Barack Obama a pavé la voie à Vladimir Poutine en Crimée

20 août 2012. Derrière le podium de la salle de presse de la Maison Blanche, le président Barack Obama met en garde le régime syrien de Bachar el-Assad de ne pas franchir la ligne rouge que représente l’utilisation d’armes chimiques. Une admonestation dont le président syrien fera fi un an plus tard. On s’attend alors à ce que les Américains entre dans la danse et utilisent leur puissance militaire pour mettre le dirigeant récalcitrant au pas. Il n’en sera rien. Obama tergiverse. L’osmose fait défaut entre lui et son administration sur le dossier syrien. Traumatisé stratégiquement par les péripéties martiales de son prédécesseur, le patron « ne veut pas se retrouver dans la même situation que celle de George W. Bush en Irak […]. »

Devant lui, les Russes et leur président Vladimir Poutine veillent au grain. Pas question de se faire damer le pion pour le maître du Kremlin. Et pourquoi pas tirer avantage de la situation? À ce jeu, il est redoutable, surtout devant la faiblesse des Occidentaux qui peinent à articuler une position solide. Difficile de poser les jalons du changement de régime à Damas, puisque l’opposition est tout autant tétanisée par l’exil que par les divisions.

Diplomatiquement, d’abord, Moscou sauvera la face des Américains en annonçant le « désarmement chimique de son allié syrien ». Le repli décidé dans le Bureau Ovaleaura ensuite des répercussions majeures sur le plan militaire.

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Les Occidentaux ont poussé la Russie dans les bras de la Chine – Entrevue exclusive avec Vladimir Fédorovski, ancien conseiller de Mikhaïl Gorbatchev

Vladimir Fédorovski (source: Le Temps)

Je suis un grand amateur des livres de Vladimir Fédorovski. Par sa plume agréable et inspirée, cet auteur prolifique et ancien conseiller de Mikhaïl Gorbatchev fait pénétrer ses lectrices et ses lecteurs dans l’âme de l’histoire politique de la Russie. C’est d’ailleurs avec énormément de plaisir que j’ai lu et recensé l’éclairante biographie qu’il a récemment consacrée au dernier président de l’URSS – Le Roman vrai de Gorbatchev, publié chez Flammarion il y a quelques mois. Je m’attaquerai bientôt à sa biographie de Staline. Pour l’heure, voici le contenu de l’entretien téléphonique qu’il m’a accordé le 28 septembre dernier.

Monsieur Fédorovski, bonjour et merci infiniment de m’accorder un entretien. Je vous remercie pour votre œuvre et c’est toujours un très agréable plaisir de vous lire. Sans plus tarder, quelle est votre lecture des relations actuelles entre l’Occident et la Russie?

Il y a une affinité extraordinaire entre l’Occident et la Russie. Je n’accepte pas cette bêtise qu’est la diabolisation. Nous vivons dans un climat pire que celui de la Guerre froide. Sous la dictature du politiquement correct, les médias mentent et croient en leurs mensonges. Parce que nous avons besoin d’un adversaire. C’est inculte. Comme l’affirmait l’ancien ministre français des affaires étrangères, Hubert Védrine, c’est une fatigue intellectuelle. Par rapport à Vladimir Poutine, mon approche est gaullienne. Les chefs d’État comme Vladimir Poutine et Justin Trudeau passeront. Les intérêts nationaux et la paix, de leur côté, demeureront.

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Le KGB: outil politique

K.G.B. Trois lettres qui suscitaient la crainte aux temps de la Guerre froide et qui suscitent toujours énormément de curiosité. Et pour cause, puisque comme le rappelle Bernard Lecomte dans son dernier livre, KGB: La véritable histoire des services secrets soviétiques, cet organe de sécurité et de terreur « […] s’est confondu avec l’URSS du début de son histoire (en 1917) jusqu’à son effondrement (en 1991). »

Mise en place sous le règne des Tsars, sous Alexandre II en 1880 pour être plus précis, la police politique russe n’est pas une invention du régime bolchévique. Dès son arrivée sur la scène en 1917, Lénine aura tôt fait d’instrumentaliser cet outil étatique pour asseoir son pouvoir. La violence, nous indique l’auteur, est érigé en système gouvernemental par le fondateur de l’URSS. « La police politique, solidement installée au cœur du nouvel État communiste, n’aura donc pas attendu le règne de Staline pour instaurer le plus terrifiant système de répression politique qu’on eût conçu dans l’histoire des hommes. » En parcourant les premiers chapitres du livre, on constate rapidement que le successeur de Lénine n’avait rien à lui envier en tant que bourreau sanguinaire.

