La folie et la surprise : les services secrets dans la Deuxième Guerre mondiale

« À elles seules, les forces spéciales ne peuvent pas gagner les guerres. » Dans son dernier livre – probablement le plus intéressant – Rémi Kauffer évoque cette réalité dont Winston Churchill était pleinement conscient. Mais si elles ne peuvent remporter la mise à elles seules, elles peuvent toutefois causer des dégâts importants et déstabiliser dangereusement l’ennemi.

Avec maestria, ce fin connaisseur du monde du renseignement et des Services action nous offre un époustouflant tour d’horizon de leurs activités à l’échelle planétaire dans 1939-1945. La guerre mondiale des services secrets (Éditions Perrin).

Aux premières heures du conflit, les Britanniques font cavalier seul. Vent debout devant les forces de l’Axe. Militairement, ils ne font pas le poids. Mais le Vieux Lion a un atout majeur dans son jeu. « La folie est une maladie qui présente un avantage à la guerre : celui de réaliser la surprise », affirme-t-il. « Hitler méprisait ceux qui s’opposaient à lui. À l’inverse, Churchill s’est toujours fait un devoir de reconnaître le courage de ses ennemis », écrit Rémi Kauffer. Les actions des Kommandos – ces unités afrikaners de guérilla – affrontés durant la Guerre des Boers et des forces de l’IRA qui s’opposent à la Couronne pendant des décennies ont de quoi inspirer le chef de guerre lorsque vient le temps de mettre le feu à l’Europe.

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En quête du Débarquement

« La bataille de Normandie n’est pas un sujet vidé. » La plaidoirie de Nicolas Aubin est sans appel. Son livre Le Débarquement, vérités et légendes (Éditions Perrin) l’articule magistralement.

Si vous avez été influencé par « toute une littérature d’après-guerre [qui] a idéalisé l’armée allemande », si vous être preneur de l’argument selon lequel l’échec des troupiers portant le feldgrau est exclusivement redevable au « sommeil de Hitler », si vous pensez que la Résistance a joué un rôle décisif dans l’issue de la bataille de Normandie ou que vous faites partie des nombreux détracteurs du Field Marshal Bernard L. Montgomery, vos certitudes seront déboulonnées.

Dans un livre extrêmement bien ramassé – après tout, il ne fait que 300 pages – l’historien militaire qui collabore à certaines des meilleures publications francophones sur le sujet remet plusieurs ouvrages sur le métier. Avant d’aller plus loin, il m’est toutefois agréable d’ajouter qu’il convoque un style d’écriture invitant qui fait le régal du lecteur. Une chaîne de commandement est « percluse de frictions », les Allemands s’échinent à établir des obstacles pour « déchiqueter » les planeurs alliés et les pièces d’artillerie offrent une « symphonie mortelle » aux adversaires. Le livre gargouille de ces belles tournures qui séduisent l’esprit.

Revenons maintenant au cœur de son propos et sur quatre points rapides sur lesquels je me permets d’attirer votre attention.

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Gettysburg en bleu et gris

Gettysburg. Pour l’éternité, le nom est associé à la bataille qui s’est déroulée dans cette bourgade pennsylvanienne de moins de 10 000 habitants au Nord de Washington, D.C. Chaque année, près d’un million de touristes foulent le sol de ce lieu sacré où une « scintillante forêt de baïonnettes » s’engagera au combat durant trois journées fatidiques, du 1er au 3 juillet 1863.

À écouter certains guides et plusieurs historiens, cette bataille fut un point tournant de la guerre de Sécession. Il n’en fut rien. Au soir du dernier jour de la bataille, « rien ne change fondamentalement sur le théâtre d’opérations principal » relate l’historien Vincent Bernard dans le Gettysburg 1863 (Perrin) qu’il consacre à ce moment fort dans l’histoire des États-Unis. Les tuniques grises rassemblées sous le commandement du général Robert E. Lee n’est pas en déroute. Loin d’être effondrée, elle continuera de tirer son épingle du jeu pendant encore près de deux ans.

