Les mousquetaires d’Emmanuel Macron

Emmanuel Macron aime les espions. Beaucoup, même. Voilà la principale conclusion que l’on peut tirer du livre d’Antoine Izambard et de Pierre Gastineau, Les Espions du président (Albin Michel). Pour tout dire, le locataire actuel de l’Élysée « est probablement le président de la Ve République qui aura montré le plus d’appétence pour la matière [le travail des sentinelles invisibles] ».

Constatons-le d’emblée. La grande histoire lui a offert un terrain d’action à la hauteur de ses ambitions. La brutalité du monde est venue frapper aux portes du Château. De l’Ukraine à l’Iran, en passant par l’attaque barbare du 7 octobre 2023 en Israël et l’affirmation croissante d’une Chine portée par ses ambitions, le président et ses mousquetaires ont été appelés à œuvrer dans l’ombre, au cœur des jeux de puissance.

Emmanuel Macron y était préparé, lui qui manifeste depuis longtemps un vif intérêt pour les affaires clandestines. Contrairement à plusieurs de ses prédécesseurs, dont la conviction quant à l’utilité du renseignement institutionnalisé demeurait déficiente ou, au mieux, tiède. Après l’arrivée d’Emmanuel Macron rue du Faubourg-Saint-Honoré, les agents de la Coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le terrorisme (CNRLT) voient donc, avec étonnement, « leur revenir chaque semaine des dizaines de notes griffonnées du feutre bleu présidentiel ». Ils ont toute l’attention du patron.

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« Être inerte, c’est être battu » — Charles de Gaulle

Dans son dernier livre, le toujours très éloquent Dominique de Villepin constate que « nous sommes entrés dans un nouvel âge de fer ». Sous nos yeux se dessine une géographie inédite de la puissance, tracée à l’encre des « forces brutes » qui ont si souvent rythmé l’histoire d’une grammaire belligène. L’ancien Premier ministre français se réclame volontiers du gaullisme, mouvance plurielle riche d’enseignements.

En 1934, celui qui n’était alors que lieutenant-colonel publiait Vers l’armée de métier, ouvrage dans lequel il appelait à la création d’une force professionnelle afin de répondre aux menaces que laissait planer le régime d’acier de Berlin sur l’Europe et sur la France. Les Éditions Perrin en proposent aujourd’hui une réédition, « vraie œuvre littéraire » pour reprendre les mots d’Hervé Gaymard, ancien ministre et éminent connaisseur de l’Homme du 18 Juin, qui a accepté de la présenter et de l’annoter.

« La démarche de Charles de Gaulle est déductive et réaliste, dépourvue d’idéologie, nourrie d’Histoire, pétrie de bon sens […] » écrit-il. Elle se veut également un antidote au fait que « la guerre a disparu de l’horizon mental des Français. » Nous pourrions facilement ajouter « et des Occidentaux ». Le tocsin russe qui retentit dans l’aube ukrainienne du 24 février 2022 n’était pas une anomalie, mais un retour à une normale. De Gaulle n’écrivait-il pas que « la guerre constitue, peut-être, dans l’activité générale, un inéluctable élément, comme la naissance et comme la mort […] ». La connaître ne signifie pas l’aimer, mais être en mesure de l’intégrer au logiciel des affaires humaines. L’auteur la maîtrisait, autant sur le plan intellectuel que dans le « brouillard clausewitzien de la guerre » — ce qui est en fait un caractère aussi trempé que rarissime. L’histoire est une arme essentielle sur le champ de bataille, parce que « c’est par l’histoire de ses légions qu’on peut le mieux comprendre Rome. ».

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La force des volontés : de Gaulle, Lecornu et l’esprit de défense

Depuis la fin de la Guerre froide, le monde occidental a délaissé le caractère belligène de l’histoire humaine. L’aube ukrainienne du 24 février 2022 – lors duquel l’Europe se réveilla au son des bottes et des véhicules chenillés – sonna un dur réveil pour les opinions et décideurs qui voulaient croire que la guerre était devenue dépassée dans la grammaire des relations internationales. Le monde vit au rythme des menaces qui planent, des réalignements qui se dessinent et des stratégies qui doivent être déployées.

Exception faite des États-Unis qui trônent en tant que superpuissance militaire – une posture adoubée par un éthos militaire trempé au feu d’une histoire dont plusieurs parmi les pages les plus inspirantes ont été écrites à l’encre de la bravoure des combattants, la France est l’un des pays occidentaux les mieux outillés pour affronter le contexte actuel.

Et cela n’a rien d’un hasard. Un homme, en particulier, y a contribué de manière incontestable : Charles de Gaulle. Refusant la débâcle, il fut contraint de quitter la France le 17 juin 1940 à bord d’un avion de la Royal Air Force avec deux valises pour seuls bagages – selon Denis Tillinac. Forgé au feu des épreuves qui ont émaillé les péripéties de la France Libre, de Gaulle sut incarner le fait que « la guerre [est] avant tout un affrontement des volontés », pour emprunter les mots de Sébastien Lecornu dans son éclairant livre Vers la guerre? La France face au réarmement du monde (Plon).

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