L’école Lee Kuan Yew

Je me suis longtemps demandé pourquoi Lee Kuan Yew suscitait une telle admiration chez tant de chefs d’État et autres personnalités de premier plan. Je pense ici notamment à Henry Kissinger et Tony Blair. Cette interrogation est demeurée en suspens jusqu’à ce que je mette la main sur la biographie que lui a consacrée l’ancien ambassadeur Bernard de Montferrand, Singapour : L’invention de Lee Kuan Yew (Tallandier). Déjà, l’association de la création d’un pays à un seul homme témoigne de la stature exceptionnelle du personnage. L’ouvrage retrace un parcours hors du commun dont les pages ont été écrites par une personnalité tout aussi singulière.

Après des études interrompues par la Seconde Guerre mondiale, ce fils de la diaspora chinoise prend la route de la Grande-Bretagne, où il est formé à Cambridge et à la London School of Economics. Pour tout dire, c’est « un pays qu’il admire profondément », et il ne dissimulera jamais une sincère anglophilie. De retour au pays, sa voie est tracée. La politique est sa vocation, la construction d’un État son destin. L’auteur – qui fut ambassadeur de France dans ce pays – rappelle à cet égard que « tout le « miracle » singapourien réside dans les années de lutte politique qui ont formé son « père fondateur » ».

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Le réalisme de Donald Trump

Je suis plongé depuis quelques jours dans la biographie de Turenne, ce grand capitaine qui figurait parmi les figures héroïques qui ont inspiré Napoléon, par Arnaud Blin. L’auteur y expose que la formation de son sujet a coïncidé « avec l’apogée du « siècle de fer », période allant du milieu du XVIe siècle à la seconde moitié du XVIIe siècle », une époque faste dans l’histoire de la polémologie. Observant, dans une lecture collée sur l’actualité, le glissement du monde vers ce qu’il qualifie de « logiques impériales », Dominique de Villepin écrit, dans son dernier ouvrage Le Pouvoir de dire non, que « nous sommes entrés dans un nouvel âge de fer ». Quatre siècles séparent la vie de Turenne du parcours de l’ancien premier ministre français, mais la compréhension de la géopolitique qui tient les rênes de la gouvernance du monde n’a rien perdu de son importance — de sa nécessité.

Les rayons des librairies sont bien garnis de toutes ces couvertures qui affichent le mot géopolitique. Dans le contexte actuel, c’est à la fois pertinent et vendeur. Étant moi-même féru du sujet, j’y succombe volontiers. L’un des meilleurs titres qu’il m’a été donné de dévorer récemment est le Nouveau dictionnaire amoureux de la géopolitique (Plon), d’Hubert Védrine, qui fut aux premières loges de la vie internationale auprès du président François Mitterrand — en tant que proche conseiller — puis de Jacques Chirac, comme ministre des Affaires étrangères durant la cohabitation avec Lionel Jospin.

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L’histoire comme arme géopolitique

Lors d’une récente discussion, un ancien haut-gradé des Forces armées canadiennes me faisait prendre conscience à quel point la géopolitique nous affecte. Quotidiennement. Par exemple, au niveau des chaînes d’approvisionnement, lesquelles dépendent largement du transport maritime. Quand on sait que la principale route commerciale est celle qui relie la Chine à l’Europe par le canal de Suez, il y a tout lieu de s’intéresser de beaucoup plus près à ce qui se passe en mer de Chine. Mais comme c’est moins visible et criant que le bruit de bottes qui se font entendre actuellement aux frontières de l’Ukraine ou de l’exaspération découlant des négociations corsées avec l’Iran, on y prête moins attention.

C’est justement cet aspect inaudible des relations internationales que l’historien et spécialiste en géopolitique Thomas Gomart s’emploie à illustrer dans son dernier livre, Guerres invisibles : Nos prochains défis géopolitiques (Tallandier) dont je viens de terminer la passionnante lecture.

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