Napoléon, le moine militaire

BaronFainMémoiresNapoléon fascine notamment par son génie militaire et l’empreinte qu’il a laissé dans l’histoire. Mais ce qui m’a toujours fasciné davantage, c’est l’homme et ses ressorts. Qu’est-ce qui le motivait, comment pensait-il et comment travaillait-il? Je piaffais donc d’impatience de plonger dans la récente édition des Mémoires du Baron Fain – qui fut l’un de ses plus proches collaborateurs – et qui viennent d’être éditées par l’historien et Napoléonologue Charles-Éloi Vial.

Dans un échange avec lui, l’auteur me précisait que Fain « fait partie de la « galaxie » napoléonienne, au même titre que Méneval, Duroc, Daru ou encore Bacler d’Albe ou Mounier. Ce sont les personnages qui se sont fait apprécier de l’Empereur pour leur ardeur au travail, leur efficacité et leur discrétion. Et comme Napoléon n’aime pas les nouvelles têtes, il les garde avec lui le plus longtemps possible. »

Outre l’admiration de Fain envers ce patron à qui il reconnaît des qualités de grande générosité, de méticulosité et de vaillance – l’expression « travailleur infatigable » revenant à quelques reprises – j’ai surtout été fasciné par les habitudes de lecture de celui que l’auteur compare à un « moine militaire » (j’adore l’expression), « gouvernant et administrant un empire immense du fond d’un cabinet secret, que cette retraite soit dérobée aux yeux par les lambris d’un palais ou par les rideaux d’une tente. » L’auteur l’évoque clairement et nous fait bien sentir au fil des pages que ce sanctuaire est l’endroit où Napoléon était le plus à l’aise pour travailler. Dans une dynamique régimentée dont les contours sont effectivement comparables à ceux de la vie monastique. Et c’est dans ce contexte qu’il l’a côtoyé.

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Wellington, seul vainqueur de Waterloo?

WaterlooThierryLentzL’été 2014 fut le plus beau de ma vie, en ce qu’il m’a offert le privilège de visiter une multitude de champs de bataille et lieux historiques sur le continent européen. De ceux-ci, Waterloo figurait en tête de liste. Ayant toujours nourri un vif intérêt envers le Duc de Wellington, j’étais fasciné de passer une bonne heure dans ce que fut son quartier général à l’époque (et qui porte maintenant le nom de Musée Wellington).

Ayant habité en Écosse pendant plusieurs mois suite à cette visite, j’avais accès à plusieurs livres publiés à propos de la légendaire bataille sur les mornes plaines – les Britanniques étant friands de commémorer leur contribution à la défaite de l’Aigle. Un bel après-midi d’hiver, alors que je me trouvais dans une librairie d’Édimbourg, mon regard se posa sur un petit livre de l’historien Brendan Simms portant sur la contribution des hommes de la King’s German Legion dans la défense de la ferme de la Haye Sainte – laquelle fut cruciale dans la victoire de Wellington et ses lieutenants.

Je me propose de rédiger quelques lignes bientôt à propos de cet ouvrage, mais je me limiterai ici à mentionner qu’il m’a ouvert les yeux sur le fait que Waterloo n’est pas exclusivement une victoire britannique, et ce, avec tout le respect que je dois à mes ancêtres écossais qui ont pris part à la bataille.

Cet état de fait est également soulevé de manière très éloquente par l’historien Thierry Lentz – qui est également directeur de la Fondation Napoléon – dans son excellent livre sur la bataille de Waterloo.

Après son retour aux Tuileries le 20 mars 1815, l’ancien Empereur déchu veut, selon les propos de l’auteur « convaincre l’Europe qu’il était décidé à vivre en paix avec elle, dans les frontières négociées en 1814 et sans velléité de reconquête d’aucune sorte. » Les participants du Congrès de Vienne refusent et « […] Napoléon devait en effet, une fois de plus, jouer son trône sur un coup de dés. »

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Napoléon et La Marseillaise

LaMarseillaise
Source: https://www.defense.gouv.fr/terre/actu-terre/archives/la-marseillaise-et-la-fete-nationale

En ce 199e anniversaire de la disparition de Napoléon du monde terrestre, il est approprié de publier un billet au sujet de l’Empereur aujourd’hui.

