Les mousquetaires d’Emmanuel Macron

Emmanuel Macron aime les espions. Beaucoup, même. Voilà la principale conclusion que l’on peut tirer du livre d’Antoine Izambard et de Pierre Gastineau, Les Espions du président (Albin Michel). Pour tout dire, le locataire actuel de l’Élysée « est probablement le président de la Ve République qui aura montré le plus d’appétence pour la matière [le travail des sentinelles invisibles] ».

Constatons-le d’emblée. La grande histoire lui a offert un terrain d’action à la hauteur de ses ambitions. La brutalité du monde est venue frapper aux portes du Château. De l’Ukraine à l’Iran, en passant par l’attaque barbare du 7 octobre 2023 en Israël et l’affirmation croissante d’une Chine portée par ses ambitions, le président et ses mousquetaires ont été appelés à œuvrer dans l’ombre, au cœur des jeux de puissance.

Emmanuel Macron y était préparé, lui qui manifeste depuis longtemps un vif intérêt pour les affaires clandestines. Contrairement à plusieurs de ses prédécesseurs, dont la conviction quant à l’utilité du renseignement institutionnalisé demeurait déficiente ou, au mieux, tiède. Après l’arrivée d’Emmanuel Macron rue du Faubourg-Saint-Honoré, les agents de la Coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le terrorisme (CNRLT) voient donc, avec étonnement, « leur revenir chaque semaine des dizaines de notes griffonnées du feutre bleu présidentiel ». Ils ont toute l’attention du patron.

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L’école Lee Kuan Yew

Je me suis longtemps demandé pourquoi Lee Kuan Yew suscitait une telle admiration chez tant de chefs d’État et autres personnalités de premier plan. Je pense ici notamment à Henry Kissinger et Tony Blair. Cette interrogation est demeurée en suspens jusqu’à ce que je mette la main sur la biographie que lui a consacrée l’ancien ambassadeur Bernard de Montferrand, Singapour : L’invention de Lee Kuan Yew (Tallandier). Déjà, l’association de la création d’un pays à un seul homme témoigne de la stature exceptionnelle du personnage. L’ouvrage retrace un parcours hors du commun dont les pages ont été écrites par une personnalité tout aussi singulière.

Après des études interrompues par la Seconde Guerre mondiale, ce fils de la diaspora chinoise prend la route de la Grande-Bretagne, où il est formé à Cambridge et à la London School of Economics. Pour tout dire, c’est « un pays qu’il admire profondément », et il ne dissimulera jamais une sincère anglophilie. De retour au pays, sa voie est tracée. La politique est sa vocation, la construction d’un État son destin. L’auteur – qui fut ambassadeur de France dans ce pays – rappelle à cet égard que « tout le « miracle » singapourien réside dans les années de lutte politique qui ont formé son « père fondateur » ».

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