L’hiver de Napoléon

Hiver1814

« Son corps alourdi n’était qu’apparence. Il sentait ses 20 ans couler dans ses veines. »

Quelques mois après la campagne de Russie (1812) et la funeste bataille de Leipzig (1813), Napoléon est pourchassé par ses ennemis et engagé dans une lutte pour sa survie. Pour la première fois depuis ses débuts, le virtuose de la bataille voit l’adversaire envahir son pays. Même si « l’empereur français n’avait pas beaucoup d’hommes, encore moins de chevaux, et pas assez de canons, le nom de Grande Armée semblait renaître dans l’hiver champenois avec le renom de son chef. »

Sous une plume alerte, Michel Bernard invite la lectrice ou le lecteur à suivre celui qui « […] s’était taillé son uniforme de général à coups de sabre » sur les sentiers de l’Hiver 1814, dans sa voiture « à la lumière d’une lanterne », bivouaquant dans les presbytères ou remettant une importante somme d’argent à des religieuses dévouées afin qu’elles puissent poursuivre leur mission salvatrice auprès des victimes des hostilités.

Cette véritable épopée se voulait non seulement une tentative désespérée pour remporter sur le terrain les gains nécessaires à la survie du régime dans les négociations face aux Alliés russes, prussiens et autrichiens, mais c’est aussi un véritable retour dans le temps pour celui qui avait passé une partie de sa jeunesse à l’École militaire de Brienne, sur cette terre enneigée et empreinte de nostalgie où se déroulaient maintenant les combats.

La « légende en redingote grise » (le propos de Michel Bernard est fréquemment émaillée de ces formules délicieuses qui rendent l’histoire captivante) aura beau avoir conquis une partie de l’Europe et inévitablement causé beaucoup d’insomnie aux têtes couronnées déstabilisées par sa présence, il n’en demeure pas moins que c’est un ancien maître d’étude à Brienne, le père Henriot, un curé de paroisse, qui lui servit de guide à un certain moment. Comme pour donner raison à François Mitterrand qui affirmait que nous n’avons jamais que le pays de notre enfance.

La lecture de l’histoire-bataille peut souvent s’avérer fastidieuse (j’ai laissé en plan plusieurs de ces récits), puisqu’il s’agit principalement de mouvements, d’unités et d’une trajectoire qui peut s’avérer hermétique. Et la plume trop mécanique de certains auteurs permet difficilement de s’y plonger facilement. Il n’en est rien ici, puisque l’auteur nous invite à observer la psychologie d’un chef de guerre luttant d’abord contre une « défaite inéluctable », avant de jeter la serviette à Fontainebleau lorsque tous les espoirs se sont évanouis. Entre les couvertures, on ressent le froid, la fatigue et le stress accablant celui à qui la fortune avait cessé de sourire. On peut également mesurer l’ampleur de sa détermination, on pourrait même dire son acharnement, devant le sort des armes qui lui était nettement défavorable sur papier. Parce que la guerre, Napoléon le savait mieux que quiconque, se gagne sur le terrain.

Sur une note personnelle, j’avoue ne jamais avoir été un grand admirateur de Napoléon dans le passé – bien au contraire. Cette disposition a évolué au fil du temps, notamment grâce à l’historien britannique Andrew Roberts, avec pour résultat que je suis maintenant toujours impatient de mettre la main sur les bonnes feuilles qui sont écrites et publiées à son sujet. Et la capacité narrative exceptionnelle de Michel Bernard a fait en sorte que je me suis surpris à souhaiter, tout plongé que j’étais dans ces mois fatidiques du début de l’année 1814, à pratiquement souhaiter une victoire de l’Empereur des Français.

Dans les faits, est-ce que cela aurait été possible? La question me taraude…

Pour l’heure, je conclurai en disant que ce fut un moment de lecture tout à fait exceptionnel, bien que trop bref à mon goût. Je recommande chaudement cette incursion dans la geste napoléonienne à tous les férus d’histoire souhaitant apprécier les rebondissements d’une campagne militaire annonciatrice de l’exil et du retour qui se soldera par la défaite ultime de Waterloo.

Ça y est, on peut dire que je suis maintenant envoûté par Napoléon. J’aimerais bien que Michel Bernard reprenne la plume à son sujet.

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Michel Bernard, Hiver 1814: Campagne de France, Paris, Perrin, 2019, 240 pages.

Je tiens à exprimer ma profonde reconnaissance envers Interforum Canada de m’avoir gracieusement offert un exemplaire du livre et aux gens des éditions Perrin à Paris pour leur précieuse et généreuse collaboration.

Le génie en guerre

ClaudeQuetelOperationsWW2« La guerre n’est jamais avare de nouvelles inventions », d’écrire l’historien Claude Quétel dans son dernier livre Les opérations les plus extraordinaires de la Seconde Guerre mondiale. J’oserais pousser la note en ajoutant « et d’audace » à cette formule, tellement les stratèges et leurs exécutants y sont allés de prouesses souvent inimaginables durant ces hostilités.

Ces 400 pages m’ont donné l’impression que l’auteur a pris la plume spécialement pour moi. D’abord parce que je suis un fan fini de Ian Fleming et de James Bond, j’ai toujours été fasciné par tout ce qui entoure les opérations spéciales et j’ai eu le privilège de visiter certains lieux décrits entre les couvertures du livre.

