JFK, ce tueur de charme

« Les lois sont comme les saucisses. C’est mieux de ne pas voir leur préparation », clamait l’homme d’État allemand Otto von Bismarck. Il en va des victoires électorales comme du processus législatif, puisque la fréquentation des arcanes de ces exercices démocratiques offre souvent la possibilité d’observer des épisodes baroques. Un exemple éloquent de cette affirmation se trouve entre les deux couvertures du dernier livre de l’ancien diplomate Georges Ayache, 1960 : La première élection moderne de l’Amérique (Perrin).

Aussi bien l’avouer d’entrée de jeu, j’ai grandi en m’abreuvant de la légende de JFK. Rien n’aurait pu déboulonner la statue mémorielle que lui avait érigée mon père. J’ai donc toujours nourri un vif intérêt pour ce président qui repose maintenant au panthéon de l’histoire américaine, à l’ombre des magnolias au cimetière national d’Arlington, en Virginie. Les chemins de traverse de mes années universitaires m’ont toutefois amené à la rencontre de celui qui souhaitait barrer la route du premier catholique à accéder au Bureau Ovale, l’insubmersible Richard Nixon.

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Comment Napoléon est entré dans l’éternité

« En me traitant si mal, les Anglais ont mis la couronne d’épines sur ma tête. Ils ont excité un grand intérêt sur ma personne. » En ce dimanche de la Divine Miséricorde qui clôt l’octave de Pâques, ces paroles de Napoléon – aussi discutables puissent-elles être – résument fort bien le phénomène dont la gestation débute lors de son exil forcé sur l’île de Saint-Hélène dans l’Atlantique Sud, dans la foulée de la seconde abdication de Napoléon – quinze mois après les mornes plaines de Waterloo.

Dans Le dernier Napoléon : 1819-1821 (Passés / Composés), Michel Dancoisne-Martineau nous invite à partager les misères de l’isolement de l’Empereur détrôné pendant ces années fatidiques durant lesquelles cet homme qui n’a pas encore atteint la cinquantaine doit se résigner à être coupé du monde. Sous surveillance continuelle, il vit un emprisonnement relativement confortable, mais ennuyeusement hermétique, sous l’œil envieux d’un Hudson Lowe diablement mesquin, diplômé de l’académie des bassesses.

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Une géopolitique de l’optimisme

« « N’ayez pas peur », disait le pape, saint Jean-Paul II, reprenant les paroles du Christ. Ces paroles prononcées à l’occasion de grands changements nous éclairent. Elles sont d’actualité alors que des bouleversements sont en cours. » Ces mots couchés dans l’épilogue du plus récent livre du général Henri Trinquand résonnent d’une manière particulière, en ce lundi de Pâques où nous pleurons le décès du pape François, survenu plus tôt aujourd’hui. Aussi pertinente soit-elle dans l’actualité, cette citation est toutefois introduite dans le contexte d’une meilleure compréhension des eaux internationales dans lesquelles nous sommes appelés à ramer.

Aussi bien le déclarer d’entrée de jeu, l’auteur du livre D’un monde à l’autre : Comprendre les nouveaux enjeux géopolitiques (Robert Laffont) ne sombre aucunement dans ce pessimisme qui peut facilement mettre le moral en berne. C’est pour le moins rafraîchissant. Et les constats reposent sur une solide expérience de la geste militaire. Membre d’une famille dont plusieurs membres ont porté le fer contre les ennemis de la France sur différents théâtres et à différentes époques, le général Dominique Trinquand est diplômé de Saint-Cyr et a servi sous les drapeaux en tant que tankiste. Il a été servi première ligne de cette discipline qu’il décortique maintenant.

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The Four Musketeers of the SOE

A stone’s throw away from the House of Commons and Westminster Abbey lies the St. Ermin’s Hotel in London. Apart from being one of the best addresses in the City, the iconic establishment hosted Winston Churchill, who liked to sip his favourite Champagne at the Caxton Bar. There was even a secret tunnel linking the hotel lobby to Parliament. During a meeting at St. Emin’s, he asked a group of unconventional people to “Set Europe Ablaze” in founding the Special Operations Executive – the legendary SOE. Any visitor to St. Ermin’s can enjoy the sight of a monastic-sized room where the contribution of its members is soberly showcased.

