La force des volontés : de Gaulle, Lecornu et l’esprit de défense

Depuis la fin de la Guerre froide, le monde occidental a délaissé le caractère belligène de l’histoire humaine. L’aube ukrainienne du 24 février 2022 – lors duquel l’Europe se réveilla au son des bottes et des véhicules chenillés – sonna un dur réveil pour les opinions et décideurs qui voulaient croire que la guerre était devenue dépassée dans la grammaire des relations internationales. Le monde vit au rythme des menaces qui planent, des réalignements qui se dessinent et des stratégies qui doivent être déployées.

Exception faite des États-Unis qui trônent en tant que superpuissance militaire – une posture adoubée par un éthos militaire trempé au feu d’une histoire dont plusieurs parmi les pages les plus inspirantes ont été écrites à l’encre de la bravoure des combattants, la France est l’un des pays occidentaux les mieux outillés pour affronter le contexte actuel.

Et cela n’a rien d’un hasard. Un homme, en particulier, y a contribué de manière incontestable : Charles de Gaulle. Refusant la débâcle, il fut contraint de quitter la France le 17 juin 1940 à bord d’un avion de la Royal Air Force avec deux valises pour seuls bagages – selon Denis Tillinac. Forgé au feu des épreuves qui ont émaillé les péripéties de la France Libre, de Gaulle sut incarner le fait que « la guerre [est] avant tout un affrontement des volontés », pour emprunter les mots de Sébastien Lecornu dans son éclairant livre Vers la guerre? La France face au réarmement du monde (Plon).

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Le chemin de crête de Paul VI

Tout cela pour dire que le nouveau pape invite la curiosité à savoir quelles seront les orientations édictées à l’intérieur des murs léonins au cours des prochains jours et des prochaines semaines dans la gestion des rapports au monde. À cet égard, on pense immédiatement à la guerre en Ukraine. Le dossier israélo-palestinien est certainement ex aequo en termes d’importance.

Les relations entre le Vatican et Israël ont été officialisées par un accord paraphé le 30 décembre 1993 ont toujours revêtu un vif intérêt pour moi. J’étais donc impatient de plonger le nez dans le dernier livre de Michaël Darmon, Le pape et la matriarche : Histoire secrète des relations entre Israël et le Vatican (Passés / Composés). J’avais déjà fait la connaissance – sur le plan intellectuel – de ce brillant journaliste à l’intérieur d’un ouvrage qu’il avait consacré au président Nicolas Sarkozy avant l’élection de ce dernier.

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Pie XII au milieu des loups

Je le confesse, mes premiers contacts avec Pie XII ont été difficiles. L’image du pape aux sympathies gammées avait la vie dure dans mon esprit d’étudiant. C’était avant que celui qui fut mon meilleur professeur d’histoire à l’université, un prêtre au jugement acéré, ne me guide vers une compréhension plus profonde – donc plus sérieuse – de ce Souverain pontife assujetti au devoir et à la prudence.

C’est donc avec un plaisir immense que j’ai dévoré le dernier livre de l’historien Frédéric Le Moal, Pie XII : Le pape face au Mal (Éditions Perrin). Avant même d’en lire la première ligne, je savais à quoi m’attendre – pour avoir recensé Les hommes de Mussolini – en termes de qualité de recherche sous une plume hors du commun.

En un peu moins de 400 pages, le brillant auteur brosse le portrait tout en nuance d’un personnage compliqué, mais conséquent. Tout dévoué à sa mission, Pie XII a navigué dans les eaux troubles de deux conflits mondiaux dévastateurs et du début de la Guerre froide, tout en menant la barque de l’Église universelle. Après avoir été nonce en Allemagne, son ministère s’est poursuivi en tant que Secrétaire d’État d’un pape bouillant, Pie XI. À la suite du décès de ce dernier, les cardinaux lui confient la charge pontificale le 2 mars 1939, six mois avant que les troupes nazies envahissent la Pologne.