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Thierry Lentz (source: Fondation Napoléon)

Je suis abonné à la Lettre hebdomadaire de la Fondation Napoléon, dont la lecture me procure toujours énormément de plaisir. Depuis aussi loin que je me souvienne, j’aime l’hymne national français, La Marseillaise. Ses accents militaristes rejoignent toujours mes dispositions favorables envers la Res Militaris. Vendredi dernier, le directeur de la Fondation et éminent historien Thierry Lentz y publiait un excellent article portant justement sur les origines de l’hymne composé par Rouget de l’Isle, lesquelles m’étaient jusqu’alors inconnues. Je sais, c’est scandaleux.

Thierry Lentz publiera un Dictionnaire historique sur Napoléon en septembre prochain chez Perrin.

L’auteur, dont j’ai recensé le livre Le diable sur la montagne : Hitler au Berghof 1922-1944 il y a deux ans, me confiait d’ailleurs que son prochain livre : Napoléon. Dictionnaire historique sera publié le 3 septembre chez Perrin.

Inutile de vous confier que suis déjà impatient de mettre la main sur un exemplaire.

D’ici là et parce que Bonaparte, en son temps, a, lui aussi passé un printemps difficile, je crois que je vais relire Les vingt jours de Fontainebleau : La première abdication de Napoléon 31 mars – 20 avril 1814. Un autre excellent livre sous la plume de cet auteur fort sympathique.

D’ici là, bonne lecture!

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L’hiver de Napoléon

Hiver1814

« Son corps alourdi n’était qu’apparence. Il sentait ses 20 ans couler dans ses veines. »

Quelques mois après la campagne de Russie (1812) et la funeste bataille de Leipzig (1813), Napoléon est pourchassé par ses ennemis et engagé dans une lutte pour sa survie. Pour la première fois depuis ses débuts, le virtuose de la bataille voit l’adversaire envahir son pays. Même si « l’empereur français n’avait pas beaucoup d’hommes, encore moins de chevaux, et pas assez de canons, le nom de Grande Armée semblait renaître dans l’hiver champenois avec le renom de son chef. »

Sous une plume alerte, Michel Bernard invite la lectrice ou le lecteur à suivre celui qui « […] s’était taillé son uniforme de général à coups de sabre » sur les sentiers de l’Hiver 1814, dans sa voiture « à la lumière d’une lanterne », bivouaquant dans les presbytères ou remettant une importante somme d’argent à des religieuses dévouées afin qu’elles puissent poursuivre leur mission salvatrice auprès des victimes des hostilités.

Cette véritable épopée se voulait non seulement une tentative désespérée pour remporter sur le terrain les gains nécessaires à la survie du régime dans les négociations face aux Alliés russes, prussiens et autrichiens, mais c’est aussi un véritable retour dans le temps pour celui qui avait passé une partie de sa jeunesse à l’École militaire de Brienne, sur cette terre enneigée et empreinte de nostalgie où se déroulaient maintenant les combats.

La « légende en redingote grise » (le propos de Michel Bernard est fréquemment émaillée de ces formules délicieuses qui rendent l’histoire captivante) aura beau avoir conquis une partie de l’Europe et inévitablement causé beaucoup d’insomnie aux têtes couronnées déstabilisées par sa présence, il n’en demeure pas moins que c’est un ancien maître d’étude à Brienne, le père Henriot, un curé de paroisse, qui lui servit de guide à un certain moment. Comme pour donner raison à François Mitterrand qui affirmait que nous n’avons jamais que le pays de notre enfance.