L’un des outils développés par les services de sécurité soviétiques – qui changent périodiquement de nom mais certainement pas de philosophie – se veut une méthode qui deviendra légendaire et qui perdure jusqu’à ce jour: « la désinformation. Le terme vient du mot original russe dezinformatsia, que l’on traduirait sans doute aujourd’hui par « fake news ». On comprend mieux pourquoi Donald Trump raffole tellement de l’expression.

Chemin faisant, la compétence des agents secrets soviétiques permettra notamment à Staline d’avoir la main haute lors la Conférence de Yalta avec Winston Churchill et Franklin D. Roosevelt. Quelques années plus tard, le KGB (né officiellement le 1er janvier 1954) jouera un rôle déterminant dans l’éviction du Premier secrétaire Nikita Khrouchtchev, reconnu coupable par ses détracteurs de « faiblesses coupables » en octobre 1964. 27 ans plus tard, en ces journées fatidiques du mois d’août 1991 au cours desquelles Mikhaïl Gorbatchev se voit asséner une blessure politique mortelle lors du coup d’État manqué qui dévoilera à la face du monde la faiblesse du père de la perestroïka, le KGB de Moscou fera savoir au grand patron de la Loubianka, Vladimir Krioutchkov, que ses agents ne se saliront pas les mains. Le putsch avortera, l’URSS mourra le 26 décembre suivant et Boris Eltsine prendra les commandes du pouvoir à l’ombre des bulbes multicolores de la place Rouge.

Affublé d’une réputation de faiblesse, le premier président de la Fédération de Russie permettra cependant aux services de conserver leur influence. Tout d’abord, en leur permettant, « […] dans la discrétion, sans faire de vagues, sans faire peur à personne, de rebâtir un jour leur empire – dans une autre époque, sous un autre nom, pour un autre pouvoir. Tel le Phénix, cet oiseau de feu qui, dans la légende, renaît toujours de ses cendres… » Quoi de mieux, pour y arriver, de passer ensuite les rênes du pays à l’un des leurs, le lieutenant-colonel à la retraite et ancien patron du FSB (le Service fédéral de sécurité de la fédération de Russie, successeur du KGB) Vladimir Poutine, le 31 décembre 1999.

Le livre de Bernard Lecomte permet incontestablement de parcourir les grandes lignes de l’histoire de cette mystérieuse et lugubre agence de sécurité que fut le KGB, notamment des sombres opérations « mouillées » (assassinats, empoisonnements, etc,) qui sont toujours une spécialité de la maison. De manière encore plus importante, il permet aussi surtout de prendre la mesure du poids politique de celui-ci tout au long de l’histoire. Sa plus grande force fut notamment observable, au lendemain de la chute de l’empire soviétique. C’est ainsi que l’auteur évoque que « le Parti est [alors] en miettes, l’armée est en rade, le complexe militaro-industriel est en crise. Reste, dans l’ombre, le KGB. Frustré, humilié certes, mais puissant et uni. » Puissant et uni, il le demeure visiblement toujours sous la gouverne de Vladimir Poutine. Si cet état de fait venait à changer, il y a fort à parier que le maître du Kremlin prendrait probablement le chemin de la retraite.

Le spécialiste des arcanes des pouvoirs soviétique et russe (qui est également un fin connaisseur du Vatican) émaille son propos d’anecdotes croustillantes. Par exemple : « Les beuveries et les orgies sont quotidiennes. Presque tous les tchékistes consomment de la cocaïne. Cela leur permet, disent-ils, de mieux supporter la vue du sang. » Il remet aussi les pendules à l’heure, arguant que le KGB n’y était pour rien dans la tentative d’assassinat perpétrée contre le pape Jean-Paul II sur la Place Saint-Pierre à Rome en 1981. Il nuance enfin la conception selon laquelle le FSB serait le maître du jeu à Moscou, expliquant que le KGB n’a pas pris le pouvoir sur les rives de la Moskova, mais qu’il y est positionné aux premières loges.

