The Russian Phoenix

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Russian President Vladimir Poutine carrying his father’s picture during the March of Immortal Regiment that is held every year on the occasion of Victory Day (source: TASS News Agency).

“Russia is like a phoenix: it repeatedly turns to ashes only to be reborn in some new guise”. In itself, this quote from Dmitri Trenin’s recent book encapsulates why we need to continually learn more about the history of this country, which is, whether we like it or not, one of the great powers jockeying for influence in today’s world.

There has been a tendency, after the dismantling of the USSR in the early 1990s, to assume that the Soviet régime has been a failure and that its architects had failed, automatically sending their statecraft experiment to the dustbin of history. Dmitri Trenin gives plenty of material to those who do not subscribe to that school of thought.

RussiaDmitriTreninI will always be amazed at how Lenin succeeded in carrying the day in the Fall of 1917, with only a handful of followers. But one of the main characteristics of the first Soviet leader, according to the author, who is also Director of the Carnegie Moscow Center, was that “Lenin’s political genius lay in his uncanny ability to adapt to fast-changing circumstances.” In a nutshell, he was a pragmatist who knew how to fill the void of leadership at a crucial time. The same could be said about his successor, Stalin, who “[…] reversed his stance on the Russian Orthodox Church” during the Great Patriotic War, when he realized that religion was a glue that could mobilize the people behind the war effort.

As a fan of Mikhail Gorbachev since my youth, I therefore found it hard to read Dmitri Trenin’s assessment of the last leader of the USSR. Between the lines, one can understand that the chief proponent of Perestroika was not a pragmatist and a student of Realpolitik because the country “[…] was by no means doomed, but it required a leader who could act decisively, albeit thoughtfully, professionally, and very carefully. What it got instead was a dreamer.” Ouch.

In the darkest hours of its history, Russia needs “strong leadership and discipline [to keep] the country together.”

Some people and observers might have forgotten it, but Russia during the reign of Boris Yeltsin was not the most successful experiment. Savage capitalism, rampant criminality, lack of standing on the world scene were only a few hallmarks of what any keen student of the country could see or read in the daily news. If you add the Russian president’s dire health condition to the picture, you realize that the country was living another of its turning point. Everything was in the balance. And then came Vladimir Putin.

For all his shortcomings – tons of trees have been felled to please the intellect of his detractors – Yeltsin’s successor has met the challenge of Russian statecraft. “Russians have never had it so good”, according to Dmitri Trenin. Aside from being a strong leader, “the secret of Putin’s staying power at the top of the Russian system […] is his ability to reach out to millions of ordinary people, and to feel their needs.”

One of those needs is to know that their country is recognized as a great power. While not responding to any material, concrete and day-to-day basic need, Russians are aware that the successful battle they waged at Stalingrad to defeat the German troops was “the turning point in the war”, after which “the frontline started moving westward”. Academics and armchair generals can argue for days trying to decide if Stalingrad really was the true turning point, but it doesn’t matter what outsiders think. What matters is what Russian people think. And, on that score, President Putin has always shown that he is on the same page as them, a feeling that can be observed when he strolls down the streets of Moscow at the same time as millions of his countrymen and countrywomen who sacrificed their lives to stand in the way of the Nazi hordes. And when we can observe the growing presence of Russia, notably with boots on the ground, in the Middle East. Russian are very proud of and attached to their brand of exceptionalism.

And for those who might underestimate the resilience of the Russian people in front of adversity, the author points out that Russian troops did not wave the white flag of surrender in front of advancing Germans tanks and infantrymen, contrary to what happened on the Western Front. In itself, the evocation of this attitude is at the same time a warning to all those who think that the Russian spirit can be vanquished with sanctions, confrontation or underestimation.

History attests to the fact that the Russian phoenix has always risen to the occasion. In many instances, whether it was with “Orthodox monarchy, Soviet Communism, or crony capitalism”, the country mastered the art of transforming adversity in opportunity. In itself, that should be a sufficient reason to be fascinated with its history.

And Dmitri Trenin’s insightful book is an excellent starting point for anyone wanting to understand this fascinating country.

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Dmitri Trenin, Russia, Cambridge, Polity, 2019, 212 pages.

I would like to express all my gratitude to Mr. Lucas Jones, publicist for Polity Books in North America for his generous assistance in providing me with a review copy of Dr. Trenin’s books.

Comprendre le pouvoir russe

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L’auteur photographié en compagnie de l’ancien président Mikhaïl Gorbatchev en 2011.

À quelques jours de mes 17 ans, en août 1991, j’apprenais que le dirigeant soviétique Mikhail Gorbatchev était victime d’un coup d’État. Fasciné que j’étais par tout ce qui concernait ce pays et son histoire, il n’en fallait guère plus pour m’inquiéter au sujet de ce leader admiré, mais aussi de me fasciner de ce que cet événement signifiait dans la grande trame de l’histoire du pays des tsars. À l’époque, nous ne disposions pas de toutes les plateformes médiatiques permettant de suivre l’évolution du putsch en temps réel – mis à part les bulletins de nouvelles à la radio. Je m’étais donc employé à téléphoner, plusieurs fois par jour, à la salle de rédaction du quotidien local pour m’enquérir des développements à Moscou et en Crimée, là où Gorbatchev était retenu contre son gré. Fort probablement au grand désespoir du directeur de l’information qui me répondait toujours généreusement.

