JFK, ce tueur de charme

« Les lois sont comme les saucisses. C’est mieux de ne pas voir leur préparation », clamait l’homme d’État allemand Otto von Bismarck. Il en va des victoires électorales comme du processus législatif, puisque la fréquentation des arcanes de ces exercices démocratiques offre souvent la possibilité d’observer des épisodes baroques. Un exemple éloquent de cette affirmation se trouve entre les deux couvertures du dernier livre de l’ancien diplomate Georges Ayache, 1960 : La première élection moderne de l’Amérique (Perrin).

Aussi bien l’avouer d’entrée de jeu, j’ai grandi en m’abreuvant de la légende de JFK. Rien n’aurait pu déboulonner la statue mémorielle que lui avait érigée mon père. J’ai donc toujours nourri un vif intérêt pour ce président qui repose maintenant au panthéon de l’histoire américaine, à l’ombre des magnolias au cimetière national d’Arlington, en Virginie. Les chemins de traverse de mes années universitaires m’ont toutefois amené à la rencontre de celui qui souhaitait barrer la route du premier catholique à accéder au Bureau Ovale, l’insubmersible Richard Nixon.

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Les Tuniques Rouges

« La politique de toutes les puissances est dans leur géographie », affirmait Napoléon. Si elle s’était limitée à son insularité, la Grande-Bretagne ne se serait pas vu offrir la possibilité de trôner sur un Empire au-dessus duquel le soleil ne se couchait jamais.

« La couronne d’Angleterre se lance dans une série de guerres visant avant tout à assurer l’expansion de son influence mondiale, poussant à des expéditions d’ordre stratégique, qui débouchent sur la prise de contrôle de positions clés », écrit Benoît Rondeau dans L’Empire britannique en guerre – 1857-1947 (Perrin). « Pendant tout le règne de Victoria (1837‑1901), il ne s’est pas écoulé une année sans que les forces armées britanniques ne soient impliquées d’une façon ou d’une autre dans des opérations quelque part sur le globe. » Tout au long de la période couverte par l’auteur, Londres est un acteur géopolitique de premier plan. Son Empire lui offre les moyens de le demeurer. Il faut bien en esquisser les contours et défendre ses prérogatives. Et à tout Empire, le glaive est indispensable.

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Ike, le bien-aimé

La politique américaine est omniprésente. Ses grandes personnalités irriguent l’actualité et influencent le cours de l’histoire. À quelques jours de l’investiture du président Donald Trump pour un second mandat non consécutif, il m’apparaît pertinent de commenter la personnalité de l’un de mes présidents favoris, Dwight D. Eisenhower, à la lumière d’une excellente biographie que lui consacre l’universitaire Hélène Harter.

Dans Eisenhower : Le chef de guerre devenu président, elle retrace le parcours d’un homme qui a su tracer sa voie en misant sur des qualités singulières.

Les commémorations du 80e anniversaire du débarquement en Normandie le 6 juin 2024 ont permis à cette figure de proue des Forces alliées de faire une nouvelle apparition dans l’espace médiatique. À bon droit, puisque la contribution de celui qui « a réussi cinq débarquements » fut essentielle à la planification et au bon déroulement du « Jour J ». Tout au long de sa carrière militaire, ce fils du Kansas aura gravi méthodiquement les échelons. L’historienne spécialiste des États-Unis à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne résume éloquemment son passage au Département de la guerre, entre 1929 et 1935. « Il est compétent et il sait prendre des initiatives. Les entrepreneurs qu’il a rencontrés l’apprécient aussi. Il est diplomate et arrondit les angles quand les militaires ont la réputation d’être portés aux échanges rugueux en cas de désaccord », écrit-elle à propos de cet organisateur hors pair qui aura été aux premières loges du passage des forces américaines d’une 17e place mondiale à celle d’instrument incontournable dans « l’arsenal de la démocratie ». C’est tout Eisenhower qui est résumé dans cet extrait.