Une lecture fascinante et très actuelle, à l’heure où le monde mesure l’ampleur et la portée des manœuvres de la Russie dans les coulisses de la politique internationale. Même s’ils doivent composer avec la réalité d’un statut global réduit par rapport aux belles heures de la Guerre froide, les caciques de la Place rouge n’entendent pas céder un pouce d’influence sur l’échiquier mondial. Les opérations « spéciales » constituent ainsi un moyen privilégié et souvent efficace d’atteindre cet objectif.

Fidèle à son habitude, Bernard Lecomte nous offre une plume précise et agréable. Un livre à lire, pour tous ceux et celles qui veulent comprendre comment on en est arrivés où nous en sommes actuellement. Sous-estimer les descendants du KGB serait et est une grave erreur.

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Bernard Lecomte, KGB : La véritable histoire des services secrets soviétiques, Paris, Perrin, 2020, 376 pages.

Je tiens à remercier Mme Céline Pelletier, de Interforum, de m’avoir transmis un exemplaire de ce livre et à Marie Wodrascka, des Éditions Perrin, pour son assistance toujours empressée.

Vladimir Putin, Defender of Russia’s Interests

VladimirPutin
President Vladimir Putin, participates in a wreath laying ceremony at the Tomb of Unknown Soldier in Moscow, Russia, on June 22, 2020 (Source: Spokesman.com)

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In just a couple hours, the heart of Russia will vibrate to the sound of patriotic military music. People will celebrate Victory Day and the 75th anniversary of the defeat of Nazi Germany – a feat that would have been impossible without Soviet contribution. President Vladimir Putin will be the host of the ceremony that will unfold in Moscow. Since he has been at the helm of Russia for 20 years and because it is realistic to think that he will carry on beyond the end of his current mandate in March 2024, I thought it might be interesting to conduct an interview about the President of the Federation with a leading expert of this country. Dr. Dmitri Trenin, author of many insightful books on the subject (I recently reviewed his captivating book about the history of Russia) and Director of the Carnegie Moscow Center, has generously accepted to answer my questions. Here is the content of our exchange.

Putin has broken the American monopoly in world affairs.

Entire forests have been used to print analysis and op-eds condemning President Putin and portraying him as a threat to the world’s stability. On the other side, your book about the history of Russia presents him as a leader who wants his country to be respected. What is his worldview and agenda?

DmitriTrenin
Dr. Dmitri Trenin

What you say depends on where you sit. For those defending the current – post-Cold War – order of unprecedented dominance of the United States and the liberal and democratic norms that the U.S. has established – upholds and polices, Vladimir Putin is a dangerous disruptor. Since his Munich speech of 2007, he has been publicly challenging U.S. global hegemony and since 2008 (pushing back against Georgia’s attempt to recover breakaway South Ossetia) and 2014 (intervening in Crimea and Eastern Ukraine) has been pushing back against Western geopolitical expansion. Putin has broken U.S. de facto monopoly on intervening in the Middle East by sending forces into Syria in 2015. The following year, Russia interfered with its information resources in U.S. domestic politics which stunned many Americans who are not used to foreigners seeking to influence them. Russia has also strengthened partnership with China, America’s principal challenger of the day. Moscow has energy assets in Venezuela, whose leadership Washington seeks to topple; it has a relationship with Iran and contacts with North Korea, two minor enemies of the United States. Above all, however, Russia, under Putin, has veered off the West’s political orbit; returned to the global scene as a great power; and rebuilt its military might. Russia, which had been relegated to yesterday’s news, an international has-been, a regional power at best (Obama) and a filling station masquerading as a country (McCain), made a stunning comeback.

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The reading habits of Vladimir Putin

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Russian President Vladimir Putin (source: Alexei Druzhinin/ Pool Sputnik Kremlin/Associated Press)

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The blogosphere is a jungle in which the blogger has to make his or her way. We depend on the interest we generate, beneficiaries of our readership.

For my part, I am constantly looking for subjects to discuss, books to devour and review and authors or historical figures to interview.