Je conserverai toujours un souvenir impérissable de cette journée d’été passée à Zagan, localité polonaise située à environ 200 km de Berlin et 400 km de Varsovie, lien emblématique où était localisé le célèbre camp allemand de prisonniers de guerre Stalag Luft III – immortalisé dans le long métrage La grand évasion (The Great Escape) (1963), mettant en vedette Steve McQueen, Richard Attenborough, Charles Bronson et James Donald pour ne citer que ces noms-là.

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Photo prise au-dessus du nom du Squadron Leader Roger Bushell, lors de ma visite à Zagan à l’été 2015.

Effectuer de nos jours le court parcours du tunnel Harry offre au visiteur la possibilité de mieux comprendre la détermination, l’esprit de sacrifice et la maestria de ces braves hommes qui n’avaient rien perdu de leur volonté de croiser le fer avec la horde nazie. Leur quête d’évasion était d’ailleurs une manière très imaginative de poursuivre ce combat. Et que dire de l’émotion ressentie à la vue du nom de Roger Bushell (le fameux Roger interprété par Richard Attenborough dans le film) inscrit sur l’une des stèles de granit alignées, immortalisant le point de départ, le parcours très étroit, l’effondrement du tunnel et le point de sortie creusé et emprunté par les valeureux fugitifs.

Et que dire que la visite privée qui nous avait été généreusement offerte il y a de cela quelques années par un officier britannique à la retraite plus tôt à travers les tunnels creusés pendant le conflit mondial dans le roc de Gibraltar et sillonnés par nul autre qu’Eisenhower. J’imaginais les tractations et décisions à prendre par le grand homme en sillonnant ces passages interdits au grand public. Si seulement le rocher pouvait parler…

Vous l’aurez compris, j’ai une appétence passionnée pour le sujet. Et les 32 chapitres du livre ont dépassé mes attentes, notamment grâce au style de l’auteur. Les formules du genre « Le pacifisme et son cousin le défaitisme sévissent dans la troupe » ou « Dans le domaine de l’imagination, des trouvailles en tous genres et des idées baroques, la Grande-Bretagne en guerre mérite incontestablement la palme. Ces insulaires ont une psychologie d’éternels assiégés » émaillent le propos et agrémentent la lecture.

On croise aussi fréquemment un « grand amateur d’opérations spéciales » nommé Winston Churchill et d’une Écosse véritable pépinière des forces spéciales britanniques – un héritage notamment commémoré par l’impressionnant Mémorial des commandos situé à Spean Bridge en plein cœur des Highlands (une heure environ au sud-ouest du Loch Ness) et surplombant la région où les combattants appelés à accomplir des faits d’armes légendaires s’entraînaient inlassablement. Ce qui n’a rien pour me déplaire, bien au contraire.

Bref, si vous nourrissez un intérêt pour les batailles de l’ombre durant la Seconde Guerre mondiale, il serait tristement regrettable que vous passiez à côté de ces excellentes pages. J’aurais pratiquement même envie de les qualifier de délicieuses, tellement je suis gourmand du genre.

Avec tout ce qu’elle comporte de barbarie, de souffrances et souvent de stupidité, la guerre est champ de l’activité humaine qui fait aussi souvent appel à ce que l’être humain a de plus précieux pour son avancement, son génie.

En trois mots, le dernier livre de Claude Quétel est un pur délice.

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Claude Quétel, Les opérations les plus extraordinaires de la Seconde Guerre mondiale, Paris, Perrin, 2019, 400 pages.

Je tiens à exprimer ma profonde reconnaissance envers Interforum Canada de m’avoir gracieusement offert un exemplaire du livre.

Highland Warriors

HighlandWarriors
One of the many beautiful paintings on display at the “Highland Warriors” exhibit at the Canadian War Museum in Ottawa.

Few years ago, when I visited Scotland for the first time, the legendary National War Museum of Scotland was one of the first places I wanted to visit in Edinburgh.

Walking through this jewel of military history, I came across a description of a 1915 German medal, “representing the figure of Death as a Scottish piper”. Many things come to my mind when I think of a piper, but certainly not death. But I could understand how the Kaiser troops must have felt when facing the gallant sons of Caledonia on the battlefield:

German soldiers developed their own view of highland soldiers and were believed to have nicknamed their kilted enemy ‘the ladies from hell’. This back-handed compliment was rather appreciated in Scotland.”

You may say I’m partial because of my Scottish ancestors and you are right. I am partial, I admit it and I cherish it. Nevertheless, you have to admit that Highland Warriors are among the best in history.

But, please, don’t take my word for it.

Take into account what acclaimed military historian Saul David wrote about them:

HighlandWarriors3“This charge of Fraser’s 78th [during the battle of the Plains of Abraham in 1759] and the heroic performance of the 42nd at Ticonderoga, would transform the image of the Highlanders in the popular consciousness from that of dangerous savages who posed a threat to the security of the state to loyal and hardy shock troops of the empire. From this point on, the Highlanders joined the Guardsmen as the elite of the British Army, and both would win laurels in virtually every major conflict they fought, often – as was the case in Waterloo, the Alma, Tel-el-Kebir, Loos and Alamein – fighting almost side by side.” (All the King’s Men, p. 180).

