Talleyrand ou le triomphe de l’esprit

Les périodes de grands bouleversements se ressemblent en ce qu’elles appellent des caractères bien trempés et singuliers. Nul besoin d’être grand devin pour comprendre que nous en traversons une actuellement, ce qui rend la convocation du passé encore plus pertinente. Dans sa récente biographie consacrée à ce personnage, publiée chez Perrin, l’historien Charles-Éloi Vial constate que « des individus tels que Talleyrand s’épanouissent dans les périodes de troubles, où la destruction d’un ordre ancien s’accompagne d’immenses changements et de multiples chances pour les audacieux. » Il n’allait pas rater sa chance.

Comparativement à un Napoléon dont l’ambition et la détermination se devinaient au premier contact, rien ne laissait prédestiner Charles Maurice de Talleyrand-Périgord à un destin d’exception. Souffrant d’une malformation congénitale du pied, ce qui lui vaudra le surnom péjoratif de « Diable boîteux », Talleyrand n’était pas taillé dans le marbre des centurions qui se distinguent sur le champ de bataille, mais dans celui des manœuvriers de cabinet. À cet égard, il se distingue dans une catégorie peu égalée.

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Le réalisme de Donald Trump

Je suis plongé depuis quelques jours dans la biographie de Turenne, ce grand capitaine qui figurait parmi les figures héroïques qui ont inspiré Napoléon, par Arnaud Blin. L’auteur y expose que la formation de son sujet a coïncidé « avec l’apogée du « siècle de fer », période allant du milieu du XVIe siècle à la seconde moitié du XVIIe siècle », une époque faste dans l’histoire de la polémologie. Observant, dans une lecture collée sur l’actualité, le glissement du monde vers ce qu’il qualifie de « logiques impériales », Dominique de Villepin écrit, dans son dernier ouvrage Le Pouvoir de dire non, que « nous sommes entrés dans un nouvel âge de fer ». Quatre siècles séparent la vie de Turenne du parcours de l’ancien premier ministre français, mais la compréhension de la géopolitique qui tient les rênes de la gouvernance du monde n’a rien perdu de son importance — de sa nécessité.

Les rayons des librairies sont bien garnis de toutes ces couvertures qui affichent le mot géopolitique. Dans le contexte actuel, c’est à la fois pertinent et vendeur. Étant moi-même féru du sujet, j’y succombe volontiers. L’un des meilleurs titres qu’il m’a été donné de dévorer récemment est le Nouveau dictionnaire amoureux de la géopolitique (Plon), d’Hubert Védrine, qui fut aux premières loges de la vie internationale auprès du président François Mitterrand — en tant que proche conseiller — puis de Jacques Chirac, comme ministre des Affaires étrangères durant la cohabitation avec Lionel Jospin.

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