La lecture de l’histoire-bataille peut souvent s’avérer fastidieuse (j’ai laissé en plan plusieurs de ces récits), puisqu’il s’agit principalement de mouvements, d’unités et d’une trajectoire qui peut s’avérer hermétique. Et la plume trop mécanique de certains auteurs permet difficilement de s’y plonger facilement. Il n’en est rien ici, puisque l’auteur nous invite à observer la psychologie d’un chef de guerre luttant d’abord contre une « défaite inéluctable », avant de jeter la serviette à Fontainebleau lorsque tous les espoirs se sont évanouis. Entre les couvertures, on ressent le froid, la fatigue et le stress accablant celui à qui la fortune avait cessé de sourire. On peut également mesurer l’ampleur de sa détermination, on pourrait même dire son acharnement, devant le sort des armes qui lui était nettement défavorable sur papier. Parce que la guerre, Napoléon le savait mieux que quiconque, se gagne sur le terrain.

Sur une note personnelle, j’avoue ne jamais avoir été un grand admirateur de Napoléon dans le passé – bien au contraire. Cette disposition a évolué au fil du temps, notamment grâce à l’historien britannique Andrew Roberts, avec pour résultat que je suis maintenant toujours impatient de mettre la main sur les bonnes feuilles qui sont écrites et publiées à son sujet. Et la capacité narrative exceptionnelle de Michel Bernard a fait en sorte que je me suis surpris à souhaiter, tout plongé que j’étais dans ces mois fatidiques du début de l’année 1814, à pratiquement souhaiter une victoire de l’Empereur des Français.

Dans les faits, est-ce que cela aurait été possible? La question me taraude…

Pour l’heure, je conclurai en disant que ce fut un moment de lecture tout à fait exceptionnel, bien que trop bref à mon goût. Je recommande chaudement cette incursion dans la geste napoléonienne à tous les férus d’histoire souhaitant apprécier les rebondissements d’une campagne militaire annonciatrice de l’exil et du retour qui se soldera par la défaite ultime de Waterloo.

Ça y est, on peut dire que je suis maintenant envoûté par Napoléon. J’aimerais bien que Michel Bernard reprenne la plume à son sujet.

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Michel Bernard, Hiver 1814: Campagne de France, Paris, Perrin, 2019, 240 pages.

Je tiens à exprimer ma profonde reconnaissance envers Interforum Canada de m’avoir gracieusement offert un exemplaire du livre et aux gens des éditions Perrin à Paris pour leur précieuse et généreuse collaboration.

Riding with Napoleon

AndrewRobertsLeadership

In April 2013, I made a point to be in London for Lady Thatcher’s funeral, on my way back to Canada from Rome. Throughout my youth, the former Prime Minister of Great Britain had always been one of my favorite leaders. It was therefore an honor to stand on the street and see her casket pass in front of me on a morning of reverence.

Just a few days ago, I finished reading Andrew Robert’s last book, Leadership in War: Essential Lessons from those who made history and, to my great delight, the 9th leader about whom he writes is Margaret Thatcher (the preceding 8 are Napoleon Bonaparte, Horatio Nelson, Winston Churchill, Adolf Hitler, Joseph Stalin, George C. Marshall, Charles de Gaulle and Dwight D. Eisenhower). I was pleasantly surprised. After all, if the Iron Lady doesn’t deserve a place in such a book, who does?

Thinking about leaders who left an indelible mark in military leadership makes one wonder how did they get there in history? Andrew Robert answers this question when he writes that: “Except through heredity, one does not become a war leader in the first place unless one has a strong personality.”

While it is easy to think and write about the qualities and strengths of great figures of history, it is no less important and vital to understand that, like us, they are humans. The first challenge they must meet is failure. For the road to success if filled with obstacles, but, as Winston Churchill would say, “sometimes, when she scowls most spitefully, [goddess Fortune] is preparing her most dazzling gifts.” Furthermore, you can’t please everyone. I found it almost unbelievable to read that “Although eight admirals, all of them in tears, carried his [Admiral Nelson’s] coffin, such was his controversial status in the Admiralty because of his ceaseless self-promotion and occasional refusal to obey orders that eighteen other admirals refused to attend.” How can anyone dare refuse attending the victor of Trafalgar’s funeral? Statesmen also need to cope with ungratefulness – like those dealing with Stalin and Charles de Gaulle learnt. Finally, you can’t afford modesty. After all, most of these leaders understood “[…] that if their reputations could help conquer, and thus save the lives of their men, who were they to be modest?” Hence, the myth created by de Gaulle to safeguard France’s self-respect during World War II.