If I got your attention this far on my post, then you will want to visit Canada’s War Museum’ awesome special exhibition on “Highland Warriors” which is on display until January 12th, 2020 in Ottawa.

In 2014-2015, my family and I lived in Scotland for six months. We visited many military museums – unfortunately not all of them. Nonetheless, I can attest that the historians and museologists of the Canadian War Museum have been able to recreate the same subdued ambiance and reverence as the one I experienced in Edinburgh, Aberdeen, Stirling and Fort George.

The set of lights, the chosen artefacts and the short but eloquent captions and descriptions contribute significantly to a unique experience for whoever truly wants to understand the nature and importance of Scotland’s contribution to military history and heritage for centuries.

Right when we exited the exhibition to make our way to the LeBreton Gallery (a favorite of my sons who can see tanks), my 9 years old daughter came to me and told me sotto voce: “Dad, our ancestors were real badass.”  I could feel the pride and admiration in her voice. And I shamelessly agree with her.

So, many sincere thanks to the Canadian War Museum staff for planning and organizing this fantastic exhibition – probably the best exhibition I ever visited. For a little more than an hour, you made me feel like I was back in Scotland.

So, you can call it a vibrant success. Because it is.

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The Brave of the First Wave

TheFirstWave“The bigger the challenge, the better we play.” – Lord Lovat

Late in the summer of 2014, life blessed me with the opportunity to visit Juno Beach, the hallowed ground where Canadian troops landed on June 6th, 1944.

While I visited the German bunker, carrying my son in a sling, I kept meditating about the kind of men that landed on that fateful day.

Men who could cope with gigantic – and potentially lethal – problems such as a landing craft drifting away from the planned landing side, German guns that were supposed to have been silenced through bombings, lack of ammunition or food, the psychological tool of being sleep-deprived and surrounded by enemies who only waited for the right moment to assault and kill you.

These were not the type of men we encounter every day, I told myself. But maybe they were, in the sense that they were all different and they were all human, made of flesh and blood. Just like you and me.

A few weeks ago, I received a copy of the magnificent book The First Wave by military historian Alex Kershaw by the fantastic people at Penguin Random House Canada.

What a treat it was for the military history enthusiast in me.

The key to responding to the question I kept asking myself on the beach lies on page 312, when the author writes that a Veteran US Ranger “[…] stressed that during the most critical combat of modern times it was the “heart and mind” that had mattered most.”

Witness to that, “[…] an advance party had cut through a barbed-wire perimeter [protecting a gun battery] and crawled across the hundred-yard-wide minefield, disarming mines with their bare fingers in the dark.” (page 87). Talk about heart and mind!

But the men who fought their way on and through the beaches were also led by exceptionally inspiring figures.

Let me just quote two, among all those evoked by Alex Kershaw. Brigadier General Theodore Roosevelt (son of the 26th President of the United States) and Lord Lovat (Simon J. Fraser), 24th chieftain of Clan Fraser.

General Roosevelt insisted on landing with his troops walking with his cane (he was suffering from arthritis) “[…] wearing a knit watch cap, not the regulation helmet […]”, insisting to board his landing craft unaided.

As for Lord Lovat, the inspiring Scottish commando leader certainly must have looked like an eccentric for his German enemies, for he “[…] was armed with a hunting rifle, dressed for a good day’s walk on the moors: a white turtleneck sweater, suede vest, khaki corduroy pants, and a duffle coat, which he would leave behind when he went ashore.”

The ordinary men from Canada, Great Britain and the United States who successfully assaulted the Nazi fortress on that historic day became extraordinary through their endurance, sacrifice and determination. And they were inspired by men who rejected the blandness of conformity by showing themselves for what they were, whether it was being afflicted by illness or expressing pride in their ancestry.

Alex Kershaw is probably the best book I have read so far about D-Day and the importance of supreme courage when the going gets tough (I’m referring here to Lieutenant Colonel James Rudder’s men who were besieged in a cramped command post without food, water, ammunition and sleep (page 243)).

Beautifully written (I love Kershaw’s style) and engaging, The First Wave should be the first companion you think of bringing on the roads of summer vacations or on a beach where you will be able to enjoy what these guys fought for – freedom.

Combattre le diable à Bataan

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Crédit photo: kofc.org

Les francophones et les Québécois ont peu tendance à s’intéresser au théâtre du Pacifique pendant la Seconde Guerre mondiale. Les opérations en Europe et en Afrique du Nord remportent généralement la faveur du public qui s’intéresse à ce pan de l’histoire militaire – sauf les plus férus dont l’horizon est plus large.

Je me souviens avoir été marqué par la lecture du livre Escape from Davao par John D. Lukacs, dont l’histoire palpitante mais tragique relate l’évasion de prisonniers de guerre américains d’un camp japonais à Mindanao aux Philippines en avril 1943.

En tant que membre des Chevaliers de Colomb, j’ai donc lu avec beaucoup d’intérêt l’article consacré à ces membres de l’Ordre qui ont secouru des prisonniers de guerre américains et philippins. Ceux qui veulent consulter l’article original peuvent le faire ici. J’offre ma traduction personnelle à ceux et celles qui sont moins confortables avec la langue de Shakespeare.

