Le jour où Gorbatchev a perdu

C’était il y a 31 ans. J’étais sur le point de débuter mes études collégiales, antichambre de l’université au Québec. Déjà féru d’actualité politique internationale, tout ce qui concernait Mikhaïl Gorbatchev me captivait. J’aurais le privilège de le rencontrer plus tard, mais c’est une autre histoire. Toujours est-il qu’en ce beau jour du mois d’août 1991, je fus bouleversé d’apprendre qu’on venait d’initier un putsch contre ce leader que j’admirais.

Toutes les heures, je téléphonais à la salle de réaction de mon journal local pour m’enquérir des nouvelles à ce sujet… Nous n’avions ni CNN, ni l’Internet à cette époque. Le généreux directeur de la salle de réaction, Pierre-Yvon Bégin, me répondait toujours avec affabilité et générosité. Il m’avait même offert des photos de Gorbatchev. En souvenir, au cas où…

Ce 19 août 1991 est toujours resté gravé dans ma mémoire, parce qu’il constituait selon moi un point de rupture. Avec le temps, je mesure à quel point ce moment fatidique scella le destin non seulement de Gorbatchev, mais également de Boris Eltsine et aussi, dans une certaine mesure, du jeune Vladimir Poutine qui allait apprendre de cette période fatidique comment ne pas faire de politique dans son pays.

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Poutine parmi les loups

Durant mes études universitaires, un professeur de relations internationales a émis un jour une observation qui m’est demeurée à l’esprit. À un collègue qui lui demandait une suggestion de lecture biographique à propos du président Nixon, le professeur lui avait conseillé le premier tome de la trilogie que lui avait consacré l’historien réputé Stephen E. Ambrose. Devant notre étonnement face à cet éloignement des hauts faits internationaux du grand personnage pour nous diriger vers les pâquerettes de la jeunesse, l’érudit personnage rétorqua que les clés pour comprendre la personnalité et les agissements de tout grand personnage se trouvent dans l’enfance et la jeunesse.

À cet égard, L’Engrenage (Albin Michel) de Sergueï Jirnov, un ancien officier supérieur du KGB, offre aux lecteurs un portrait décapant qui permet de mieux saisir la personnalité de Vladimir Poutine. Comparativement à la majorité des observateurs qui se prononcent au sujet du président russe, l’auteur a « […] croisé la route de Poutine à plusieurs reprises dans le passé. » Il est aussi l’un des rares « […] à l’avoir rencontré quand il n’était encore personne » et à témoigner ouvertement de son expérience et de ses impressions.

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True heroism can’t be found in the absence of risk

I discovered Admiral (US Navy – retired) James Stavridis as an author at the beginning of the pandemic two years ago. This warrior-intellectual always amazes me by the depth of his thought and the finesse of his writing style. His last book, To Risk It All: Nine Conflicts and the Crucible of Decision (Penguin Press) depicts nine characters – 8 men and 1 woman – who left their mark on US military history.

You can almost hear the lyrics of the US Marines hymn and its reference to the shores of Tripoli when you read about Lieutenant Stephen Decatur’s expedition in North Africa to save US Navy comrades detained by pirates and you want to watch Captain Philips with Tom Hanks another time after completing the chapter devoted to Rear Admiral Michelle Howard who was in command of the successful rescue operation in the Gulf of Aden.

But my favorite – by far – was Cook Third Class Doris “Dorie” Miller. If there is one chapter I would love to see the author expand in a whole book, the life and lessons of that exceptional warrior would be my choice. Think about it for a moment. You’re an African-American and you enlist in the US Navy to better support your family, seeking advancement out of the segregationist South. But you must still endure sanctioned racism. Admiral Stavridis reminds the reader that “the high-tech specialties of communication, gunnery, navigation, and engineering were closed to African Americans; in fact, the only jobs they were permitted to do were cooking, cleaning, and serving as valets for the senior officers in the ships.”

