L’Iran, pivot entre les puissances

« L’entité iranienne est un rouage essentiel entre les grandes plaques tectoniques du système international ». Cette observation pourrait aisément s’appliquer à l’opération Epic Fury lancée le 28 février dernier par les États-Unis en collaboration avec Israël, mais elle émane du propos du livre de Christian et Pierre Pahlavi, Le Pont de la victoire : L’Iran dans la Seconde Guerre mondiale (Éditions Perrin). Paru en 2023, mais toujours d’une brûlante actualité, ce livre permet de constater que l’Iran n’en est pas à son premier épisode en tant que « pion stratégique » entre les puissances.

À la veille du conflit qui embrasera la planète au crépuscule des années 1930, les auteurs – de fins connaisseurs de l’histoire politique du pays – relatent que le souverain iranien Reza Chah souhaite « s’affranchir de l’emprise britannique ». Cet état d’esprit se manifeste notamment « en juin 1940, alors que se profile la défaite de la France, [et que] Téhéran durcit sa politique envers Londres en lui réclamant le remboursement d’une dette de 4 millions de livres sterling. » Agenouillée dans l’un des pires moments de son histoire, Albion n’oubliera pas cet affront, qui se paiera comptant.

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Yitzhak Rabin, un destin israélien

Les destins tragiques laissent une marque indélébile dans l’histoire, mais aussi dans le cœur de ceux qui en ont été témoins. Je me souviens avec précision de l’endroit où je me trouvais et de ce que je faisais en cette sombre soirée du 4 novembre 1995, lorsque j’ai appris, consterné, que le premier ministre israélien Yitzhak Rabin avait été fauché par les balles d’un extrémiste juif. La publication d’un livre consacré à cet événement fatidique et à son principal protagoniste, sous la plume très bien informée du vétéran journaliste Michaël Darmon, s’est retrouvée sur-le-champ sur ma liste de lecture.

Personnage au sourire rare, timide et accordant sa confiance au compte-gouttes, le premier chef du gouvernement né sur la terre du miel et du lait n’avait rien des figures charismatiques qui attirent les projecteurs. C’est pourtant son caractère bien trempé qui l’aura porté aux plus hautes fonctions et à son destin.

Au fil de onze chapitres très bien ficelés, Michaël Darmon décrit l’ascension d’un homme et celle d’un sionisme messianique avec lequel la collision était inévitable et funeste. On y découvre — ou redécouvre — un militaire tenant tête au premier ministre Ben Gourion, s’attirant au passage l’inimitié des cadors du mouvement travailliste, peu enclins à laisser ce centurion, dont la personnalité se révélait aussi impénétrable que le désert du Néguev, poursuivre son ascension. Parmi eux figure son rival historique, Shimon Peres.

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