Upon closer examination of this blog, you will notice I am very interested in Russia, its history and its political life, especially its president.

A few weeks ago, I made a crazy bet, arousing the doubtful gaze of my loved ones. I got in touch with the Kremlin Press Office, asking if they would be willing to answer a few questions for this blog. To my surprise and delight, this request was met favourably, a privilege bestowed on few people I am sure.

The importance of this interview is not so much based on its content – one would have to be disconnected from reality to think that the assistants of the Russian President who work behind the mythical walls of the Kremlin will entrust secrets to a modest blogger – but rather on the fact that I got a response.

I am therefor very grateful toward the Press and Information Office of the President of the Russian Federation. Here is the Q&A about President Putin, followed by the French version of this exchange.

Who are President Putin’s favorite historical figures and why?

Generally the President is seriously interested in Russian history, although he has deep knowledge in world history, especially the history of the European continent. Vladimir Putin has sympathy for many statesmen in the history of our country, but perhaps most often in this regard he mentions Peter I. The role of Peter the Great can hardly be overestimated, it was him who laid the foundation of Russian Eurasianism [Editor’s note: a political ideology positioning Russia’s re-emergence as a conservative world power in opposition to the hegemony of the west and its values], which became the forerunner of the modern Russian state.

What is or what are his favorite(s) books / biographies? Continue reading “The reading habits of Vladimir Putin”

FDR was a role model for Vladimir Putin

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LA VERSION FRANÇAISE SUIT

After reading his insightful, well-written and gripping book about President Vladimir Putin, I asked Professor Mark Galeotti if he would accept to answer a few questions for this blog. He swiftly agreed and I’m very grateful for the generosity of his time. Here is the content of our exchange.

Many sincere thanks Pr. Galeotti for accepting to respond to a few questions for my blog.

His very privacy means we all get to imagine our own personal Putin…

PutinMarkGaleottiOn page 22 of your excellent book about President Putin, you write “If people think you are powerful, you are powerful.” On page 53, you refer to “purposeful theatricality”. In your book, Putin doesn’t come across as a bad person. Is there an important difference between the public and private persona of the Russian President? How is Mr. Putin different in private than what he shows in public?

The thing is that we really have very little sense of the true private self of Vladimir Putin: he absolutely protects that side of his life, and instead what we see is a guarded and carefully managed public persona. I think that for all the opulence of his lifestyle – the palaces, the personal staff, the thousand-dollar tracksuits – he is actually something of a lonely and distant figure, now almost trapped within the public persona, but this is very much my own imagining. In a way, that’s the point: his very privacy means we all get to imagine our own personal Putin…

On page 75, you debunk the notion that Vladimir Putin is some kind of social conservative (he notably upholds abortion rights), arguing that he is a pragmatist first. This notion is unfortunately not widely known in the West. Why do you think observers and commentators still hold to the notion that he is some kind of conservative ideologue?

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The Russian Phoenix

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Russian President Vladimir Poutine carrying his father’s picture during the March of Immortal Regiment that is held every year on the occasion of Victory Day (source: TASS News Agency).

“Russia is like a phoenix: it repeatedly turns to ashes only to be reborn in some new guise”. In itself, this quote from Dmitri Trenin’s recent book encapsulates why we need to continually learn more about the history of this country, which is, whether we like it or not, one of the great powers jockeying for influence in today’s world.

There has been a tendency, after the dismantling of the USSR in the early 1990s, to assume that the Soviet régime has been a failure and that its architects had failed, automatically sending their statecraft experiment to the dustbin of history. Dmitri Trenin gives plenty of material to those who do not subscribe to that school of thought.

RussiaDmitriTreninI will always be amazed at how Lenin succeeded in carrying the day in the Fall of 1917, with only a handful of followers. But one of the main characteristics of the first Soviet leader, according to the author, who is also Director of the Carnegie Moscow Center, was that “Lenin’s political genius lay in his uncanny ability to adapt to fast-changing circumstances.” In a nutshell, he was a pragmatist who knew how to fill the void of leadership at a crucial time. The same could be said about his successor, Stalin, who “[…] reversed his stance on the Russian Orthodox Church” during the Great Patriotic War, when he realized that religion was a glue that could mobilize the people behind the war effort.

