Talleyrand ou le triomphe de l’esprit

Les périodes de grands bouleversements se ressemblent en ce qu’elles appellent des caractères bien trempés et singuliers. Nul besoin d’être grand devin pour comprendre que nous en traversons une actuellement, ce qui rend la convocation du passé encore plus pertinente. Dans sa récente biographie consacrée à ce personnage, publiée chez Perrin, l’historien Charles-Éloi Vial constate que « des individus tels que Talleyrand s’épanouissent dans les périodes de troubles, où la destruction d’un ordre ancien s’accompagne d’immenses changements et de multiples chances pour les audacieux. » Il n’allait pas rater sa chance.

Comparativement à un Napoléon dont l’ambition et la détermination se devinaient au premier contact, rien ne laissait prédestiner Charles Maurice de Talleyrand-Périgord à un destin d’exception. Souffrant d’une malformation congénitale du pied, ce qui lui vaudra le surnom péjoratif de « Diable boîteux », Talleyrand n’était pas taillé dans le marbre des centurions qui se distinguent sur le champ de bataille, mais dans celui des manœuvriers de cabinet. À cet égard, il se distingue dans une catégorie peu égalée.

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Pour Kissinger, le désordre est le mal absolu

À 99 ans, son esprit et sa plume demeurent toujours aussi aiguisés. Henry Kissinger distille son expertise aguerrie des relations internationales et, malgré les controverses suscitées comme lorsqu’il conseillait que l’Ukraine devienne « […] un État-tampon entre la Russie et l’Union européenne », ses lumières sont toujours aussi éclairantes parce qu’elles sont dénuées de l’émotion chevillée au corps de la « tyrannie de l’instant ».

Henry Kissinger m’accompagne intellectuellement depuis mes années universitaires, alors que je me plongeais dans son livre-phare Diplomatie et que je partais à la recherche de sa dernière tribune. Nous n’avions pas accès aux banques de données à cette époque. L’exercice n’était donc pas aussi simple et rapide qu’aujourd’hui. Il ne cesse depuis de me fasciner et je prête toujours une oreille très attentive à ses propos.

J’étais donc extrêmement heureux de plonger le nez dans la biographie que lui a récemment consacré le diplomate français Gérard Araud. Henry Kissinger : le diplomate du siècle (Éditions Tallandier) propose un tour d’horizon solide de la vie, de la pensée et de l’oeuvre du grand homme. Alors que l’Holocauste frappe son Allemagne natale, l’adolescent juif de 15 ans arrive avec sa famille aux États-Unis en août 1938. C’est le début d’un parcours exceptionnel qui verra le jeune académique s’épanouir dans les cercles du pouvoir américain après la Seconde Guerre mondiale.

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