« Xi Jinping est, hélas, le chef d’État actuel le plus impressionnant » – général Henri Bentégeat

Le Général (à la retraite) Henri Bentégeat (source: Alchetron)

Dans la foulée de ma recension de l’excellent livre Les ors de la République (Éditions Perrin) du général d’armée (à la retraite) Henri Bentégeat, j’ai soumis quelques questions à son attachée de presse. Très aimablement, il s’est empressé d’y répondre. C’est donc avec grand plaisir que je partage cet entretien avec vous.

Mon général, j’ai dévoré Les ors de la République avec énormément d’intérêt et de fascination. Vous y brossez un portrait fascinant des présidents François Mitterrand et Jacques Chirac. Mais comme vous avez naturellement côtoyé des chefs d’État étrangers, je me demandais lequel vous avait le plus impressionné et pourquoi?

Ayant côtoyé de nombreux chefs d’État, avec Jacques Chirac ou en tant que chef d’état-major des armées, j’ai quelque peine à désigner celui ou celle qui m’a le plus impressionné. Avant la campagne aérienne contre la Serbie qui a révélé son messianisme exalté, j’aurais volontiers cité Tony Blair, tant son enthousiasme souriant, sa simplicité et sa maitrise des dossiers me séduisaient. Je retiens donc plutôt Cheikh Zayed que j’ai rencontré au soir de sa vie. Celui qui présidait au destin des Émirats arabes unis, avait un charisme peu commun et sa sagesse proverbiale s’exprimait avec une douceur ferme et souriante, ouverte au dialogue sans céder sur l’essentiel. Chirac vénérait ce grand modernisateur respectueux des traditions et faiseur de paix.

Les présidents et leurs conseillers ayant pris goût à la disponibilité et à la discrétion du personnel militaire, le ministère de la Défense a été invité à détacher à l’Élysée des chauffeurs, des secrétaires, des maîtres d’hôtel et des rédacteurs pour le service du courrier…
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De Gaulle et Israël

PhotoBenGourionDeGaulle_NouvelObservateur
Le Premier ministre israélien David Ben Gourion et le président Charles de Gaulle (source: Nouvel Observateur)

Nous célébrerons dans quelques heures le 72e anniversaire de l’indépendance de l’État d’Israël, une célébration connue sous le nom de Yom Ha’atzmaut.

 

C’est donc un réel privilège pour moi de publier ici les réponses aux questions que j’ai adressées à l’historien et journaliste Éric Branca, lesquelles portaient principalement sur la relation – amicale, me permettrez-vous de le souligner – entre Charles de Gaulle et David Ben Gourion, premier Premier ministre d’Israël.

Je rappelle ici que M. Branca est l’auteur d’un livre passionnant, De Gaulle et les grands (publié par les Éditions Perrin) qui contient notamment un chapitre portant sur la relation fascinante entre les deux hommes d’État. Un livre à lire, absolument!

Voici le contenu de notre échange.

De Gaulle reconnaissait le génie politique de David Ben Gourion et appréciait Shimon Peres.

Après avoir lu De Gaulle et les grands, une conception qui m’habitait a été battue en brèche, celle suivant laquelle le Général était un politicien conservateur (je pense principalement à votre chapitre sur sa relation avec Jean XXIII). Selon vous, où se situerait-il aujourd’hui sur l’échiquier?

DeGaulleEtLesGrandsDe Gaulle n’était, par nature, ni conservateur ni progressiste, ou si vous préférez, il était les deux à la fois, ce qui revient au même. Comme président de tous les Français, il tenait pour son devoir d’emprunter ce qu’il y avait de meilleur dans les deux traditions politiques pour assurer le Salut public. Nul n’a mieux résumé sa propre position sur le sujet que lui-même, lors de son entretien télévisé du 15 décembre 1965 avec Michel Droit : « La France, c’est tout à la fois. Ce n’est pas la gauche, la France! Ce n’est pas la droite, la France! Naturellement, les Français, comme de tout temps, ressentent en eux des courants. Il y a l’éternel courant du mouvement qui va aux réformes, qui va aux changements, qui est naturellement nécessaire, et puis, il y a aussi un courant de l’ordre, de la règle, de la tradition, qui, lui aussi, est nécessaire. C’est avec tout cela qu’on fait la France. Prétendre faire la France avec une fraction, c’est une erreur grave, et prétendre représenter la France au nom d’une fraction, c’est une erreur nationale impardonnable. » 

Je m’intéresse beaucoup à l’histoire politique d’Israël. Et votre chapitre sur la relation de de Gaulle avec Ben Gourion fut un véritable délice. Vous évoquez, à la page 280, que le Général reconnaissait le génie politique et militaire du premier ministre israélien. Puisque je comprends que vous ne pouviez tout écrire dans votre livre (faute d’espace), accepteriez-vous de nous en dire plus à ce sujet?