As a fan of Mikhail Gorbachev since my youth, I therefore found it hard to read Dmitri Trenin’s assessment of the last leader of the USSR. Between the lines, one can understand that the chief proponent of Perestroika was not a pragmatist and a student of Realpolitik because the country “[…] was by no means doomed, but it required a leader who could act decisively, albeit thoughtfully, professionally, and very carefully. What it got instead was a dreamer.” Ouch.

In the darkest hours of its history, Russia needs “strong leadership and discipline [to keep] the country together.”

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Israël veut procurer la technologie laser à ses Forces armées – Entrevue exclusive avec le rédacteur en chef du Jerusalem Post

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Yaakov Katz (courtesy of himself)

THE ENGLISH VERSION FOLLOWS

Yaakov Katz, rédacteur en chef du grand quotidien The Jerusalem Post et auteur de deux livres à succès consacrés aux affaires militaires israéliennes a récemment accepté de répondre à quelques questions exclusives pour ce blogue. Voici donc le contenu de notre échange, pour lequel je lui suis d’ailleurs très reconnaissant.

Je suis d’avis que les bons auteurs s’inspirent de grands livres. Accepteriez-vous de partager avec mes lecteurs quel est le meilleur livre que vous ayez lu?

J’ai lu plusieurs excellents livres. Celui qui a vraiment influencé mon style d’écriture et de narration s’intitule Thirteen Days in September (13 jours en septembre) par Lawrence Wright. C’est un livre fantastique au sujet des pourparlers de paix de Camp David entre Israël et l’Égypte, mais ce que Wright fait d’étonnant, c’est de donner aux lecteurs le sentiment qu’ils sont dans la pièce avec Begin, Sadate et Carter. Je le recommande vivement.

À l’heure actuelle, l’un des grands objectifs est la technologie laser pouvant intercepter potentiellement des missiles et des tirs de mortiers ennemis en approche. Imaginez ce que cela signifierait pour Israël.

Après avoir lu votre excellent livre The Weapon Wizards (écrit avec Amir Bohbot), je me demandais si vous pouviez me dire quelle nouvelle innovation / invention israélienne pourrait faire son apparition dans un avenir prochain – si vous êtes autorisé à en parler?

Le secteur de la défense et les Forces de défense israéliennes (IDF) sont constamment à la recherche de nouvelles capacités et technologies. À l’heure actuelle, l’un des grands objectifs est la technologie laser pouvant être utilisée à différentes fins, mais avant tout pour intercepter potentiellement des missiles et des tirs de mortiers ennemis en approche. Imaginez ce que cela signifierait pour Israël. Quelques systèmes laser déployés le long de ses frontières pourraient potentiellement libérer le pays de ces missiles qui représentent une menace. Pensez aussi à l’aspect économique de cela – si un intercepteur de type Iron Dome coûte environ 100 000 dollars, un tir laser ne coûterait presque rien.

WeaponWizardsDans The Weapon Wizards, on retrouve un chapitre fascinant intitulé « Les armes diplomatiques », à l’intérieur duquel vous faites référence au développement des relations d’Israël avec la Chine. Que diriez-vous sur l’état de cette relation aujourd’hui (où elle en est actuellement)?

Les relations entre Israël et la Chine ont commencé par des ventes d’armes. C’est l’histoire fantastique d’un petit pays qui s’est servi de sa technologie d’armement pour nouer des relations diplomatiques avec plusieurs pays, dont certains plus grands, à travers le monde. Israël entretient aujourd’hui de vastes liens économiques et commerciaux avec la Chine, mais rien dans le domaine de la défense. Cette décision a été prise il y a une quinzaine d’années, pour éviter toute tension avec les États-Unis.

Même si Vladimir Poutine a accepté qu’Israël mène des opérations en Syrie, cette position pourrait changer demain.

Comment envisagez-vous les relations d’Israël avec la Russie dans un avenir proche?

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Comprendre le pouvoir russe

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L’auteur photographié en compagnie de l’ancien président Mikhaïl Gorbatchev en 2011.