L’intérêt envers cette bataille n’est pas près de s’estomper. Le discours légendaire qui y fut prononcé quelques mois plus tard par le président Abraham Lincoln a incontestablement contribué à son entrée dans la postérité, puisqu’il fait écho au lourd tribut de sang, de sueur et de larmes consentis par les deux armées en ces journées estivales.

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Entre guerres

Dans les cours de relations internationales qui ont émaillé mes études universitaires, on nous savonnait les oreilles avec cette théorie selon laquelle la fin de la Guerre froide marquait la fin de la dominance de la geste militaire, du moins comme nous la connaissions jusque-là.

Le fracas des armes appartenait à une période révolue. Il fallait désormais composer avec « l’invention d’un nouveau concept d’opération militaire dont nous allions avoir le redoutable privilège d’inaugurer les contradictions insolubles », « l’intervention humanitaire », pour emprunter les mots utilisés par le général français François Lecointre (retraité) dans son livre Entre guerres (Gallimard).

De l’Irak à la Bosnie, en passant par le Rwanda et Djibouti – pour ne citer que quelques théâtres d’opérations – celui qui sera appelé à occuper la fonction de chef d’état-major des armées françaises entre 2017 et 2021 est issu d’une famille ayant contribué aux belles pages de l’histoire militaire française. Né en 1962, année de la crise de missiles à Cuba, la carrière de François Lecointre correspond à une période durant laquelle l’on croit que l’odeur du cambouis passe au second plan.

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L’espoir renaît en 1942

Les auteurs Julien Peltier et Cyril Azouvi (YouTube)

Dans la foulée de ma recension de leur formidable livre 1942 – la « bissectrice de la guerre » – les coauteurs Cyril Azouvi et Julien Peltier ont aimablement accepté de répondre à quelques questions pour ce blogue. Je suis très heureux de livrer ici le contenu de notre échange.

D’entrée de jeu, avez-vous fait des découvertes qui ont suscité votre étonnement dans la rédaction de 1942?

Cyril Azouvi : Aucune « découverte » à proprement parler : l’importance de cette année charnière est connue de tous les historiens de la Seconde Guerre mondiale. Il est de notoriété publique que l’histoire a basculé en 1942 sur tous les fronts (Pacifique, Afrique du Nord, Russie), mais aussi dans bien d’autres domaines (la course à la bombe atomique, la constitution des Nations unies, la Résistance, la Shoah, etc). S’il y a eu découverte, elle a été d’ordre plus personnel : je me croyais savant que cette période, sur cette année et sur ces sujets. J’ai découvert, en plongeant dans le détail, que mes connaissances étaient somme toute assez floues et lacunaires. Ça a été une leçon de modestie! Et, du coup, un travail passionnant.

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Vladimir Poutine et la nouvelle armée russe

Lundi prochain, les troupes russes défileront au pas d’oie sur la Place rouge. Elles sont déjà en répétition sur la rue Tverskaya. Les forces militaires profiteront également de l’occasion pour faire parader l’attirail qui forme l’arsenal de Moscou. Le Jour de la Victoire est toujours un moment fort dans la psyché russe, en raison de la place dominante occupée par la guerre dans l’histoire du pays.

Depuis l’invasion de l’Ukraine le 24 février dernier, l’armée russe est omniprésente dans l’actualité internationale et sa performance outre-frontière soulève plusieurs questions et observations.

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Le prince Philip a pris part à une bataille navale souvent négligée

La réputation de l’historien militaire Benoît Rondeau n’est plus à faire. Il a déjà publié des livres et biographies remarqués au sujet de Rommel, Patton et l’Afrikakorps pour ne citer que ces exemples.

Le 22 avril prochain, les Éditions Perrin publieront son nouveau livre Le soldat britannique : Le vainqueur oublié de la Seconde Guerre mondiale.

Dans le contexte du décès de Son Altesse royale le Duc d’Édimbourg, la maison d’édition m’a généreusement donné la permission de partager quelques extraits relatifs au prince Philippe. Qu’ils en soient sincèrement remerciés, en cette journée où je tiens à manifester tout mon respect et ma profonde gratitude envers le Duc d’Édimbourg.