Le génie politique de Ben Gourion s’est notamment manifesté dans l’affaire de l’Exodus, laquelle a plus fait pour la cause israélienne que tous les attentats de l’Irgoun.

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De Gaulle et les grands

DeGaulleEtLesGrandsMa fascination envers le Général de Gaulle est une vocation tardive. Pour tout dire, j’ai commencé à m’intéresser à lui un beau jour de septembre 2014, alors que je me trouvais dans un salon de barbier londonien et que j’ai fait la rencontre d’un anglais francophile dont la mère avait été la secrétaire du grand homme pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette agréable discussion a déposé en moi un grain qui allait germer au fil du temps.

À l’approche du 50e anniversaire de la disparition de l’homme du 18 juin, les publications à son sujet ne manquent pas et les éditions Perrin nous choient avec plusieurs titres aussi invitants les uns que les autres.

À cet égard, le sympathique journaliste et historien Éric Branca a piqué ma curiosité avec son dernier livre, De Gaulle et les grands. Parce qu’il campe le Général dans ses relations avec les autres grandes pointures de l’histoire contemporaine. Admirateur de Ben Gourion et de Kennedy, fasciné par Mao, toujours curieux de lire ce que les auteurs ont à dire au sujet de Roosevelt et Staline et irréductible de Churchill, je ne pouvais laisser ce livre trop longtemps sur ma liste de titres « à lire ». Y plonger était une gourmandise à laquelle je ne voulais pas résister.

Les relations internationales faisant partie de mes sujets de prédilection, Éric Branca m’a permis de relever à quel point de Gaulle était un réaliste (le terme revient à plusieurs reprises entre les couvertures), un pragmatique dans tous les sens du terme. À témoin, la citation suivante : « J’aime mieux voir à la tête du Parti communiste, un homme qui gardera toujours accrochée aux fesses la casserole de sa désertion plutôt qu’un authentique résistant […]. » J’ai trouvé ça délicieux.

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Le Général de Gaulle et le Président Nixon en 1969 (Source: Richard Nixon Foundation)

Mais de Gaulle était aussi un anticonformiste déclaré et assumé. C’est ainsi que l’homme d’État demeurait de glace devant les approches de Tito, puisque celui-ci était un usurpateur profitant des actions posées par « le vrai héros national », Draža Mihailović (que Tito fera liquider), celui « […] qui a fait perdre deux ou trois mois à la Wehrmacht au printemps 1941 (en utilisant les méthodes de la guérilla). Il a empêché les Allemands d’atteindre Moscou et Leningrad avant l’hiver. C’est peut-être lui qui a causé la perte de Hitler », selon le Général.

Ou encore la réponse du Général à son ambassadeur à Washington qui lui recommande de ne pas rencontrer le candidat à l’investiture républicaine en 1968, Richard Nixon, puisqu’on accorde à ce dernier bien peu de chances d’arriver premier au fil d’arrivée. Sur le télégramme apportant ce conseil, de Gaulle griffonne : « Je le recevrai donc. »

Je mentionne une dernière anecdote, probablement la plus savoureuse selon moi, au sujet de l’intervention du président français dans l’élection du successeur du pape Pie XII. Dès le lendemain du décès de celui-ci, il envoie l’avion présidentiel chercher l’ambassadeur français à Rome pour déterminer quel candidat répondra le mieux aux intérêts de l’Hexagone. C’est sur le patriache de Venise, le cardinal Roncalli, que se jette le dévolu de l’Élysée. Au dixième tour de scrutin, le parti français au Conclave parvient à faire pencher le résultat en faveur de celui qui deviendra le pape Jean XXIII. À lui seul, le chapitre consacré à la relation de de Gaulle avec l’initiateur du Concile Vatican II mériterait certainement un livre entier.

