Dans l’intimité des présidents américains

La présidence des États-Unis se prévaut d’une influence inégalée dans le monde. Pas une journée ne s’écoule sans que les plateformes d’informations ou de médias sociaux n’y fassent référence. Parfois, elle agace en raison de la perception véhiculée à propos de celui qui est appelé à travailler dans le Bureau Ovale. Acteur de série B, Ronald Reagan était vilipendé pour son prétendu déficit d’intellect. Idem pour George W. Bush. Mais jamais elle ne cesse de captiver. Et c’est redevable à la personnalité de ces grandes pointures qui sont parvenues à succéder aux immortels que sont devenus George Washington, Thomas Jefferson ou Abraham Lincoln.

C’est justement avec ce dernier que Thomas Snégaroff débute son fascinant ouvrage Dans l’intimité des présidents américains (Tallandier). En le choisissant pour présider aux destinées de la nation, « les Américains veulent élire un homme qui leur ressemble, et surtout qui met en musique le mythe d’une Amérique des possibles. » Au-delà des prises de position et des événements cruciaux qui jalonnent l’histoire des États-Unis, l’auteur s’emploie à éclairer un aspect fondamental de chacune des personnalités alimentant les portraits esquissés, c’est-à-dire son inimité, parce qu’ « elle donne à voir, derrière les grands discours et les beaux costumes, la vérité d’un homme. »

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Indira Gandhi, la première Dame de fer

Un article publié il y a une décennie environ à propos de la relation entre Margaret Thatcher et Indira Gandhi m’avait marqué, puisque l’un des biographes de l’ancienne première ministre britannique y révélait que madame Gandhi était l’une des seules femmes étant parvenues à impressionner la Dame de fer.

À propos de cette expression célèbre associée à Lady Thatcher, la récente biographie consacrée à l’ancienne cheffe du gouvernement indien par le journaliste François Gautier permet d’apprendre que madame Thatcher ne fut pas le première Dame de fer, mais bien la seconde.

Pour le lecteur occidental, cette découverte est certainement indissociable du fait qu’Indira Gandhi était tout sauf une personnalité exubérante. Le propos de l’auteur est ainsi émaillé de plusieurs dizaines de mentions à la « Dame de fer »… indienne!

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With God on his side

“Patton is a problem child, but he is a great fighting leader in pursuit and exploration”, said General Dwight D. Eisenhower about his unconventional subordinate. That quote is in Alex Kershaw’s last book Patton’s Prayer: A True Story of Courage, Faith, and Victory in World War II (Dutton).

I have been a longtime fan of this author’s books. I have reviewed some here. I initially wanted to publish this review before Christmas in commemoration of the start of the iconic Battle of the Bulge, “the greatest ever fought, in terms of the number of US troops involved, in US military history” and “the deadliest for the US in World War II”. However, events dictated otherwise, and I told myself I had until the end of January, when the battle officially ended, to move forward with my intention.

But then came President Donald Trump’s inauguration earlier this week, and the words pronounced by Cardinal Timothy Dolan, blessing the incoming administration. The Catholic Archbishop of New York mentioned “General George Patton’s instructions to his soldiers as they began the Battle of the Bulge eight decades ago: “Pray! Pray when fighting. Pray alone. Pray with others. Pray by night. Pray by day.””

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Ike, le bien-aimé

La politique américaine est omniprésente. Ses grandes personnalités irriguent l’actualité et influencent le cours de l’histoire. À quelques jours de l’investiture du président Donald Trump pour un second mandat non consécutif, il m’apparaît pertinent de commenter la personnalité de l’un de mes présidents favoris, Dwight D. Eisenhower, à la lumière d’une excellente biographie que lui consacre l’universitaire Hélène Harter.

Dans Eisenhower : Le chef de guerre devenu président, elle retrace le parcours d’un homme qui a su tracer sa voie en misant sur des qualités singulières.

Les commémorations du 80e anniversaire du débarquement en Normandie le 6 juin 2024 ont permis à cette figure de proue des Forces alliées de faire une nouvelle apparition dans l’espace médiatique. À bon droit, puisque la contribution de celui qui « a réussi cinq débarquements » fut essentielle à la planification et au bon déroulement du « Jour J ». Tout au long de sa carrière militaire, ce fils du Kansas aura gravi méthodiquement les échelons. L’historienne spécialiste des États-Unis à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne résume éloquemment son passage au Département de la guerre, entre 1929 et 1935. « Il est compétent et il sait prendre des initiatives. Les entrepreneurs qu’il a rencontrés l’apprécient aussi. Il est diplomate et arrondit les angles quand les militaires ont la réputation d’être portés aux échanges rugueux en cas de désaccord », écrit-elle à propos de cet organisateur hors pair qui aura été aux premières loges du passage des forces américaines d’une 17e place mondiale à celle d’instrument incontournable dans « l’arsenal de la démocratie ». C’est tout Eisenhower qui est résumé dans cet extrait.