Le prince Philip a servi dans la Royal Navy sur les fronts de la Méditerranée et du Pacifique durant le conflit mondial. Benoit Rondeau résume ainsi l’importance du premier dans la conduite de la guerre :

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Les erreurs ne sont jamais orphelines

« La victoire a cent pères, mais la défaite est orpheline », affirmait le président John F. Kennedy. En prolongeant cette logique en attribuant une condition orpheline aux erreurs commises durant un conflit, une campagne, une entreprise ou un projet, on comprend un mieux pourquoi peu de livres sont mis en chantier pour explorer et détailler les échecs qui ont influencé le cours de l’histoire.

Dans un récent ouvrage regroupant 20 chapitres courts mais fascinants, les auteurs – des spécialistes en histoire militaire – expliquent les raisons ayant conduit à la rédaction des chapitres catalogués au rang des échecs que leurs planificateurs auraient sans doute voulu écrire autrement.

D’emblée, Les grandes erreurs de la Seconde Guerre mondiale (publié sous la direction des historiens chevronnés Jean Lopez et Olivier Wieviorka) a ravivé des souvenirs mémorables dans ma mémoire, puisque j’ai foulé le sol de plusieurs endroits décrits entre les couvertures. J’ai vu le hérisson tchèque indiquant l’endroit jusqu’où les troupes de la Wehrmacht ont avancé à Moscou, visité le domaine campagnard du Kent d’où Winston Churchill lançait des alertes relativement au péril de l’apaisement, été ébahi en sortant du train dans le bucolique village italien de Cassino de constater à quel point la prise du monastère portant le même nom avait dû relever d’une véritable mission impossible, déambulé dans les rues de Prague – capitale sacrifiée sur l’autel du manque de vision des dirigeants franco-britanniques en 1938, parcouru les couloirs souterrains où l’opération Dynamo fut orchestrée à Dover, marché sur le pont d’Arnhem – celui-là même que le maréchal Montgomery avait ordonné à ses troupes de capturer et vécu plusieurs mois à Varsovie en m’y imprégnant de la mémoire du soulèvement de 1944.

De manière frappante, les bévues détaillées sont souvent associées à une carence au niveau du renseignement. Dès le premier chapitre consacré à l’apaisement, sous la plume de la brillante historienne Raphaële Ulrich-Pier, on y apprend que:

« Avant Munich, par ailleurs, l’armée tchécoslovaque, bien organisée, avec un bon moral, disposait de solides fortifications dans la région des Sudètes : les Tchèques auraient pu fixer une partie non négligeable de la Wehrmacht, obligeant l’Allemagne à mener une guerre sur deux fronts si Paris puis Londres s’étaient portées au secours de Prague. »

Face à Hitler et sa horde brune, la partie était donc jouable avant que le monde ne s’embrase. Mais la volonté politique des décideurs en place était carencée par un aveuglement volontaire et le mirage de « la paix pour notre époque ». Si seulement Churchill avait été aux commandes… Mais il ne faut pas succomber aux sirènes de l’uchronie.

La cécité comporte aussi son lot d’adhérents et aura notamment causé la catastrophe (pour Moscou) de l’opération Barbarossa. Un autre épisode à ranger dans le même rayon fut l’insurrection de Varsovie à l’été 1944, puisque « la décision était fondée sur l’espérance hâtive que la Wehrmacht ne serait pas en mesure de contre-attaquer et d’arrêter l’offensive de l’Armée rouge. » Un calcul ne prenant aucunement en considération la capacité de rebondir des Allemands, du refus de Staline de secourir ses adversaires Polonais et l’incapacité des Alliés de forcer la main du maître du Kremlin. Autant de raison qui auraient conduit tout bon stratège à ne pas lancer les hostilités.

J’ai particulièrement apprécié le chapitre (il en a rédigé 3 pour ce livre) de Jean Lopez consacré au rembarquement de la British Expeditionary Force (BEF) à Dunkerque, à l’intérieur duquel le célèbre auteur nous apprend que, même s’il avait été un « coup dur, la perte d’une partie du BEF n’aurait pas été la catastrophe si complaisamment dépeinte. » De l’eau au moulin d’une réflexion à contre-courant de la trame de fond glorieuse associée au sauvetage des 338 000 soldats britanniques en français en mai-juin 1940 et entretenue avec respect et admiration dans les îles britanniques.