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De la solidité du système Poutine

Igor Setchine et le président russe Vladimir Poutine (source: The Moscow Times)

Il y a deux semaines, un article paru dans The Telegraph rapportait les propos du chef d’état-major de la Défense de la Grande-Bretagne, Sir Tony Radakin, selon lequel ceux et celles qui prétendent que le président russe Vladimir Poutine serait affligé d’une santé en détérioration ou serait potentiellement la cible d’une tentative d’assassinat se bercent d’illusion. Dit autrement, le grand patron du Kremlin est toujours bien en selle.

Un argument renforcé à la lecture d’une étude récente de l’Ifri (l’Institut français des relations internationales) sous la plume du chercheur Régis Genté, lequel est également coauteur de la biographie Volodymyr Zelensky – Dans la tête d’un héros (Robert Laffont) que je recenserai bientôt sur cette page. C’est ainsi que Cercles dirigeants russes : Infaillible loyauté au système Poutine? dresse la carte du système planétaire qui gravite autour de l’astre russe.

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Pour Kissinger, le désordre est le mal absolu

À 99 ans, son esprit et sa plume demeurent toujours aussi aiguisés. Henry Kissinger distille son expertise aguerrie des relations internationales et, malgré les controverses suscitées comme lorsqu’il conseillait que l’Ukraine devienne « […] un État-tampon entre la Russie et l’Union européenne », ses lumières sont toujours aussi éclairantes parce qu’elles sont dénuées de l’émotion chevillée au corps de la « tyrannie de l’instant ».

Henry Kissinger m’accompagne intellectuellement depuis mes années universitaires, alors que je me plongeais dans son livre-phare Diplomatie et que je partais à la recherche de sa dernière tribune. Nous n’avions pas accès aux banques de données à cette époque. L’exercice n’était donc pas aussi simple et rapide qu’aujourd’hui. Il ne cesse depuis de me fasciner et je prête toujours une oreille très attentive à ses propos.

J’étais donc extrêmement heureux de plonger le nez dans la biographie que lui a récemment consacré le diplomate français Gérard Araud. Henry Kissinger : le diplomate du siècle (Éditions Tallandier) propose un tour d’horizon solide de la vie, de la pensée et de l’oeuvre du grand homme. Alors que l’Holocauste frappe son Allemagne natale, l’adolescent juif de 15 ans arrive avec sa famille aux États-Unis en août 1938. C’est le début d’un parcours exceptionnel qui verra le jeune académique s’épanouir dans les cercles du pouvoir américain après la Seconde Guerre mondiale.

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Pierre Poilievre and the Canadian Conservatives are very, very far away from being like the US Republicans

Stephen Marche (source: stephenmarche.com)

Following the publication of my recent review of his excellent, penetrating, but preoccupying book The Next Civil War: Dispatches from the American Future (Avid Reader Press / Simon & Schuster), Canadian essayist and novelist Stephen Marche kindly accepted to answer a few questions for this blog. It is therefore with tremendous pleasure that I share the content of our exchange.

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BookMarc: Mr. Marche, you present a gloomy portrait of the threats that America might well be confronted to in a near future. Between the 5 scenarios you envision, which one is the most likely in your opinion and why?

Stephen Marche: Well, I would say that a version of the first scenario—about a united right that rallies over a bridge—has sort of already happened. I don’t really think that one is more likely than another. I prided myself in the book about being very specific about the limits of the models I used to write the pieces. Some, like the environmental models, are incredibly strong. Others, like the economic models, aren’t worth the paper they’re written on. But I give the best available models in each case.

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The financier who exposed Vladimir Putin

Six years ago this week, Turkish President Recep Tayyip Erdogan survived a coup launched by a faction of the Armed Forces. The statesman mobilized his supporters, enjoining them to resist the coup, by using the FaceTime app on his iPhone. At the time, I was impressed by the powerful impact of such a small tool in creating such a momentous outcome.

