L’école Lee Kuan Yew

Je me suis longtemps demandé pourquoi Lee Kuan Yew suscitait une telle admiration chez tant de chefs d’État et autres personnalités de premier plan. Je pense ici notamment à Henry Kissinger et Tony Blair. Cette interrogation est demeurée en suspens jusqu’à ce que je mette la main sur la biographie que lui a consacrée l’ancien ambassadeur Bernard de Montferrand, Singapour : L’invention de Lee Kuan Yew (Tallandier). Déjà, l’association de la création d’un pays à un seul homme témoigne de la stature exceptionnelle du personnage. L’ouvrage retrace un parcours hors du commun dont les pages ont été écrites par une personnalité tout aussi singulière.

Après des études interrompues par la Seconde Guerre mondiale, ce fils de la diaspora chinoise prend la route de la Grande-Bretagne, où il est formé à Cambridge et à la London School of Economics. Pour tout dire, c’est « un pays qu’il admire profondément », et il ne dissimulera jamais une sincère anglophilie. De retour au pays, sa voie est tracée. La politique est sa vocation, la construction d’un État son destin. L’auteur – qui fut ambassadeur de France dans ce pays – rappelle à cet égard que « tout le « miracle » singapourien réside dans les années de lutte politique qui ont formé son « père fondateur » ».

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François au crépuscule

« Gouverner épuise », constate Marco Politi dans son livre François. l’Église déchirée (Plon), au sujet pontife disparu le lundi de Pâques, 21 avril 2025. Bien que cette remarque concerne tous les dirigeants, elle s’impose avec une intensité incomparable pour une figure dont le destin fut de marcher sur les lignes de crête d’une institution réunissant plus de 1,4 milliard de croyants à travers les cinq continents.

Qu’il s’agisse des passes d’armes entre progressistes et conservateurs ou de la méfiance nourrie par une génération montante, rétive aux structures personnifiées par une figure de proue perçue comme autocratique et « à qui l’on reproche souvent son manque de mysticisme » — comme s’il s’agissait d’un péché capital —, cet expert ès affaires vaticanes rappelle que « les guerres intestines sont souvent féroces. » Marco Politi en retrace les contours avec la précision d’un astrophysicien scrutant la Voie lactée. Ainsi, au fil des pages, on prend la mesure du « vent violent » qui aura soufflé contre François jusqu’à la toute fin — et peut-être même davantage encore aux dernières lueurs de son ministère pétrinien — alors que ses opposants, parmi lesquels des traditionalistes en pleine ascension, voyaient enfin poindre le moment où sonnerait leur heure.

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Léon XIV est un pape de compromis

Le pape Léon XIV photographié après l’annonce de son élection avec le cardinal Pietro Parolin, à sa gauche. (Chicago Sun-Times)

Dans la foulée de ma recension de l’excellente biographie qu’il a consacrée au pape Pie XII, l’historien Frédéric Le Moal a généreusement accepté de répondre à quelques questions. Voici le contenu de notre entretien.

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Monsieur Le Moal, d’où est venue l’idée d’écrire une biographie consacrée à Pie XII? Quelle était votre motivation?

Cette biographie est en fait l’aboutissement de près de deux décennies de recherches sur Pie XII et la fameuse question de son attitude pendant la Seconde Guerre mondiale. J’avais déjà écrit un ouvrage sur le conclave qui avait élu le cardinal Pacelli en mars 1939 (Pie XII, un pape pour la France, Le Cerf, 2019). Quand Christophe Parry, des éditions Perrin, m’a proposé ce beau mais lourd travail biographique, je n’ai hésité que trois secondes avant d’accepter! Il m’offrait l’occasion de comprendre cette personnalité en réalité fort complexe et mystérieuse, sa cohérence et ses contradictions, les ressorts de son action et de ses prudences. Et seul le genre biographique permet de saisir un individu dans son ensemble.

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