Okinawa: pivot stratégique du Pacifique

Fasciné par l’histoire militaire depuis mon plus jeune âge, mon imaginaire a été nourri des récits du débarquement en Normandie, de la bataille d’Arnhem – cet objectif trop ambitieux qui valut tant de reproches à Montgomery – ou encore de la légendaire bataille d’Angleterre, aux premières heures du conflit. Comme beaucoup sans doute, la guerre du Pacifique n’évoquait pour moi que le lointain écho d’un sacrifice immense, porté avant tout par les troupes américaines. Pour dire vrai, je méconnaissais largement ce théâtre, encadré qu’il était par les parenthèses marquantes de l’attaque de Pearl Harbor et de la capitulation du Japon après les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki.

Comment oublier les bons moments passés à regarder les épisodes de la série télévisée Les Têtes brûlées, avec le légendaire « Pappy » Boyington, que je suivais religieusement, l’étonnement teinté d’émotion lors d’une visite au monument d’Iwo Jima à Washington, D.C., ou encore l’admiration profonde que m’inspirait le caporal Desmond T. Doss dans Hacksaw Ridge ? Pourtant, une sérieuse lacune demeurait, à laquelle il me fallait remédier. L’historien militaire Ivan Cadeau y apporte une contribution précieuse dans son ouvrage Okinawa 1945 (Éditions Perrin).

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En quête du Débarquement

« La bataille de Normandie n’est pas un sujet vidé. » La plaidoirie de Nicolas Aubin est sans appel. Son livre Le Débarquement, vérités et légendes (Éditions Perrin) l’articule magistralement.

Si vous avez été influencé par « toute une littérature d’après-guerre [qui] a idéalisé l’armée allemande », si vous être preneur de l’argument selon lequel l’échec des troupiers portant le feldgrau est exclusivement redevable au « sommeil de Hitler », si vous pensez que la Résistance a joué un rôle décisif dans l’issue de la bataille de Normandie ou que vous faites partie des nombreux détracteurs du Field Marshal Bernard L. Montgomery, vos certitudes seront déboulonnées.

Dans un livre extrêmement bien ramassé – après tout, il ne fait que 300 pages – l’historien militaire qui collabore à certaines des meilleures publications francophones sur le sujet remet plusieurs ouvrages sur le métier. Avant d’aller plus loin, il m’est toutefois agréable d’ajouter qu’il convoque un style d’écriture invitant qui fait le régal du lecteur. Une chaîne de commandement est « percluse de frictions », les Allemands s’échinent à établir des obstacles pour « déchiqueter » les planeurs alliés et les pièces d’artillerie offrent une « symphonie mortelle » aux adversaires. Le livre gargouille de ces belles tournures qui séduisent l’esprit.

Revenons maintenant au cœur de son propos et sur quatre points rapides sur lesquels je me permets d’attirer votre attention.

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