I was reminded of that story while reading Bill Browder’s book Freezing Order: A True Story of Money Laundering, Murder and Surviving Vladimir Putin’s Wrath (Simon & Schuster), not only because of the cruciality of knowing how to use the modern tools of communications, but also because there is a huge price to pay when you confront an autocrat.

Bill Browder can attest to that.

The author of Freezing Order is an American-born financier (now living in the UK) and founder of Hermitage Capital Management who has been active in Russia between 1996 and 2008. In June 2008, one of his lawyers, “[…] Sergei Magnitsky, discovered that […] criminals had used our stolen companies and their fake claims to apply for a fraudulent $230 million tax refund.” That’s where the roller coaster ride that is this book begins.

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Le chaos, cet allié de Vladimir Poutine

Mais quelle mouche a bien pu piquer Vladimir Poutine? Telle est la question que je me posais au matin du 24 février 2022, agglutiné que j’étais aux informations et reportages continus diffusés sur CNN. Depuis des années, je m’intéresse au président russe et à la dynamique géopolitique qu’il a instauré dès son entrée en fonction. Le livre d’Isabelle Mandraud et Julien Théron, Poutine, la stratégie du désordre (Tallandier) m’apparaissait comme contribuant à répondre aux nombreuses questions qui se bousculaient dans mon esprit en cette froide matinée.

« La violence est constitutive de la présidence de Vladimir Poutine », exposent les auteurs. On pourrait même ajouter qu’elle est en filigrane de l’histoire de la Russie depuis des siècles. L’âme russe s’est forgée au son des épées, dans le bruit des canons et le sacrifice de la boue et du sang des champs de bataille. Lors de mes deux séjours à Moscou, j’avais été frappé par l’importance de l’héritage militaire de ce pays en sillonnant les expositions du musée de la guerre patriotique de 1812 à quelques pas du Kremlin et le musée de la Victoire consacré à la Deuxième Guerre mondiale.

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De Gaulle aurait condamné sans appel l’intervention russe en Ukraine

Le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev en compagnie du Général de Gaulle (source Histoire & Civilisations)

J’ai récemment eu le privilège d’adresser quelques questions à l’historien et auteur de renommée internationale Éric Branca, dans le contexte de la guerre en Ukraine. Avec un retard pour lequel je suis désolé, il me fait grand plaisir de publier aujourd’hui cet entretien qui soulève des aspects éclairants.

Voici donc le contenu de notre échange.

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BookMarc : Monsieur Branca, sans vouloir tomber dans l’imprudence d’une conjecture, disposons-nous d’indices pour savoir comment de Gaulle aurait réagi à la suite de l’invasion de l’Ukraine le 24 février dernier?

Éric Branca : Il est toujours périlleux de faire parler les morts ou de dire ce qu’ils auraient fait, mais il est relativement simple de savoir ce qu’ils n’auraient pas fait, sachant ce qui a constitué la logique profonde de leur existence et de leur action, en l’occurrence l’indépendance de la France et sa mise au service de la paix en luttant contre les empires.

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How America Could Fall

There has always been a soft spot for the United States in my heart. When I was about 10 years old, I uninstalled my parents’ clothesline to attach a flag of the United States on July 4th. I sensed my father was upset, but he said nothing, probably because he was somehow impressed with my audacity. A few decades later, my feeling of admiration and appreciation remained intact, and it was important for me to visit the Gettysburg National Military Park – which commemorates the most iconic battle of the Civil War during which approximately 50 000 soldiers became casualties. During those captivating pilgrimages on the battlefield, I remember the comfort I felt in my heart that such an occurrence would not happen again. America, I like to think, will remain a beacon of the values to which I am attached for many decades to come. And I guess my heart would like to believe it will be centuries…

But the last few years have considerably shaken this conviction. You may think I’m talking about Donald Trump’s election on November 8, 2016, and you are partially right. The events that occurred on January 6, 2021, were a formidable earthquake. I would never have believed anyone predicting those terrifying images of hooligans storming the US Capitol – the very seat of American democracy. Never. But here we were.

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