Léon XIV est un pape de compromis

Le pape Léon XIV photographié après l’annonce de son élection avec le cardinal Pietro Parolin, à sa gauche. (Chicago Sun-Times)

Dans la foulée de ma recension de l’excellente biographie qu’il a consacrée au pape Pie XII, l’historien Frédéric Le Moal a généreusement accepté de répondre à quelques questions. Voici le contenu de notre entretien.

_____

Monsieur Le Moal, d’où est venue l’idée d’écrire une biographie consacrée à Pie XII? Quelle était votre motivation?

Cette biographie est en fait l’aboutissement de près de deux décennies de recherches sur Pie XII et la fameuse question de son attitude pendant la Seconde Guerre mondiale. J’avais déjà écrit un ouvrage sur le conclave qui avait élu le cardinal Pacelli en mars 1939 (Pie XII, un pape pour la France, Le Cerf, 2019). Quand Christophe Parry, des éditions Perrin, m’a proposé ce beau mais lourd travail biographique, je n’ai hésité que trois secondes avant d’accepter! Il m’offrait l’occasion de comprendre cette personnalité en réalité fort complexe et mystérieuse, sa cohérence et ses contradictions, les ressorts de son action et de ses prudences. Et seul le genre biographique permet de saisir un individu dans son ensemble.

poursuivre la lecture

Pie XII au milieu des loups

Je le confesse, mes premiers contacts avec Pie XII ont été difficiles. L’image du pape aux sympathies gammées avait la vie dure dans mon esprit d’étudiant. C’était avant que celui qui fut mon meilleur professeur d’histoire à l’université, un prêtre au jugement acéré, ne me guide vers une compréhension plus profonde – donc plus sérieuse – de ce Souverain pontife assujetti au devoir et à la prudence.

C’est donc avec un plaisir immense que j’ai dévoré le dernier livre de l’historien Frédéric Le Moal, Pie XII : Le pape face au Mal (Éditions Perrin). Avant même d’en lire la première ligne, je savais à quoi m’attendre – pour avoir recensé Les hommes de Mussolini – en termes de qualité de recherche sous une plume hors du commun.

En un peu moins de 400 pages, le brillant auteur brosse le portrait tout en nuance d’un personnage compliqué, mais conséquent. Tout dévoué à sa mission, Pie XII a navigué dans les eaux troubles de deux conflits mondiaux dévastateurs et du début de la Guerre froide, tout en menant la barque de l’Église universelle. Après avoir été nonce en Allemagne, son ministère s’est poursuivi en tant que Secrétaire d’État d’un pape bouillant, Pie XI. À la suite du décès de ce dernier, les cardinaux lui confient la charge pontificale le 2 mars 1939, six mois avant que les troupes nazies envahissent la Pologne.

poursuivre la lecture