Thanks to a miniseries like SAS: Rogue Heroes, the inestimable achievements of the men and women who waged unconventional warfare in World War II’s most punishing conditions are vividly brought back to public awareness. Shannon Monaghan’s book A Company of Dangerous Men: The Forgotten British Special Operations Soldiers of World War II (Viking) is another significant and euphemistically pleasant contribution. This enthralling book reminded me of Alexandre Dumas’s The Three Musketeers, the elite corps defending the King of France against domestic and foreign threats.

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Les Tuniques Rouges

« La politique de toutes les puissances est dans leur géographie », affirmait Napoléon. Si elle s’était limitée à son insularité, la Grande-Bretagne ne se serait pas vu offrir la possibilité de trôner sur un Empire au-dessus duquel le soleil ne se couchait jamais.

« La couronne d’Angleterre se lance dans une série de guerres visant avant tout à assurer l’expansion de son influence mondiale, poussant à des expéditions d’ordre stratégique, qui débouchent sur la prise de contrôle de positions clés », écrit Benoît Rondeau dans L’Empire britannique en guerre – 1857-1947 (Perrin). « Pendant tout le règne de Victoria (1837‑1901), il ne s’est pas écoulé une année sans que les forces armées britanniques ne soient impliquées d’une façon ou d’une autre dans des opérations quelque part sur le globe. » Tout au long de la période couverte par l’auteur, Londres est un acteur géopolitique de premier plan. Son Empire lui offre les moyens de le demeurer. Il faut bien en esquisser les contours et défendre ses prérogatives. Et à tout Empire, le glaive est indispensable.

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Dans l’intimité des présidents américains

La présidence des États-Unis se prévaut d’une influence inégalée dans le monde. Pas une journée ne s’écoule sans que les plateformes d’informations ou de médias sociaux n’y fassent référence. Parfois, elle agace en raison de la perception véhiculée à propos de celui qui est appelé à travailler dans le Bureau Ovale. Acteur de série B, Ronald Reagan était vilipendé pour son prétendu déficit d’intellect. Idem pour George W. Bush. Mais jamais elle ne cesse de captiver. Et c’est redevable à la personnalité de ces grandes pointures qui sont parvenues à succéder aux immortels que sont devenus George Washington, Thomas Jefferson ou Abraham Lincoln.

C’est justement avec ce dernier que Thomas Snégaroff débute son fascinant ouvrage Dans l’intimité des présidents américains (Tallandier). En le choisissant pour présider aux destinées de la nation, « les Américains veulent élire un homme qui leur ressemble, et surtout qui met en musique le mythe d’une Amérique des possibles. » Au-delà des prises de position et des événements cruciaux qui jalonnent l’histoire des États-Unis, l’auteur s’emploie à éclairer un aspect fondamental de chacune des personnalités alimentant les portraits esquissés, c’est-à-dire son inimité, parce qu’ « elle donne à voir, derrière les grands discours et les beaux costumes, la vérité d’un homme. »

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Indira Gandhi, la première Dame de fer

Un article publié il y a une décennie environ à propos de la relation entre Margaret Thatcher et Indira Gandhi m’avait marqué, puisque l’un des biographes de l’ancienne première ministre britannique y révélait que madame Gandhi était l’une des seules femmes étant parvenues à impressionner la Dame de fer.

À propos de cette expression célèbre associée à Lady Thatcher, la récente biographie consacrée à l’ancienne cheffe du gouvernement indien par le journaliste François Gautier permet d’apprendre que madame Thatcher ne fut pas le première Dame de fer, mais bien la seconde.

Pour le lecteur occidental, cette découverte est certainement indissociable du fait qu’Indira Gandhi était tout sauf une personnalité exubérante. Le propos de l’auteur est ainsi émaillé de plusieurs dizaines de mentions à la « Dame de fer »… indienne!