À quelques jours de mes 17 ans, en août 1991, j’apprenais que le dirigeant soviétique Mikhail Gorbatchev était victime d’un coup d’État. Fasciné que j’étais par tout ce qui concernait ce pays et son histoire, il n’en fallait guère plus pour m’inquiéter au sujet de ce leader admiré, mais aussi de me fasciner de ce que cet événement signifiait dans la grande trame de l’histoire du pays des tsars. À l’époque, nous ne disposions pas de toutes les plateformes médiatiques permettant de suivre l’évolution du putsch en temps réel – mis à part les bulletins de nouvelles à la radio. Je m’étais donc employé à téléphoner, plusieurs fois par jour, à la salle de rédaction du quotidien local pour m’enquérir des développements à Moscou et en Crimée, là où Gorbatchev était retenu contre son gré. Fort probablement au grand désespoir du directeur de l’information qui me répondait toujours généreusement.

Le Kremlin et ses locataires m’ont toujours fasciné. Je raffole depuis mon jeune âge de lectures détaillant les intrigues ourdies au sommet du pouvoir rouge et permettant de mieux connaître les grandes figures qui en étaient la cause.

SecretsduKremlinC’est avec un peu de retard, mais ô combien de plaisir que j’ai dévoré Les secrets du Kremlin 1917-2017 sous la plume avertie de l’historien et journaliste Bernard Lecomte. Les 16 chapitres de ce livre agrémenté par l’une des plumes les plus agréables qu’il m’ait été donné d’apprécier permettent de franchir les murs de cette enceinte dont l’aura de mystère fait non seulement sa réputation historique, mais lui confère également son influence.

L’idée principale que j’en retiens est que, pour arriver au pouvoir en Russie et y demeurer, il faut savoir jouer de ruse et ne jamais baisser la garde. Bernard Lecomte nous permet à cet égard de marcher sur les pas d’un Lénine prenant le pouvoir à force d’obstination et malgré une révolution mal préparée. Et d’un Nikita Khrouchtchev qui prend les commandes de l’État en 1953, mais « […] en qui personne ne voit encore un leader de premier plan. » Pour revenir au putsch de 1991, ce moment charnière aura permis à un Boris Eltsine sous-estimé par les comploteurs de devenir une figure incontournable en se hissant sur un char d’assaut. Et que dire de ce Vladimir Poutine relativement inconnu qui devient maître des lieux en exhibant la jeunesse et la vigueur devant un Eltsine malade et au bout de ses forces, alors les 12 coups de minuit sonnent l’arrivée de l’an 2000 sur la Place Rouge? Dans ce registre, force est d’admettre que le meilleur chapitre est celui (tout simplement savoureux) où l’historien relate la partie d’échecs entre Staline et De Gaulle.

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Vladimir Poutine, ce méconnu

PutinMarkGaleottiNe cherchez pas à savoir pourquoi, mais la fête de Pâques me fait toujours penser à la Russie. J’ignore d’où ça vient, mais c’est comme ça.

Il est donc à propos que je publie quelque chose à propos de ce pays en cette fin de semaine pascale.

On le sait, Vladimir Poutine flotte dans une aura de mystère et d’incompréhension. Homme le plus dangereux du monde pour les uns, objet de curiosité pour plusieurs ou figure inspirante pour les autres, celui qui est aux commandes de la Russie depuis 20 ans laisse peu de gens indifférents. Et ça lui fait probablement bien plaisir, puisque son positionnement médiatique enviable est proportionnel à l’influence qu’il souhaite son pays voir occuper sur la scène internationale.

Le personnage me fascine depuis longtemps et je suis toujours à la recherche de bonnes lectures pour mieux le connaître – au-delà des attaques en règle ou de l’hagiographie.

Le portrait que brosse Mark Galeotti du président russe dans We Need to Talk About Putin : How the West gets Him Wrong mérite assurément de faire partie des lectures incontournables à propos de ce chef d’État.

Selon l’auteur, les malentendus dans nos relations avec la Russie découleraient de notre incompréhension de celui qui la dirige. D’où la nécessité de mieux en comprendre les ressorts.