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La folie et la surprise : les services secrets dans la Deuxième Guerre mondiale

« À elles seules, les forces spéciales ne peuvent pas gagner les guerres. » Dans son dernier livre – probablement le plus intéressant – Rémi Kauffer évoque cette réalité dont Winston Churchill était pleinement conscient. Mais si elles ne peuvent remporter la mise à elles seules, elles peuvent toutefois causer des dégâts importants et déstabiliser dangereusement l’ennemi.

Avec maestria, ce fin connaisseur du monde du renseignement et des Services action nous offre un époustouflant tour d’horizon de leurs activités à l’échelle planétaire dans 1939-1945. La guerre mondiale des services secrets (Éditions Perrin).

Aux premières heures du conflit, les Britanniques font cavalier seul. Vent debout devant les forces de l’Axe. Militairement, ils ne font pas le poids. Mais le Vieux Lion a un atout majeur dans son jeu. « La folie est une maladie qui présente un avantage à la guerre : celui de réaliser la surprise », affirme-t-il. « Hitler méprisait ceux qui s’opposaient à lui. À l’inverse, Churchill s’est toujours fait un devoir de reconnaître le courage de ses ennemis », écrit Rémi Kauffer. Les actions des Kommandos – ces unités afrikaners de guérilla – affrontés durant la Guerre des Boers et des forces de l’IRA qui s’opposent à la Couronne pendant des décennies ont de quoi inspirer le chef de guerre lorsque vient le temps de mettre le feu à l’Europe.

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En quête du Débarquement

« La bataille de Normandie n’est pas un sujet vidé. » La plaidoirie de Nicolas Aubin est sans appel. Son livre Le Débarquement, vérités et légendes (Éditions Perrin) l’articule magistralement.

Si vous avez été influencé par « toute une littérature d’après-guerre [qui] a idéalisé l’armée allemande », si vous être preneur de l’argument selon lequel l’échec des troupiers portant le feldgrau est exclusivement redevable au « sommeil de Hitler », si vous pensez que la Résistance a joué un rôle décisif dans l’issue de la bataille de Normandie ou que vous faites partie des nombreux détracteurs du Field Marshal Bernard L. Montgomery, vos certitudes seront déboulonnées.

Dans un livre extrêmement bien ramassé – après tout, il ne fait que 300 pages – l’historien militaire qui collabore à certaines des meilleures publications francophones sur le sujet remet plusieurs ouvrages sur le métier. Avant d’aller plus loin, il m’est toutefois agréable d’ajouter qu’il convoque un style d’écriture invitant qui fait le régal du lecteur. Une chaîne de commandement est « percluse de frictions », les Allemands s’échinent à établir des obstacles pour « déchiqueter » les planeurs alliés et les pièces d’artillerie offrent une « symphonie mortelle » aux adversaires. Le livre gargouille de ces belles tournures qui séduisent l’esprit.

Revenons maintenant au cœur de son propos et sur quatre points rapides sur lesquels je me permets d’attirer votre attention.

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Gettysburg en bleu et gris

Gettysburg. Pour l’éternité, le nom est associé à la bataille qui s’est déroulée dans cette bourgade pennsylvanienne de moins de 10 000 habitants au Nord de Washington, D.C. Chaque année, près d’un million de touristes foulent le sol de ce lieu sacré où une « scintillante forêt de baïonnettes » s’engagera au combat durant trois journées fatidiques, du 1er au 3 juillet 1863.

À écouter certains guides et plusieurs historiens, cette bataille fut un point tournant de la guerre de Sécession. Il n’en fut rien. Au soir du dernier jour de la bataille, « rien ne change fondamentalement sur le théâtre d’opérations principal » relate l’historien Vincent Bernard dans le Gettysburg 1863 (Perrin) qu’il consacre à ce moment fort dans l’histoire des États-Unis. Les tuniques grises rassemblées sous le commandement du général Robert E. Lee n’est pas en déroute. Loin d’être effondrée, elle continuera de tirer son épingle du jeu pendant encore près de deux ans.

L’intérêt envers cette bataille n’est pas près de s’estomper. Le discours légendaire qui y fut prononcé quelques mois plus tard par le président Abraham Lincoln a incontestablement contribué à son entrée dans la postérité, puisqu’il fait écho au lourd tribut de sang, de sueur et de larmes consentis par les deux armées en ces journées estivales.