But, more than anything, the leaders perform better when they’re profoundly humane. Those who know me are aware of my deep admiration for Churchill, but my favorite chapter is the one Andrew Roberts wrote about Napoleon. I loved to read about the Emperor’s obsession with his men’s boots (after all, his army covered lots of territory by foot), the fact that “he always made sure that wine from his own table was given to the sentries outside his door”, the fact that Napoleon didn’t hesitate to take his own medal of the Légion d’honneur to present it to a deserving soldier or having the feeling that you are observing the Emperor’s “superb filing system” while riding in his busy carriage moving across Europe on bumpy roads. I never was a big fan of the man derisively called the “God of War” by Clausewitz, but Andrew Roberts deserves the credit for turning the ship of my fascination in his direction.

Tomorrow, January 27th, will mark the 75th anniversary of the liberation of Auschwitz, let me say a few words about Margaret Thatcher again. Before picking up Leadership in War, I was totally unaware of her profound philo-Semitism – a disposition I share with her. It was also fascinating to read that “Churchill […] was theologically a lot closer to Judaism than to the Anglican Church into which he was born.” But I digress. Thatcher learnt from her father “[…] the superiority of decisive practical action over mere hand-wringing and vapid moralizing, of the kind that all too many appeasers – in the 1930s and since – have been guilty.” As the metastases of the antisemitic cancer are spreading throughout the world, men and women of goodwill who seek to fight this disease will have to take inspiration from Margaret Thatcher to wage this vital battle. But that’s another story for another post.

I’m writing it for the first time on this blog, but I have been saying it for years. Few authors compare to Andrew Roberts. He dips his pen in the most eloquent ink to bring to life figures who have heaps of lessons to teach us (sometimes about values not to espouse like in the case of Hitler or Stalin).

If there was one leader about whom I would love to know what Andrew Roberts has to say, it would be Moshe Dayan. He mentions him on a few occasions in the book. Just enough to tease, but who knows? We might see something published about the famous Israeli warlord by the author in the future.

Leadership in War is an essential addition on the bookshelves of any leadership enthusiast, whether in the business world, in politics or in the ranks of the military.

239 pages of exquisite intellectual pleasure.

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Andrew Roberts, Leadership in War: Essential Lessons from those who made history, New York, Viking, 2019, 256 pages.

I would like to express my heartfelt gratitude to the fantastic Sharon Gill at Penguin Random House Canada for helping me with a review copy of this excellent book.

L’art militaire de Napoléon

ArtMilitaireNapoleonEn faisant du ménage dans mes boîtes la fin de semaine dernière, je suis tombé sur un livre – L’art militaire de Napoléon – que je m’étais procuré il y a quelques mois, mais qui était disparu depuis de mon écran radar.

Ayant marché sur les champs de bataille de Austerlitz et Waterloo, admiré le berceau du roi de Rome dans un château de Vienne et parcouru l’exceptionnel musée consacré à la guerre de 1812 à quelques pas de la Place rouge à Moscou – sans parler de deux passages au tombeau de Napoléon aux Invalides à Paris – je me suis dit qu’il était bien temps que je découvre les facettes du génie militaire du personnage sans qui ces visites auraient été impossibles.

Je prévois donc de plonger dans les pages rédigées par Jacques Garnier, probablement après les occupations de la journée. Je partagerai ultérieurement mes impressions avec vous au sujet de cette lecture qui promet d’être fort agréable. Je peux d’ores et déjà relever que l’un des aspects qui m’intéresse particulièrement dans cet ouvrage est le fait que son auteur ne provient pas de la sphère académique, ce qui témoigne bien du vif intérêt que représente le sujet auprès d’un public élargi.