Acteur politique rationnel, Poutine serait d’abord et avant tout un pragmatique désireux de faire en sorte que la Russie soit respectée sur la scène internationale. Fondamentalement loyal, le dirigeant n’aimerait pas prendre de risques (l’épisode ukrainien serait une erreur de parcours découlant de mauvais conseils selon l’historien britannique) et ne serait pas un idéologue. Il dérogerait également aux normes de plusieurs Russes de sa génération, en épousant une approche positive et inclusive envers les femmes.

Alors que les pays de l’ancien Bloc de l’Est sont une région du globe où l’antisémitisme se métastase avec la montée de l’extrême-droite (comme en Pologne), l’individu ne saurait être accusé d’aucun travers antisémite « dans un pays affichant une histoire sombre dans sa relation avec la communauté juive. » Finalement, pour répondre à l’accusation selon laquelle tous les ennemis du locataire du Kremlin se font zigouiller, Mark Galeotti intitule l’un de ses chapitres « Les ennemis de Poutine ne meurent pas tous » (après tout, Alexei Navalny est toujours vivant), exposant que « les Russes ont plus de chances de succomber à des rivalités criminelles ou d’affaires qu’en raison de démêlés avec le régime. »

Cela n’est pas sans me rappeler mon séjour à Moscou, au cours duquel j’avais aperçu la voiture d’un banquier devant mon hôtel, gardé par un agent de sécurité (qui ressemblait davantage à un mercenaire) armé jusqu’aux dents et se tenant prêt à appuyer sur la gâchette de son AK-17. Toute personne s’intéressant de près ou de loin à l’histoire de la Russie sait que le climat de violence fait partie du tissu social et politique de ce pays depuis des siècles. Il n’est donc pas étonnant que Poutine ait revêtu l’armure publique d’une personnalité forte, puisque « si les gens croient que vous êtes puissants, vous êtes puissants. »

L’auteur attribue les crimes politiques (notamment l’assassinat de Boris Nemtsov) au climat qui s’est fait jour autour des cercles du pouvoir. Même si une commande n’est pas donnée directement, le message passe subtilement et les basses œuvres sont exécutées. Avec un humour noir, il observe que Poutine est un autocrate miséricordieux. Vous ne tomberez pas sous les balles d’un tueur si vous ne l’obligez pas à vous acheminer prématurément vers le Créateur. Ne franchissez donc pas la ligne. Je me questionne cependant à savoir si Poutine cautionne ce système d’emblée ou s’il ne fait que l’instrumentaliser pour demeurer au pouvoir. Je ne retiendrai pas mon souffle en attendant la réponse. C’est brutal et je suis à des années lumières d’être à l’aise avec les règlements de conflits à coups de pistolet ou d’attentats, mais c’est la réalité.

Cela dit, j’ai été étonné de lire que VVP (c’est par ses initiales que plusieurs désignent souvent le chef d’État russe) serait également un sentimental, mais j’aurais dû m’en douter puisque la personnalité très dominante du président russe masque assurément, comme chez tous les individus, des blessures que l’on tient à protéger derrières les barbelées d’une posture « macho ». Mais je ne veux pas jouer les psychologues amateurs.

L’intérêt du travail de Mark Galeotti repose sur le fait que Vladimir Poutine est assurément mal perçu et visiblement mal compris en occident. Depuis longtemps, je suis d’avis que le tsar actuel est une bien meilleure option pour plusieurs que ceux qui pourraient vouloir ou être appelés à le remplacer.

L’historien adresse donc une mise en garde à l’effet que « Toute interférence plus active ou agressive entrainerait probablement des réactions actives et agressives, accordant plus de pouvoir à ces ultranationalistes que Poutine est parvenu à contenir. Le personnage n’est ni un fanatique, ni un lunatique et une Russie vivant dans la stabilité est moins dangereuse que si elle évolue dans le chaos. »

On ne pourrait saurait donc en vouloir à ceux qui souhaitent que les faucons ne délogent pas l’aigle de son nid.

S’il est un défaut dont j’affublerais ce livre, c’est qu’il est malheureusement beaucoup trop court. J’aurais bien avalé plusieurs pages supplémentaires rédigées par cette plume renseignée et agréable.

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Mark Galeotti, We Need to Talk About Putin: How the West Gets Him Wrong, London, Ebury Press, 2019, 143 pages.