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JFK, ce tueur de charme

« Les lois sont comme les saucisses. C’est mieux de ne pas voir leur préparation », clamait l’homme d’État allemand Otto von Bismarck. Il en va des victoires électorales comme du processus législatif, puisque la fréquentation des arcanes de ces exercices démocratiques offre souvent la possibilité d’observer des épisodes baroques. Un exemple éloquent de cette affirmation se trouve entre les deux couvertures du dernier livre de l’ancien diplomate Georges Ayache, 1960 : La première élection moderne de l’Amérique (Perrin).

Aussi bien l’avouer d’entrée de jeu, j’ai grandi en m’abreuvant de la légende de JFK. Rien n’aurait pu déboulonner la statue mémorielle que lui avait érigée mon père. J’ai donc toujours nourri un vif intérêt pour ce président qui repose maintenant au panthéon de l’histoire américaine, à l’ombre des magnolias au cimetière national d’Arlington, en Virginie. Les chemins de traverse de mes années universitaires m’ont toutefois amené à la rencontre de celui qui souhaitait barrer la route du premier catholique à accéder au Bureau Ovale, l’insubmersible Richard Nixon.

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Comment Napoléon est entré dans l’éternité

« En me traitant si mal, les Anglais ont mis la couronne d’épines sur ma tête. Ils ont excité un grand intérêt sur ma personne. » En ce dimanche de la Divine Miséricorde qui clôt l’octave de Pâques, ces paroles de Napoléon – aussi discutables puissent-elles être – résument fort bien le phénomène dont la gestation débute lors de son exil forcé sur l’île de Saint-Hélène dans l’Atlantique Sud, dans la foulée de la seconde abdication de Napoléon – quinze mois après les mornes plaines de Waterloo.

Dans Le dernier Napoléon : 1819-1821 (Passés / Composés), Michel Dancoisne-Martineau nous invite à partager les misères de l’isolement de l’Empereur détrôné pendant ces années fatidiques durant lesquelles cet homme qui n’a pas encore atteint la cinquantaine doit se résigner à être coupé du monde. Sous surveillance continuelle, il vit un emprisonnement relativement confortable, mais ennuyeusement hermétique, sous l’œil envieux d’un Hudson Lowe diablement mesquin, diplômé de l’académie des bassesses.

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Une géopolitique de l’optimisme

« « N’ayez pas peur », disait le pape, saint Jean-Paul II, reprenant les paroles du Christ. Ces paroles prononcées à l’occasion de grands changements nous éclairent. Elles sont d’actualité alors que des bouleversements sont en cours. » Ces mots couchés dans l’épilogue du plus récent livre du général Henri Trinquand résonnent d’une manière particulière, en ce lundi de Pâques où nous pleurons le décès du pape François, survenu plus tôt aujourd’hui. Aussi pertinente soit-elle dans l’actualité, cette citation est toutefois introduite dans le contexte d’une meilleure compréhension des eaux internationales dans lesquelles nous sommes appelés à ramer.

Aussi bien le déclarer d’entrée de jeu, l’auteur du livre D’un monde à l’autre : Comprendre les nouveaux enjeux géopolitiques (Robert Laffont) ne sombre aucunement dans ce pessimisme qui peut facilement mettre le moral en berne. C’est pour le moins rafraîchissant. Et les constats reposent sur une solide expérience de la geste militaire. Membre d’une famille dont plusieurs membres ont porté le fer contre les ennemis de la France sur différents théâtres et à différentes époques, le général Dominique Trinquand est diplômé de Saint-Cyr et a servi sous les drapeaux en tant que tankiste. Il a été servi première ligne de cette discipline qu’il décortique maintenant.

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The Four Musketeers of the SOE

A stone’s throw away from the House of Commons and Westminster Abbey lies the St. Ermin’s Hotel in London. Apart from being one of the best addresses in the City, the iconic establishment hosted Winston Churchill, who liked to sip his favourite Champagne at the Caxton Bar. There was even a secret tunnel linking the hotel lobby to Parliament. During a meeting at St. Emin’s, he asked a group of unconventional people to “Set Europe Ablaze” in founding the Special Operations Executive – the legendary SOE. Any visitor to St. Ermin’s can enjoy the sight of a monastic-sized room where the contribution of its members is soberly showcased.