Chacun des chapitres du livre est rempli d’anecdotes similaires, qui viennent soutenir les affirmations de l’auteur quant aux principes géopolitiques et dispositions personnelles du Général.

Puisque ce pays effectue son ascension au rang de grande puissance, la relation entre de Gaulle et Mao représente un très grand intérêt actuellement. Je sais bien qu’il n’est pas évident de faire abstraction de la Covid-19, mais il serait peut-être approprié, en envisageant le long terme, de méditer ces paroles visionnaires du Général : « Un jour ou l’autre, peut-être plus proche qu’on ne croit, la Chine sera une grande réalité politique, économique et même militaire… » 50 ans plus tard, force est d’admettre que celui qui a couché cette formule sur papier avait très bien compris que les idéologies, qu’elles soient politiques ou commerciales, constituent une entrave à ce réalisme qui permet aux relations internationales de vivre dans un équilibre dont le monde a grand besoin. Plus que jamais.

Ce livre figure d’ores et déjà dans mon classement des meilleurs livres d’histoire. Parce qu’il dévoile comment un homme qui a toujours su que « le vrai courage est d’affronter les malheurs » a pris place parmi les grands. Incontestablement, de Gaulle figure parmi les grands, j’avancerais même parmi les plus grands.

Puisque le pragmatisme, le réalisme et le progressisme (à la Nixon et de Gaulle) sont des valeurs qui me rejoignent, Éric Branca a probablement fait naître un gaulliste en moi en nous offrant ce livre exceptionnel et opportun.

Sur ce, je vais maintenant placer L’ami américain : Washington contre de Gaulle 1940-1969 – un précédent livre de cet auteur – sur la liste des livres que je lirai prochainement. Je suis déjà impatient.

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Éric Branca, De Gaulle et les grands : Churchill, Hitler, Roosevelt, Staline, Tito, Adenauer, Jean XXIII, Houphouët-Boigny, Kennedy, Ben Gourion, Nasser, Nixon, Franco, Mao…, Paris, Perrin, 2020, 432 pages.

Je tiens à remercier sincèrement les Éditions Perrin de m’avoir offert un exemplaire du livre et pour leur amical soutien envers ce blogue.

Les douze piliers d’Israël

DouzePiliersIsrael« Je ne suis ni meilleur ni plus intelligent qu’aucun de vous. Mais je ne me décourage pas et c’est pourquoi le rôle de chef me revient. » – Theodor Herzl

La terre d’Israël m’a toujours captivé. Jeune écolier, l’une de mes professeurs passait son temps à parler de la Palestine, gommant systématiquement le nom d’Israël de son vocabulaire puisque ce pays n’existait pas selon elle. Un certain lundi matin, elle nous demanda, fidèle à son habitude, ce que nous avions fait durant la fin de semaine qui venait de se terminer. Lorsque mon tour arriva, je lui mentionnai que mon père m’avait acheté un Atlas géographique et que cela m’avait permis de découvrir qu’elle nous mentait éhontément puisqu’aucun pays répondant au nom de Palestine figurait sur la carte du monde. Je fus quitte pour une petite visite chez le bureau de la directrice, une vieille religieuse souriante et bien compréhensive qui s’est beaucoup amusée de mon sens de l’argumentation.

Plusieurs années plus tard, il m’a été donné de fouler le sol de ce pays à plusieurs reprises. Je me suis toujours senti choyé de pouvoir visiter le kibboutz de David Ben Gourion à Sdé Boker ou encore le Menachem Begin Heritage Center à Jérusalem. J’aurais tellement aimé aller me recueillir sur la tombe de Theodor Herzl ou Yitzhak Rabin, mais je n’en ai pas eu l’occasion – du moins pas jusqu’à maintenant.

J’étais donc enchanté de parcourir – dévorer serait un qualificatif plus juste – le dernier ouvrage de Georges Ayache, Les douze piliers d’Israël : Theodor Herzl, Haïm Weizmann, David Ben Gourion, Vladimir Jabotinsky, Menahem Begin, Golda Meir, Moshe Dayan, Abba Eban, Yitzhak Rabin, Ariel Sharon, Isser Harel, Shimon Peres. Ces hommes et cette femme ont non seulement permis l’avènement de ce pays en 1948, mais ils et elle en ont assuré la survie, l’épanouissement au prix de sacrifices exceptionnels – l’un d’entre eux, Yitzhak Rabin, ayant même consenti au sacrifice ultime en 1995 en tombant sous les balles d’un extrémiste alimenté par la droite religieuse.