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COMBATTRE LE DIABLE PENDANT LA MARCHE DE LA MORT

12 juin 2019

Par Andrew Fowler

Les Chevaliers des Philippines ont risqué leur vie pour aider des prisonniers de guerre pendant la marche de la mort de Bataan

Peu de temps après l’attaque sur Pearl Harbor, les forces japonaises ont envahi les Philippines. Pendant trois mois, les soldats américains et philippins (dont plusieurs étaient membres des Chevaliers de Colomb) ont tenu la péninsule de Bataan sur l’île de Luçon aux Philippines, et ce, jusqu’au moment où ils ont été débordés. Le général Jonathan Wainwright, commandant des Forces alliées aux Philippines, a alors cédé la péninsule.

Utilisant des haut-parleurs, le général Wainwright ordonna aux soldats américains et philippins de déposer les armes. Lorsqu’ils l’ont fait, ce sont quelque 75 000 hommes qui sont devenus prisonniers de guerre.

Commençait alors la Marche de la mort de Bataan.

Des milliers de soldats américains et philippins succombèrent pendant cette marche forcée de près de 105 kilomètres à partir de Mariveles jusqu’à San Fernando. Des milliers d’autres sont morts à l’intérieur des camps de prisonniers de San Fernando, dont le tristement célèbre camp O’Donnell.

Les prisonniers étaient battus et on les affamait. Pour économiser des munitions, les prisonniers qui s’écroulaient étaient passés à la baïonnette plutôt que d’être fusillés par les soldats japonais. Des membres des Chevaliers de Colomb figuraient parmi les prisonniers de guerre, dont le sergent John Earle – qui était membre du Conseil 23 Valley de Ansonia, au Connecticut – qui parvint à fausser compagnie à ses geôliers pendant la marche pour être ensuite capturé à Corregidor où les forces américaines qui s’y trouvaient encore continuaient de résister après la chute de Bataan.

Le Père jésuite George Willmann écrivait que « pire encore que les nuages de fumées émanant des postes militaires en feu, la morosité et la tristesse pesaient sur la ville. » La survie ne semblait pas être une option offerte aux Chevaliers de Colomb (aux Philippines) après la réédition de Bataan le 9 avril 1942, d’observer le Père Willmann dans l’édition de décembre 1947 de la revue Columbia.

Mais puisque l’Ordre avait pris de l’expansion en s’établissant aux Philippines en 1905, les Chevaliers avaient pour mission de servir ceux et celles qui en avaient le plus besoin. Le Père Willmann qualifiait ce mandat qu’ils s’étaient donnés de mettre la foi en action comme « combattre le diable ».

Et c’est justement ce qu’ils firent durant la Marche de la mort de Bataan.

Tony Escoda, membre du Conseil 1000 de Manille, ne faisait pas partie des prisonniers, mais il ne pouvait pas demeurer indifférent face à cette brutalité. Il se faufila entre les gardes japonais, se faisant passer pour un médecin. Il leur apporta de l’eau et pansa leurs blessures. Mais il fut rapidement découvert. Lui et son épouse furent conduits dans plusieurs camps de prisonniers. Ils furent vu pour la dernière fois suite à leur entrée à la prison Old Bilibid.

Enrique Albert, un frère Chevalier de Escoda, consentit lui aussi le sacrifice ultime. Décrit comme étant « vaillant et insouciant », Albert mena des efforts clandestins pour passer des médicaments et d’autres fournitures en contrebande au Camp O’Donnell. Albert mit également sur pied et assura la gestion de la Maison de repos des Chevaliers de Colomb qui veillait sur les proches des prisonniers, ainsi que sur les soldats « brisés » lorsque ceux-ci furent enfin libérés. Il sera, lui aussi, emprisonné et exécuté par les Japonais.

Benito Soliven connu le même sort, en raison du même esprit de bravoure dont ses frères Chevaliers firent preuve. Politicien célèbre, Soliven proclamait sa foi publiquement en tant qu’orateur à la paroisse Fête du Christ-Roi à Tondo. Mais après la chute de Bataan, il fut également emprisonné au Camp O’Donnell.

Les gardiens japonais lui firent alors une offre : soit il se joignait au gouvernement, soit on le torturait. Soliven répondit : « Non, je n’ai jamais fait de compromis. Je ne commencerai pas maintenant. »

Il ajouta que: « Si j’accepte votre offre, je devrai faire tout ce que vous voudrez. Et je ne veux pas faire ça. Je sortirai de ce camp en même temps que tout le monde. »

Soliven fut éventuellement libéré, mais mourut peu de temps après des suites de la maladie. Il fut enterré par ses frères Chevaliers.

Les actions de ces hommes qui ont combattu la tyrannie durant la Seconde Guerre mondiale ont inspiré d’autres catholiques philippins à joindre les rangs de l’Ordre et ainsi mettre leur foi en action en veillant sur les malades, les gens dans le besoin, les prisonniers et combien d’autres également. Actuellement, les Chevaliers de Colomb des Philippines regroupent plus de 426 000 membres.

Les Chevaliers ont pour mission de mettre audacieusement leur foi en action. Cliquez ici pour adhérer dès aujourd’hui.