Thanks to a miniseries like SAS: Rogue Heroes, the inestimable achievements of the men and women who waged unconventional warfare in World War II’s most punishing conditions are vividly brought back to public awareness. Shannon Monaghan’s book A Company of Dangerous Men: The Forgotten British Special Operations Soldiers of World War II (Viking) is another significant and euphemistically pleasant contribution. This enthralling book reminded me of Alexandre Dumas’s The Three Musketeers, the elite corps defending the King of France against domestic and foreign threats.

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Les Tuniques Rouges

« La politique de toutes les puissances est dans leur géographie », affirmait Napoléon. Si elle s’était limitée à son insularité, la Grande-Bretagne ne se serait pas vu offrir la possibilité de trôner sur un Empire au-dessus duquel le soleil ne se couchait jamais.

« La couronne d’Angleterre se lance dans une série de guerres visant avant tout à assurer l’expansion de son influence mondiale, poussant à des expéditions d’ordre stratégique, qui débouchent sur la prise de contrôle de positions clés », écrit Benoît Rondeau dans L’Empire britannique en guerre – 1857-1947 (Perrin). « Pendant tout le règne de Victoria (1837‑1901), il ne s’est pas écoulé une année sans que les forces armées britanniques ne soient impliquées d’une façon ou d’une autre dans des opérations quelque part sur le globe. » Tout au long de la période couverte par l’auteur, Londres est un acteur géopolitique de premier plan. Son Empire lui offre les moyens de le demeurer. Il faut bien en esquisser les contours et défendre ses prérogatives. Et à tout Empire, le glaive est indispensable.

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Dans l’intimité des présidents américains

La présidence des États-Unis se prévaut d’une influence inégalée dans le monde. Pas une journée ne s’écoule sans que les plateformes d’informations ou de médias sociaux n’y fassent référence. Parfois, elle agace en raison de la perception véhiculée à propos de celui qui est appelé à travailler dans le Bureau Ovale. Acteur de série B, Ronald Reagan était vilipendé pour son prétendu déficit d’intellect. Idem pour George W. Bush. Mais jamais elle ne cesse de captiver. Et c’est redevable à la personnalité de ces grandes pointures qui sont parvenues à succéder aux immortels que sont devenus George Washington, Thomas Jefferson ou Abraham Lincoln.

C’est justement avec ce dernier que Thomas Snégaroff débute son fascinant ouvrage Dans l’intimité des présidents américains (Tallandier). En le choisissant pour présider aux destinées de la nation, « les Américains veulent élire un homme qui leur ressemble, et surtout qui met en musique le mythe d’une Amérique des possibles. » Au-delà des prises de position et des événements cruciaux qui jalonnent l’histoire des États-Unis, l’auteur s’emploie à éclairer un aspect fondamental de chacune des personnalités alimentant les portraits esquissés, c’est-à-dire son inimité, parce qu’ « elle donne à voir, derrière les grands discours et les beaux costumes, la vérité d’un homme. »

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Indira Gandhi, la première Dame de fer

Un article publié il y a une décennie environ à propos de la relation entre Margaret Thatcher et Indira Gandhi m’avait marqué, puisque l’un des biographes de l’ancienne première ministre britannique y révélait que madame Gandhi était l’une des seules femmes étant parvenues à impressionner la Dame de fer.

À propos de cette expression célèbre associée à Lady Thatcher, la récente biographie consacrée à l’ancienne cheffe du gouvernement indien par le journaliste François Gautier permet d’apprendre que madame Thatcher ne fut pas le première Dame de fer, mais bien la seconde.

Pour le lecteur occidental, cette découverte est certainement indissociable du fait qu’Indira Gandhi était tout sauf une personnalité exubérante. Le propos de l’auteur est ainsi émaillé de plusieurs dizaines de mentions à la « Dame de fer »… indienne!

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