Napoléon, sous l’armure

Les adeptes d’histoire et admirateurs de Napoléon commémoraient, la semaine dernière, le 205e anniversaire du décès de l’Empereur, survenu le 5 mai 1821 sur l’île de Sainte-Hélène. Mon regard s’est alors posé sur la remarquable biographie Napoléon : La certitude et l’ambition (Éditions Perrin) de Charles-Éloi Vial, qui se trouve sur mes rayons. Lu il y a quelques années, cet ouvrage n’a rien perdu de sa pertinence. Bien au contraire.

Pour tout dire, la trame développée par l’auteur me rappelle cette citation de Charles de Gaulle, qui déclarait qu’« on ne fait rien de grand sans de grands hommes, et ceux-ci le sont pour l’avoir voulu ». Le constat du Connétable peut difficilement mieux s’appliquer qu’au parcours de Napoléon, son illustre précurseur. Parmi toute la littérature consacrée à l’Aigle, cette biographie ressort du lot par sa capacité à décaper la légende et à plonger sous la surface afin de discerner la personnalité et les motivations du vainqueur de la bataille d’Austerlitz.

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L’empereur fatigué

Au soir du 19 octobre 1813, Napoléon vient d’encaisser un échec cuisant à la bataille de Leipzig. Le sort des armes annonce la campagne de France l’année suivante et sa première abdication. Comment celui que Clausewitz qualifiait de « Dieu de la guerre » a-t-il pu en arriver à un tel résultat?

Tout simplement parce que Napoléon était aussi mauvais diplomate que grand capitaine. Pour cause, dans son livre Sauver l’Empire – 1813 : la fin de l’Europe napoléonienne (Éditions Perrin), le brillant historien Charles-Éloi Vial écrit que l’Aigle bénéficiait d’une « légitimité durement et exclusivement acquise sur les champs de bataille ». La paix se signait uniquement sur les tambours, nulle part ailleurs. Ses adversaires en ont pris bonne note.

À l’instar du reste de l’Europe, la France est éreintée par le climat belligène qui sévit depuis des années. Sur tous les fronts, l’Empereur est fragilisé. À cet égard, un épisode témoigne éloquemment de sa position. Quelques mois plus tôt, le 24 janvier, le pape Pie VII – qui est retenu en otage à Fontainebleau (il passera 472 jours entre les griffes impériales) – signe un concordat avec l’empereur. Deux mois plus tard, il se rétracte. La signature pontificale était une erreur manifeste. Pour Napoléon, impuissant, c’est un échec psychologique qui augure mal pour la suite…

Pour tout dire, l’Aigle siège sur un trône fragile. Il le sait. L’année précédente, alors que ses ambitions russes se consument dans l’incendie de Moscou, il doit conjuguer ses actions à la conspiration du général Malet qui tente de lui ravir le pouvoir à Paris. Ça aurait pu tourner mal. Ce battant doit rebondir pour survivre. Une révolte couve en Allemagne. Il a donc décidé d’y faire entendre le bruit des bottes de ses grognards. Sa victoire marquera les esprits et lui permettra d’être de nouveau en position dominante.

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Napoléon, le moine militaire

BaronFainMémoiresNapoléon fascine notamment par son génie militaire et l’empreinte qu’il a laissé dans l’histoire. Mais ce qui m’a toujours fasciné davantage, c’est l’homme et ses ressorts. Qu’est-ce qui le motivait, comment pensait-il et comment travaillait-il? Je piaffais donc d’impatience de plonger dans la récente édition des Mémoires du Baron Fain – qui fut l’un de ses plus proches collaborateurs – et qui viennent d’être éditées par l’historien et Napoléonologue Charles-Éloi Vial.

Dans un échange avec lui, l’auteur me précisait que Fain « fait partie de la « galaxie » napoléonienne, au même titre que Méneval, Duroc, Daru ou encore Bacler d’Albe ou Mounier. Ce sont les personnages qui se sont fait apprécier de l’Empereur pour leur ardeur au travail, leur efficacité et leur discrétion. Et comme Napoléon n’aime pas les nouvelles têtes, il les garde avec lui le plus longtemps possible. »

Outre l’admiration de Fain envers ce patron à qui il reconnaît des qualités de grande générosité, de méticulosité et de vaillance – l’expression « travailleur infatigable » revenant à quelques reprises – j’ai surtout été fasciné par les habitudes de lecture de celui que l’auteur compare à un « moine militaire » (j’adore l’expression), « gouvernant et administrant un empire immense du fond d’un cabinet secret, que cette retraite soit dérobée aux yeux par les lambris d’un palais ou par les rideaux d’une tente. » L’auteur l’évoque clairement et nous fait bien sentir au fil des pages que ce sanctuaire est l’endroit où Napoléon était le plus à l’aise pour travailler. Dans une dynamique régimentée dont les contours sont effectivement comparables à ceux de la vie monastique. Et c’est dans ce contexte qu’il l’a côtoyé.

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