Partagez votre histoire avec andrew.fowler@kofc.org

Les Fusiliers de Sherbrooke reçoivent le Droit de cité de la Ville de Sherbrooke

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Le colonel honoraire Wilfrid Morin, le maire Steve Lussier et le commandant des Fusiliers de Sherbrooke, le Lieutenant-colonel Alexandre Grégoire CD (Source: Fusiliers de Sherbrooke).

« À la Normandie! »

C’est après ces paroles que je dégustais un verre de Calvados, premier toast à la mémoire de ces valeureux fils de notre région qui sont débarqués sur Juno Beach à l’aube du 6 juin 1944, lors du dîner régimentaire commémorant le 108eanniversaire du régiment des Fusiliers de Sherbrooke.

Qu’il me soit permis de souligner qu’il s’agissait du tout premier dîner régimentaire auquel j’étais convié et je tiens d’ailleurs à remercier le Lcol Alexandre Grégoire, commandant des Fusiliers, pour cette aimable invitation.

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Le nouvel honneur de bataille brodé sur le drapeau des Fusiliers de Sherbrooke pour leur participant à la campagne d’Afghanistan (2001-2014).

Cette journée du 14 avril dernier avait auparavant permis aux Fusiliers de Sherbrooke de parader sous une température hivernale dans les rues jusqu’à l’Hôtel de Ville de Sherbrooke pour y recevoir le Droit de cité des mains du maire Steve Lussier. Les membres du régiment déambulaient alors sous leur drapeau régimentaire, lequel arborait pour la toute première fois l’honneur de bataille de le campagne d’Afghanistan. Celui-ci venait d’être brodé, en reconnaissance de la participation des membres de l’unité à cette campagne à laquelle plus de 40 000 militaires canadiens ont pris part entre 2001 et 2014.

 « C’est une journée historique et inoubliable pour moi », d’exprimer avec fierté et émotion le maire Steve Lussier lors de son allocution prononcée lors du dîner régimentaire. Il profita également de l’occasion pour dévoiler ses affinités avec le monde militaire. Ayant grandi à Saint-Jean-sur-le-Richelieu, il mentionnait aux convives que sa mère a œuvré en tant que cuisinière sur la base militaire de cet endroit et que son frère, qui est actuellement pilote de ligne, a appris à piloter alors qu’il faisait partie des cadets de l’air.

Du même souffle, le maire de Sherbrooke témoignait de sa reconnaissance envers le travail accompli par les Fusiliers de Sherbrooke dans la collectivité. « Je sais que la carrière que vous avez choisie est remplie de défis et qu’elle vous demande plusieurs sacrifices.Merci du fond du cœur de les accepter et de poursuivre dans la voie militaire. Car la présence de votre unité dans notre communauté est précieuse », d’ajouter celui qui avait accepté de présider à la cérémonie du Droit de cité en après-midi.

Notons que la dernière cérémonie de ce genre avait eu lieu pour la dernière fois en 1982, alors que Jacques O’Bready présidait aux destinées de la ville.

Inutile de mentionner que ce fut une soirée mémorable, au cours de laquelle j’ai pu me régaler de ces traditions militaires pour lesquelles j’ai toujours nourri la plus grande admiration.

Au final, je partage donc entièrement le sentiment du maire Lussier à l’effet que ce fut une journée inoubliable.

Une nouvelle biographie de Rommel signée Benoît Rondeau

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Le Generalfeldmarschall Erwin Rommel

J’apprenais durant le week-end que le prolifique historien Benoît Rondeau a soumis le manuscrit d’une nouvelle biographie du Generalfeldmarschall Erwin Rommel aux Éditions Perrin.

L’auteur y mettra notamment l’emphase sur le talent de stratège du célèbre chef de guerre, consacrant ainsi une part significative de son livre à la Normandie, où Rommel fut successivement nommé inspecteur des fortifications du mur de l’Atlantique en novembre 1943 et chef du Groupe d’armées B de la Wehrmacht en charge des défenses côtières de la Manche deux mois plus tard.

Rappelons que M. Rondeau est l’auteur des livres Afrikakorps : l’armée de Rommel (Tallandier, 2013), Invasion : le Débarquement vécu par les Allemands (Tallandier, 2014) et, plus récemment, de la biographie Patton : la chevauchée héroïque (Tallandier, 2016).

L’auteur me confirme également que le livre abordera longuement le quotidien de Rommel et contiendra plusieurs photos inédites.

Visiblement conscient du caractère controversé que représente son sujet (en dépit de la considération que plusieurs lui portent, Rommel a tout de même porté la croix gammée sur son uniforme et commandé l’unité militaire de protection rapprochée de Hitler en 1939), Benoît Rondeau insiste sur le fait que « […] l’on est pas politiquement neutre quand on ne s’oppose pas à quelque chose. On l’accepte tacitement. » On peut donc s’attendre à ce que l’illustre maréchal soit traité sans complaisance au niveau de sa collaboration avec la horde nazie.

Si tout se déroule comme prévu, le livre devrait être en librairie au mois de mai en France. Les lecteurs canadiens pourront donc mettre la main sur un exemplaire avant de partir en vacances, c’est-à-dire vers la fin du mois de juin.

En attendant (avec impatience) la sortie du prochain Rommel en librairie, lecteurs et amateurs d’histoire militaire peuvent consulter le blogue de l’historien, sur lequel celui-ci intervient régulièrement à propos de son sujet de prédilection.