À plusieurs reprises, Georges Ayache revient sur une qualité ayant habité la plupart d’entre eux, soit le pragmatisme. Pensons notamment à un Begin faisant la paix avec Sadate ou à Sharon qui décrète un retrait israélien unilatéral de la bande Gaza. Ou encore à Shimon Peres revêtant les habits de la colombe après avoir consacré des décennies à construire les forces armées israéliennes.

Il met également en évidence le fait que, dès avant sa naissance, Israël doit composer avec le double-standard réservé à un pays qui « […] avait commis le péché de survivre. » C’est ainsi que, durant le mandat britannique, « peu soucieux d’interrompre les violences perpétrées par les Arabes, ils [les représentants de Sa Gracieuse Majesté] semblaient en revanche obsédés par la recherche d’armes chez les sionistes. » Des années plus tard, après la guerre des Six-Jours, « […] personne, à l’étranger, ne se souciait des violations permanentes du cessez-le-feu par les Égyptiens; en revanche, chacun scrutait à la loupe les réactions israéliennes, qualifiées mécaniquement d’« excessives » ou de « disproportionnées ». Comme quoi rien n’a vraiment changé…

Cela dit, le livre nous permet de constater à quel point l’esprit de plusieurs de ces figures fondatrices était empreint d’une anglophilie surprenante, si l’on prend en considération l’attitude de Londres par rapport au Yishouv. Que ce soit en apprenant que Jabotinsky s’est vu remettre la prestigieuse distinction de Member of the British Empire (MBE) « […] pour services rendus » for king and country, en lisant que Menachem Begin avait offert du thé aux policiers du NKVD venus l’arrêter chez lui à Wilno, en se régalant de lire que Abba Eban était accouru à la librairie Foyle’s sur la rue Charing Cross à Londres (un endroit mythique et légendaire pour tout bon féru de lecture qui se respecte) pour dénicher des livres à propos de l’ONU ou en s’étonnant de découvrir que Ben Gourion « […] préférait les méthodes classiques de l’armée anglaise ». Le britannophile en moi était très heureux de recueillir ces perles déposées à plusieurs endroits entre les couvertures.

Inévitablement, la question se pose à savoir lequel de ces douze piliers retient ma faveur personnelle. Bien que je sois pris d’une affection historique pour plusieurs, pour ne pas dire presque tous, je dirais que Moshe Dayan est celui qui m’a le plus marqué.

Après qu’il eut perdu un œil en Syrie en juin 1941, à la tête d’une compagnie spéciale au service des forces britanniques, « sa mise à l’écart et, surtout, sa nouvelle apparence physique, défigurée par un bandeau noir de pirate lui barrant le visage, le démoralisèrent. » « Sa traversée du désert dura de 1941 à 1948 », mais il persévéra et parvint à surmonter son handicap pour devenir une véritable légende, transformant un point faible en une force redoutable. De quoi faire sourire Sun Tzu.

Au final, les éditions Perrin doivent être remerciées d’avoir publié ce livre, qui fait non seulement partie des meilleurs au sujet de l’histoire d’Israël selon moi, mais qui permet également de mieux comprendre ces onze hommes et cette femme qui ont posé les fondations de l’un des pays les plus fascinants – et résilient – du monde.

Je sais que l’actuel Premier ministre d’Israël ne correspond pas aux critères de Georges Ayache dans le portrait qu’il brosse des 12 piliers, parce qu’il n’est pas associé au moment charnière de 1948 (il est né en octobre 1949), mais je serais quand même curieux de savoir ce que Georges Ayache aurait à dire et écrire au sujet de Benjamin Netanyahou.

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Georges Ayache, Les douze piliers d’Israël : Theodor Herzl, Haïm Weizmann, David Ben Gourion, Vladimir Jabotinsky, Mehahem Begin, Golda Meir, Moshe Dayan, Abba Eban, Yitzhak Rabin, Ariel Sharon, Isser Harel, Shimon Peres, Paris, Perrin, 2019, 429 pages.

Je tiens à exprimer ma plus vive reconnaissance aux représentants de Interforum Canada qui m’ont généreusement offert un exemplaire de ce livre, ainsi qu’aux gens des éditions Perrin pour leur précieuse collaboration. Un blogueur ne pourrait espérer mieux.