. Et comme Napoléon n’aime pas les nouvelles têtes, il les garde avec lui le plus longtemps possible. »

Outre l’admiration de Fain envers ce patron à qui il reconnaît des qualités de grande générosité, de méticulosité et de vaillance – l’expression « travailleur infatigable » revenant à quelques reprises – j’ai surtout été fasciné par les habitudes de lecture de celui que l’auteur compare à un « moine militaire » (j’adore l’expression), « gouvernant et administrant un empire immense du fond d’un cabinet secret, que cette retraite soit dérobée aux yeux par les lambris d’un palais ou par les rideaux d’une tente. » L’auteur l’évoque clairement et nous fait bien sentir au fil des pages que ce sanctuaire est l’endroit où Napoléon était le plus à l’aise pour travailler. Dans une dynamique régimentée dont les contours sont effectivement comparables à ceux de la vie monastique. Et c’est dans ce contexte qu’il l’a côtoyé.

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A new Cold War with China seems inevitable

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Retired four-star Navy Admiral and acclaimed author James Stavridis (Source: UN Dispatch)

(version française)

Retired Four-Star Admiral James Stavridis served as the 16th NATO Supreme Allied Commander – a function once occupied by the legendary General Dwight D. Eisenhower. In 2016, it was reported that he was vetted as a potential running mate for Democratic presidential candidate Hillary Clinton. He recently published an excellent book Sailing True North: Ten Admirals and the Voyage of Character which I recently had the privilege – and tremendous pleasure – to review here on this blog.

Having always been attached to the Fourth of July celebrations because of my deep admiration for the United States, it was my intention of publishing a special interview for the occasion. Admiral Stavridis generously accepted to answer my questions and I’m profoundly grateful.

There is absolutely no doubt in my mind that this book would be an excellent holiday read. Happy Fourth of July to all my American friends!

Here is the content of this insightful interview.

We are headed into a new Cold War with China. That seems inevitable now, but we need a strategy to avoid it turning into a shooting war. 

SailingTrueNorthIn Sailing True North, one of my favorite chapter (with the one devoted to Nelson) is the one about Zheng He. What do you think of the current tense situation with China and how do you think we should deal with that?

We are headed into a new Cold War with China. That seems inevitable now, but we need a strategy to avoid it turning into a shooting war. That will require a mix of diplomacy, military deterrence, tech savvy, economic tools (both in competition with China and in encouraging other nations to avoid Chinese “debt traps”). In essence, we should confront China where we must (cyber, trade, tariffs, their claims of “owning” the South China Sea) but cooperate where we can (environment, pandemics, arctic trade routes).  It will be a difficult and at times a dangerous passage. My next book, In Face, out in March 2021, is a novel about … a war with China! It is a cautionary tale, and let’s hope we don’t find it turning from fiction to fact before our eyes. Here’s a link to the Amazon page.

In the book, there are several references to religion, one to the Conclave, the other to John XXIII and Thomas Aquinas. I might be wrong, but I assume you are a Catholic and that faith seems to have had a significant impact on your journey. Am I wrong? Would you say that faith might also be an important buoy on the voyage of character?

I’m Greek Orthodox, and yes faith is vital for me personally – and for many others. Continue reading “A new Cold War with China seems inevitable”

Should We Fear Russia?

USSoldiersAfghanistan_Newsweek
US soldiers in Afghanistan (Source: Newsweek)

“Russia has no serious reason to fear the West », writes Dmitri Trenin – Director of the Carnegie Moscow Center – in his insightful book Should We Fear Russia? But President Vladimir Putin is not shy to “punch above his weight” and “always testing and pushing one’s boundaries” to ensure that Russia’s place at the table of great powers is respected.

ShouldWeFearRussiaAs I read these words, the New York Times revealed last Sunday that “United States intelligence officers and Special Operations forces in Afghanistan alerted their superiors as early as January to a suspected Russian plot to pay bounties to the Taliban to kill American troops in Afghanistan.

Then, another quote from Dr. Trenin came to mind: “Forcing his way to the high table, and making others deal with him out of necessity if not of choice, has become Vladimir Putin’s diplomatic trademark in his relations with US leaders.”

There is always a murky zone around special ops and covert operations, which always offer “plausible deniability” for operations like what allegedly happened in Afghanistan. Conventional wisdom would suggest that targeting soldiers for assassination does not appear like a good way to make and keep friends. But Moscow might get away with murder, since “for all its military superiority that it has been using elsewhere quite liberally, the United States lacks serious military options vis-à-vis Russia.” In other words, Vladimir Putin can continue pushing his luck with impunity.

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Vladimir Putin, Defender of Russia’s Interests

VladimirPutin
President Vladimir Putin, participates in a wreath laying ceremony at the Tomb of Unknown Soldier in Moscow, Russia, on June 22, 2020 (Source: Spokesman.com)

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In just a couple hours, the heart of Russia will vibrate to the sound of patriotic military music. People will celebrate Victory Day and the 75th anniversary of the defeat of Nazi Germany – a feat that would have been impossible without Soviet contribution. President Vladimir Putin will be the host of the ceremony that will unfold in Moscow. Since he has been at the helm of Russia for 20 years and because it is realistic to think that he will carry on beyond the end of his current mandate in March 2024, I thought it might be interesting to conduct an interview about the President of the Federation with a leading expert of this country. Dr. Dmitri Trenin, author of many insightful books on the subject (I recently reviewed his captivating book about the history of Russia) and Director of the Carnegie Moscow Center, has generously accepted to answer my questions. Here is the content of our exchange.

