L’Iran, pivot entre les puissances

« L’entité iranienne est un rouage essentiel entre les grandes plaques tectoniques du système international ». Cette observation pourrait aisément s’appliquer à l’opération Epic Fury lancée le 28 février dernier par les États-Unis en collaboration avec Israël, mais elle émane du propos du livre de Christian et Pierre Pahlavi, Le Pont de la victoire : L’Iran dans la Seconde Guerre mondiale (Éditions Perrin). Paru en 2023, mais toujours d’une brûlante actualité, ce livre permet de constater que l’Iran n’en est pas à son premier épisode en tant que « pion stratégique » entre les puissances.

À la veille du conflit qui embrasera la planète au crépuscule des années 1930, les auteurs – de fins connaisseurs de l’histoire politique du pays – relatent que le souverain iranien Reza Chah souhaite « s’affranchir de l’emprise britannique ». Cet état d’esprit se manifeste notamment « en juin 1940, alors que se profile la défaite de la France, [et que] Téhéran durcit sa politique envers Londres en lui réclamant le remboursement d’une dette de 4 millions de livres sterling. » Agenouillée dans l’un des pires moments de son histoire, Albion n’oubliera pas cet affront, qui se paiera comptant.

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“S’attaquer au groupe Wagner, c’est s’attaquer à Poutine”

Vincent Crouzet (Robert Laffont Canada)

Dans la foulée de ma recension de son excellent roman Service Action – Sauvez Zelensky!, l’auteur Vincent Crouzet a généreusement accepté de répondre à mes questions.

Je suis très heureux de partager cet entretien ici.

M. Crouzet, d’où est venue votre inspiration pour écrire au sujet de l’espionnage et des Forces spéciales?

C’est une idée que j’ai depuis longtemps : raconter le travail au quotidien du Service Action de la DGSE, et inscrire les intrigues dans la conjoncture internationale. Aussi jouer sur l’aspect très contemporain de mes histoires, pour leur apporter tout le réalisme nécessaire. Je développe cette série sous le pseudo de Victor K., mais sous mon vrai nom, Vincent Crouzet, j’ai déjà à mon actif sept romans d’espionnage…

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« Le soldat qui s’engage pour son pays n’est pas un fonctionnaire comme un autre »

Le médecin en chef Nicolas Zeller en opérations (source: médecin en chef Nicolas Zeller)

Dans la foulée de ma recension de son livre très interpellant Corps et âme : Un médecin des forces spéciales témoigne, le médecin en chef Nicolas Zeller a eu la grande amabilité d’accepter de répondre à quelques questions pour ce blogue, et ce, malgré un emploi du temps assurément très chargé à l’état-major des Armées à Paris.

À l’heure où des soldats sont bien malgré eux en vedette tous les jours dans l’actualité en raison de l’invasion de l’Ukraine, la réflexion et les observations de cet auteur qui allie la profondeur à des mots bien ciselés sont des plus pertinentes et éclairantes.

Voici donc le contenu de notre échange.

Au début de Corps et âme, vous dénoncez le désintéressement envers le secteur de la Défense, « sous le prétexte paresseux qu’on l’a confiée à des salariés. » Vous touchez là un point crucial. Il est certes possible de montrer les politiciens du doigt à cet égard, mais comment pouvons-nous, individuellement, contribuer à renverser cette tendance?

En prendre conscience déjà. C’est même l’essentiel. Dès lors qu’un citoyen considère que le soldat qui s’engage pour son pays n’est pas un fonctionnaire comme un autre et qu’il lui reconnait un rôle d’exception dans la société, il redonne lui-même du sens à l’action de ce soldat. Ce rôle d’exception est clair : nous lui confions de porter la force pour nous protéger d’une menace existentielle. « Existentiel », cela signifie que s’il n’est pas là, s’il n’assure pas cette mission, je n’« existe » peut-être plus c’est-à-dire que je n’ai plus de « consistance », « je ne suis plus ». Sans lui, je n’existe pas dans la société.

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« Car ce qui donne un sens à la vie, donne un sens à la mort » – Saint-Exupéry

L’Occident, c’est regrettable et néfaste, a voulu effacer la guerre de son horizon psychologique. Dans les années 1990, j’étudiais au baccalauréat en histoire et j’avais invité le chargé d’affaires de la République fédérale de Yougoslavie à Ottawa à venir prononcer une conférence devant mes collègues et moi. Certains avaient critiqué cette activité, au prétexte que la polémologie appartenait aux oubliettes des champs historiques surannés. À la manière d’un Francis Fukuyama, l’avenir leur donnerait tort.

Mais cette disposition à gommer la res militaris prive nos sociétés d’une véritable compréhension du métier des armes et de sa finalité fréquente. « Préserver son armée de pertes devenues inacceptables d’une part et en donner une image d’invulnérabilité aux yeux de l’ennemi d’autre part sont des avantages indéniables de cette nouvelle forme de conflictualité : la guerre à distance, la guerre « zéro mort », écrit Nicolas Zeller dans Corps et âme (Tallandier). Dans ce témoignage percutant de vérités, ce médecin des Forces spéciales françaises rappelle pourtant que « […] la guerre tuera toujours des hommes. »

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