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With God on his side

“Patton is a problem child, but he is a great fighting leader in pursuit and exploration”, said General Dwight D. Eisenhower about his unconventional subordinate. That quote is in Alex Kershaw’s last book Patton’s Prayer: A True Story of Courage, Faith, and Victory in World War II (Dutton).

I have been a longtime fan of this author’s books. I have reviewed some here. I initially wanted to publish this review before Christmas in commemoration of the start of the iconic Battle of the Bulge, “the greatest ever fought, in terms of the number of US troops involved, in US military history” and “the deadliest for the US in World War II”. However, events dictated otherwise, and I told myself I had until the end of January, when the battle officially ended, to move forward with my intention.

But then came President Donald Trump’s inauguration earlier this week, and the words pronounced by Cardinal Timothy Dolan, blessing the incoming administration. The Catholic Archbishop of New York mentioned “General George Patton’s instructions to his soldiers as they began the Battle of the Bulge eight decades ago: “Pray! Pray when fighting. Pray alone. Pray with others. Pray by night. Pray by day.””

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Ike, le bien-aimé

La politique américaine est omniprésente. Ses grandes personnalités irriguent l’actualité et influencent le cours de l’histoire. À quelques jours de l’investiture du président Donald Trump pour un second mandat non consécutif, il m’apparaît pertinent de commenter la personnalité de l’un de mes présidents favoris, Dwight D. Eisenhower, à la lumière d’une excellente biographie que lui consacre l’universitaire Hélène Harter.

Dans Eisenhower : Le chef de guerre devenu président, elle retrace le parcours d’un homme qui a su tracer sa voie en misant sur des qualités singulières.

Les commémorations du 80e anniversaire du débarquement en Normandie le 6 juin 2024 ont permis à cette figure de proue des Forces alliées de faire une nouvelle apparition dans l’espace médiatique. À bon droit, puisque la contribution de celui qui « a réussi cinq débarquements » fut essentielle à la planification et au bon déroulement du « Jour J ». Tout au long de sa carrière militaire, ce fils du Kansas aura gravi méthodiquement les échelons. L’historienne spécialiste des États-Unis à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne résume éloquemment son passage au Département de la guerre, entre 1929 et 1935. « Il est compétent et il sait prendre des initiatives. Les entrepreneurs qu’il a rencontrés l’apprécient aussi. Il est diplomate et arrondit les angles quand les militaires ont la réputation d’être portés aux échanges rugueux en cas de désaccord », écrit-elle à propos de cet organisateur hors pair qui aura été aux premières loges du passage des forces américaines d’une 17e place mondiale à celle d’instrument incontournable dans « l’arsenal de la démocratie ». C’est tout Eisenhower qui est résumé dans cet extrait.

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La folie et la surprise : les services secrets dans la Deuxième Guerre mondiale

« À elles seules, les forces spéciales ne peuvent pas gagner les guerres. » Dans son dernier livre – probablement le plus intéressant – Rémi Kauffer évoque cette réalité dont Winston Churchill était pleinement conscient. Mais si elles ne peuvent remporter la mise à elles seules, elles peuvent toutefois causer des dégâts importants et déstabiliser dangereusement l’ennemi.

Avec maestria, ce fin connaisseur du monde du renseignement et des Services action nous offre un époustouflant tour d’horizon de leurs activités à l’échelle planétaire dans 1939-1945. La guerre mondiale des services secrets (Éditions Perrin).

Aux premières heures du conflit, les Britanniques font cavalier seul. Vent debout devant les forces de l’Axe. Militairement, ils ne font pas le poids. Mais le Vieux Lion a un atout majeur dans son jeu. « La folie est une maladie qui présente un avantage à la guerre : celui de réaliser la surprise », affirme-t-il. « Hitler méprisait ceux qui s’opposaient à lui. À l’inverse, Churchill s’est toujours fait un devoir de reconnaître le courage de ses ennemis », écrit Rémi Kauffer. Les actions des Kommandos – ces unités afrikaners de guérilla – affrontés durant la Guerre des Boers et des forces de l’IRA qui s’opposent à la Couronne pendant des décennies ont de quoi inspirer le chef de guerre lorsque vient le temps de mettre le feu à l’Europe.

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