Mentionnons également qu’étant fasciné par le rôle de la Chine durant la Seconde Guerre mondiale – une contribution trop souvent ignorée – j’ai été captivé de lire Benoist Bihan à propos des erreurs commises par le Japon en envahissant la Chine à partir de 1937. Le régime de Tokyo et les dirigeants militaires n’avaient alors aucun buts de guerre précis, ni aucun « plan mûrement réfléchi ».

Les grandes erreurs de la Secondes Guerre mondiale se veut donc un ajout à la fois agréable et incontournable dans la bibliothèque de tout passionné d’histoire militaire, mais aussi de quiconque souhaite comprendre les ressorts de ces calculs qui peuvent souvent s’avérer tragiques. L’histoire militaire prodigue de nombreux enseignements applicables dans la vie de tous les jours, notamment dans la période difficile que l’humanité traverse actuellement.

J’oserais même dire que nous apprenons souvent plus des défaites (et des erreurs qui les engendrent) que des victoires. Elles ne sont jamais orphelines, parce qu’enfantées par des êtres humains dont les décisions sont orientées par leur tempérament, leur vision du monde, leurs expériences et les carences qui les accompagnent inévitablement. Nous en avons actuellement un exemple tristement nocif et tragique à la tête des États-Unis. Mais ça, c’est une autre histoire.

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Jean Lopez et Olivier Wieviorka (sous la direction de), Les grandes erreurs de la Seconde Guerre mondiale, Paris, Perrin, 2020,320 pages.

Je tiens à remercier vivement Mme Marie Wodrascka des Éditions Perrin de m’avoir fourni une version du livre aux fins de la présente recension.

Le professeur de De Gaulle

Dans son Dictionnaire amoureux du Général (que j’ai l’intention de recenser ici prochainement), le regretté Denis Tillinac citait De Gaulle qui affirmait : « L’homme d’action ne se conçoit guère sans une forte dose d’égoïsme, d’orgueil, de dureté, de ruse. » Cette citation m’a beaucoup tracassé, parce qu’on a souvent tendance à idéaliser les grands personnages. On les imagine au-dessus des défauts affligeant le commun des mortels. Après tout, le souvenir de leurs accomplissements ne permet-il pas à leur mémoire de prendre place dans l’Olympe des consciences?

J’affirme que cette citation m’a tracassé, parce que la lecture du dernier livre de Pierre Servent, De Gaulle et Pétain (Éditions Perrin) a répondu au questionnement qui m’habitait à propos de l’homme du 18 juin.

Figure d’inspiration de nos jours, De Gaulle a néanmoins cumulé une feuille de route parsemée d’animosité. « Détesté par une bonne partie de l’élite de l’armée », « il n’a guère d’amis dans l’armée ». Il peut cependant, au début de son parcours, compter sur le soutien indéfectible d’un père spirituel hors norme – le Maréchal Pétain – qui lui apprend tous les trucs du métier, dont celui d’être un bon comédien. Une excellente école pour le protégé.

L’auteur nous rappelle qu’au sortir de l’École de guerre en 1924, « Son attitude arrogante, ses contre-performances dans l’exécution de certains exercices qu’il juge au-dessous de son talent naturel, sa difficulté à accepter la critique font que la majorité du corps enseignant souhaite le classer en queue de peloton de la promotion de l’École de guerre, dans le troisième tiers, avec la mention « assez bien ». C’est une catastrophe qui ne se remonte jamais dans une carrière militaire déjà mal engagée. »

J’étais pourtant sous l’impression que De Gaulle était un premier de classe…

Trois ans plus tard, le Maréchal l’impose comme conférencier extraordinaire. De quoi faire rager les détracteurs – et on devine qu’ils sont nombreux – du Connétable. La mauvaise réputation de De Gaulle était notamment assortie du fait qu’il était connu pour être un chef très dur et distant envers ses subalternes.

À priori, on serait porté à croire qu’un tel patronage s’accompagnerait d’une loyauté sans faille. Pas pour De Gaulle, dont la boussole personnelle est orientée par son destin et celui de la France. S’il faut trahir une vieille amitié pour y arriver, qu’il en soit ainsi.