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Entre guerres

Dans les cours de relations internationales qui ont émaillé mes études universitaires, on nous savonnait les oreilles avec cette théorie selon laquelle la fin de la Guerre froide marquait la fin de la dominance de la geste militaire, du moins comme nous la connaissions jusque-là.

Le fracas des armes appartenait à une période révolue. Il fallait désormais composer avec « l’invention d’un nouveau concept d’opération militaire dont nous allions avoir le redoutable privilège d’inaugurer les contradictions insolubles », « l’intervention humanitaire », pour emprunter les mots utilisés par le général français François Lecointre (retraité) dans son livre Entre guerres (Gallimard).

De l’Irak à la Bosnie, en passant par le Rwanda et Djibouti – pour ne citer que quelques théâtres d’opérations – celui qui sera appelé à occuper la fonction de chef d’état-major des armées françaises entre 2017 et 2021 est issu d’une famille ayant contribué aux belles pages de l’histoire militaire française. Né en 1962, année de la crise de missiles à Cuba, la carrière de François Lecointre correspond à une période durant laquelle l’on croit que l’odeur du cambouis passe au second plan.

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L’espoir renaît en 1942

Les auteurs Julien Peltier et Cyril Azouvi (YouTube)

Dans la foulée de ma recension de leur formidable livre 1942 – la « bissectrice de la guerre » – les coauteurs Cyril Azouvi et Julien Peltier ont aimablement accepté de répondre à quelques questions pour ce blogue. Je suis très heureux de livrer ici le contenu de notre échange.

D’entrée de jeu, avez-vous fait des découvertes qui ont suscité votre étonnement dans la rédaction de 1942?

Cyril Azouvi : Aucune « découverte » à proprement parler : l’importance de cette année charnière est connue de tous les historiens de la Seconde Guerre mondiale. Il est de notoriété publique que l’histoire a basculé en 1942 sur tous les fronts (Pacifique, Afrique du Nord, Russie), mais aussi dans bien d’autres domaines (la course à la bombe atomique, la constitution des Nations unies, la Résistance, la Shoah, etc). S’il y a eu découverte, elle a été d’ordre plus personnel : je me croyais savant que cette période, sur cette année et sur ces sujets. J’ai découvert, en plongeant dans le détail, que mes connaissances étaient somme toute assez floues et lacunaires. Ça a été une leçon de modestie! Et, du coup, un travail passionnant.

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Vladimir Poutine et la nouvelle armée russe

Lundi prochain, les troupes russes défileront au pas d’oie sur la Place rouge. Elles sont déjà en répétition sur la rue Tverskaya. Les forces militaires profiteront également de l’occasion pour faire parader l’attirail qui forme l’arsenal de Moscou. Le Jour de la Victoire est toujours un moment fort dans la psyché russe, en raison de la place dominante occupée par la guerre dans l’histoire du pays.

Depuis l’invasion de l’Ukraine le 24 février dernier, l’armée russe est omniprésente dans l’actualité internationale et sa performance outre-frontière soulève plusieurs questions et observations.

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Le prince Philip a pris part à une bataille navale souvent négligée

La réputation de l’historien militaire Benoît Rondeau n’est plus à faire. Il a déjà publié des livres et biographies remarqués au sujet de Rommel, Patton et l’Afrikakorps pour ne citer que ces exemples.

Le 22 avril prochain, les Éditions Perrin publieront son nouveau livre Le soldat britannique : Le vainqueur oublié de la Seconde Guerre mondiale.

Dans le contexte du décès de Son Altesse royale le Duc d’Édimbourg, la maison d’édition m’a généreusement donné la permission de partager quelques extraits relatifs au prince Philippe. Qu’ils en soient sincèrement remerciés, en cette journée où je tiens à manifester tout mon respect et ma profonde gratitude envers le Duc d’Édimbourg.

Le prince Philip a servi dans la Royal Navy sur les fronts de la Méditerranée et du Pacifique durant le conflit mondial. Benoit Rondeau résume ainsi l’importance du premier dans la conduite de la guerre :

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