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La folie et la surprise : les services secrets dans la Deuxième Guerre mondiale

« À elles seules, les forces spéciales ne peuvent pas gagner les guerres. » Dans son dernier livre – probablement le plus intéressant – Rémi Kauffer évoque cette réalité dont Winston Churchill était pleinement conscient. Mais si elles ne peuvent remporter la mise à elles seules, elles peuvent toutefois causer des dégâts importants et déstabiliser dangereusement l’ennemi.

Avec maestria, ce fin connaisseur du monde du renseignement et des Services action nous offre un époustouflant tour d’horizon de leurs activités à l’échelle planétaire dans 1939-1945. La guerre mondiale des services secrets (Éditions Perrin).

Aux premières heures du conflit, les Britanniques font cavalier seul. Vent debout devant les forces de l’Axe. Militairement, ils ne font pas le poids. Mais le Vieux Lion a un atout majeur dans son jeu. « La folie est une maladie qui présente un avantage à la guerre : celui de réaliser la surprise », affirme-t-il. « Hitler méprisait ceux qui s’opposaient à lui. À l’inverse, Churchill s’est toujours fait un devoir de reconnaître le courage de ses ennemis », écrit Rémi Kauffer. Les actions des Kommandos – ces unités afrikaners de guérilla – affrontés durant la Guerre des Boers et des forces de l’IRA qui s’opposent à la Couronne pendant des décennies ont de quoi inspirer le chef de guerre lorsque vient le temps de mettre le feu à l’Europe.

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Dans les pas d’Ibn Saud

Peu d’hommes ou de femmes d’État sont passés à l’histoire comme ayant fondé un pays. Ibn Saud (Abdelaziz ben Abderrahmane Al Saoud) fait partie de ce club sélect. La magistrale biographie que lui consacre Christian Destremau aux Éditions Perrin nous invite à découvrir un parcours singulièrement passionnant qui permet de comprendre pourquoi et comment le fondateur de l’Arabie saoudite – entité étatique qui a fait son entrée dans la familles des nations en 1932 – un « homme quasiment illettré »est parvenu à laisser une empreinte déterminante et durable dans l’histoire contemporaine.

D’entrée de jeu, cette biographie nous amène à la rencontre d’un virtuose de l’équilibrisme. Ayant échappé aux griffes des ennemis de sa famille à l’âge de 10 ans avec sa sœur en se cachant « dans une grande sacoche attachée par des lanières en cuir sur le flanc d’un dromadaire », Ibn Saud a tôt fait d’apprendre une vérité impitoyable. « L’adversaire le plus dangereux, celui qu’il faut avoir toujours à l’oeil, est tout proche, il partage les repas et le café avec vous, fait mine de vous écouter attentivement lors des assemblées, prend place à vos côtés lors de la prière. Un jour ou l’autre, il sortira lui-même son sabre ou ordonnera à l’un de ses gardes prétoriens de vous abattre. »

Usant donc de prudence, d’intelligence, d’astuce, de dissimulation, de générosité – malgré une situation financière souvent sérieusement précaire – et d’une rare capacité à être réputé comme étant l’homme le mieux informé, il posera les jalons de son œuvre en faisant « de la politique comme un leader européen ». Tout au long de sa vie, il saura ménager les différentes clientèles à l’intérieur du royaume – entre les clans, auprès des religieux et parmi les membres de sa propre famille – et à l’échelle internationale, sachant tirer son épingle du jeu dans la rivalité géopolitique entre la Sublime Porte de Constantinople et Londres, dans un premier temps, et ensuite les divergences américano-britanniques au sortir de la Seconde Guerre mondiale.

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The kitchens of the Tsar

On June 24, 2023, Yevgeny Prigozhin – the former convict-turned-entrepreneur-turned-warlord, shook the pillars of the Kremlin. The eyes of the world were riveted on the screens while Wagner mercenaries drove to Moscow. The leader had had enough of Russia’s military leadership that was, in his opinion, responsible for the state of things in Ukraine. Could it be the end of the régime? Few could predict what would happen. At the end of the day, Vladimir Putin prevailed, but the mutiny revealed the character of a man who thought bigger of himself than he could deliver.