Entrevue avec le commandant Jean Michelin

Version 2
Le commandant Jean Michelin (ministère des armées)

Suite à la publication de ma recension de son excellent ouvrage Jonquille – Afghanistan 2012, le Chef de bataillon (commandant) Jean Michelin a eu la très grande amabilité d’accepter de répondre à quelques questions de ma part.

Voici donc le contenu de notre échange :

Question : À la page 265 [de votre livre], vous écrivez : « c’était cruellement banal : la France était en vacances, mais nous, nous n’oublierions pas. » Vous faisiez référence au fait qu’un sous-officier des Advisory Teams était tombé au combat. J’ai cru percevoir une certaine frustration de votre part, relativement à la méconnaissance de la mission qui vous était confiée sur ce théâtre d’opérations. Dit autrement, la population en général s’en préoccupe bien peu. Qu’aimeriez-vous que les gens réalisent à propos de votre mission en Afghanistan?

“Il y avait clairement de ma part une ambition secrète, en écrivant ce livre, d’être lu au-delà de la communauté d’intérêt du monde de la Défense, et je ne m’en cache pas. Est-ce que j’ai réussi, c’est une autre question! Mais je suis content d’avoir au moins essayé.”

Réponse : Il y a toujours de la frustration quand un mort au combat est traité de façon expéditive par les médias nationaux. C’est, je pense, une réaction normale quand on est sur place et que l’on sent que l’opinion ne s’intéresse guère à ce que les soldats, déployés au nom du pays et donc de sa population, sont en train de vivre. Mais c’est aussi paradoxal, parce que d’une façon générale, nous n’aimons guère le dolorisme outrancier qui trahit un certain défaut de résilience. Je crois que la vérité est quelque part entre les deux: le traitement médiatique est un symbole du sentiment général face aux forces armées qui s’est développé ces dernières années, celui d’une sympathie sincère mais quelque peu indifférente. C’est assez logique, parce que les armées renvoient une impression de solidité, de valeurs, de confiance qui est soigneusement entretenue (et méritée), mais à l’échelle d’une population, peu de gens sont concernés par la Défense (soit personnellement, soit par l’intermédiaire d’un proche, parent ou ami). Il y avait clairement de ma part une ambition secrète, en écrivant ce livre, d’être lu au-delà de la communauté d’intérêt du monde de la Défense, et je ne m’en cache pas. Est-ce que j’ai réussi, c’est une autre question! Mais je suis content d’avoir au moins essayé.

Question : Nous avons le privilège de découvrir votre récit dans le confort de notre foyer ou devant un petit café (le genre qu’on aimerait placer dans un colis pour vous l’envoyer en Afghanistan si on pouvait revenir en arrière), mais on sent très bien que le genre de mission à laquelle vous avez pris part est un exercice très difficile. Quel est, selon vous, l’élément (qualité) essentielle pour passer au travers avec succès?

“Le facteur essentiel de succès, c’est la formation et l’entraînement.”

Réponse : Je ne vais pas être original, mais le facteur essentiel de succès, c’est la formation et l’entraînement. Cela part des hommes et des femmes que l’on commande, évidemment, et que j’ai voulu mettre au cœur du livre, parce que ce sont eux qui ont été le plus exposé. Mais j’ai toujours eu confiance en eux parce que je m’étais entraîné avec eux, que je les connaissais, que je savais ce que je pouvais leur demander. Cela prend du temps et cela nécessite des moyens, mais c’est absolument essentiel. Le 9 juin, et dans d’autres moments de tension, j’ai – comme tous mes subordonnés – fait ce que je savais faire, ce que j’avais appris à faire, ce que j’avais répété et perfectionné pendant des heures, des jours, des nuits. La formation et l’entraînement, c’est souvent la variable d’ajustement qui souffre de la suractivité, ce n’est pas toujours amusant, mais c’est indispensable. Pour un chef, je crois aussi qu’il faut prendre soin de ses subordonnés, les aimer, les connaître. C’est ce que j’ai cherché à faire. Je ne le regrette pas. Je citerais volontiers mon chef de corps, qui nous a répété à de nombreuses reprises, en fin de mission et après le retour: “je n’ai eu peur de rien car j’étais sûr de vous.” Je suis très jaloux de cette phrase à laquelle je souscris totalement.

Question : Étant féru d’histoire militaire et des grands noms qui en ont jalonné l’écriture depuis des temps immémoriaux, puis-je me permettre de vous demander quel grand chef de guerre vous inspire le plus et pourquoi?

“J’ai une vraie admiration pour Monclar, par exemple, qui, à la veille de la retraite, et alors qu’il était général de corps d’armée, a troqué ses étoiles contre des galons de lieutenant-colonel pour aller commander le bataillon français de Corée.”

Réponse : C’est difficile à dire. Il y a beaucoup de grands noms, de grands chefs, de grands capitaines et de grands généraux dans l’histoire, et dans l’histoire de France en particulier. Je n’ai pas forcément de “héros personnel” défini, mais je suis indéniablement nourri d’une culture militaire française qui a produit de grands chefs non dépourvus de panache. J’ai une vraie admiration pour Monclar, par exemple, qui, à la veille de la retraite, et alors qu’il était général de corps d’armée, a troqué ses étoiles contre des galons de lieutenant-colonel pour aller commander le bataillon français de Corée. Quand on sait la carrière qu’il a eu avant, c’est quand même quelque chose de fort. Et puis, je crois qu’il y a un beau symbole, au soir de sa vie active, près de raccrocher le képi, à retourner au sein de la troupe, près du contact et près des hommes. On passe toute une carrière à regretter ses années de lieutenant et de capitaine, quand on découvre la vie d’officier d’état-major, après tout. J’aime bien cette idée – ce qui ne signifie pas que je m’en sentirais capable pour autant!