Le Kremlin et ses locataires m’ont toujours fasciné. Je raffole depuis mon jeune âge de lectures détaillant les intrigues ourdies au sommet du pouvoir rouge et permettant de mieux connaître les grandes figures qui en étaient la cause.

SecretsduKremlinC’est avec un peu de retard, mais ô combien de plaisir que j’ai dévoré Les secrets du Kremlin 1917-2017 sous la plume avertie de l’historien et journaliste Bernard Lecomte. Les 16 chapitres de ce livre agrémenté par l’une des plumes les plus agréables qu’il m’ait été donné d’apprécier permettent de franchir les murs de cette enceinte dont l’aura de mystère fait non seulement sa réputation historique, mais lui confère également son influence.

L’idée principale que j’en retiens est que, pour arriver au pouvoir en Russie et y demeurer, il faut savoir jouer de ruse et ne jamais baisser la garde. Bernard Lecomte nous permet à cet égard de marcher sur les pas d’un Lénine prenant le pouvoir à force d’obstination et malgré une révolution mal préparée. Et d’un Nikita Khrouchtchev qui prend les commandes de l’État en 1953, mais « […] en qui personne ne voit encore un leader de premier plan. » Pour revenir au putsch de 1991, ce moment charnière aura permis à un Boris Eltsine sous-estimé par les comploteurs de devenir une figure incontournable en se hissant sur un char d’assaut. Et que dire de ce Vladimir Poutine relativement inconnu qui devient maître des lieux en exhibant la jeunesse et la vigueur devant un Eltsine malade et au bout de ses forces, alors les 12 coups de minuit sonnent l’arrivée de l’an 2000 sur la Place Rouge? Dans ce registre, force est d’admettre que le meilleur chapitre est celui (tout simplement savoureux) où l’historien relate la partie d’échecs entre Staline et De Gaulle.

L’auteur nous permet également de constater que ceux qui n’ont pas maîtrisé cette leçon en ont payé le prix fort. Que ce soit Nicolas II qui refuse d’éloigner le clivant et scandaleux Raspoutine et qui évince ceux qui lui prodiguent ce sage conseil, Trotsky qui ne se méfie pas de son futur assassin ou encore Khrouchtchev qui fait la sourde oreille aux propos de son fils qui le met en garde contre les basses messes des artisans de son prochain renversement en 1964. Pour ce qui est de Gorbatchev, celui-ci ne se méfie pas de ses plus proches collaborateurs, dont le secrétaire général de la présidence (Valeri Boldine) et le chef de la sécurité du Kremlin (Iouri Plekhanov). Quant à ceux qui veulent le déposer, ils sont menés par « […] un quarteron de médiocres, incapables de parler en public, et qui n’ont même pas su se donner un chef, un vrai! »

Bernard Lecomte permet de mesurer à quel point la perception de puissance et de contrôle est vitale pour ne pas perdre l’équilibre au sommet de l’État en Russie (ou en URSS dans le passé). Ébranlé par les événements, Staline craignait d’être mis hors circuit par ses collaborateurs venus le rencontrer dans sa datcha après l’invasion allemande de juin 1941.

Un dernier commentaire, avant de terminer. Le maréchal Joukov fait trois apparitions remarquées dans les épisodes relatés par Bernard Lecomte, notamment lorsque le temps est venu de régler son compte à Beria en juin 1953 et pour sauver la peau de Khrouchtchev en juin 1957 (en tant que ministre de la défense, il envoya alors des avions cueillir les membres du comité central dans les régions les plus éloignées pour les transporter à Moscou). Les forces armées sont un partenaire inséparable du pouvoir au Kremlin. Quiconque souhaite comprendre la nature et le fonctionnement du pouvoir russe doit inévitablement suivre les mouvements de la nomenklatura militaire. Les journées fatidiques d’août 1991 auraient pu prendre une tournure bien différente si les forces russes s’étaient rangées derrière les putschistes. L’historien constate que « […] chacun sait qu’il suffit d’une dizaine de chars, quelques lance-grenades et un commando de forces spéciales pour anéantir la résistance. »

On attribue à Vladimir Poutine un vif intérêt pour l’histoire. Il serait notamment un lecteur vorace de biographies. Praticien rusé du pouvoir, il a sans doute retenu toutes ces leçons pour se hisser et exercer le pouvoir pendant deux décennies. Sa succession – aussi éventuelle soit-elle – risque de susciter la rédaction d’un nouveau chapitre, lequel sera sans doute aussi fascinant que ceux contenus dans cet agréable livre.

Une lecture incontournable pour ceux et celles qui veulent mieux comprendre les ressorts du pouvoir de la puissance russe.

Malheureusement, trop peu de livres sont consacrés à l’histoire politique russe et ses acteurs dans la langue de Molière. Soyons donc reconnaissants à Bernard Lecomte pour cet excellent ouvrage, en espérant qu’il récidivera.

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Bernard Lecomte, Les secrets du Kremlin 1917-2017, Paris, Perrin, 2016, 384 pages.

Je tiens à remercier Caroline Babulle, des Éditions Perrin, pour sa précieuse collaboration et son soutien envers ce blogue.