La Chine, cette nouvelle thalassocratie

Sillonnant les points chauds de la planète et déjouant les complots ourdis par des puissances maléfiques jusque dans l’espace, Tintin est sans doute le plus illustre géopoliticien du XXᵉ siècle — et sa légende n’est pas près de s’estomper. Les circonstances actuelles aidant, sa pertinence ne fait que se confirmer. Prenons simplement Le Lotus bleu. Le jeune reporter y suit la trace d’un réseau international de trafiquants d’armes et d’opium déjà mis au jour dans Les Cigares du Pharaon. Le cinquième album d’Hergé se déroule ainsi dans une Chine écartelée entre les grandes puissances de l’époque — la Grande-Bretagne, la France, les États-Unis et le Japon — qui imposent au pays une diplomatie de la canonnière destinée à asseoir leurs intérêts économiques et politiques.

Dans son brillant ouvrage Géopolitique de la Chine : Une nouvelle thalassocratie (PUF), le spécialiste de géopolitique maritime et militaire Hugues Eudeline rappelle que « faute d’avoir pu disposer d’une force militaire et navale moderne, l’empire du Milieu a été contraint de faire des concessions et a subi une humiliation dont la mémoire se transmet de génération en génération. » L’auteur détaille comment la Chine a navigué « pas à pas » vers son positionnement actuel de compétitrice à la domination des États-Unis, ces « héritiers historiques de la Grande-Bretagne », en tant que puissance maritime.

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Xi et Poutine dans le temps long

Dans une tribune publiée ces derniers jours, le politologue américain Seth G. Jones soulignait que la trajectoire des relations entre la Russie et la Chine apparaît avec une clarté renouvelée, marquée par un rapprochement soutenu dans les domaines politique, militaire et économique. Cette complicité entre Xi Jinping et Vladimir Poutine contribue à redessiner, sous nos yeux, les contours d’un nouvel équilibre géopolitique. Par sa nature, sa portée et le contexte dans lequel elle s’inscrit, cette dynamique mérite toute notre attention.

L’ancienne ambassadrice de France à Pékin et à Moscou, Sylvie Bermann, se penche sur cette proximité dans L’Ours et le Dragon : Chine-Russie : Histoire d’une amitié sans limites ? (Tallandier). Elle y brosse un portrait éclairant de la relation de la Chine avec les grandes puissances et de son ascension progressive dans ce cercle restreint. Car avant de se poser en compétitrice des États-Unis, Pékin a longtemps été ballottée au gré des intérêts des puissances dominantes des époques successives. À cet égard — et ce n’est pas le moindre des mérites de l’ouvrage — l’auteure convoque Hergé qui, dans Le Lotus bleu, plonge Tintin au cœur des événements entourant l’invasion japonaise du sud de la Mandchourie en 1931. Comme quoi le jeune journaliste francophone figurera toujours parmi les grandes figures géopolitiques du XXᵉ siècle.

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La folie et la surprise : les services secrets dans la Deuxième Guerre mondiale

« À elles seules, les forces spéciales ne peuvent pas gagner les guerres. » Dans son dernier livre – probablement le plus intéressant – Rémi Kauffer évoque cette réalité dont Winston Churchill était pleinement conscient. Mais si elles ne peuvent remporter la mise à elles seules, elles peuvent toutefois causer des dégâts importants et déstabiliser dangereusement l’ennemi.

Avec maestria, ce fin connaisseur du monde du renseignement et des Services action nous offre un époustouflant tour d’horizon de leurs activités à l’échelle planétaire dans 1939-1945. La guerre mondiale des services secrets (Éditions Perrin).

Aux premières heures du conflit, les Britanniques font cavalier seul. Vent debout devant les forces de l’Axe. Militairement, ils ne font pas le poids. Mais le Vieux Lion a un atout majeur dans son jeu. « La folie est une maladie qui présente un avantage à la guerre : celui de réaliser la surprise », affirme-t-il. « Hitler méprisait ceux qui s’opposaient à lui. À l’inverse, Churchill s’est toujours fait un devoir de reconnaître le courage de ses ennemis », écrit Rémi Kauffer. Les actions des Kommandos – ces unités afrikaners de guérilla – affrontés durant la Guerre des Boers et des forces de l’IRA qui s’opposent à la Couronne pendant des décennies ont de quoi inspirer le chef de guerre lorsque vient le temps de mettre le feu à l’Europe.

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