Question : À la page 268, vous écrivez : « […] je fumai en interrogeant du regard le ciel vide et adressai une prière silencieuse et maladroite pour le repos des âmes venues servir dans ce recoin désolé du monde. » Sans vouloir m’immiscer dans votre for intérieur, mais quel est le rôle, l’importance, de la foi dans ces missions de guerre que l’on confie à nos militaires?

“J’ai essayé de faire en sorte, quand les conditions opérationnelles le permettaient, que les gens qui le voulaient puissent pratiquer leur religion pendant la mission, que ce soit aller à la messe ou observer le jeûne du Ramadan.”

Réponse : C’est compliqué. Hormis mon cas personnel, qui n’a que peu d’intérêt, je sais toutefois l’importance qu’a ou qu’a pu avoir la foi religieuse en opérations. Il y a quelque chose de très intime mais qui peut être très fort dans ces moments-là. J’ai essayé de faire en sorte, quand les conditions opérationnelles le permettaient, que les gens qui le voulaient puissent pratiquer leur religion pendant la mission, que ce soit aller à la messe ou observer le jeûne du Ramadan. Avoir des aumôniers, imams ou rabbins militaires est une bonne chose, mais je conçois aussi que cela ne convienne pas à tout le monde. Dans un système très régenté par les règles et les consignes de tous ordres, c’est un espace de liberté qui appartient à chacun et que je me suis contenté de respecter sans chercher à imposer quoi que ce soit.

Question : Je suis amateur de Scotch (Whisky). J’ai donc beaucoup aimé les clins d’œil effectués en direction de ce divin breuvage dans votre livre – notamment le récit de la bonne bouteille dégustée dans des verres de cantine (p. 331). Accepteriez-vous de me dire quelle est votre marque de Scotch favorite?

Réponse : J’en bois moins depuis quelques années, étrangement, mais j’aime bien le Caol Ila. Il est hélas introuvable sous mes latitudes actuelles, mais j’ai appris à apprécier le bourbon pour compenser.

Question : Finalement, je serais infidèle à ma passion des bonnes lectures si je ne tentais pas de savoir si vous avez l’intention de reprendre la plume dans un avenir prochain? Prévoyez-vous écrire de nouveau au sujet des affaires militaires?

“Je n’exclus pas de continuer à toucher au monde militaire, parce qu’il y a des problématiques que j’aimerais explorer dans la fiction, mais je n’ai pas non plus envie de m’enfermer dans un genre.”

Réponse : Oui, j’aimerais bien continuer à écrire – j’écris depuis que je suis tout petit. J’ai un projet de roman en cours, c’est une première pour moi. J’espère arriver à le terminer, j’espère aussi qu’il sera suffisamment bon pour être accepté par mon éditeur! Je n’exclus pas de continuer à toucher au monde militaire, parce qu’il y a des problématiques que j’aimerais explorer dans la fiction, mais je n’ai pas non plus envie de m’enfermer dans un genre. Mon rêve, c’est de me sentir un jour suffisamment légitime et suffisamment libre pour pouvoir raconter toutes sortes d’histoires. J’aime bien raconter des histoires.

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Je tiens à remercier vivement le Chef de bataillon (commandant) Michelin non seulement pour sa plume exceptionnellement agréable et engageante, mais aussi pour sa grande générosité envers l’auteur de ce blogue en acceptant de répondre à ses questions.

Jonquille – Afghanistan 2012 est actuellement disponible en librairie et je vous garantis que vous ne regretterez pas de vous en procurer un exemplaire et d’y plonger.

Jonquille – Afghanistan 2012

PetiteJonquilleDans ce classique qu’est devenu le livre Anatomie de la bataille, Sir John Keegan observe qu’:

« […] il est dommage que les historiens officiels ignorent délibérément les questions affectives en matière d’historiographie militaire, alors qu’il est évident que cet aspect de la vie du combattant, pour ne rien dire de la tentation d’identification qu’il suscite en nous, est essentiel à la peinture de la vérité historique. » (p. 21).

Même de nos jours, la littérature militaire foisonne de récits consacrés aux impératifs tactiques et stratégiques des grandes batailles et opérations qui remplissent les rayons consacrés à la discipline dans les librairies.

Fort agréablement, une tendance se fait jour depuis quelques années qui accorde la première place à la facette humaine de la res militaris – dans le sillage de l’œuvre de Keegan.

Il m’a récemment été donné de dévorer l’un des plus touchants récits de guerre qui se soit retrouvé entre mes mains.

