De Gaulle aurait condamné sans appel l’intervention russe en Ukraine

Le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev en compagnie du Général de Gaulle (source Histoire & Civilisations)

J’ai récemment eu le privilège d’adresser quelques questions à l’historien et auteur de renommée internationale Éric Branca, dans le contexte de la guerre en Ukraine. Avec un retard pour lequel je suis désolé, il me fait grand plaisir de publier aujourd’hui cet entretien qui soulève des aspects éclairants.

Voici donc le contenu de notre échange.

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BookMarc : Monsieur Branca, sans vouloir tomber dans l’imprudence d’une conjecture, disposons-nous d’indices pour savoir comment de Gaulle aurait réagi à la suite de l’invasion de l’Ukraine le 24 février dernier?

Éric Branca : Il est toujours périlleux de faire parler les morts ou de dire ce qu’ils auraient fait, mais il est relativement simple de savoir ce qu’ils n’auraient pas fait, sachant ce qui a constitué la logique profonde de leur existence et de leur action, en l’occurrence l’indépendance de la France et sa mise au service de la paix en luttant contre les empires.

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« L’invasion de l’Ukraine par la Russie complique les choses pour Xi Jinping » – Jean-Pierre Cabestan

Source: Financial Times

Dans la foulée de ma recension de son dernier livre, le sinologue réputé Jean-Pierre Cabestan, qui est professeur de sciences politiques à la Hong Kong Baptist University, a généreusement accepté de m’accorder une entrevue. Étant donné sa longueur, j’ai décidé de la publier en deux parties.

Puisqu’il y est question de la Chine et de l’impact de la guerre en Ukraine sur les relations entre Pékin et Washington, ses observations mettent en lumière une dynamique incontournable dans les relations internationales.

Voici le contenu de notre échange.

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Professeur Cabestan, dans votre excellent livre Demain la Chine : guerre ou paix?, vous évoquez souvent la notion de « passion et de poudre ». Nous en observons actuellement une manifestation ailleurs sur le globe, en Ukraine. Quelle est votre lecture de l’attitude de la Chine dans la guerre initiée par Moscou en Ukraine? Pensez-vous que l’attitude du Kremlin vient brouiller les cartes pour Xi Jinping?

L’invasion de l’Ukraine par la Russie complique les choses pour Xi Jinping, et pas seulement à propos de Taiwan. Elle montre que le passage du seuil de la guerre a de multiples conséquences, souvent incalculables, et peut déclencher une escalade, voire une nucléarisation du conflit, également difficilement prévisible et contrôlable.

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« Dans ce poker armé, Vladimir Poutine sait que les puissances occidentales n’ont pas grand-chose dans leur jeu » – Michel Goya

Un militaire russe en opérations. (source: Al Jazeera)

À la lumière des tensions actuelles entre l’Ukraine et la Russie et d’un potentiel bruit de canons à l’horizon, il m’est apparu approprié de m’entretenir avec l’un des meilleurs spécialistes des affaires militaires contemporaines, le colonel (retraité) Michel Goya. Cet historien et auteur prolifique dont la renommée internationale n’est plus à faire a généreusement accepté de répondre à mes questions. Voici le contenu de notre échange.

Tout semble indiquer que l’on se trouve ici devant une opération de pression par la démonstration de forces, à la manière du blocus de Berlin en 1948.

Colonel Goya, merci infiniment d’accepter de répondre à mes questions. D’entrée de jeu, quelle est votre lecture des informations selon lesquelles la Russie envahirait l’Ukraine dans quelques jours, aussitôt que ce mercredi selon certaines sources?

C’est peu probable. Actuellement, la Russie peut envahir l’Ukraine quand elle veut et si c’est ce qu’elle veut, ce que je ne crois pas, elle le fera selon son agenda. Il faut bien comprendre qu’une telle invasion n’est pas du tout dans la pratique russe. La culture stratégique russe est toujours celle du risque très calculé. Qu’il s’agisse d’opérations froides (sans combat) ou chaudes (avec combat), les Russes agissent surtout par surprise de façon à laisser l’adversaire devant le fait accompli. Lorsqu’ils agissent de manière visible en jouant sur la masse pour réduire les risques, cela signifie qu’ils estiment qu’il n’y aura pas de réaction extérieure. On notera que le calcul n’empêche pas l’erreur d’appréciation et que surtout que l’on peut changer d’habitude, mais tout semble indiquer que l’on se trouve ici devant une opération de pression par la démonstration de forces, à la manière du blocus de Berlin en 1948. Pour parler familièrement, le saut dans l’inconnu, et une invasion de l’Ukraine serait un grand saut dans l’inconnu, n’est pas le genre de la maison Russie. J’espère ne pas me tromper.

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Vladimir Poutine est un pur produit de l’histoire de la Russie

Si je vous demandais de me dire quel dirigeant russe a prononcé les paroles suivantes: « Pour défendre mes frontières, je n’ai d’autre choix que de les étendre », il y a fort à parier que vous penseriez qu’il s’agit de Vladimir Poutine. Après tout, ne lui impute-t-on pas actuellement – et peut-être à bon droit – des desseins guerriers en Ukraine? Mais cette citation provient de Catherine II, dite la Grande (1729-1796), celle-là même qui « […] prit le sud de l’Ukraine et annexa à la Russie la dépendance ottomane de Crimée en 1783, ce qui aura des répercussions historiques jusqu’au XXIe siècle. » Qui a dit que l’histoire ne se répète pas?