In the recent book Downfall: Prigozhin, Putin and the new fight for the future of Russia (Ebury Press) they co-wrote, journalist Anna Arutunyan and renowned Russia observer Mark Galeotti explain why and how Prigozhin – the servant who forgot his place – embarked on his death knell on what could be described as his highway to hell.

Since Prigozhin intertwined his destiny with Vladimir Putin’s reign, his biography can’t be dissociated from the nature and the functioning of the régime he eagerly served for his good fortune. Comparing the Kremlin to a medieval court where adhocracy prevails, the authors explain that one’s influence and fate are related to its importance to the Tsar.

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Waking up the American giant

Yesterday, December 7th, marked the infamous 83rd anniversary of the Japanese air raid against Pearl Harbor. This reckless decision would provoke the evaporation of the last isolationist emanations in American public life and pave the way to the Allied victory four years later. But before we got there, a war would need to be fought and waged against a determined and “extremely inflexible” enemy – to use the words of renowned historian James Holland – a favourite of this blog, in case you haven’t noticed.

A few years ago, he wrote a very insightful book in the Ladybird Expert Series about The Pacific War 1941-1943 (Penguin Random House), and I told myself this weekend would be the ideal time to write a few lines about it.

The morning of December 7 was a shocking experience resulting from their underestimation of a lethal nemesis. The Americans took the hit and bounced back. Ultimately, their victory was the result of three crucial ingredients. First, men and resources, which they had in abundance. Second, they had a second-to-none capacity in terms of intelligence, which notably thwarted Admiral Yamamoto’s plan and would ultimately cost him his life. Third, the incomparable leadership of military figures like Admirals Chester Nimitz and William “Bull” Halsey Jr. About the latter, the author evokes that he “gelled immediately” with General Douglas MacArthur – the latter being traditionally a hard-to-get-along figure. Together, “they planned a series of leapfrogging operations, drawing on hard-won experience already gained in the Pacific and on the United States’ burgeoning military might.” Finally, “they were quick to absorb the lessons of war.”

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The Making of Trump 2.0

Historically, the main task of any President-elect in the United States is to form a cabinet. In the last weeks, we have seen a cascade of announcements that have raised some eyebrows. Donald Trump’s picks for key positions in his second administration might seem odd to many.

Not so much if you grab a copy of retired Lieutenant General H. R. McMaster’s insightful book At War with Ourselves: My Tour of Duty in the Trump White House (Harper).

Upon his selection as National Security Advisor by the 45th President, the military general wanted to give his boss the best of his expertise. After consulting with one of his notorious predecessors, Lieutenant General Brent Scowcroft, who masterfully seconded President George H. W. Bush, McMaster understood his role as “making the policy process work and developing options for the president; and second, advising the president with views unalloyed by the departments and their bureaucracies.” The only person that mattered to him was the President, whose foreign policy should be well served. He also perceived his role as being above partisanship. His goodwill would be rewarded with disappointment.

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Behind the scenes in the Sit Room

From Pearl Harbor to the neutralization of Osama bin Laden, every US President is confronted with crises. Any one of them also needs to manage relations with foreign leaders. Hence, a need for an organized mechanism and apparatus to navigate the traffic and make sure that POTUS can take the pulse of the world at a moment’s notice. This is made possible thanks to a vital institution, whose history is brilliantly recounted by former Clinton administration official and ABC host George Stephanopoulos in The Situation Room: The Inside Story of Presidents in Crisis (Grand Central).

Before its establishment, Presidents monitored world events on an ad hoc basis. For any military history enthusiast, the depiction of Franklin D. Roosevelt’s wheelchair being pushed in a former billiard room to consult maps pinned on the walls to monitor developments unfolding during World War II is captivating. Like so many other things, John F. Kennedy would be an innovator by creating the Situation Room in light of the 1961 Bay of Pigs disaster. Every one of his successors would rely on this evolving institution to accompany the United States’ presence on the world scene.

The most important takeaway from the book relates to the notion of the “three Ps”. The Situation Room is: 1) a place where information is gathered, processed, analyzed and decided upon; 2) it regroups people who serve the Presidency in a selfless and non-partisan way and; 3) a process revealing how every commander in chief manages the affairs of the world.

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