Dans Jonquille – Afghanistan 2012, le capitaine Jean Michelin nous fait revivre son commandement dans le cadre d’une mission de six mois en Afghanistan. Sous une plume touchante et alerte, l’auteur nous permet de suivre les soldats de sa compagnie « […] dans le labyrinthe de tentes et de bunkers », au rythme d’un quotidien souvent difficile d’une mission éreintante, mais aussi d’imaginer la douleur qui accompagne la perte d’un collègue ou encore le « […] traumatisme induit par le fait de rouler sur un engin conçu pour vous tuer, de s’en sortir sans égratignure et de devoir retourner sur le même chemin trois jours plus tard. »

Sympathisant avec l’aversion ressentie à la dégustation d’un mauvais café (ce breuvage émaille le récit à plusieurs endroits, attestant probablement de la nécessité d’en consommer fréquemment pour rester aux aguets après de trop courtes nuits de sommeil), ressentant la douleur de ces combattants qui doivent encaisser une pression psychologique incomparable, partageant son dégoût à la vue de son adjoint en charge du renseignement dégustant à bord du véhicule blindé à l’intérieur duquel ils prenaient place un hamburger défraichi récupéré sur la base américaine de Bagram, on en vient pratiquement à s’imaginer enfilant les bottes et la frag des subalternes de Jean Michelin aux petites heures du matin pour partir sécuriser une voie de communication.

Pour tout dire, Jean Michelin parvient très bien à nous faire partir en mission avec lui, au ras des pâquerettes – je devrais probablement écrire au ras des paysages enchanteurs regorgeant de menaces et de temps morts.

Après avoir réussi sa mission en Afghanistan, Jean Michelin a également rempli celle qu’il s’était donné en écrivant ce livre palpitant qui est appelé à devenir un classique du genre puisqu’il est parvenu à nous faire comprendre la réalité et le vécu de ces hommes et de ces femmes auxquels nous confions probablement la mission la plus difficile qui soit, celle de mourir s’il le faut. Une réalité que nous oublions trop souvent, affairés dans le confort et la sécurité de nos occupations quotidiennes et éloignés de cette réalité militaire que nos sociétés ont choisi de reléguer à l’arrière-plan dans un monde fourmillant pourtant de menaces et de situations pour lesquelles seuls ces hommes et femmes d’exception sont outillés.

À lire, absolument.

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Jean Michelin, Jonquille – Afghanistan 2012, Paris, Éditions Gallimard, 2017, 367 pages.

La Nostalgie de l’honneur

9782246813934-001-t-59f1d31d3e0a6« C’est par les bibliothèques que nous retrouverons le salut. » (Jean-René van der Plaesten, p. 123).

Dans un monde orienté sur l’électronique, la technologie, la gratification immédiate, il va sans dire qu’une telle affirmation se situe à contre-courant de la mentalité dominante. Les livres ont été délaissés pour les tweets, les statuts Facebook et tout le reste. À combien de reprises ai-je eu le sentiment d’être un dinosaure en sortant un livre et un crayon de mon sac?

La lecture du livre La nostalgie de l’honneur de Jean-René van der Plaesten (Grasset) – qui se veut une biographie de son grand père, le Général Jean Crépin, bras droit du Maréchal Leclerc de la brousse africaine jusqu’à l’Indochine et fidèle du Général de Gaulle – fut un grand moment de lecture et une véritable bouffée d’air frais pour moi.

Parce que le fil conducteur de son récit est à l’effet que l’on peut puiser dans le passé et les valeurs qui ont contribué à en écrire quelques-unes des pages les plus héroïques. Affirmant que « la France a inondé le monde de ces noms qui ruissellent de gloire militaire », l’auteur nous permet de découvrir un personnage et ses acolytes qui se sont démarqués au milieu de la tempête par un sens de l’honneur bien trempé.

Jean-René van der Plaesten se pose également la question, à savoir si des valeurs comme la vérité, l’idéal, et la loyauté ne figureraient pas dans un répertoire désuet tant elles ne sont pas à l’ordre du jour des décideurs actuels qui se démarquent par une médiocrité découlant du fait « […] qu’ils ont perdu la foi – en eux, en leur pays, en Dieu. »

La foi. Je vois déjà la rangée de tomates s’aligner pour m’être lancées au visage. Comment peut-on aujourd’hui aborder le sujet sans se voir accoler l’étiquette de « grenouille de bénitier ». Il est pourtant impossible de pleinement apprécier la grandeur de ces hommes que l’on retrouve dans ces pages – Leclerc et de Gaulle principalement – sans y référer. Impossible de vraiment comprendre ce qui a animé ces hommes si on les détache de leur foi.

C’est probablement la raison pour laquelle l’auteur a cru bon ajouter la prière des parachutistes à son récit. « Il me semble que celui qui ne frémit pas à la lecture de cette prière ne peut comprendre notre si imparfaite, si belle, si humaine condition. »

Chacune des pages de cet exceptionnel ouvrage m’a ouvert les yeux sur le fait que l’héritage du grand-père de l’auteur, loin d’être dépassé, est plus que jamais actuel, à l’heure où le monde est confronté à des périls qui font appel à « […] cette étrange faculté de comportement dans laquelle il entre une indéniable grandeur mais aussi une extrême inconscience. » Il ne saurait y avoir d’honneur sans la foi et les gestes concrets qui y sont associés, oserai-je avancer.

La Nostalgie de l’honneur est un excellent antidote à la grisaille de l’éphémère et du paraître qui assombrit l’espace public de nos jours.