En 1938, De Gaulle fait accepter le manuscrit de La France et son armée par un éditeur, Plon, lequel ignore « […] que son nouvel auteur publie un texte qui, d’une certaine façon, appartient à un autre […] ». Le livre résultant d’une commande passée du maréchal sera publié et la rupture entre les deux hommes sera irrémédiablement consommée. Le vin est tiré… Et la table est mise pour la scène légendaire qui se jouera quelques mois plus tard.

De Gaulle n’a pas hésité à grimper sur les épaules de son protecteur pour se hisser au faîte de la gloire, une gloire néanmoins chèrement acquise dans les sacrifices encaissés sur la route de l’exil pendant la Seconde Guerre mondiale.

Lorsqu’il aborde le thème de l’orgueil – une caractéristique arborée fièrement par les deux protagonistes de son récit – Pierre Servent se déploie à multiplier les qualificatifs : cosmique, incommensurable, sans bornes, immense, puissant, d’airain, himalayen… Mais aussi bafoué et blessé. Comme pour nous rappeler que le destin des grands personnages est forgé au feu des épreuves et que les orgueils surdimensionnés constituent un rempart protégeant une sensibilité ne voulant pas s’exposer. Des épreuves que tout un chacun peu à peine imaginer. Je repense, en écrivant ces mots, à la séquence du film mettant en vedette Wilson Lambert et Isabelle Carré – que j’ai eu le privilège de visionner avant son retrait des salles de cinéma du Québec à cause de la COVID-19 – au cours de laquelle on voit le personnage principal quitter fin seul la France en juin 1940.

Pour devenir un artisan de l’histoire, De Gaulle avait compris qu’il ne faut pas être aimable et docile, mais qu’il fallait savoir ramer à contre-courant, contrairement à son ancien mentor qui profitait de la vie bonne dans la thermale Vichy.

Le maréchal Pétain fut certes le professeur généreux du Général de Gaulle dans la période formatrice de sa vie. La capacité de l’élève à se démarquer – certains diront à tuer la figure – du maître, lui aura permis de se détacher de tout en juin 1940 pour mieux attacher son wagon à la locomotive de l’histoire.

Sous la plume animée de cet éminent spécialiste en histoire militaire – qui nous a réservé d’autres bons livres comme une excellente biographie du Feld-maréchal Erich von Manstein et L’extension du domaine de la guerre que j’avais beaucoup apprécié – on apprend que le destin a un prix, celui de ne croire qu’en soi. Contre vents et marées. Une leçon puissante, surtout en cette période difficile.

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Pierre Servent, De Gaulle et Pétain, Paris, Éditions Perrin, 2020, 224 pages.

Je remercie Mme Marie Wodrascka, des Éditions Perrin, qui m’a aimablement fourni un exemplaire de cet excellent livre.

De Gaulle, cet indocile

DeGaulleCointet2Winston Churchill a toujours occupé les premières loges de ma passion de l’histoire. Sa relation avec Charles de Gaulle m’a toujours fasciné, notamment en raison des nombreuses similitudes entre ces deux grands : impulsivité, génie, mélancolie passagère, éloquence, sens de l’histoire, caractère rebelle et j’en passe.

Mais De Gaulle ne serait pas devenu De Gaulle sans juin 1940 et, dans une certaine mesure, sans Churchill. Au moment de l’Appel du 18 juin, les deux hommes se distinguent pourtant par une feuille de route bien différente. Jean-Paul Cointet, dans son fascinant livre De Gaulle : Portrait d’un soldat en politique résume que lorsque le Général effectue ses premiers pas dans les arcanes de Whitehall, le Britannique et le Français cumulaient respectivement « […] trente-cinq ans d’expérience politique, de l’autre un tout récent sous-ministre. »

C’est dire à quel point De Gaulle a été contraint de se dépasser et de lutter pour assurer non seulement les intérêts de la France combattante, mais également les siens sur le plan personnel et ce, même si les deux peuvent facilement apparaître comme ayant été identiques, tellement le militaire français incarnait pratiquement à lui seul le mouvement dont il avait pris la tête.

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