300 jours fatidiques

Chaque fois qu’un livre paraît sur la Seconde Guerre mondiale, on s’interroge sur ce qu’il peut réellement apporter à la compréhension de cette déflagration qui a consumé le monde il y a bientôt neuf décennies. Éric Branca fait partie de ces historiens sur lesquels on peut compter pour ouvrir de nouvelles perspectives.

Le 300 Jours – 13 juillet 1944 – 9 mai 1945 : dix mois pour en finir avec Hitler qu’il publie aux Éditions Perrin, offre une lecture richement documentée et portée par un style magistral, tout en brossant le portrait des principaux personnages qui marquent le chapitre ultime du dernier conflit mondial.

D’entrée de jeu, l’auteur ne cache pas le sentiment qui l’habite à l’égard du maréchal Montgomery, « qui ne s’affirme qu’en s’opposant et manque d’oxygène quand il n’a pas d’ennemis ». La messe est dite. Son de cloche tout à fait différent en ce qui concerne l’illustre adversaire de Monty, le Renard du désert, un autre maréchal : Erwin Rommel.

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Mussolini, chef de guerre

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La figurine LAH200 Count Galeazzo Ciano de la collection King & Country photographiée sur le livre de Max Schiavon.

Durant un séjour en Italie en 2013, j’ai effectué une visite guidée consacrée à Mussolini. En parcourant différents quartiers de Rome, il fut possible de constater que le Duce conserve l’intérêt, pour ne pas dire une certaine affection, de plusieurs. Dans une certaine mesure et malgré sa présence au côté d’Hitler, son aura a survécu à la déconfiture du fascisme et aux effets du temps.

Mais peu d’auteurs se penchent sur Mussolini dans la langue de Molière. L’historien militaire français Max Schiavon a relevé le gant en publiant récemment un excellent livre à propos du dictateur, Mussolini. Un dictateur en guerre.

Si Mussolini est habilement parvenu à maitriser l’échiquier politique italien entre les deux conflits mondiaux, il en fut tout autrement de sa capacité à revêtir les habits du chef de guerre. Quatre raisons majeures viendront plomber son action durant la Seconde Guerre mondiale.

Tout d’abord, Mussolini est dépourvu de toute formation militaire. On aura souvent entendu la rengaine à l’effet que les soldats italiens n’étaient pas des guerriers très valeureux, mais le fait demeure que les forces armées souffraient d’impréparation pour le conflit auquel le Duce les destinait. Sur le champ de bataille, le maréchal Rommel observait pour sa part que l’infériorité des Italiens devant les Britanniques en Afrique du Nord était redevable au fait que la performance des premiers était tétanisée par leur infériorité en termes de forces motorisées. (p. 192). Appelant Clausewitz à la barre de son argumentaire, Max Schiavon expose que « le plus strict des devoirs de l’État, c’est de se munir de l’armée de sa politique. » (p. 151) À son grand dam, Mussolini ne sut pas intégrer la pensée du célèbre prussien dans sa politique.

Ensuite, en emboitant le pas d’Hitler, le chef du gouvernement mesura mal l’état d’esprit de sa population, laquelle se démarquait par son pacifisme, l’absence de désir de partir en guerre, un sentiment défavorable – voire hostile – aux Allemands et à leurs desseins. Celui qui avait bien joué ses cartes pour faire la conquête du pouvoir eut donc la main moins bonne avec la Res Militaris.

De plus, Mussolini accepte d’être la 5e roue du carrosse d’un régime allemand qui le trompe sans vergogne à moult reprises et qui le méprise ouvertement. À témoin, l’anecdote citée par Max Schiavon au sujet du baron de Fiorio, officier de liaison italien auprès des services de renseignement allemands qui déclare à voix haute « Alors, mon cher Franz, nous voici à vos côtés » après que l’Italie se soit rangée derrière l’Allemagne nazie. Pour réponse, son collègue allemand, le major Franz Seubert, de lui répondre : « Bravo, nous gagnerons la guerre quand même. » (p. 142-143). Tout était dit.

Finalement, incapable de tirer l’enseignement accompagnant ses échecs, Mussolini était condamné soit à les répéter ou à tout simplement les ignorer. Contrairement à un Franco qui sut habillement jouer ses cartes durant la Deuxième Guerre mondiale et ainsi demeurer à la tête de son pays lorsque les canons se turent, Mussolini était destiné à tomber en même temps que les étendards de bataille des forces italiennes. Son gendre et ministre des affaires étrangères, le comte Galeazzo Ciano, lui conseilla pourtant, à la lumière des actions posées par les Allemands et des divergences de vues entre Rome et Berlin, de prendre ses distances avec le Reich. Cette disposition allait plus tard lui coûter la vie.

Certains pourront reprocher à l’auteur de ne pas être entré dans le menu détail des opérations militaires, mais tel n’était pas son objectif. Avec brio, il s’est concentré à dépeindre le parcours de Mussolini en tant que chef de guerre, une trajectoire promise à la défaite malgré un parcours qui suscita une admiration toujours observable au hasard d’une discussion dans un café ou au détour d’une visite chez un boutiquier romain.

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Max Schiavon, Mussolini. Un dictateur en guerre, Paris, Perrin, 2016, 270 pages.