Putin has broken the American monopoly in world affairs.

Entire forests have been used to print analysis and op-eds condemning President Putin and portraying him as a threat to the world’s stability. On the other side, your book about the history of Russia presents him as a leader who wants his country to be respected. What is his worldview and agenda?

DmitriTrenin
Dr. Dmitri Trenin

What you say depends on where you sit. For those defending the current – post-Cold War – order of unprecedented dominance of the United States and the liberal and democratic norms that the U.S. has established – upholds and polices, Vladimir Putin is a dangerous disruptor. Since his Munich speech of 2007, he has been publicly challenging U.S. global hegemony and since 2008 (pushing back against Georgia’s attempt to recover breakaway South Ossetia) and 2014 (intervening in Crimea and Eastern Ukraine) has been pushing back against Western geopolitical expansion. Putin has broken U.S. de facto monopoly on intervening in the Middle East by sending forces into Syria in 2015. The following year, Russia interfered with its information resources in U.S. domestic politics which stunned many Americans who are not used to foreigners seeking to influence them. Russia has also strengthened partnership with China, America’s principal challenger of the day. Moscow has energy assets in Venezuela, whose leadership Washington seeks to topple; it has a relationship with Iran and contacts with North Korea, two minor enemies of the United States. Above all, however, Russia, under Putin, has veered off the West’s political orbit; returned to the global scene as a great power; and rebuilt its military might. Russia, which had been relegated to yesterday’s news, an international has-been, a regional power at best (Obama) and a filling station masquerading as a country (McCain), made a stunning comeback.

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Wellington, seul vainqueur de Waterloo?

WaterlooThierryLentzL’été 2014 fut le plus beau de ma vie, en ce qu’il m’a offert le privilège de visiter une multitude de champs de bataille et lieux historiques sur le continent européen. De ceux-ci, Waterloo figurait en tête de liste. Ayant toujours nourri un vif intérêt envers le Duc de Wellington, j’étais fasciné de passer une bonne heure dans ce que fut son quartier général à l’époque (et qui porte maintenant le nom de Musée Wellington).

Ayant habité en Écosse pendant plusieurs mois suite à cette visite, j’avais accès à plusieurs livres publiés à propos de la légendaire bataille sur les mornes plaines – les Britanniques étant friands de commémorer leur contribution à la défaite de l’Aigle. Un bel après-midi d’hiver, alors que je me trouvais dans une librairie d’Édimbourg, mon regard se posa sur un petit livre de l’historien Brendan Simms portant sur la contribution des hommes de la King’s German Legion dans la défense de la ferme de la Haye Sainte – laquelle fut cruciale dans la victoire de Wellington et ses lieutenants.

Je me propose de rédiger quelques lignes bientôt à propos de cet ouvrage, mais je me limiterai ici à mentionner qu’il m’a ouvert les yeux sur le fait que Waterloo n’est pas exclusivement une victoire britannique, et ce, avec tout le respect que je dois à mes ancêtres écossais qui ont pris part à la bataille.

Cet état de fait est également soulevé de manière très éloquente par l’historien Thierry Lentz – qui est également directeur de la Fondation Napoléon – dans son excellent livre sur la bataille de Waterloo.

Après son retour aux Tuileries le 20 mars 1815, l’ancien Empereur déchu veut, selon les propos de l’auteur « convaincre l’Europe qu’il était décidé à vivre en paix avec elle, dans les frontières négociées en 1814 et sans velléité de reconquête d’aucune sorte. » Les participants du Congrès de Vienne refusent et « […] Napoléon devait en effet, une fois de plus, jouer son trône sur un coup de dés. »

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La définition du courage: Les soldats du Débarquement

SoldatsDDay_GilesMiltonJe me suis souvent posé la question à savoir comment se sentaient les soldats qui ont été parachutés et qui sont débarqués en Normandie dans le cadre de l’Opération Overlord. À la fin de l’été 2015, j’ai eu l’immense privilège de fouler le sable de Juno Beach, le secteur canadien du débarquement. Après la visite d’une position fortifiée, nous nous sommes dirigés sur la plage avec notre guide. J’ai alors été envahi d’un double sentiment. Je ressentais d’une part une très grande fierté de savoir que les bottes canadiennes ont traversé ce sol sacré pour libérer l’Europe de la horde brune. D’autre part, je ne pouvais m’empêcher de me demander comment ces hommes se sentaient au moment d’accomplir le destin auquel leur dévouement les appelait.

J’ai visionné la série Band of Brothers à d’innombrables reprises, ainsi que le film Saving Private Ryan avec l’incomparable Tom Hanks. Pour tout dire, l’épopée du débarquement en Normandie me fascine au plus haut point et j’ai lu quantité de livres sur le sujet. Mais aucun n’avait répondu à cette lancinante question qui m’habitait depuis des années.

Avant le début de la pandémie de la Covid-19, je me suis procuré un exemplaire du livre D-Day : Les soldats du Débarquement de l’historien écrivain britannique Giles Milton. D’abord à cause du sujet, mais aussi parce que j’apprécie particulièrement cet auteur qui donne toutes ses couleurs à la bravoure des hommes et des femmes en temps de guerre. Je vous parlerai un jour de son fameux Les saboteurs de l’ombre : Le guerre secrète de Churchill contre Hitler.

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