Napoléon, le plus célèbre confiné de l’histoire – Entrevue exclusive avec David Chanteranne

David Chanteranne (source: Monarchie Britannique).

Dans la foulée de la lecture et de ma recension de son excellent livre Les douze morts de Napoléon, j’ai demandé à M. David Chanteranne s’il accepterait de répondre à quelques questions pour ce blogue et il a généreusement accepté. Sans plus attendre, voici donc mon échange avec cet auteur tout aussi généreux que talentueux, à propos d’un personnage légendaire d’exception qui a encore beaucoup à nous apprendre.

Être séparé des siens fut probablement l’élément le plus cruel dans l’exil forcé de Napoléon à Sainte-Hélène selon moi. S’il avait pu revoir une seule personne de son entourage, qui aurait-il choisi?

Sans aucun doute, sa sœur Pauline. Elle l’avait déjà suivi lors de son premier exil, à l’île d’Elbe, et Napoléon s’entendait parfaitement avec elle. Sa présence à Sainte-Hélène eût été un bonheur pour lui. Elle lui aurait apporté la spontanéité et la douceur qui manquaient sur place.

Vous connaissez sans conteste très bien la vie de Napoléon à Sainte-Hélène. Pourriez-vous nous dresser le portrait de l’une de ses journées typiques en captivité?

Les journées à Sainte-Hélène, le plus souvent, se ressemblent. Tout débute vers 7 h. Après le lever, Napoléon s’habille (tenue légère, robe de chambre et madras sur la tête), se rase, fait sa toilette et prend une tasse de café. Il lit journaux ou livres, parfois se promène, et revient vers 10 h pour une collation. Puis débutent les dictées à ses compagnons d’exil ou les réponses au courrier. Après son bain vers 14 h, il reçoit dans l’après-midi, continue ses lectures, parfois se promène de nouveau, avant de participer à des jeux de salon et de prendre son dîner, selon l’étiquette. Le soir, discussions et agréments musicaux achèvent sa journée.

De par le titre de mon blogue, vous devinez ma passion pour les livres. Napoléon lisait-il encore beaucoup à Sainte-Hélène? Quelles furent ses lectures favorites?

Oui, il lisait énormément. Il a toujours été un lecteur passionné. Ses préférences vont aux classiques – romans, poésies, pièces de théâtre –, notamment Molière, Corneille, Racine mais aussi les auteurs de l’Antiquité et quelques philosophes des Lumières.

Napoléon bénéficiait de nombreux soutiens dans la société britannique.

Dans votre livre, vous évoquez le soutien accordé à Napoléon par la princesse Charlotte en Grande-Bretagne. À l’exception de cette figure princière, quels étaient les réseaux qui soutenaient l’empereur dans la société britannique?

Ses soutiens, même minoritaires, étaient finalement assez nombreux chez les Britanniques. Surtout à la fin de son séjour hélénien. La princesse Charlotte n’était pas la seule. Il peut notamment compter sur Lady Holland, qui lui envoie de nombreux livres, des journaux et défend sa cause dans l’opinion publique. D’ailleurs, pour la remercier, Napoléon la fait figurer dans son testament. C’est la seule femme (en dehors de Marie-Louise, des épouses de son entourage ou des femmes de sa famille) qui ait eu droit à cet honneur.

Il considérait davantage Blücher comme le véritable vainqueur de Waterloo.

Je crois deviner que Napoléon nourrissait une certaine admiration envers l’univers britannique. Avait-il de l’admiration pour certains personnages, hommes d’État ou militaires de cette nation? Dans l’affirmative, qui étaient-ils?

Même s’il en veut aux Anglais de l’avoir envoyé à Sainte-Hélène, il conserve l’espoir d’être libéré. Le couple Holland et la princesse Charlotte ne sont donc pas les seuls qu’il apprécie chez les Britanniques. Il a aussi du respect – militairement du moins – pour de nombreux officiers. En revanche, il n’estime pas Wellington, considérant davantage Blücher comme le véritable vainqueur de Waterloo.

Les États-Unis l’ont fasciné tout au long de sa vie.

En ce jour d’inauguration du nouveau Président des États-Unis (20 janvier) et puisque vous évoquez à quelques endroits dans votre livre le scénario d’une fuite en Amérique organisée par des réseaux d’appuis envers Napoléon, quelles étaient les opinions de l’empereur à propos du pays de George Washington?

Les États-Unis l’ont fasciné tout au long de sa vie. Non seulement avoir un adversaire commun les a rapprochés, mais Napoléon a très tôt eu conscience que leur puissance allait devenir celle que nous connaissons aujourd’hui. Dès 1800, il rend un hommage à Washington aux Invalides et signe une convention avec les plénipotentiaires américains à Mortefontaine. Il leur vend aussi la Louisiane en 1803. Ensuite, après Waterloo, en 1815, il pense s’y installer pour y vivre avec son frère Joseph. Mais pour cela, il faut passer l’escadre anglaise au large de l’île d’Aix. On connaît la suite…

Comme beaucoup de monde en ce moment en raison de la Covid-19, Napoléon a compris que l’esprit doit toujours pouvoir s’échapper et qu’il lui fallait revenir à l’essentiel.

En cette période où plusieurs d’entre nous doivent composer avec les restrictions et les changements à notre mode de vie engendrés par la Covid-19, qu’est-ce que le confinement de Napoléon à Sainte-Hélène peut nous enseigner? Comment peut-il nous aider à passer au travers de cette période difficile?

Cette vie de restriction doit nous faire comprendre qu’en dépit des difficultés, l’esprit doit toujours pouvoir s’échapper. Napoléon est, en cela, un exemple : n’a-t-il pas dicté à Gourgaud, Montholon, Bertrand et Las Cases des textes parmi lesquels le Mémorial de Sainte-Hélène qui ont eu une forte influence sur les consciences de ses contemporains? Comme beaucoup de monde en ce moment, il a compris aussi qu’il lui fallait revenir à l’essentiel. Il a donc créé un jardin, s’est occupé lui-même de planter des arbres et a cultivé un potager. Seule la maladie, dont il souffrait depuis plusieurs années, l’a emporté.

L’empereur était un éternel optimiste.

Exception faite de sa résilience, y a-t-il une autre qualité de Napoléon à Sainte-Hélène qui mériterait notre attention selon vous?

S’il ne fallait retenir qu’une seule qualité, ce serait sa pugnacité. C’est un éternel optimiste. Ou, du moins, il croit qu’il peut encore s’en sortir, en dehors des circonstances. Il espère que le congrès d’Aix-la-Chapelle pourra améliorer son sort, à défaut de l’autoriser à rentrer en Europe. Jusqu’au bout, il agit comme un « joueur de poker » : il est prêt à tout miser pour gagner la dernière bataille. Et c’est ce qu’il parvient à faire : sa légende lui a survécu.

Travaillez-vous sur un autre livre présentement ? Si oui, accepteriez-vous d’en partager le sujet avec nous?

Pendant cette année 2021, je vais publier deux anthologies (témoignages de Sainte-Hélène et correspondance avec Joséphine) ainsi qu’un ouvrage sur l’île d’Aix. Mais j’ai aussi un autre projet concernant la légende elle-même…

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