Extraites de la Brève histoire de la Russie : Comment le plus grand pays du monde s’est inventé de l’historien britannique Mark Galeotti, ces citations permettent de comprendre les principaux ressorts de l’histoire politique de ce pays aussi captivant que mystérieux.

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« Le déploiement de vaccins au Canada est l’opération la plus complexe et sensible à laquelle j’ai participée. » – Mgén Dany Fortin

Le Major-général Dany Fortin (source: Forces armées canadiennes)

Originaire de Montmagny et diplômé du Collège militaire royal Saint-Jean (CMR), le Major-général Dany Fortin est actuellement vice-président de la logistique et des opérations à l’Agence de la santé publique du Canada depuis le 27 novembre 2020. À ce titre, il est en charge des opérations de distribution des vaccins pour lutter contre la Covid-19 à travers le pays.

Sa longue feuille de route l’a notamment mené à servir sur les théâtres d’opération en Bosnie et en Afghanistan. Détenteur d’une maîtrise en arts et sciences militaires du Collège de commandement et d’état-major général de l’Armée américaine (CGSC) à Fort Leavenworth, Kansas (États-Unis). En 2017, il a été affecté au Bureau du Conseil privé (le saint des saints du gouvernement fédéral) à Ottawa, à titre de directeur des opérations au secrétariat de la politique étrangère et de défense. En 2018-2019, il a dirigé la mission de l’OTAN en Irak.

Le Major-général Fortin est, en quelque sorte, celui qui fournit les minutions aux provinces pour vaincre la pandémie, un vaccin à la fois. Un leader très bien outillé pour mener ce combat.

Malgré un horaire surchargé et d’énormes responsabilités, le Major-général Fortin a néanmoins accepté de répondre à mes questions. Et c’est avec grand plaisir que je partage avec vous le contenu de cet entretien exclusif.

Face à une demande mondiale grandissante et des défis de production chez tous les manufacturiers, les quantités de vaccins et les calendriers de livraison nécessitent une coordination étroite et sans relâche avec toutes les parties prenantes.

Major-général Fortin, pourriez-vous me dire ce qui, dans votre carrière militaire, vous a le mieux préparé à ce que vous accomplissez actuellement?

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Le char Armata confère un avantage aux Russes

 

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Le char d’assaut russe Armata (T-14).

Sous la plume de sa journaliste Deborah Haynes et alimenté par des sources militaires britanniques, le quotidien londonien The Times nous apprend aujourd’hui que les forces russes jouiraient désormais d’un atout de premier plan sur le champ de bataille.

C’est ainsi que le char d’assaut Armata (T-14) représenterait le changement le plus révolutionnaire depuis les 50 dernières années, au niveau de sa conception. Réputé être plus léger, plus rapide, muni d’un système de détection des menaces à 360 degrés et fort du fait que sa tourelle ne nécessite pas la présence d’un membre d’équipage – ce qui accroit la sécurité des membres d’équipage –, et une portée de feu supérieure à celle de ses vis-à-vis occidentaux, le Armata « offre aux Russes un avantage technique et tactique manifeste qui les rendra confiants » selon l’article.

On rappelle également que la flotte russe est 35 fois plus importante que celle des Britanniques et que la réponse du ministère de la défense du Royaume-Uni à ces développements de la technologie militaire russe n’est probablement pas appropriée à la situation.

Naturellement, une armée a besoin de plus que de bons chars d’assaut pour remporter la mise sur le champ de bataille. Mais c’est un atout de premier plan dont les décideurs occidentaux devraient prendre en considération.

Au temps de la guerre froide, les Américains avaient compris qu’un investissement massif dans le secteur des forces armées contribuerait à faire plier les genoux de Moscou. Dans un contexte où les gouvernements de l’OTAN peinent à convaincre l’opinion publique de l’importance et de la nécessité de consacrer une enveloppe budgétaire plus importante à ce secteur pour parer à toute menace, il semblerait que le maitre du Kremlin ait tiré un enseignement de cet épisode de l’histoire contemporaine.

Quand la Pologne insulte la France

militairefrancais2Je ne suis pas le moins du monde étonné de lire cet article de zone militaire au sujet du récent camouflet infligé par Varsovie à la France dans le dossier de la vente des hélicoptères de manœuvre H225M Caracal.

Mais ce qui est encore plus étonnant – et positivement – c’est l’attitude du gouvernement français dans le dossier, puisque « […] cette brouille avec Varsovie n’aura aucune incidence sur la participation des forces françaises aux mesures de réassurance prises en faveur de la Pologne et des pays baltes par l’Otan […] ».

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ont de la classe, les Français. Beaucoup même.

On le sait, la Pologne ne rate jamais une occasion d’invectiver les Russes et de leur imputer les pires maux de la terre. Dans une certaine mesure, cette posture peut s’expliquer par la relation historique entre les deux pays. Cela étant dit, Varsovie devrait changer de répertoire dans ses relations avec ses amis et alliés de l’OTAN. Les affronts sont rarement de bons gages de relations fructueuses, durables et solides.